Ferai-je cent kilos, quand j’aurai quarante ans ?

 

Ferai-je cent kilos, quand j’aurai quarante ans ?

 

Il est en cette période, coutume de faire bilans,
et samedi dernier, je montais comme chaque an,
sur la vieille balance, encore chez mes parents.

C’est ainsi que je vis que mon corps s’était mis,
de tous ses trente-neuf ans, sur la marque nonante-six.
Jusqu’alors insouciant, je fus en un instant,
de six nouveaux kilos, couronné „bedonnant“.

Vous l’aurez deviné mais ce sujet futile,
certes n’aurais jamais pu, au coeur d’un quotidien,
de référence qu’il est, être à hauteur de style;
me voici donc faquin, usant d’alexandrins.

Expérience inconnue, il m’en vint trois questions :
Quel est le juste poids, serais-je donc obèse ?
Quel est le juste âge, pour être encore à l’aise ?
Quelle est la juste vie, dans quelle abnégation ?

 

Du juste poids

Quelle est donc la limite, de ce fameux surpoids ?
Si j’en crois l’internet, son body mass index,
point ne devrais-je faire, plus de nonante kilos,
même si point encore, mon ventre ne fait cache-sexe.

Je vis encore très bien, à pied j’ai plein d’entrain,
je me dévêts partout, sans honte avant le bain ;
mais oui, je le sens bien, fier, est mon arrière-train.

Faut-il me mettre au sport, réduire le chocolat ?
Quitter mon insouciance, ne me servir qu’une fois ?
Ou vise-je quatre quintaux, avant mes huitante ans ?
Comment donc définir, l’ampleur de mon séant ?

Sera-ce donc la science, ou le regard des autres,
qui me fera changer ? Faut-il envisager,
changer de garde-robe et me laisser aller,
ou réduire mon tour de taille, de quelques centimètres ?

 

Du juste âge

Laissons donc de côté l’esthétique d’aujourd’hui,
la vraie question ici dont on parle partout,
c’est que pour la santé, ce n’est pas bon du tout,
et que de l’embonpoint, au grand âge ça nuit.

Combien de centimètres, faudrait-il qu’ils s’en aillent,
pour obtenir un jour, combien d’années en sus ?
Et comment être sûr, de ne pas au final,
le cerveau hors-circuit, végéter un peu plus ?

Car il est aujourd’hui de plus en plus courant,
que le cerveau faillisse avant les autres organes,
et que vivre plus longtemps, éloigné de toute canne,
ne permette à la fin, qu’être plus longtemps dément.

Une espérance de vie de plus de 80 ans,
ça devrait bien suffire à réussir sa vie ;
la quantité n’offre plus, de quoi être ravi,
mais c’est la qualité, qui donne sens au temps.

 

De la juste vie

Je lâche donc aussitôt cet argument « santé »,
pour n’en garder plus que, la notion de bien-être,
abandonne à leur sort, ces fieffés centimètres,
j’empoigne ma cervoise, et vous dis donc « santé » !

Peut-être que demain, point je ne mangerai,
un croissant aux amandes, en guise de déjeuner;
mais non au grand jamais, je n’abandonnerai,
mon Larousse des desserts, de ce bon Pierre Hermé.

Je poserais encore, une ultime question :
à quoi bon investir, dans ces programmes santé,
quand il s’agit d’une prime, à la sénilité,
ne vivrait-on point mieux, si l’on vivait moins vieux ?

Et vos pères, vos frères et vos fils repasseront en choeur.

Tendance en émergence, les Ironing clubs for men s’apprêtent à ouvrir dans plusieurs capitales du monde. Pratique méditative et acte citoyen, l’ironing s’annonce comme une contribution essentielle à la prochaine révolution sociale.

Main de l'auteur, repassant. (Mai 2016)
Main de l’auteur, repassant. (Mai 2016)

Ce n’est pas en lisant une étude américaine récente, mais bien en pratiquant cette activité d’avenir que l’évidence du phénomène m’est apparue. Laissez-moi vous glisser quelques pistes brèves sur les vertus cachées de ce qui était jusqu’à peu considéré comme la corvée de la ménagère, et du sens éminemment citoyen et noble qu’il faut lui accorder.

Mais avant cela, quelques conseils pour une pratique dans les règles de l’art.

 

 

>THE IRONING CODE OF CONDUCT (version courte, 2020)

  1. L’ironing est une activité purement masculine. Dans sa version évoluée, elle se pratique en groupe dans des clubs fermés. Plus pragmatiquement, certains l’exercent également seuls au foyer.
  2. L’ironing se pratique sur des vêtements véritables et n’est pas rémunéré. Le fait de repasser un habit est un acte engageant et socialement fort envers la personne qui portera l’habit. Il renforce les liens sociaux, qu’ils soient intrafamiliaux ou plus larges.

 

>UNE ACTIVITE AUX VERTUS INSOUPCONNEES

  • Méditation et réflexion à haute performance.
    “Tous ces divers projets m’offraient des sujets de méditation pour mes promenades : car, comme je crois l’avoir dit, je ne puis méditer qu’en marchant ; sitôt que je m’arrête, je ne pense plus, et ma tête ne va qu’avec mes pieds” confessait Rousseau. Il en est de même pour la pratique du repassage, dont le rythme lent du balancé de bras et le souffle de la vapeur laisse toute liberté aux pensées de fleurir. Ces quelques lignes ont été rédigées sous cette influence. L’Ironing est particulièrement conseillé aux professionnels à l’emploi du temps exigeant, et permet de développer des idées riches, larges et affûtées à bon prix.
  • Une activité bonne pour la santé.
    Le repassage est une activité sûre et sans risque, contrairement à la pratique de sports; pour des raisons inconnues, le complot mondial et Alain Berset – probablement sous l’influence d’Adolf Ogi – nous cachent le fait que les activités sportives sont le facteur de coût le plus important des assurances-accidents (le double de la part professionnelle). Je vous laisse juger des montants sur l’image ci-dessous, et consulter cette source si vous n’êtes pas encore convaincus.

    Coûts courants des accidents durant les loisirs selon l’activité, AANP et AAC (Statistique des accidents LAA 2015)
    Coûts courants des accidents durant les loisirs selon l’activité, AANP et AAC (Statistique des accidents LAA 2015)

     

  • Une question d’honneur et d’égalité.
    Les femmes consacrent encore plus du double du temps aux tâches ménagères que celui consacré par les hommes (sans compter le fait qu’elles seraient plus efficaces). Le temps de repassage est une façon agréable et peu fatigante de rétablir cet équilibre. On trouve quelques graphiques intéressant auprès de l’OFS; même si les chiffres sont anciens, ils n’ont pas (encore) été secoués depuis.Nombre moyen d’heures hebdomadaires de travail familial et domestique, selon le sexe, la nationalité et l’âge du plus jeune enfant, en 2'000. (Recensement fédéral de la population 2000 Avancée et stagnation dans la problématique de l'égalité entre hommes et femmes de 1970 à 2000)Nombre moyen d’heures hebdomadaires de travail familial et domestique, selon le sexe, la nationalité et l’âge du plus jeune enfant, en 2’000.
    (Recensement fédéral de la population 2000 – Avancée et stagnation dans la problématique de l’égalité entre hommes et femmes de 1970 à 2000 > consulter)
  • Le temps du futile et de l’inutile.
    Dans notre monde utilitariste, l’ironing s’aparente à un acte rebelle qui accorde de l’importance à l’inutile. Il permet de prendre pleinement conscience du temps qui s’écoule. Il remplace avantageusement des pratiques comme le Yoga, inacessibles aux rigidités masculines.
    Sans aucune utilité intrinsèque, il est essentiel que le repassage soit dorénavant considéré en fonction de ses vertus indirectes méditatives, de santé publique et sociales mentionnées ci-dessus.

 

TENDANCES FUTURES

Au vu des considérations précédentes, il faut s’attendre à une forte augmentation de l’engouement pour l’ironing. Les prospectivistes imaginent – outre des clubs à l’image de ceux de l’Angleterre victorienne où les hommes pourraient ironner entre gentlemen en sirotant un whisky – des rassemblements sous les platanes dans le midi, ou l’organisation de véritables compétitions. Des compétitions d’extreme ironing sont déjà réalité depuis le début du millénaire (“Get Out Your Boards: Extreme Ironing May Soon Be Hot”, Article du New York Times, May 21, 2004).

Le temps où vos pères, vos frères et vos fils repasseront en choeur est proche.

Il faudra néanmoins attendre le jour où une femme sera élue PrésidentE d’un ironing club pour fêter le succès de la démarche. Ce jour là, je pourrai raccrocher mon fer.

C’est en repassant que l’on devient repasseur

Après ces modestes lignes de mise en route, je prévois de poursuivre cette activité psychophysique avec ardeur et soin, en laissant de temps à autre un fil de pensée s’ébrouer sur ces “chroniques du #ferarepasser”. Même si mes pensées vagabondent depuis longtemps depuis ma planche, l’expérience est nouvelle pour moi; elle sera plus riche si je peux compter sur vos commentaires.

 

Mente ferroque.