Caramba ! Encore raté ?

“Merde à Bruxelles ! On est chez nous !” scandent à tue-tête les quelque 5.000 personnes venues assister au grand meeting de Marine le Pen, agitant force drapeaux tricolores et banderoles affichant “Marine Présidente”.

Il est 13h.30 et ce n’est que dans 90 minutes que Mme Le Pen fera son apparition et son discours, mais la salle du Zénith de Lille est déjà bien pleine. Cela fait plus d’une heure que les premiers militants ont fait leur apparition, entourés d’un dispositif important de police et du service de sécurité du Front National, dont les badges s’ornent d’un “honneur et patrie”.

Fouille personnelle, passage par un portique détecteur de métal et nous voilà à l’intérieur de la salle. Le parterre – environ 1.500 places – est entièrement réservé pour les ténors du parti, honorables invités de l’étranger et groupes de militants amenés en bus, depuis Londres, Bruxelles ou des villes avoisinantes.  Sur la scène, un orchestre “américain” (trompette, banjo, accordéon et guitare) joue des morceaux jazzés, histoire de chauffer la salle. Beaucoup d’ouvriers, hommes et femmes, la cinquantaine bien sonnée et beaucoup de jeunes gens entre 20 et 35 ans. Mais les 35-50 sont rares en ce beau dimanche.

Dûment badgé “presse” – le seul moyen de se balader librement partout dans cette salle du Zénith – je monte dans les gradins au moment une tonitruante Marseillaise jaillit de quelques centaines de jeune gorges. Quelques instants plus tard, je me fais accueillir par des “Salopard ! Vendu ! Tous des menteurs !”. Pas de doute, la presse n’a pas bonne presse auprès des militants du FN… A chaque contact, il me faudra préciser que je suis venu tout exprès de Suisse pour qu’on accepte de me parler.

Il est 14h.30 et la salle est quasiment pleine. Gérard, 27 ans, a mis ses habits du dimanche: chemise blanche, cravate avec fleur de lys et chaussures vernies, c’est un militant actif, comme il se décrit lui-même. Pourquoi au Front National ? “Les Sarkozy, Hollande et autres Fillon changent de langage comme de chemise, font des promesses qu’ils ne tiennent pas et piquent dans la caisse. Avec Marine au moins, les choses sont claires: elle seule ne change pas de discours avec le vent et elle tiendra ses promesses.”

Nénette (c’est ainsi qu’elle souhaite être citée) est, quant à elle, venue au FN il y a 2 ans. Elle a la soixantaine, les parait largement et travaille comme caissière dans un grand magasin. Pourquoi le FN ? “A cause des migrants, des musulmans et de l’insécurité”. “Il y a des endroits où je n’ose plus me balader”, dit-elle “et cela dans ma propre ville ! Macron, Fillon et compagnie, c’est du pareil au même, du balabla, du vent. Allez, Marine Présidente !”

 

Oui, mais…

Pas grand-chose à dire du discours de Marine Le Pen – dont les propos flottaient souvent bien au-dessus des têtes de ses “fans”, notamment lorsqu’elle parlait économie – si ce n’est de relever son habileté à mobiliser son monde, car dès qu’elle sentait le moindre relâchement d’attention, elle sortait une phrase “forte”, permettant à la foule de crier “On est chez nous ! Marine présidente !”

 

Mme Le Pen a-t-elle de réelles chances de gagner ? Je n’ai pas plus de compétences qu’un institut de sondage pour répondre à cette question et donc, je ne vais pas gêner pour donner mon avis. C’est oui. Pourquoi ?

La France compte en gros 70 millions d’habitants dont 45 millions sont des électeurs inscrits. Avec un taux de participation de l’ordre de 80 %, cela donne environ 36 millions de votants. Au premier tour du moins. Il semble acquis que le trio gagnant du 1er tour soit composé de Mme Le Pen et de MM. Macron et Fillon. Or, le second tour ne se joue qu’à deux. Je suis d’avis que Mme Le Pen jouera la finale, mais avec qui ?

Si c’est avec M. Fillon, c’est fichu, car même si Mme Le Pen peut compter sur ses 10-12 millions d’électeurs inconditionnels et qu’elle en glane 4-5 millions de plus, les pro Macron soit s’abstiendront, soit voteront Fillon ne serait-ce que pour faire barrage à Mme Le Pen. Et donc, son score sera inférieur à 40 %.

Par contre, si c’est avec M. Macron que se jouera la finale, je pense qu’elle aura toutes ses chances malgré ce qu’en disent les sondages. Car au cours de la quinzaine d’entre les tours, elle fera appel à son talent pour tenter de déstabiliser cette “girouette molle de Macron”, comme l’appelait un conseiller régional du Front National Nord-Pas-de-Calais. Et je crois surtout que le “ras-le-bol” d’une bonne partie des électeurs pèsera plus qu’on ne le pense.

“Pourquoi ne pas essayer Mme Le Pen ?” demandait un étudiant en droit venu au meeting en curieux. “Si elle fait mieux que MM. Hollande ou Sarkozy, super ! Si elle fait pire – ce qui ne va pas être facile – elle sera déboulonnée dans cinq ans et plus personne ne parlera du FN”

Michael Wyler

Michael Wyler

Heureux retraité, Michael Wyler est un ex. Ex avocat, ex directeur de feu le Groupe Swissair en Chine et ex dircom. Au passé comme au présent, journaliste, chroniqueur, père de Jonathan et Julie, dont il est fier, tout autant qu'il l'est de son épouse Cécile, hypnothérapeute, enseignante en hypnose et PNL, auteur et conférencière.

Une réponse à “Caramba ! Encore raté ?

  1. Pourquoi il ne faut pas “essayer” MLP ! pour une raison c’est qu’il n’y aura pas de possibilité de changer au bout de cinq ans comme le croit l’honorable étudiant en droit. Les anciens et pro-pétainistes ne seront pas près de lâcher le pouvoir démocratiquement, il faudra les renverser (CF Mussolini, Hitler, Vidéla et consort), avec des larmes et du sang. Je ne pense pas que les ennemis de la démocratie puissent la respecter. Ils la violeront allègrement “au nom du peuple français” comme disait grand-papa Pétain, au nom de la pureté du sang, de “on est chez nous” et “on veut rester entre nous” … pureté de la race ! on sait où cela a conduit l’Europe et le monde : soixante millions de morts au nom des “races pures”

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