Le changement climatique implique de revoir aussi notre rapport au travail

Changer sa façon de se nourrir, de se déplacer, de se chauffer, de consommer sont les défis pour faire face au réchauffement climatique. Des défis gigantesques qui devront être relevés par l’ensemble de la société. Dans cette équation, ne devrions-nous pas également ouvrir un autre débat ? Celui qui concerne l’évolution du travail, en lien avec la transition écologique ?

 

Une quadragénaire et un jeune homme. Habillés de leur tenus orange, ils sont les deux perdus là au milieu des clients qui s’agitent d’une caisse à l’autre. Une dame scanne les prix de ses courses de la semaine, ici un vieux monsieur scanne sa carte du magasin, là encore une bande d’étudiants scannent les sandwichs et boissons de midi. Tout ce petit monde scanne et scanne encore, de quoi alimenter les serveurs informatiques du grand distributeur.  Le jeune homme et sa collègue eux attendent. Attendent de pratiquer un contrôle sporadique ou plus fréquemment de vérifier l’âge d’une cliente qui s’est offert une bouteille de Pinot noir de la région. Pendant ce temps, les habituelles caisses restent désertes ou presque, le client fait désormais le travail des employés du magasin, sans même réclamer de salaire.  Aujourd’hui comme hier, le monde du travail subit en première ligne les évolutions de notre société. Il subit plus exactement les dérives de ces évolutions mal encadrées. D’un côté, les milieux économiques appellent à toujours plus de flexibilisation, ce qui met bien souvent l’employé-e sous pression et d’un autre côté, ces mêmes milieux prennent peu de décisions pour accompagner les travailleurs et travailleuses touché-e-s par la digitalisation. Une évolution technologique qui, tout comme transition écologique, iront pourtant de pair afin de ne laisser personne sur le bas-côté et permettre une répartition juste des richesses.

 

L’OCDE estime que près de 25% des emplois seront directement concernés par la robotisation et, en partie, menacés. Malgré cet état de fait, le Conseil national n’a pas adopté une proposition qui aurait permis d’évaluer l’introduction d’une taxe sur les robots. Une taxe qui permettrait de financer la reconversion des personnes impactées par la transition : Nos deux employés de supermarché par exemple, mais aussi le personnel de guichets à la banque ou à La Poste, enfin là où il existe encore des offices. Toutes les personnes dont le travail risque bien d’être effectué bientôt par une machine ou un algorithme. Ne rien faire en attendant les effets d’un tel changement n’est pas défendable. Et peut-être rappeler que toutes avancées technologiques sont souvent aussi issues d’investissements publics dans l’innovation. C’est pourquoi il ne serait pas cohérent que l’évolution technologique ne profite qu’à une part infime de notre société.

 

Dans le domaine de l’écologie, c’est un peu plus nuancé. Il est vrai que, d’un côté, des emplois vont être créés par l’investissement dans les énergies renouvelables et les économies d’énergie, mais, d’un autre côté, le sujet des emplois fossiles est rarement abordé. En effet, se passer de pétrole, c’est aussi se passer des emplois qui vont avec. Bien que nous ne soyons pas le pays le plus pétrolier au monde, nous devons nous préparer à ce qu’à terme, des emplois disparaissent dans les raffineries, les cimenteries ou autres industries grandes consommatrice de combustibles. Nous devons nous soucier de toutes ces personnes. De leur côté, les lobbys des actionnaires sont déjà à l’œuvre pour préserver leurs intérêts. Pourtant, il serait plus juste de protéger les intérêts collectifs des travailleurs et travailleuses, non ?

 

Nous savons que le tissu économique devra se diversifier et que nous devrons nous questionner pour quitter la logique productiviste (ce qui fera l’objet d’un prochain article), mais pour que nous puissions tendre à une société véritablement écologique sans causer de dégâts sociaux, il faudra également rassurer et assurer les personnes travaillant dans les secteurs dépendant des énergies fossiles que la transitons se fera avec eux. Mais pour cela, il est nécessaire de mettre en place des mesures strictes. Non sans consultation et participation des différentes actrices et acteurs, mais dans l’intérêt de toutes et tous. Augmenter les droits sociaux, lutter contre les licenciements et un droit à la formation continue sont ainsi parmi les défis pour garantir un avenir professionnel à toutes et tous. Mais à moyen terme, même si je ne me fais d’illusion dans l’immédiat, nous aurons besoin de réduire notre temps de travail. Ceci dans un souci de répartition des richesses, certes, mais aussi pour nous laisser plus de temps pour vivre autrement, pour préserver notre environnement.

 

A Berne, je m’engage à lutter pour obtenir ces droits et protéger les personnes qui en auront besoin.

Politique climatique : l’impuissance des locataires

Louise et Jacques vivent au Val-de-Travers. Ils sont tous les deux à la retraite. En cette période automnale, ils reçoivent un courrier qui leur laisse un goût amer : leur propriétaire leur adresse le décompte annuel de charges. En prime, il leur annonce que, taxe sur le COoblige, un montant est encore à payer en plus des acomptes de charges réglés pour 2018 / 2019. Interpellés par cette annonce, Louise et Jacques demandent des précisions : après une courte conversation avec leur propriétaire, ils font, dépités, le constat de leur impuissance. Premièrement, leur propriétaire reste hermétique aux arguments plaidant pour la mise en place d’un système énergétique émettant peu de CO2. Deuxièmement, profitant des lacunes du système actuel, il n’hésite pas à reporter sur ses locataires le coût de la taxe sur les combustibles. Bien obligés de se chauffer et de se loger, ils paieront.

 

L’exemple n’a rien de caricatural, il est malheureusement encore courant de rencontrer des locataires dont le propriétaire rechigne à améliorer l’isolation de son bâtiment et/ou à opter pour un système de chauffage plus moderne. Cela explique que bon nombre de personnes qui louent un logement portent injustement le poids du tournant énergétique. Il faut savoir que la taxe sur le COest prélevée sur les combustibles. Elle augmente, par ailleurs, régulièrement si les objectifs fixés par la Confédération en termes d’émissions ne sont pas atteints. Dans cette situation, les moyens d’action du locataire sont hélas faibles. Il peut déménager, certes, mais en plus d’être extrême, cette solution n’a rien de réaliste pour une très large majorité des locataires. Des locataires captifs autant que leur porte-monnaie.

 

Ce n’est malheureusement pas la redistribution par le biais de la caisse maladie (un rabais de quelques francs qui figurent sur nos décomptes mensuels de primes maladie) qui changera la donne. Actuellement, cette redistribution a un caractère un tantinet social. En moyenne, le poids de la taxe est partiellement fonction du salaire et pour certaines exemptions (ménage de 4 personnes par exemple), la redistribution permet même de compenser ce qu’on peut avoir à payer comme locataire pour la taxe [1]. La redistribution est donc une bonne chose, mais il est indispensable de veiller à ce que les locataires ne soient pas à terme les seuls à payer le tournant énergétique. En l’état, l’augmentation de la taxe, bien qu’incitative, aura pour seul effet d’étouffer les personnes les plus en difficulté. Il est urgent que le système devienne plus solidaire. Si ce n’est pas le cas, il fera porter le coût du tournant énergétique aux seuls citoyennes et citoyens, qui n’ont pas leur mot à dire dans l’affaire. Toutes celles et tous ceux qui, n’ayant pas les outils pour agir afin de changer « leur » système de chauffage ou en diminuer leur utilisation, se font piéger par des propriétaires plus enclins à encaisser les loyers qu’à investir dans l’avenir. Dans ces conditions, les objectifs voulus par notre pays ne seront jamais atteints et, pire, on aura encore accru les inégalités.

 

Au milieu de ce tableau, finalement assez noir, des outils existent néanmoins, à l’instar du programme « Bâtiment ». Ce programme, très important dans la politique climatique suisse, permet de subventionner en partie les rénovations de constructions en vue d’une amélioration énergétique. Mais là encore, la rénovation dépend du bon vouloir du propriétaire, le locataire restant captif des décisions de son bailleur.

 

En conclusion, si en Suisse 60% des habitants et habitantes sont locataires, le système en œuvre n’en tient que très peu compte… Ou alors, s’il en tient compte, c’est uniquement dans le sens où le locataire est considéré comme financier principal de la transition.

 

Partant de ce constat, pour faire face à la crise climatique, en plus des nécessaires et massifs investissements de la Confédération, les propriétaires doivent impérativement être amenés avec davantage de fermeté à faire évoluer leurs installations énergétiques et isoler leurs bâtiments. Une obligation d’assainir donc[2], mais aussi la possibilité de bénéficier d’aide complémentaire à l’investissement[3], car, disons-le clairement, les propriétaires ne sont pas tous de riches financiers, et il n’est pas question ici de les pousser vers la faillite.

 

Enfin, autre outil ou solution à envisager : une révision du droit du bail pour éviter les reports inconsidérés sur les locataires – et donc des augmentations de loyers. Mais, pour ce cela, comme pour la mise en place d’autres mesures, il faut que de nouvelles majorités se dessinent au Parlement fédéral et que celles que nous connaissons actuellement soit remplacées. Encore une bonne raison, ce 20 octobre, de voter à gauche !

[1]https://www.sp-ps.ch/fr/publications/communiques-de-presse/en-finir-avec-le-petrole-le-plan-marshall-climatique-pour-la(Plan Marschall PS : étude comptabilité sociale (dia 35-37))

[2]https://www.sp-ps.ch/fr/publications/communiques-de-presse/en-finir-avec-le-petrole-le-plan-marshall-climatique-pour-la(Plan Marschall PS : 40 mesures (mesure C5))

[3]https://www.sp-ps.ch/fr/publications/communiques-de-presse/en-finir-avec-le-petrole-le-plan-marshall-climatique-pour-la(Plan Marschall PS: 40 mesures (mesure C3))

Manger sainement doit être un droit et non un luxe

Contre une alimentation à deux vitesses

 

« Je ne sais plus quoi manger »… La phrase m’est arrivée au vol, dans un café de La Chaux-de-Fonds. Une femme discutait avec une amie et le sujet m’a fait tendre l’oreille. J’apprends alors que non, ce n’est ni l’écoeurement, ni la lassitude qui a coupé l’appétit de cette quinquagénaire, mais ses questionnements sur la santé et l’environnement en lien avec l’alimentation. Sa perplexité est largement partagée : comment manger sainement, sans traces de pesticides, par exemple, en épargnant nos ressources naturelles ? Comment savoir si ce que nous ingérons est à la hauteur de nos attentes ? Le florilège des qualificatifs utilisés par l’agriculture moderne, « biologique », « biodynamique », « de proximité », « durable », « extensive », « en respect des animaux » ou « sans pesticide de synthèse », façonnent notre alimentation mais ne simplifie pas vraiment la situation. Comment savoir si on fait réellement le « bon choix », pour nous, pour les générations futures, pour la préservation des écosystèmes ?

 

Cette femme n’est pas aidée dans sa réflexion par les débats parlementaires. Alors que les scientifiques tirent la sonnette d’alarme en révélant notamment la présence de substances toxiques dans nos aliments et leur nocivité, les décisions politiques ne suivent pas ou si peu (la preuve encore lors de la session d’été, qui a vu la majorité du Conseil national s’opposer aux initiatives anti-pesticide). Pendant que les lobbys d’une certaine agriculture, de l’agroalimentaire et de la chimie hantent les couloirs du Palais fédéral, nous, consommatrices et consommateurs, sommes bien seul-e-s face à ces choix cornéliens. « Faut-il se tourner vers le bio, un choix en augmentation, mais est-ce vraiment accessible ?» se demandait ma voisine de table. Après une santé à deux vitesses, une alimentation à deux vitesses ? Malheureusement oui et depuis longtemps. Manger sainement devrait être pourtant un droit et non un luxe ! Se nourrir sainement à tous niveaux a un prix, et c’est peut-être ça le plus grand dilemme et la première injustice.

 

Le temps est venu d’une réelle politique d’incitation pour permettre au plus grand nombre d’avoir accès à une alimentation exempte de substances toxiques. Pourtant, les réticences sont légion : les discussions récentes au Grand Conseil neuchâtelois en sont la preuve. Que ça soit la volonté d’interdire les pesticides de synthèse ou demander la reconversion des exploitations agricoles sur terrain de l’État en culture biologique, une certaine retenue pour ne pas dire une réelle opposition des autorités est palpable. Des craintes quant à la faisabilité, mais surtout de chambouler une partie du milieu agricole qui a de la peine à se réinventer.

 

Or, se réinventer par rapport au mode de production concerne également les conditions de travail. Encore dernièrement, la Chambre d’agriculture de l’Union paysanne suisse s’est démarquée en ne voulant pas reconnaître la rétribution du travail fourni par les paysannes avec une couverture sociale. L’agriculture ne pourra être durable que lorsque l’ensemble des actrices et acteurs des exploitations seront traité-e-s décemment. Dans le système actuel, qui voit l’agriculteur bien mal payé pour son travail alors que les distributeurs et intermédiaires se frottent les mains, il n’est pas normal que le coût ne soit que pour nous, consommateurs et consommatrices.

 

L’enjeu est majeur : notre société doit se réinventer et ce ne sera pas une petite affaire !

 

Et des solutions existent pour faciliter une transition agricole durable et bio. Des mesures d’accompagnement pour soutenir les agricultrices et agriculteurs qui passent à des cultures biologiques ou qui souhaitent s’en rapprocher sont un moyen d’y parvenir, tout en tenant compte que la faisabilité de reconversion dépend du type de production. De la même manière, pourquoi les établissements publics, comme cantines et autres cafétérias de lieux de formation par exemple, ne passeraient-il pas au bio en s’approvisionnant par circuits courts ? Une mesure favorable à plus d’égalité des chances qui permettrait également de garantir aux agriculteurs locaux l’achat de leurs produits et à nos plus jeunes une alimentation saine.

 

Les pessimistes diront que pour passer au bio l’ensemble des cultures à l’échelle mondiale, il faudrait soit augmenter les surfaces des sols soit limiter le gaspillage. Et que la Suisse peine déjà à maintenir ses surfaces cultivables. C’est un fait. Mais pour ce qui est du gaspillage, nous savons combien notre marge de manœuvre est gigantesque. Saviez-vous que l’agriculture actuelle génère plus de 200 000 tonnes de déchets alimentaires alors que les 90% pourraient être évités ? Et que les ménages produisent un million de tonnes de déchets, dont la moitié pourrait être évitée ? Là aussi, il est temps que nous agissions pour trouver des solutions.

 

Car, finalement, d’un point de vue global, si tout le système change, il y aura surtout des bénéfices tant sur notre vie quotidienne que celle de nos enfants et sur les coûts de la santé, de même que pour les travailleurs agricoles.

 

Qu’avons-nous à perdre?

 

Se soucier du climat, c’est prévenir l’accroissement des inégalités

Il y a plusieurs semaines, à l’annonce de l’état des comptes de la Confédération, c’est un sentiment de colère qui m’envahit. Depuis plusieurs années, la rengaine est inchangée : on coupe, on réduit, on restructure pour satisfaire de nouvelles mesures d’économie… et on obtient au final des comptes bénéficiaires de l’ordre du milliard ! Voire de plusieurs milliards !

 

Au travers de cet exercice comptable, la Confédération a démontré, une fois de plus, que des moyens existent et peuvent être mobilisés. Des moyens indispensables pour faire notamment face aux urgences. Oui, aux urgences, et elles ne manquent pas. Des personnes continuent à souffrir dans notre pays et notre rôle, celui de l’État, est de les soutenir. Il en va de même pour notre environnement, pour le climat et les changements qui ont débuté. Portée par les jeunes de notre pays, l’opinion publique a évolué, les citoyennes et citoyens se sentent de plus en plus concernés, l’urgence climatique est exigée.

 

Notre responsabilité est de rappeler que les conséquences des changements climatiques toucheront encore une fois les plus faibles. À l’étranger mais aussi chez nous. Santé, emploi, pouvoir d’achat, égalité, alimentation, logement, transports sont autant de secteurs pour lesquels le fossé entre riches et pauvres va s’accroître. À nous d’agir pour apporter des réponses.

 

Pour y parvenir, la Suisse doit investir pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. En Suisse, mais aussi au niveau international, dans un souci de solidarité, les émissions de l’étranger étant les nôtres si elles participent à notre consommation. Les conséquences du réchauffement touchent et toucheront des populations entières pour qui la migration devient le seul refuge. Plusieurs dizaines de millions de personnes devront abandonner leur foyer, leur vie pour migrer ces prochaines années en raison des effets des températures annoncées. A qui la faute ? Nous ! Assumons notre part. Ce n’est toutefois pas en culpabilisant sur notre canapé que nous avancerons mais bel et bien avec la volonté de changer les choses. Et cette volonté ne doit pas s’éclipser au soir du 20 octobre.

 

Aujourd’hui, malgré l’urgence, si incroyable que cela puisse sembler, seule une partie de la taxe sur les combustibles contribue à amorcer le tournant attendu. Quasiment rien au niveau du budget de la Confédération alors qu’il faudrait un plan sérieux. Les mesures individuelles doivent laisser la place aux mesures collectives. Fini le temps du chacun pour soi ! Le mouvement de la grève pour le climat a démontré que le collectif et surtout la solidarité doivent primer.

 

Dépassons ce qui a été fait jusqu’ici. Arrêtons d’exempter les entreprises pour ce qui concerne l’énergie et le climat, à l’échelon fédéral ou cantonal. Pourquoi uniquement « récompenser » l’économie pour les efforts fournis ? La tonne de COn’a-t-elle pas le même impact si elle est issue d’une entreprise ou d’un foyer ? Pas sûr ! La transition ne doit pas accentuer le risque de précarisation. Le locataire doit pouvoir être acteur de cette transition et non simplement la subir.

 

Qui dit économie dit également réfléchir aux formations qui permettront d’accompagner la transition. Nous avons un potentiel en matière d’innovation des technologies durables, un secteur qu’il faut continuer de soutenir. Nous devons aussi réfléchir aux moyens d’accompagner les personnes subissant la transition technologique par une approche orientée environnement et social. Avec des conséquences concrètes sur la vie des personnes.

 

L’adaptation que nous devons accomplir est l’occasion de repenser notre façon de vivre, de consommer, de nous alimenter et de nous déplacer. Il faudra donc être vigilants afin que les mesures soient bien réfléchies pour faire face au réchauffement annoncé sans créer plus d’inégalités.

 

Santé et environnement : couple maudit ?

Les primes-maladie sont au centre des préoccupations des habitant-e-s de notre pays [1]. Pas étonnant lorsque l’on sait qu’elles augmentent chaque année. Pas étonnant, vu le poids qu’elles ont pris dans le budget des ménages. Parler de la LAMAL n’est pas gage de joie, le système étant bien malade, alors que celui-ci devait être solidaire.

Quel constat pour ce pays qui se dit si riche et qui, de fait, l’est ! Triste résultat d’un démantèlement qu’on doit notamment aux assureurs et au manque de transparence du système.

 

Cela doit changer. Notre regard sur le système de santé doit bouger. Mais également prendre en compte un élément essentiel : l’effet de l’environnement sur la santé. Quoi de plus légitime que de s’occuper de la transition écologique pour éviter l’impact de substances toxiques sur la santé ? On évoque à demi-mot, mais de plus en plus distinctement, l’impact de certaines substances dont on sait qu’elles charrient des cancers, des attaques neurologiques, changements hormonaux et d’autres maux. L’Homme et sa créativité sans borne serait-il un ennemi pour l’homme ? Et pour la femme ?

 

L’inaction des majorités politiques actuelles n’est pas défendable. Pire : elle est honteuse. Elle doit changer. Les majorités politiques doivent changer.

 

En 2016, Philippe Grandjean, professeur à Harvard de médecine environnementale, tirait la sonnette d’alarme à propos des effets de produits chimiques comme le mercure, le plomb ou les pesticides sur le développement du cerveau[2]. Des effets sur les bébés. Sur les fœtus. Ce ne sont pas les mères qui sont coupables, mais bien l’environnement dans lequel elles donnent la vie.

 

Grandjean rappelle : un enfant sur six souffre d’une anomalie du développement neurologique. Une personne sur huit souffre de déficit de l’attention. Des situations qui coûtent à notre société. Des situations qui, bien qu’en augmentation, ne défrisent pas les majorités bourgeoises qui continuent d’appliquer des mesures d’économie présentées comme incontournables.

 

Ceci alors qu’en 2015 déjà, les coûts sanitaires des perturbateurs endocriniens sur la société européenne étaient estimés au minimum à 150 milliards d’euros[3]. A quand en Suisse de réelles études de ce type ? Avons-nous peur des résultats ?

 

Dans ce contexte d’urgence et de solutions existantes, le Conseil fédéral préfère camper sur ses positions : il vient de rejeter les initiatives pour « Une Suisse libre en pesticides de synthèse[4] » et « Pour une eau potable propre et une alimentation saine[5] » sans contre-projet[6][7].

 

Une avancée est toutefois perceptible à la lecture de la révision proposée par le Conseil fédéral qui permettrait d’abaisser les valeurs d’assainissement notamment pour le plomb et les hydrocarbures polycycliques dans les sols en lien avec un site pollué lorsque des enfants jouent régulièrement sur ces surfaces[8].  Une mesure sanitaire pour se mettre au niveau des pays européens et répondre aux évaluations toxicologiques. Mais encore faut-il que les organes consultés fassent une réelle pesée d’intérêts qui tienne compte de la santé des enfants, des coûts engendrés par ces substances sur ces derniers et non pas que des coûts de mise en œuvre technique.

 

Alors à quand une réelle politique qui associe santé et environnement ou coûts pour la préservation de l’environnement et coûts de la santé en lien avec les effets néfastes de l’environnement ? La réponse est simple, lorsque les majorités politiques actuelles basculeront ET que les lobbys de l’industrie chimique perdront leur poids. Mais l’un ne va-t-il pas sans l’autre ?

 

[1]https://www.rts.ch/info/suisse/10221359-verts-et-vert-liberaux-ont-le-vent-en-poupe-selon-le-barometre-ssr.html

[2]https://www.lemonde.fr/sciences/article/2016/03/21/l_4887175_1650684.html

 

[3]https://www.novethic.fr/actualite/environnement/sante-environnementale/isr-rse/perturbateurs-endocriniens-un-cout-d-au-moins-150-milliards-d-euros-pour-l-europe-143135.html

 

[4]https://lebenstattgift.ch/fr

 

[5]https://www.initiative-sauberes-trinkwasser.ch/fr/

 

[6]https://www.tdg.ch/suisse/pesticides-synthese-cf-rejette-initiative/story/20329939

 

[7]https://www.letemps.ch/suisse/conseil-federal-rejette-linterdiction-pesticides-synthese

 

[8]https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/sites-contamines/droit/auditions.html

 

Le sol, cette ressource non renouvelable

Avec l’initiative STOP Mitage, un réel débat pouvait s’ouvrir sur la gestion de l’utilisation du sol : un débat plus que nécessaire, non ? Pourtant, une fois de plus, les commentaires des opposants à l’initiative ne se focalisent que sur ce qui pourrait être limité et non pas ce qui devrait être protégé. En somme, la guerre des chiffres a été lancée pour savoir si l’effet de la révision de la LAT (Loi fédérale sur l’aménagement du territoire) a un effet sur les zones à bâtir ou si on doit encore accentuer les mesures. Bien sûr, aucune réelle considération sur ce qu’il va nous manquer, à notre alimentation notamment, si nous ne nous préoccupons pas de protéger le sol en tant que ressource naturelle.

 

Il est clair que notre population augmente et que les besoins en logement s’élèvent en proportion, mais il n’est toutefois pas judicieux de se focaliser seulement sur cet aspect. Il existe des façons de penser le construit autrement. Quant aux sols, une réflexion plus large doit être menée pour aboutir à une gestion intégrée des sols, comme cela se fait pour la ressource « eau ». Une gestion qui implique l’ensemble des acteurs avec une réelle pesée des différents intérêts. Bien que la stratégie « sol » de la Confédération aille dans ce sens, les effets prendront du temps à être visibles. Patience me direz-vous ? Peut-être, mais la dégradation des sols agricoles fertiles se poursuit sans discontinuer. C’est stupéfiant lorsque que l’on sait que le sol est une ressource naturelle qui, en raison d’une formation très lente après un processus complexe, est considérée comme une ressource non renouvelable. Ainsi, lorsqu’il est imperméabilisé (par la construction d’infrastructures ou d’habitat), le sol peut être considéré comme perdu, excepté s’il est déplacé pour être réutilisé – mais les cas sont insuffisants pour être significatifs. Et quand il n’y a plus, il n’y a plus !

 

Espérons que les résultats du programme PNR 68 puissent enfin être pris au sérieux en intégrant un indice de la qualité des sols dans les décisions d’aménagement du territoire. Ayons le bon sens de préserver les bonnes terres au détriment des terres dégradées. Un bon sens qui ne va pas de soi, car l’on se heurte rapidement au fait que le sol est considéré comme un bien privé, à l’inverse de l’eau potable dont le caractère public n’est jamais remis en cause au sein de la population. Le sol doit retrouver une vocation publique, par un soutien d’un agriculture biologique durable qui permette de satisfaire le consommateur par des produits sains et de proximité, en garantissant des conditions de travail adéquates. Un soutien qui permettra également une préservation de la biodiversité, une biodiversité qui, même si certains en doutent encore, est indispensable à l’être humain. Ne pas préserver les sols, par l’effet en cascade qui en découle, c’est simplement ne pas garantir un avenir durable à l’être humain.

 

L’inaction décrite n’a rien de nouveau et surtout, malheureusement, rien d’étonnant ! Malgré les fonctions primordiales de la ressource naturelle « sol » – telles qu’abri pour la biodiversité, support de la production de biomasse (de notre nourriture comme les légumes par exemple), régulateur du régime hydrique (effet éponge) pour la prévention des inondations, purificateur des eaux chargées en pollution ou capteur de COqui permet d’agir sur le changement climatique – celle-ci est souvent le parent pauvre des discussions environnementales.  Cette inaction implique une perte directe de la ressource “sol”, une perte liée à une imperméabilisation sans cesse en augmentation, et dont les effets sont principalement visibles sur le paysage. Le sol est aussi le parent pauvre des budgets cantonaux : les cantons sont censés surveiller la qualité des sols, mais rares sont ceux qui s’appliquent à cette tâche par manque de ressources pour certains et/ou de volonté politique pour d’autres. L’excuse est, dans les deux cas, facile.

 

 

Écologie et féminisme, même combat ?

En fin d’année 2018, cette phrase de Françoise d’Eaubonne résonnait dans ma tête « Le rapport de l’homme à la nature est, plus que jamais, celui de l’homme à la femme. Il s’agit d’empêcher que ce rapport de destruction se transforme aujourd’hui en celui d’assassinat »[1]. Pour l’écologie ou pour le féminisme, nous devons mener des combats contre la loi du plus fort, des combats pour un développement durable. Cette phrase de F. d’Eaubonne a beau dater de la fin des années 70, elle a encore tout son sens en 2018.

 

Une année 2018 marquée par la mobilisation féministe, d’abord latente ensuite grandissante. Mois après mois, ça s’active, ça chauffe dans les milieux féministes, dans les collectifs cantonaux, pour une grève des femmes, une grève féministe le 14 juin prochain. Une mobilisation bouillonnante qui fait suite au mouvement planétaire #MeToo, mais pas seulement. En effet, la Suisse n’est pas épargnée par les discriminations envers les femmes. En février de cette année, l’OCDE dévoilait que la Suisse tenait la 26èmeposition au glass-ceiling index, juste devant la Turquie. Insupportable? Oui, totalement pour un pays riche et développé comme le nôtre. Et ceci alors que la Suisse a adhéré à l’Agenda 2030 de l’ONU dont plusieurs des objectifs sont en lien avec l’égalité des sexes[2].

 

En parallèle à ces mobilisations citoyenne, politique et syndicale, un autre sujet brûlant, un autre mouvement citoyen s’enflamme. Face à une atmosphère qui se réchauffe, la population de notre pays, de notre planète, manifeste son mécontentement par rapport à la l’inaction de nos gouvernants. Alors que tous les voyants sont au rouge vif et que les experts scientifiques interviennent à toutes les occasions possibles pour le faire entendre, la population est en effet en droit d’attendre autre chose. Les articles, émissions et reportages s’enchainent à ce propos et depuis peu, on évoque même un mouvement du type « grève du climat » qui germe chez les jeunes, l’avenir de notre pays. Voilà un signal fort envers les politiciens suisses pour qu’ils apportent des réponses claires et rapides, et surtout prennent leurs responsabilités ! A quand une réelle démocratie écologique ?

 

Deux mouvements, deux combats mais une seule manière d’y répondre de la majorité parlementaire. Le camp bourgeois fait fi de la moitié de la population, tout comme de l’avenir de notre planète et donc de notre société. Quelle arrogance ! Cela en devient insupportable !

 

Une arrogance qui ne tient pas compte des revendications des femmes d’un côté et d’une remise en cause de notre façon de consommer de l’autre. Les réponses libérales sont toutefois toujours les mêmes : « cela coûtera trop cher à l’économie » ; « laisser faire le marché, cela va s’autoréguler » ; « cela va prendre du temps, mais… » et pire encore, certains arrivent se convaincre que les mini-réponses apportées seront appropriées. Des postures hautement paternalistes ! Pas de mesures concrètes pour atteindre l’égalité salariale, tout comme pour faire face à la précarité chez les femmes – ceci alors que, rappelons-le, plus de 20’000 personnes défilaient dans les rues de Berne le 22 septembre dernier (une première prise de température pour le 14 juin 2019) – et, in fine, aucune avancée dans la politique climatique.

 

Mais finalement ce sont toujours les plus démunis économiquement qui font les frais de cette politique de l’autruche. Par l’immobilisme qui en découle, les femmes sont toujours discriminées sous nos latitudes et elles subissent de plein fouet la crise climatique dans les pays où des conflits en découlent. Et dans notre pays, les bas revenus devront constater dans un avenir proche que les mesures d’adaptation au climat ne sont accessibles que pour les riches. Quand on sait que les femmes seules avec enfants sont un des groupes à plus haut risque concernant la pauvreté, l’inaction contre la crise climatique ne pourra qu’accroître, une fois de plus, les inégalités. Des inégalités dénoncées en France et qui pourraient expliquer la forte présence des femmes dans le mouvement des gilets jaunes.

 

L’année 2018 restera toutefois marquée par une avancée parlementaire. Le 5 décembre dernier, l’Assemblée fédérale a élu, le même jour, au premier tour, deux femmes Conseillères fédérales. Si l’on peut s’en réjouir pour la représentation des femmes en politique et donc pour une meilleure démocratie, en est-il de même pour la question climatique ? Même si on se souvient de la décision de la sortie du nucléaire, qui avait été prise avec une majorité de femmes au Conseil fédéral, il n’est pas dit qu’il en ira de même pour le défi climatique. Je n’en sais rien, j’attends de voir. La seule chose dont je suis convaincue en ce moment, c’est qu’écologie et féminisme resteront mes combats pour 2019, pour plus d’égalité, pour plus de justice écologique et sociale !

 

 

[1]EAUBONNE, Françoise d’, 1978 Écologie/féminisme. Révolution ou mutation ? Paris, Éditions ATP.

[2] Les indicateurs du développement durable en lien avec l’égalité des sexes sont décrits positivement car une amélioration est visible. Toutefois, si l’on prend la tendance actuelle pour l’égalité salariale par exemple, il faudra attendre 2045 pour l’atteindre.

Le sol, grand absent des discussions concernant notre alimentation ?

Alors que les débats en lien avec les prochaines votations fédérales s’enflamment pour savoir s’il faut manger bio, sans viande, avec quinoa, local ou fait maison, la thématique du sol est souvent oubliée. Et pourtant, le sol, ce substrat sur lequel poussent nos carottes, notre blé, et où paissent nos vaches qui nous fournissent viande et lait aurait sa place au cœur du débat. Les sols ont de nombreuses fonctions, souvent oubliées, comme celle d’être filtrants, notamment pour les eaux souterraines. Une eau qui irriguera nos champs ou que l’on retrouvera à notre robinet. Mais les sols font aussi office de tampons en présence de certaines substances, ils stockent les nutriments et le CO2, ils servent enfin de support pour la production de biomasse, à commencer par les denrées alimentaires au cœur des débats de cette fin d’été.

Malgré ces fonctions essentielles, le sol a subi et subit encore nombre d’attaques, de dégradation, toutes liées à des utilisations peu reluisantes. Ainsi, lorsqu’il se trouve aux abords d’une route, d’un ancien site industriel, ou s’il supporte une agriculture intensive utilisant pesticides et autres produits de synthèse, le sol voit des substances telles que métaux lourds et autres polluants nocifs pour la santé s’accumuler et le dégrader.

Actuellement, lorsqu’une pollution est constatée, la seule solution consiste à purement et simplement retirer le sol touché pour l’éliminer (principalement en décharge) avant finalement de le remplacer par un autre. Un système qui connait des limites car, là où il faut quelques années à anéantir un sol de notre plateau, il a fallu des milliers d’années à le former.

Autant de considérations qui échappent à la majorité de la Commission de l’environnement du Conseil national. Celle-ci, au lieu de prendre des mesures pour limiter voire supprimer tout apport de pollution et ainsi préserver la qualité des sols, n’a rien trouvé de plus ridicule que de se tirer une balle dans le pied et de faire une fleur… aux fusils. La commission a, en effet, choisi de proposer la suppression du délai, fixé actuellement à 2020, à partir duquel les assainissements de sols ne sont plus subventionnés par la manne publique si les sols ont été pollués par des tirs. Ainsi, l’assainissement des sols pollués par le tir en campagne et les tirs historiques sera toujours soutenu par des subventions fédérales. Par cette démarche à la virilité et au courage que je vous laisse apprécier, la commission attribue un permis de polluer sans limite à la pratique du tir en campagne. Le tir en campagne qui, juste en passant, provoque en une journée une pollution équivalente à celle l’activité annuelle d’un stand de tir. La pollution au plomb, dont la toxicité n’est plus à démontrer, perdurera ainsi des milliers d’années dans le sol.

Anecdotique pour certain, cet exemple parmi tant d’autres, témoigne de la non-volonté, pour ne pas dire de l’obstructionnisme, dont fait preuve l’actuelle majorité à mener une politique de réelle protection des sols, de l’environnement et donc de la santé. Alors qu’une densification du territoire devrait encourager à trouver des solutions pour préserver les sols dont la qualité est reconnue, le Conseil fédéral fait la sourde oreille aux interpellations et postulats demandant de tendre à une gestion durable des sols. Il invoque le manque de données à disposition. Soit, mais que fait-il pour dépasser cet écueil. Le manque de données disponibles ne devrait-il pas interpeller pour agir concrètement et rapidement ?

La nécessité de préserver, voire améliorer, la qualité des sols est impérative. Une détérioration continue de leur qualité ne permettra plus de maintenir les fonctions essentielles des sols, cette détérioration étant de surcroît rarement réversible. Quand bien même les surfaces cultivables actuelles permettraient de garantir de vivre en autarcie, moyennant certes des changements dans nos habitudes alimentaires, faudrait-il encore que la qualité du sol le permette. De quoi regretter que le sol, cet essentiel substrat à la vie, soit si peu abordé dans les discussions en cours sur notre alimentation.