Un accord trompeur

Les affirmations voulant que l’accord de libre-échange avec l’Indonésie « pose les bases d’une économie plus durable et équitable »[1] ou « l’accord de libre-échange renforce le développement durable »[2] ne manquent pas ces temps-ci. En effet, l’économie et certaines personnalités politiques soutenant cet accord se veulent depuis quelques semaines être de grandes promotrices de la durabilité. La droite et les milieux économiques auraient-ils enfin intégré que nous n’avons une seule planète ? J’ai bien peur que nous en soyons une fois de plus encore très loin…

Le 7 mars prochain, le peuple suisse devra se déterminer sur cet accord commercial avec l’Indonésie. Un nouvel accord de libre-échange car la Suisse n’en est pas à son premier. Mais pour la première fois, le peuple pourra donner son avis. Une disposition nouvelle qui permet un réel débat dans notre pays en actionnant le référendum.

Même s’il est vrai que cet accord a un chapitre dédié à la durabilité et qu’il a été renforcé par le Parlement, il reste insuffisant. Il n’y a aucune garantie de l’application de sanctions en cas d’infraction lors de la production d’huile de Palme. La certification RSPO n’a rien de convaincant et la formulation dans l’accord reste très vague[3]. Pas besoin de vous faire le dessin que sans contrainte, il n’y aura pas d’avancées avec cet accord.

De plus, alors que la Suisse développe son Agenda 2030 (agenda pour le développement durable), nous pouvons nous demander si un tel accord est compatible avec les objectifs fixés ? L’augmentation de la production l’huile de palme entrainera inévitablement des violations de normes dans le domaine social et environnemental pour garantir une maximisation des profits[4]. Des profits dont seule une minorité profitera. Encore une façon d’un peu plus creuser le fossé entre les pays du Nord et du Sud, au contraire de ce que vise l’Agenda 2030.

Une maximisation des profits qui détruit la planète mais qui a aussi des conséquences sociales : travail forcé ou avec des salaires indécents notamment. L’huile de palme est un triste exemple. Cette activité agricole est accélératrice de la déforestation de notre planète. Une déforestation de la forêt tropicale qui touche directement la biodiversité et le climat, en asséchant des zones comme des tourbières.

Il est temps que nous agissons pour une réelle prise de conscience de la nécessité de la préservation de la nature et de sa biodiversité, et ceci aussi de manière globale. A force de détruire la biodiversité, de diminuer nos ressources naturelles, nous impactons également négativement des populations et accentuons davantage les inégalités. Le vote sur cet accord est l’occasion de nous opposer à ces échanges économiques qui n’ont plus d’avenir si nous voulons réellement vivre dans un monde durable.

[1] https://www.swissinfo.ch/fre/votations-du-7-mars_simone-de-montmollin—cet-accord-de-libre-échange-pose-les-bases-d-une-économie-plus-durable-et-équitable-/46300222

 

[2] https://www.economiesuisse.ch/fr/articles/libre-echange-avec-lindonesie-des-opportunites-pour-les-deux-pays

 

[3] https://www.publiceye.ch/fr/thematiques/politique-commerciale/politique-commerciale-bilaterale/indonesie/votation-ale-indonesie

 

[4] https://www.pronatura.ch/fr/2018/pas-de-libre-echange-pour-lhuile-de-palme

 

Martine Docourt

Députée au Grand Conseil neuchâtelois depuis 2009, Martine Docourt a présidé le groupe socialiste durant une législature. Depuis 2017, elle copréside les Femmes* socialistes suisses. En tant que géologue de l’environnement, elle a eu plusieurs expériences dans l’administration publique cantonale et fédérale. Elle vit à Neuchâtel avec ses deux jeunes enfants et son mari.

3 réponses à “Un accord trompeur

  1. MERCI pour ce résumé sur cet accord qui n’arrange que ceux qui vont individualiser les bénéfices et collectiviser sur le dos de la population locale le désastre écologique qu’on va créer chez eux !
    Vous allez fâcher la patronne de la CVCI qui défend bec et ongles cet accord ….

  2. C’est un parfait exemple de ce que l’on appelle le “greenwashing”. L’espèce humaine n’apprend rien: un an après la pandémie (où les problèmes de proximité des animaux sauvages, suite à la destruction de leur habitat, avec l’homme ont été évoqués comme cause possible ainsi que l’impossibilté de trouver certain produits car on s’est aperçu de notre dépendance pour des denrées de base à des pays lointains), les sondages donnent cette votation comme très serrée.

    La fausse promesse de résorber un peu le chômage post-pandémie en Suisse associée à la bonne conscience d’une huile de palme en très faible quantité et produite de manière durable fonctionne.

    Quelle naîveté ! Si vous avez vécu en Indonésie ou en Malaisie , vous connaîssez la nocivité de ces plantations qui n’enrichissent que peu de monde. D’autre part, on prends conscience à quel point les deux pays vivent dans des réalités et des cultures différentes (1er pays musulman au monde et très conservateur, salaire moyen de 400 USD, habitudes alimentaires et loisirs aux antipodes de la Suisse). Il y aura, certes, des niches permettant de faire un peu de commerce mais cela ne dépassera jamais 0.5 % des exportations (0.2 % actuellement). Il y d’autres priorités et il reste possible de développer notre relation avec l’Indonésie sans signer un tel accord.

    L’enjeu est bel et bien une forme d’industrie agro-alimentaire ultra-polluante (monoculture intensive, déforestation, pesticides, semences brevetées, transport générateur de CO2, etc) à laquelle il faut mettre fin. C’est une impasse et il existe d’autres voies pour maintenir la croissance de manière beaucoup plus durable.

  3. Madame Docourt, avec quel pays seriez-vous d’accord que la Suisse ait un accord de libre-échange ?

    C’est juste pour savoir si ce n’est pas plutôt le principe même du libre-échange qui vous dérange vous ainsi que la gauche, sachant qu’il n’existe absolument aucun pays exempt de tout reproche en terme de production durable et équitable.

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