Les applaudissements ne suffiront pas   

Depuis plusieurs soirs, les infirmières et infirmiers et tout le personnel soignant et au chevet des malades (hôpitaux publics, soins à domicile, homes pour personnes âgées, etc.) sont applaudis depuis nos balcons. C’est peut-être un parent, la mère du camarade de notre petit dernier, un voisin ou encore une amie d’enfance, qui est en première ligne pour faire face au Coronavirus. Des personnes qui exercent le plus souvent ces métiers davantage par vocation que par appât du gain. Au contraire même, le personnel soignant subit depuis plusieurs années la politique des mesures d’économie aux échelons fédéral et cantonal, souvent au profit du secteur privé. Toujours moins d’Etat alors qu’aujourd’hui ce sont principalement les services publics qui assument…

Saviez-vous qu’il y a encore quelques jours, l’ensemble du personnel hospitalier et donc les personnes travaillant en contact direct avec les malades atteints du coronavirus pouvaient aller jusqu’à 60 heures hebdomadaires ? Mais avec les décisions du Conseil fédéral de la semaine dernière, cela va encore plus loin. Le personnel hospitalier n’est plus protégé par la loi qui limite la durée du travail et qui garantit des temps de repos. Une vocation écrivais-je en préambule. Encore plus en cas de crise ! Un travail héroïque, mais un travail souvent à la limite de la rupture. C’est pourquoi les mesures prises dans le cadre de la crise ne doivent pas être un prétexte pour généraliser à terme cette situation. Ceci alors qu’une réelle valorisation de ces professions, majoritairement féminines, doit avoir lieu. La pénurie dans ce secteur nous guette, c’est pourquoi de meilleurs salaires, des meilleures conditions de travail et des moyens dans la formation doivent être investis à futur.

Car si le personnel de la santé est sous pression, ce n’est pas uniquement de la faute au Coronavirus : la logique néolibérale est aussi passée par là. Et l’action du Conseil fédéral le démontre bien. Le Coronavirus est bel et bien présent, les mesures prises – certes pour le bien de la population- servent aussi à permettre que notre système de santé public puisse absorber une telle pandémie sans saturer. Un système dans lequel on a diminué le nombre de lits de soins intensifs et dont on a baissé les budgets depuis plus de 20 ans.

Et si le « confinement » est nécessaire, c’est peut-être aussi parce ce que nous manquions de matériel (tel que les masques ou tests de dépistage) pour mettre en œuvre d’autres solutions. Des économies ont-elles également eu lieu dans ce domaine ? Les réponses viendront plus tard.

Mais une chose est sûre, même si les mesures de confinement sont évidemment pour le bien de le population suisse, nous ne pouvons que remarquer qu’elles sont limitées car le gouvernement essaie de préserver l’économie suisse. D’un côté, pour le personnel hospitalier, le Conseil fédéral suspend les dispositions de la loi sur le travail relatives au temps de travail et de repos, alors que d’un autre côté, il peine à prendre des mesures pour suspendre l’économie comme le Tessin a eu le courage de prendre (en se faisant rabrouer, d’ailleurs). La fermeture de toutes les industries et chantiers « non essentiels » est une nécessité, d’une part pour réduire le risque d’infection et qui permettrait de soulager le personnel soignant et d’autre part, si la Confédération devait qualifier d’« illégale » cette décision tessinoise, les usines fermées ne pourraient pas demander de compensation financière.

A l’évidence, à l’issue de cette crise, il sera grandement nécessaire d’évaluer l’impact sur la gestion de la pandémie des mesures d’économie faites dans notre système de santé. Le Coronavirus a bon dos, mais le mise sous pression n’est pas simplement et purement due aux mesures pour enrayer sa propagation. Un bilan sera inévitable, mais avant cela, il est nécessaire que le Conseil fédéral ait une discussion avec les partenaires sociaux pour que toutes et tous les travailleuses et travailleurs soient également protégé.e.s et que le personnel soignant se sente soutenu dans son effort.

J’étais convaincue avant la crise que notre système devait changer. Ceci pour atteindre un fonctionnement de société durable. J’en reste convaincue. Cet épisode sera peut-être le détonateur ou peut-être pas. Mais une chose est certaine : pour que notre société soit plus durable, nous devons aussi et enfin valoriser le travail du personnel soignant. Un travail tout simplement vital auquel je dis MERCI !

 

Le changement climatique implique de revoir aussi notre rapport au travail

Changer sa façon de se nourrir, de se déplacer, de se chauffer, de consommer sont les défis pour faire face au réchauffement climatique. Des défis gigantesques qui devront être relevés par l’ensemble de la société. Dans cette équation, ne devrions-nous pas également ouvrir un autre débat ? Celui qui concerne l’évolution du travail, en lien avec la transition écologique ?

 

Une quadragénaire et un jeune homme. Habillés de leur tenue orange, ils sont les deux perdus là au milieu des clients qui s’agitent d’une caisse à l’autre. Une dame scanne les prix de ses courses de la semaine, ici un vieux monsieur scanne sa carte du magasin, là encore une bande d’étudiants scannent les sandwichs et boissons de midi. Tout ce petit monde scanne et scanne encore, de quoi alimenter les serveurs informatiques du grand distributeur. Le jeune homme et sa collègue eux attendent. Attendent de pratiquer un contrôle sporadique ou plus fréquemment de vérifier l’âge d’une cliente qui s’est offert une bouteille de Pinot noir de la région. Pendant ce temps, les habituelles caisses restent désertes ou presque, le client fait désormais le travail des employés du magasin, sans même réclamer de salaire.

Aujourd’hui comme hier, le monde du travail subit en première ligne les évolutions de notre société. Il subit plus exactement les dérives de ces évolutions mal encadrées. D’un côté, les milieux économiques appellent à toujours plus de flexibilisation, ce qui met bien souvent l’employé-e sous pression et d’un autre côté, ces mêmes milieux prennent peu de décisions pour accompagner les travailleurs et travailleuses touché-e-s par la digitalisation. Une évolution technologique qui, tout comme transition écologique, iront pourtant de pair afin de ne laisser personne sur le bas-côté et permettre une répartition juste des richesses.

 

L’OCDE estime que près de 25% des emplois seront directement concernés par la robotisation et, en partie, menacés. Malgré cet état de fait, le Conseil national n’a pas adopté une proposition qui aurait permis d’évaluer l’introduction d’une taxe sur les robots. Une taxe qui permettrait de financer la reconversion des personnes impactées par la transition : Nos deux employés de supermarché par exemple, mais aussi le personnel de guichets à la banque ou à La Poste, enfin là où il existe encore des offices. Toutes les personnes dont le travail risque bien d’être effectué bientôt par une machine ou un algorithme. Ne rien faire en attendant les effets d’un tel changement n’est pas défendable. Et peut-être rappeler que toutes avancées technologiques sont souvent aussi issues d’investissements publics dans l’innovation. C’est pourquoi il ne serait pas cohérent que l’évolution technologique ne profite qu’à une part infime de notre société.

 

Dans le domaine de l’écologie, c’est un peu plus nuancé. Il est vrai que, d’un côté, des emplois vont être créés par l’investissement dans les énergies renouvelables et les économies d’énergie, mais, d’un autre côté, le sujet des emplois fossiles est rarement abordé. En effet, se passer de pétrole, c’est aussi se passer des emplois qui vont avec. Bien que nous ne soyons pas le pays le plus pétrolier au monde, nous devons nous préparer à ce qu’à terme, des emplois disparaissent dans les raffineries, les cimenteries ou autres industries grandes consommatrice de combustibles. Nous devons nous soucier de toutes ces personnes. De leur côté, les lobbys des actionnaires sont déjà à l’œuvre pour préserver leurs intérêts. Pourtant, il serait plus juste de protéger les intérêts collectifs des travailleurs et travailleuses, non ?

 

Nous savons que le tissu économique devra se diversifier et que nous devrons nous questionner pour quitter la logique productiviste (ce qui fera l’objet d’un prochain article), mais pour que nous puissions tendre à une société véritablement écologique sans causer de dégâts sociaux, il faudra également rassurer et assurer les personnes travaillant dans les secteurs dépendant des énergies fossiles que la transition se fera avec eux. Mais pour cela, il est nécessaire de mettre en place des mesures strictes. Non sans consultation et participation des différentes actrices et acteurs, mais dans l’intérêt de toutes et tous. Augmenter les droits sociaux, lutter contre les licenciements et un droit à la formation continue sont ainsi parmi les défis pour garantir un avenir professionnel à toutes et tous. Mais à moyen terme, même si je ne me fais d’illusion dans l’immédiat, nous aurons besoin de réduire notre temps de travail. Ceci dans un souci de répartition des richesses, certes, mais aussi pour nous laisser plus de temps pour vivre autrement, pour préserver notre environnement.

 

A Berne, je m’engage à lutter pour obtenir ces droits et protéger les personnes qui en auront besoin.