On ne naît pas entrepreneur !

Dans ce blog, je souhaite donner la parole à toutes ces femmes qui m’inspirent, ces entrepreneuses – souvent inconnues du grand public – qui m’ont motivée à me surpasser. Mais permettez-moi d’abord de me présenter, de raconter ces barrières qui jalonnent la vie d’une femme, infirmière de formation, et qui m’ont donné envie de me battre.

 

“Tu devrais rester au chevet des patients”. Ce message, je l’ai reçu, senti ou deviné plus d’une fois. J’étais prédestinée à passer ma vie en blouse blanche dans les couloirs des hôpitaux, et pourtant je suis devenue directrice d’une société de 92 employés, élue femme entrepreneure de l’année en 2016.

 
Le miroir social n’a cessé de me renvoyer à ma condition de femme, fille d’immigrés italiens, de classe ouvrière, tout au long de ma vie. A l’école enfantine déjà, la maîtresse avait décidé de modifier mon prénom qu’elle jugeait trop exotique: Exit Maddalena, “tu seras Madeleine”. Mes parents, qui ne souhaitaient que mon bien, ne se sont pas opposés à cette décision de l’institution. Ils avaient trop de respect pour les enseignants, ces personnes qui détiennent le “savoir”.

 

Adolescente, j’ai quitté après une année le gymnase huppé qui me semblait réservé à de meilleures familles et j’ai entamé un stage d’aide-infirmière. Je suis sortie de mon cocon protecteur – réveil à 05h30, fin de journée à 20h. J’ai beaucoup appris auprès des patients, mais j’étais encore trop jeune pour réussir à ignorer les préjugés.

L’incompréhension de mon entourage

Bien des années plus tard, j’ai décidé de suivre un cursus postgrade (un DAS) en Entrepreneurship & business development à HEC Genève, à côté de mon travail d’infirmière. Je venais d’obtenir un diplôme en management social et culturel au Sawi (une école de marketing & communication). Et j’avais réalisé que les outils économiques étaient fort utiles pour venir en aide aux plus démunis, comme envoyer un bloc opératoire à Yaoundé (mon travail de diplôme). Je voulais aller plus loin, par curiosité et soif de découvertes. N’ayant pas le luxe de diminuer mon temps de travail, je continuais mon activité à l’hôpital à 80% pour assumer mes factures, mon loyer, etc.

 

 

J’ai dû faire face à l’incompréhension de mon entourage. “Tu as un si beau métier, que cherches-tu à faire ?”, m’a demandé ma famille. Dans mon milieu professionnel, la plupart de mes collègues m’ont manifesté du soutien et de la compréhension  – merci Dominique et Monique d’avoir toujours été à mes côtés ! – mais je n’ai pas eu droit qu’à de la bienveillance. J’ai eu un clash assez violent avec un professeur d’orthopédie qui, en plein couloir, a déversé sa colère sur moi, me rappelant que je n’étais qu’une exécutante. Pour qui je me prenais pour donner cet élan à ma carrière ?

 

J’ai ravalé mes larmes. J’ai continué à avancer. Rien ni personne ne pouvait décider de mes rêves. Un livre, Les 1000 soleils splendides de Khaled Hosseini , m’a servi de guide, me rappelant que j’étais libre de mes choix. J’avais peur de ne pas être à la hauteur ou à ma place dans ce DAS. Et alors ? Si je ratais ce diplôme… je me relèverais. Ce ne serait qu’une leçon de vie.

 

« Qui étais-je sur le marché? »

Mais une fois mon DAS en poche, j’ai eu encore 6 mois de doutes et de peur. J’avais 30 ans, j’avais vidé mon compte en banque. Pour quoi ? Qui étais-je sur le marché ? Je n’étais pas rassurée par l’image qui m’était renvoyée. J’ai finalement posé ma candidature pour un poste de directrice… histoire de me tester, sans vraiment y croire.  A ma plus grande surprise, les fondateurs de Firstmed, eux, ont cru en moi. Et je me suis lancée dans l’aventure avec bonheur et émotion.

 

Je me rappellerai toujours des sensations qui ont accompagné mes premières semaines à Firstmed. Moi qui étais habituée au son des sonnettes de “l’appel malade”, je me retrouvais seule devant un écran d’ordinateur, face à de grosses responsabilités. Cela m’a pris deux ans pour oser prendre complètement possession de ma nouvelle fonction et donner ma couleur à Firstmed. Aujourd’hui, j’ai le courage de me faire confiance, en apportant mon vécu et ma vision dans le management. Je suis sortie du moule. Je me suis affranchie des attentes et des peurs de décevoir, toujours prête à me lancer de nouveaux défis. C’est ainsi que j’ai créé le livre-CD “Il faut sauver grand-maman” avec Henri Dès, pour apprendre aux enfants à composer le numéro d’urgence 144.

Aujourd’hui, j’ai le droit d’être qui je suis. Mon ancien stéthoscope accroché à ma salle de bain me le rappelle tous les jours. Si mon parcours avait été tracé dans les plus grandes écoles, assuré par une famille bien établie, aurais-je eu la « niaque » indispensable à mon activité actuelle ?  Le quotidien d’une cheffe d’entreprise est semé d’embûches. Chaque jour, on pourrait abandonner, baisser les bras, face à l’ampleur des difficultés rencontrées. Il faut se battre, contre l’image que nous renvoie la société, mais surtout contre nos propres barrières et angoisses. Nous devons être prêts à oser prendre des risques… ne dit-on pas que la vie commence hors de sa zone de confort ?

J’espère que les femmes que je vous présenterai ces prochains mois dans ce blog vous donneront, à vous aussi, l’envie de vous battre.