Le suicide politique, sans gloire, du parti Vert’libéral vaudois

L’alliance, contre nature, entre les Vert’libéraux (PVL) qui ont perdu leurs repères et les nostalgiques apeurés et ronchons de l’Union démocratique du centre (UDC) pour le second tour des élections à l’exécutif vaudois n’a pas fini de faire des vagues (voir l’article sur le sujet ici) .

Au lendemain des assemblées de partis qui ont validé cette tactique, retenons trois points:

D’une part, les Vert’libéraux sont incapables de pousser seuls les thèmes environnementaux au vrai agenda politique ; d’autre part le Parti libéral-radical (PLR) manipule avec art ses concurrents directs ; en outre, l’UDC est en totale panique en suisse romande (mais ça, ça me passionne moins).

Avant toute chose jouons cartes sur table: je vote centre vert, large, quelque part entre les verts et les verts libéraux, en étendant volontiers aux socialistes, aux démocrates chrétiens (PDC) et aux PLR. Et j’aurais donc facilement soutenu un ticket verts / verts-libéraux. Là, comme jamais je ne soutiendrai l’UDC telle qu’elle se profile aujourd’hui, je soutiendrai clairement le ticket vert – socialiste, avec le plaisir supplémentaire qu’il s’agit de deux femmes de qualité.

 

Les Vert’libéraux sont incapables de faire avancer les thèmes environnementaux dans le vrai agenda politique

Il est essentiel pour moi d’intégrer l’environnement dans le domaine économique et les politiques de centre-droit ; j’ai donc une forte affinité pour les thèmes du parti vert-libéral (et plusieurs de ses membres).

Mais il faut bien faire le constat: les verts-libéraux sont incapables de faire avancer les thèmes environnementaux dans le vrai agenda politique (au niveau national, les verts, les démocrates-chrétiens et les socialistes le font à leur place).

Le parti Vert’libéral est beaucoup trop petit pour influencer les débats sans alliances fortes, et la (non-) politique environnementale suisse est dictée par le PLR et l’UDC. A chaque fois qu’ils ont voulu se lancer seuls, les Vert’libéraux ont subi l’échec.

Plus grave encore, la création du parti Vert’libéral a créé une hémorragie de personnes compétentes et motivées en matière d’environnement au sein du parti libéral radical ; ceci est particulièrement préoccupant à l’heure où le PLR donne le ton sur des enjeux politiques majeurs comme la stratégie énergétique.

Avec cette alliance avec l’UDC, reniant les valeurs profondes de la plupart de leurs électeurs, les verts-libéraux ont perdu toute crédibilité en combattant un siège « vert » ; je ne vois plus où est la plus-value du parti par rapport à une politique de droite « standard ».

 

le PLR manipule avec art ses concurrents directs

Ce que fait le Parti radical libéral vaudois au second tour des élections vaudoises au Conseil d’Etat est plutôt cynique. Maintenant que le PLR a placé ses trois poulains au premier tour, ses électeurs directs ne se déplaceront pas, ou useront activement du crayon pour biffer soit le représentant des opposants aux accords bilatéraux et aux valeurs humanistes, soit l’icône de l’écologie libérale romande.

Bref, le PLR assure une veste à Isabelle Chevalley et une claque à Jacques Nicolet, ce qui est peut-être une tactique bien utile pour asseoir son pouvoir, mais un coup de couteau dans le dos reste un fait d’armes peu reluisant dans ce que certains appellent une grande alliance.

 

Et ensuite ?

Après s’être compromis avec l’UDC, en s’alliant avec le PLR, mon espoir serait que les membres du parti Vert’libéral, aux valeurs humanistes et sensibles à l’écologie, réintègrent les partis libéraux radicaux ou démocrate chrétiens, après avoir fini de saborder leur expérience, passionnante mais ratée, de la dernière décennie.

Bref, avec ce chant du cygne aux échos peu musicaux, le Parti Vert’libéral s’apprête à se refondre dans les bons vieux partis, et je me réjouis que le PLR récupère ces quelques compétences en environnement dont il manque aujourd’hui trop cruellement. Un jour, Isabelle Chevalley sera peut-être Conseillère fédérale, et libérale radicale. Ah non, pardon, j’oubliais Isabelle Moret, qui elle, soutient déjà activement la stratégie énergétique 2050…

Marc Münster

Marc Münster

ApaRtide féru de politique suisse et curieux de l’avenir de mes deux filles, arpenteur inlassable de la twittosphère (@Munsterma) et de ma planche à repasser, je poursuis la chimère de l’humanisme des Lumières. Suisse allemand de culture vaudoise ou inversement, je m’entraîne de longues heures au retourné de röstis dans ma cuisine bernoise. Passionné de passé – latiniste puis géologue - je consacre ma vie professionnelle au futur et à la société (formation et accompagnement stratégique en développement durable).

12 réponses à “Le suicide politique, sans gloire, du parti Vert’libéral vaudois

  1. En soutenant Cesla Amarelle vous jouez cartes sur table en effet, en prétendant vous situez au centre je m’interroge sérieusement sur votre prétendu positionnement au centre.
    Malgré toute la compétence que l’on peut reconnaître à une personne, elle est au service de ses idées. Les positions de Cesla Amarelle sont particulièrement orientées à gauche comme on le sait et elles influenceront d’autant plus la politique cantonale dans cette direction.
    Dans ces conditions, n’est-il pas pertinent d’offrir une alternative crédible lorsqu’on ne partage cette orientation ?
    N’est-ce pas exactement ce qu’on fait les vert’libéraux ? offrir un choix aux citoyens, une opportunité aux écologistes de droite comme de gauche de s’exprimer, aux femmes de droite d’être représentées ainsi que de lancer un débat qui n’a pas eu lieu au 1er tour.
    C’est une aussi une manière d’envisager la position vert’libérale; parti déjà annoncé mort et enterré dans la précédente élection, je vous le rappelle, mais qui a maintenu ses sièges au grand-conseil vaudois, seul la plupart du temps …

    1. Je suis probablement proche de plusieurs valeurs intrinsèques au parti Vert’libéral. Je suis d’autant plus critique avec les choix tactiques effectués dans cette campagne du second tour.

  2. On est toujours amusé de voir le jugement des non professionnels… Comme disait l’autre “N’avoir rien fait est un terrible avantage. Cependant il ne faudrait point abuser.”

    1. Bonjour, je ne comprends pas bien votre contribution. De quels “professionnels” parlez-vous? Qu’est-ce qui vous amuse dans le jugement évoqué? Cela intressera certainement d’autres que moi dans ce débat.

  3. Après mon incompréhension, j’ai souhaité prendre un peu de recul, ouvrir les yeux et regarder les choses en optant pour une vision plus large : l’écologie a sa place dans tous les partis, et pas seulement à gauche. Une alliance large à droite peut aussi exister (elle existe bien à gauche). Cette alliance (et non un rapprochement permanent avec l’UDC) est à mon sens une manière d’aller convaincre ceux qui ne sont pas convaincus par nos idées et par la thématique environnementale. Le tout est de communiquer ces idées d’une manière claire et transparente, le débat est ouvert !

  4. Les amateurs sont ceux non engagés en politique.
    Amateurs aussi : qui pensent que les termes sont importants – qualité/défaut majeur(e) de nos voisins français.
    Au-delà des mots/phrases – rendus dérisoires lorsqu’ils s’agira de gouverner et de prendre des décisions – l’unique concept qui vaut ici, c’est la prise de pouvoir.
    Tout le reste est pipeau, pipette et troudlihahitou.

  5. Eh oui, le vrai “Centre” où l’on trouve encore des convictions (en tout cas plus souvent qu’ailleurs), c’est bien dans la mouvance Chrétienne-Démocrate qu’il faut la chercher. Au contraire de leurs voisins genevois et fribourgeois, les Vaudois ne sont pas gâtés à cet égard …malheureusement. Mais je continue à croire qu’un Centrisme modéré et constructif, empreint de valeurs (et non pas cynique), est aussi possible dans le beau Pays de Vaud. Merci pour cette analyse pertinente, et ce cri du coeur profondément politique et humaniste!

  6. Il est possible de regretter la candidature de Mme Chevalley d’autant plus qu’elle n’était pas présente au premier tour, situation plutôt cocasse.
    Vos arguments sont non seulement faibles mais peu cohérents.
    Je vous rappelle que Mme Amarelle a déclaré que “Le peuple est un organe de l’Etat, ce n’est pas le chef”. On a vu mieux comme respect de la démocratie. Donc pour une femme de qualité, c’est la caricature incarnée de cette gauche universitaire, coupée de certaines réalités.

    Vous pouvez vous prétendre vert/écolo, mais soutenir un gouvernement qui a basé sa croissance sur des avantages fiscaux et une croissance démographique non maîtrisée est plutôt contradictoire.

    Malheureusement, sans douter de la sincérité des vos convictions, vous êtes pluôt dans une situation de position morale: se situer dans le camp du bien, cette Suisse ouverte et humaniste. Par opposition aux “méchants” qui ne veulent plus une immigration et une croissance incontrôlées?

    Pourtant j’estime la situation écologique et environnementale alarmante!
    Mais tant que des individus se prétendant “verts” et prônant une croissance et un bétonnage sans limites existeront, cela ne va pas changer.

    Le seul qui a essayé de faire vivre le débat démocratique est Toto Morand.

  7. Au Parlement suisse, on recense les votes identiques entre les conseillers nationaux suivants:

    Chevalley à 69% avec Amarelle,
    Chevalley à 44% avec Nicolet,
    et Nicolet à 92% avec Koeppel!

    Si Nicolet était le centre droit et Amarelle l’extrême gauche, alors les Verts’Libéraux seraient-ils à la gauche du centre gauche?
    Cette histoire de gauche droite et d’étiquettes politiques ne tient absolument pas la route… !

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