Au cœur de ta haine

La colère la plus déchirante peut, avec beaucoup d’efforts, être réorientée vers de la gratitude et de la compassion. Pour cela, il est nécessaire de la traverser, de l’observer et de la comprendre.

Une fois dans la solitude, ouvre-toi à cette colère, ressens-la intensément, intensifie-la, laisse-la crisper l’entier de tes muscles et faire trembler ton corps, crie, pleure. Cette émotion est là pour une bonne raison, accueille-la, offre lui l’espace et le temps dont elle a besoin.

La chasse aux trésors

Quel que soit l’évènement ayant provoqué cette émotion, les origines de cette colère se trouvent uniquement en toi. Les actes ou les paroles qui t’ont fait mal viennent toucher un point extrêmement sensible de ta personne, ce qui te permet de prendre conscience de tes blessures ou de tes cicatrices. En cela, tu peux déjà éprouver de la gratitude : sans cette colère, tu n’aurais pas réalisé que tu es fragile à cet endroit-là.

Tu as maintenant l’opportunité d’évoluer. Tu peux explorer ce que ce talon d’Achille dit sur toi, t’ouvrir à tes fêlures et les comprendre. Qu’est-ce qui se passe à l’intérieur de toi ? Qu’est-ce que cet évènement vient toucher en toi ? C’est également l’occasion d’examiner en quoi ton propre comportement a contribué à engendrer cette situation qui te met en colère. Cela te permettra d’orienter tes futurs comportements vers des résultats correspondant à tes désirs.

Des limites constructives

Tu peux aussi ressentir de la compassion pour la personne qui t’a fait ressentir ces émotions. Elle avait forcément une raison d’agir de cette manière, que tu ignores peut-être, parce que certaines pièces du puzzle te manquent pour entrer dans son mode de pensée – une blessure profonde qui anime ses réactions, une valeur qui lui tient à cœur, un évènement qui lui est arrivé récemment ou dans un lointain passé, une expérience de vie marquante, ou tout simplement un aspect culturel qui t’échappe.

Il est possible qu’elle ait cherché à te faire du mal, ce qui n’arrive que dans les situations où elle était elle-même en souffrance. On ne cherche pas à blesser autrui lorsqu’on se sent bien. Cela peut te motiver à ouvrir ton cœur à la compassion. Dans tous les cas, il est possible de se mettre à sa place et d’accepter que là où elle se situait à ce moment précis, ce comportement était sa meilleure option.

Ressentir de la compassion envers quelqu’un ne signifie pas que tu la laisseras te blesser à nouveau à cet endroit. L’émotion que tu traverses te permet d’ajuster tes attentes. Ta représentation de la relation ne correspondait pas à la réalité. Tu peux donc réadapter tes exigences, ce qui signifiera parfois que tu couperas les ponts ; d’autres fois, que tu ne confieras pas d’éléments intimes à cette personne et que tu te contenteras d’échanges plus légers avec elle ; d’autres encore, que tu ne prendras pas au pied de la lettre chacune de ses promesses ; il peut y avoir plein d’autres adaptations.

Un dialogue constructif

Mais ne serait-ce pas plutôt à l’autre de changer ? Tu peux te changer, toi, tes réactions, tes attentes, tes blessures. Tu ne peux pas changer les autres, seuls eux le peuvent, s’ils le décident. Tu n’as pas le pouvoir de leur obliger à modifier leur comportement. Tu peux, cependant, exprimer tes besoins, en gardant en tête que la personne est libre d’accepter ou de refuser. Avant d’engager le dialogue, prends le temps de vérifier que tu es en mesure de t’adresser à l’autre avec bienveillance. Évalue aussi si ton partage sera utile à votre relation. Si c’est le cas, tu peux t’exprimer grâce à cette méthode de Communication Nonviolente de Marshall B. Rosenberg :

1. Lorsque tu [mentionner le comportement en question de manière précise et factuelle, sans jugement].
2. Je me sens [expliquer la conséquence du comportement sur TON ressenti en nommant l’émotion qu’il génère chez toi].
3. Du coup, j’aimerais bien que [proposer un comportement qui m’aiderait à me sentir mieux, tout en gardant à l’esprit que la personne a le droit de refuser].

Par exemple : Lorsque tu arrives avec vingt minutes de retard au restaurant, je ressens de la frustration car je n’ai pas tenu mon planning. Du coup, j’aimerais bien que tu me dises si tu as besoin que nous décalions nos rencontres pour que tu puisses arriver à l’heure.

Quel que soit le message que tu souhaites transmettre, veille à faire preuve d’écoute et de compréhension. Une conversation constructive peut également t’ouvrir les yeux sur un élément du problème auquel tu n’avais pas pensé, y compris une erreur de ta part. En offrant un accueil bienveillant à ce que l’autre souhaite partager avec toi, tu instaures un climat d’ouverture et de tolérance dans tes relations.

Vidéo de la semaine : sortir de la culpabilité

Marion Marchetti

Marion Marchetti

Marion Marchetti aide les personnes hypersensibles à apprécier leur différence pour en faire une alliée. À côté de ses accompagnements, elle partage ses réflexions au sujet du développement personnel dans ses articles.

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