Quand aurons-NOUS un vaccin contre les variants COVID-19 ?

Le 20 septembre 2020 dans un post, je posais la question « Quand aurons-NOUS un vaccin contre le COVID-19 ? Comprendre la question, y répondre et voter ? » et de manière provocative j’y posais une autre question «Finalement, pourquoi ne pas débattre puis prévoir déjà une votation sur la stratégie vaccinale contre le COVID-19 ? ». Grâce aux anti-vax et à leurs cousins anti-masques et anti-toute mesure, nous y sommes bientôt avec la votation du 28 novembre sur la loi sur les mesures anti-Covid.

Trève de débats politiques, il est temps d’aller de l’avant et se demander comment les vaccins peuvent être proposés contre les variants du SARS-CoV-2. Après une promesse en juin par le CEO de Pfizer à la conférence du G7, il y a enfin des nouvelles avec des essais cliniques en cours et un article dans la plus prestigieuse revue scientifique (Nature) a fait le point le 28 octobre. En voici les grandes lignes :

  • Les entreprises pharma occidentales parmi les 3 premières à avoir développé des vaccins anti-Covid (Pfizer, Moderna et AstraZeneca) préparent une génération suivante de vaccin pour faire face à de possibles variants pire que le variant delta.
  • Les vaccins actuels contre le virus original de Wuhan fournissent une bonne protection du moins contre les formes graves de la maladie et les hospitalisations. Mais il y a un clair besoin de préparer une riposte vaccinale contre des futures variants possiblement pires. En particulier, le variant beta est déjà problématique car les anticorps des immunisés ou infectés par d’autres variants protègent mal contre ce variant.
  • Si la technologie mRNA ou vecteur viral permet de rapidement produire des vaccins mis à jour, il faut passer par des essais cliniques rigoureux afin de démontrer leur efficacité et leur sûreté.

Plusieurs essais cliniques avec des vaccins de 2e génération contre les variants SARS-CoV-2 sont en cours. En voici quelques détails :

  • BioNTech/Pfizer a un essai clinique en cours recrutant 930 participants contre le variant beta avec un design expérimental rigoureux (randomisé, contrôlé avec placebo). De plus, depuis août, il y a un essai clinique avec un vaccin contre les variants delta et alpha.
  • Moderna mène un essai clinique avec 300-500 participants pour tester des vaccins formulés contr le beta, delta ou une combinaison beta-delta-original.
  • AstraZeneca a débuté en juin un essai clinique avec 2500 participants avec un vaccin contre le variant beta. Les participants peuvent avoir été vaccinés par un vaccin à mRNA ou le vaccin AstraZeneca.

Les essais cliniques avec des vaccins dirigés contre les nouveaux variants ne sont pas faciles à mener pour plusieurs raisons dont la difficulté de recruter des volontaires qui n’ont jamais été vaccinés ou qui ne veulent simplement pas se porter volontaire. En particulier, le design le plus rigoureux (randomisé et contrôlé avec un placebo) est difficile à mener à cause de la disposition de vaccins déjà approuvés. Il est toutefois possible de mener des études dites « real world » et d’ »immunogénicité » (mesure des anticorps induits par le nouveau vaccin).

Une autre difficulté est lié aux futurs choix des autorités de santé et des commissions de vaccination qui devront un jour éventuellement devoir se positionner face à un nouveau variant qui s’échappe ou non à l’immunité naturelle, vaccinale ou mixte ? Probablement, la manière de mesurer le besoin sera le nombre de patients hospitalisés et parmi ceux-ci les cas en soins intensifs.

Si la technologie permet déjà de designer très rapidement des nouveaux vaccins mRNA contre de nouveaux variants et possiblement les produire assez rapidement, il est à parier que le savoir-faire pour évaluer les vaccins anti-nouveaux variants et les déployer sera acquis avec les saisons. Finalement, comme les vaccins annuels contre la grippe.

 

PS1: je n’ai ni ai eu aucun lien d’intérêt avec la pharma ni avec des compagnies développant, fabriquant ou commercialisant des vaccins à mRNA anti-infectieux.

PS2 : pour les activistes anti-vax en Romandie, la question est aujourd’hui : A qui le tour ? Une figure vaudoise du mouvement anti-vaccin et anti-pass soigné à l’hôpital

François de Siebenthal incarne l’opposition aux mesures sanitaires dans le canton de Vaud. Le politicien nie la dangerosité du Covid et refuse la vaccination. Il se trouve au soins intensifs, malade du Covid.

Crédit photographique : Qimono from Pixabay

Discussion hallucinante avec un couple sceptique sur le COVID

Après plusieurs posts sur le COVID, je ne résiste pas à relater une discussion surréaliste dans le tram  avec un jeune couple ne portant pas le masque. 

Etant dans un tram d’une ville suisse cette semaine, je constatais que le jeune couple à côté de moi ne portait pas leur masque malgré l’obligation de le porter. En voici le résumé d’un dialogue hallucinant mais tout à fait courtois :

Moi (LO) : je vous remercie de mettre votre masque car il protège contre la transmission
Couple inconnu (CI) : comment vous le savez ?
LO : il y a des études qui le montrent et je suis médecin. Les statistiques sont claires
CI : ces histoires sur le COVID sont inventées (note : les deux mettent leur masque)
LO : vous ne croyez pas au COVID ?
CI : non le COVID existe mais les chiffres sont faux
LO : les études cliniques avec leur analyse statistique sont claires
CI : ah bon quoi ? Vous croyez aux statistiques ?
LO : ah vous ne croyez pas aux chiffres et calculs comme ceux qui ont permis de construire le pont que nous traversons ? Vous n’avez pas confiance dans les ingénieurs ?
CI : mon opinion vaut la vôtre et vous avez votre opinion et nous avons la nôtre
LO : non, mon opinion ne vaut pas la vôtre après ma formation et ce n’est pas mon opinion ce sont des faits scientifiques et cliniques
CI : il y a des médecins qui ne croient pas aux vaccins
LO : mais ils sont une infime minorité, il n’en y a qu’une poignée de médecins romands anti-vax et en particulier aucun spécialiste de maladies infectieuses ou soins intensifs
CI : le vaccin ne marche pas car on a autant de cas qu’en 2020 il y a un an
LO : vous oubliez le variant delta et les régions de Suisse ou USA ou Europe où le taux de vaccination est bas où les non-vaccinés sont bien plus hospitalisés. Pire, la Bulgarie a avec le record mondial de taux de mortalité par semaine et le nombre de morts cumulés par rapport à sa population. Pire, les vieux non-vaccinés y meurent comme des mouches et les hôpitaux sont pleins. (note : visiblement, ce couple ne connait pas la situation dramatique en Bulgarie)
CI : je n’y crois et je ne fais confiance qu’à mon « gut feeling »
LO : vous avez tort de faire confiance à votre « gut feeling » pour choisir un traitement. Si on était resté aux « gut feeling » on soignerait encore les maladies infectieuses avec des saignées et des lavements comme au Moyen-Age (note : la discussion s’arrête car je suis arrivé à la gare).

Cette discussion –courtoise il faut le rappeler- s’est déroulée dans une atmosphère hallucinée où le couple inconnu avait l’impression de voir un extra-terrestre et moi d’atterrir sur une planète peuplée de « platistes ». Finalement, cette discussion montre l’énorme fossé entre certains pans de la population et les médecins et scientifiques et aussi l’absence de confiance envers les mesures sanitaires qui sont les moins sévères de toute l’Europe de l’Ouest (excepté la Suède).

Il est encore temps de retomber sur terre et il ne faut pas oublier de voter OUI à loi “Modification du 19 mars 2021 de la loi COVID-19” qui contient une série de mesures responsables et proportionnées contre l’épidémie, de nombreux soutiens à l’économie, à la presse et au monde culturel, et l’extension de droits politiques pour les initiatives et référendums.

 

PS1: je n’ai ni ai eu aucun lien d’intérêt avec la pharma ni avec des compagnies développant, fabriquant ou commercialisant des vaccins à mRNA anti-infectieux.

PS2 : pour les supporteurs du Pr Raoult : il faut regarder cette énième controverse parue dans Le Parisien le 19 novembre à propos de de résultats scientifiques contestables sur l’hydroxychloroquine, controverse ouverte par sa propre équipe scientifique.

Crédit photographique : Dapple Designer from Pixabay

Les messages fallacieux des radios US et des antis loi COVID

Certains podcasts et radios américaines produisent des émissions scientifiquement trompeuses sur le Covid. Les opposants de la loi Covid aussi. Et certains meurent des complications d’infection.

 

Un article du New York Times paru le 12 novembre « On Podcasts and Radio, Misleading Covid-19 Talk Goes Unchecked » montre les graves dérives de certains médias. Voici quelques extraits :

  • Rick Wiles, un pasteur qui se décrit lui-même comme un “journaliste citoyen“, affirme que les vaccins Covid-19 contiennent “un œuf qui éclot en un parasite synthétique et se développe dans votre corps“, dans l’épisode du 13 octobre.
  • Marc Bernier a cité une affirmation non fondée selon laquelle “45 000 personnes sont mortes après avoir pris le vaccin” (épisode de juin).
  • Buck Sexton a récemment avancé la théorie selon laquelle les vaccinations massives contre le Covid-19 pourraient accélérer la mutation du virus en souches plus dangereuses.

Cette dernière théorie semble trouver son origine dans un article de 2015 sur les vaccins contre une affection du poulet appelée maladie de Marek. Son auteur, Andrew Read, professeur de biologie et d’entomologie à la Penn State University, a déclaré que ses recherches avaient été “mal interprétées” par les militants anti-vaccins.

 

Dans le dépliant politique «LIBRES, La voix de la raison » qui est le fer de lance envoyé comme aux ménages suisses contient un nombre inquiétant d’affirmations scientifiquement fausses ou trompeuses :

  • « un prof. d’Harvard : le vaccin n’empêche pas la contagion ». La citation bien que réelle est trompeusement citée, oublie qu’une absence de preuve n’est pas une preuve de l’absence et se fourvoie avec des arguments catégorielles (voir mon post du 12 novembre «Socrates n’est pas un coronavirus ». Encore important, cet argumentaire omet de citer la vaste littérature sur l’efficacité du vaccin à prévenir la contagion (voir mon post du 11 novembre « Le port du masque est efficace pour réduire la transmission, le vaccin aussi »).
  • « La directrice des CDC : les vaccins n’empêchent pas l’infection». Ici la référence fournie est un interview tronquée avec un sous-titre « Vaccines CANNOT prevent COVID transmission anymore » ne reflétant pas les paroles de Rochelle Walensky comme en attestent divers interviews dont celui-ci. Plus important, de multiples études cliniques ont depuis démontré que la vaccination continue à prévenir la contagion y compris celle du variant delta.
  • «rien ne prouve en effet que le port général du masque limite l’infection de manière statistiquement significative » selon Michael Esfeld (prof. de philosophie à l’Université de Lausanne). Cette affirmation est clairement fausse avec de multiples études cas-contrôle démontrant que statistiquement le port du masque réduit la contagion en particulier chez les non-vaccinés.

Si les affirmations de ce dépliant politique supporté par la droite nationaliste suisse sont d’un style plus sobre que celles des radios américaines, leurs propos scientifiques sont tout aussi trompeurs. Ces propos scientifiquement faux sont associés à des non-observations de mesures sanitaires et des décès en trop comme le cluster fatal dans une maison de retraite à Obwald. Sept des neuf résidents décédés n’étaient pas vaccinés et le personnel ne portait pas le masque. Ironiquement, Marc Bernier (cité ci-dessus), animateur de talk-show à Daytona Beach, en Floride, fait partie des animateurs de talk-show qui sont décédés de complications liées au Covid-19 après avoir exprimé des opinions anti-vaccination dans leurs émissions (source : New York Times).

Ces affirmations publiques contre les mesures de préventions anti-Covid aux USA comme en Suisse sont lamentables vu le nombre évidences cliniques supportant la vaccination apportant un rapport bénéfice/risque clair pour tous les adultes, la vaccination prévenant la transmission comme le port du masque (chacun avec 2/3 de réduction environ). Il y a toutefois de l’espoir aux USA avec des radios de qualité ou quelques détracteurs revenant à la raison comme Bill Cunningham. En Suisse, les citoyennes et les citoyens auront l’occasion le 28 novembre de s’opposer à ces frauduleuses affirmations scientifiques en votant fortement OUI à la loi COVID-19.

PS1: je n’ai ni ai eu aucun lien d’intérêt avec la pharma ni pour les vaccins à mRNA anti-infecteux.

PS2 : à lire le très bon post du Dr Jan von Overbeck sur la vaccination paru le 3 novembre 2021 « Nos problèmes de riches : les vaccins Covid-19 ! »

PS3 : tableau 1 extrait de « COVID-19 vaccine surveillance report Week 45 » du gouvernement britannique

Crédit photographique ” Fotocitizen from Pixabay”

Socrates n’est pas un coronavirus

Les opposants aux mesures sanitaires, aux campagnes de vaccination et au certificat Covid commettent régulièrement des erreurs de logique à cause d’un emploi inadéquat des syllogismes.

Voici une série d’exemples :

  • Madame Suzette Sandoz, blogueuse au Temps, remet souvent en question la vaccination anti-Covid et dans son post « Question de pur bon sens », elle écrit :
    «On ne sait pas exactement quelle étendue d’immunité confèrent les vaccins à notre disposition…
    On sait en revanche que le vaccin … n’empêche pas de contracter la covid,…
    On conclut de ce qui précède qu’il ne peut être exercé de contrainte quelconque en faveur de la vaccination et …qu’aucune personne ne doit être vaccinée contre la covid sans avoir préalablement signé une déclaration de consentement éclairé. »
  • Dans les divers forums de journaux romands dont la Tribune, on lit typiquement :
    « La vaccination protège de l’infection.
    Les non-vaccinés peuvent transmettre le virus.
    Donc, les non-vaccinées ne peuvent pas infecter les vaccinés et ne représentent pas de risque pour les vaccinés.
    Or les vaccinés ont peur des non-vaccinés et poussent ces derniers à se vacciner.
    La conclusion est que la vaccination actuelle n’immunise pas. »
  • Dans le dépliant politique « La voix de la raison » distribué en tout ménage le 11 novembre 2021, on peut lire l’argument suivant en page 2 :
    « les personnes vaccinées sont porteuses de virus
    et peuvent être contagieuses,
    (
    donc il n’y a) aucun fondement du point de vue médical (au certificat Covid) »

Ces raisonnements et bien d’autres sont basés sur le très classique raisonnement logique appelé syllogisme qui est bien décrit dans Wikipédia en français comme Wikipedia en anglais. Un syllogisme fort connu est celui sur Socrates : « Tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme; donc Socrate est mortel ». Les curieux verront que le post de Madame Sandoz ressemble fortement au classique syllogisme d’Aristote de type modal avec une première prémisse contenant un « peut-être », une seconde prémisse de type mineure et un prédicat (conclusion).

Quels sont les problèmes avec ces raisonnements basés sur le syllogisme ? Ils sont nombreux :

  • Les syllogismes peuvent être valides sans être vrais. Ainsi le syllogisme peut être valide formellement sans être conclusif car tous les prémisses ne sont pas forcément vrais.
  • Les syllogismes sont fréquemment faux de manière involontaire (paralogisme) ou volontaire (sophisme). Ainsi, une conclusion absurde et paradoxale est déduite comme « Jésus est le fils de Dieu. Joseph est le père de Jésus. Donc Joseph est Dieu »
  • Pour décrire le monde réel, les syllogismes n’apportent guère d’avancement et sont rarement applicables comme le notait déjà Sextus Empiricus un médecin phylosophe grec du IIe siècle.
  • Pour les vérifications expérimentales, les syllogismes sont rarement utiles, ce qu’a bien révélé Francis Bacon au XVIIe siècle

Dans la pratique moderne scientifique en médecine comme en biologie, les raisonnements déductifs basés sur des syllogismes ont été remplacés depuis des siècles par des raisonnements par exemple basés sur des données expérimentales permettant de déduire des liens de causalité et des analyses statistiques rigoureuses.

Pourtant les syllogismes continuent d’avoir un attrait particulier et entier chez les juristes avec une fameuse blogueuse au Temps, des avocats pratiquant des plaidoiries qui ne sont fort heureusement pas « protocolées » dans les jugements des tribunaux et bien évidement des philosophes qui sont cités par les mouvements anti-vax opposés à la soit-disant dictature sanitaire. Dans ce contexte, il est révélateur que les mathématiciens et les statisticiens semblent particulièrement attirer la colère de ces mouvements.

En pratique, pour comprendre et apprécier les enjeux médicaux et scientifiques de société, il faut avec vigueur éviter ces syllogismes, se méfier des arguments de type catégoriel comme « le vaccin n’empêche pas la contagion » (page 3 de « La voix de la raison ») et …éviter de s’inventer biostatisticien.

PS: je n’ai ni ai eu aucun lien d’intérêt avec la pharma ni pour les vaccins à mRNA anti-infecteux.

Aristote et crédit photographique avec une image “morhamedufmg from Pixabay”

15 morts à vélo électrique valent-ils plus que 9830 morts COVID dans leur lit ?

Le 13 avril 2021, deux services fédéraux à Berne ont communiqué sur des promotions de santé publique avec une abyssale différence entre la prévention des accidents de vélo électrique et l’épidémie COVID-19.

 

D’un côté, le Bureau de prévention des accidents (BPA) lance une nouvelle campagne de prévention des accidents de vélo électrique. En 2020, il y a eu 536 accidents graves dont 15 morts. Suite à cette augmentation des accidents, le BPA lance une campagne composée d’affiches et de brèves vidéos.

 

De l’autre côté, l’Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) a organisé une conférence de presse sur la situation sur le COVID-19. Après 9830 morts liés au COVID en Suisse et au Liechtenstein depuis 13 mois, l’OFSP déclare que chacun (des Suisses et Suissesses) devra se poser la question sur son choix de vaccination d’ici l’été. A nouveau, aucune annonce de nouvelle campagne de promotion de la vaccination anti-COVID n’est effectuée malgré les morts prévisibles avec la 3e vague qui est aux portes de la Suisse.

 

Pendant la même conférence de presse de l’OFSP du 13 avril, un sondage sur les intentions vaccinales a été présenté. Il montre qu’actuellement 60% des personnes en dessous de 65 ans ont été ou seraient prêtes à se faire vacciner. Ce pourcentage de 60% (avec 0% en dessous de 18 ans et 75% en dessus de 65 ans) fait partie de l’un des scénarios de vaccination par Berne, mais cet objectif de 60% chez les adultes de moins de 65 ans ne permettra très probablement pas une immunité de groupe car il faudrait plutôt 80% selon plusieurs experts déjà cités dans ce blog et le Professeur Didier Pittet  dans un article du Temps publié le 12 avril 2021. La conclusion s’impose : il n’y a pas assez d’adhésion dans la population suisse pour atteindre l’immunité collective et donc pouvoir lever les mesures sanitaires contraignantes.

 

Le contraste entre les 15 morts par vélo électrique déclenchant une campagne de prévention et les 9830 morts ne suffisant pas à déclencher une campagne de promotion de la vaccination est saisissant. Pourquoi une telle différence ? Est-ce le fruit d’une position historique très prudente des autorités de santé pour promouvoir la vaccination dès le 19e siècle ? Est-ce la crainte de l’électorat des Verts et de l’UDC qui sont rétifs à la vaccination ? Est-ce une manœuvre de retardement du Conseil Fédéral attelé à faire accepter la loi COVID en juin ?

 

Pour conclure, la différence abyssale entre la prévention des accidents de vélo électrique et l’absence de promotion assumée de la vaccination anti-COVID met aussi en lumière la différence d’acceptation de la population à des mesures de sécurité individuelle contre des risques non-infectieux (port du casque ou de la ceinture obligatoire) au contraire de mesures finalement collectives (vaccination ou rassemblements) contre un risque transmissible.

 

Image by Mediamodifier from Pixabay

 

Quand aurons-NOUS un vaccin contre le COVID-19 ? Comprendre la question, y répondre et voter ?

Chèque du Président Roosevelt en 1939 en faveur de March of Dime, organisation contre la poliomyélite ou paralysie infantile qui décimait alors les Etats-Unis

 

Le 19 septembre 2020 dans une tribune publiée dans le New England Journal of Medicine, trois professeurs américains (Barry Bloom, Glen Nowak et Walter Orenstein) montrent le besoin de répondre clairement à la question de la date d’un vaccin contre le COVID-19 et de préparer déjà maintenant une communication claire sur ce vaccin.

Les trois auteurs constatent que la réponse doit aller plus loin qu’une estimation de spécialiste sur la date de la démonstration de l’efficacité et de l’innocuité du premier vaccin. Quand aurons-NOUS un vaccin contre le COVID-19 ? Cette question du public comprend souvent trois interrogations: la date de la disponibilité d’un vaccin efficace et sûr, la disponibilité pour le public général et les délais pour avoir une protection suffisante pour qu’un retour à la normale soit possible.

Le problème est que la compréhension de l’efficacité et de l’innocuité d’un vaccin peut varier largement entre la population générale et les experts. Les explications techniques sur les biotechnologies utilisées, les essais cliniques et les agences de santé ne vont pas suffire pour inspirer confiance parmi les médecins cliniciens et la population générale. La tribune du 19 septembre 2020 cite plusieurs points clés afin d’obtenir une information claire sur la vaccination contre le COVID-19:

  • Les agences de santé nationales comme la Food and Drug Administration (FDA) responsables d’approuver ou non ces nouveaux vaccins ont déjà déclaré qu’aucun compromis sur l’efficacité et l’innocuité n’aura lieu. Cette promesse doit être constamment répétée. On peut ajouter que la même promesse par les dirigeants de grands groupes pharmaceutiques a été déjà déclarée et devra aussi être répétée.
  • Les médecins praticiens et le public devront avoir accès à des données claires sur les études cliniques et les résultats d’efficacité et d’innocuité.
  • La disponibilité du ou des vaccins approuvés devra être assurée à toutes et à tous ceux qui le désirent.
  • La stratégie de vaccination devra être développée sur des bases équitables et rationnellement scientifiques. Le choix entre diverses options devra correspondre aux valeurs sociétales comme vacciner d’abord les personnes les plus à risque, ou les plus exposées ou encore celles risquant de transmettre le plus. L’accessibilité de vaccins entre les pays devra aussi être abordée.

Le degré d’acceptation de la vaccination contre le COVID-19 est déjà vu comme un enjeu majeur d’ailleurs traité dans le Temps.ch du 6 septembre 2020. Les 3 auteurs détaillent les challenges. Dans l’hypothèse d’une immunité de groupe d’au moins 60% à 70% pour éviter la propagation du SARS-CoV-2, il faudrait avoir 70% de la population vaccinée ou déjà immunisée car il semble que 90% des personnes soient susceptibles de répondre aux vaccins anti-COVID-19 en développement. Avoir une majorité d’Américains vaccinés promet d’être une gageure avec seulement 50% d’Américains prévoyant de se vacciner. Pire, il ne faudra pas croire qu’il est garanti que les personnes avec un besoin objectif élevé de se faire vacciner le feront réellement. Face à ce challenge, les trois professeurs américains évoquent des pistes à suivre:

  1. fournir des informations factuelles dans une forme adéquate culturellement et accessible
  2. impliquer activement le personnel de santé (médecins praticiens et infirmières) avec une information complète au niveau mondial

Les trois auteurs rappellent que depuis des décennies, une communication active sur la vaccination ne débute qu’après des échecs comme celui avec le vaccin contre le papilloma virus ou la grippe saisonnière. Il faut remonter aux années 50 pour trouver une communication active proactive en faveur de la vaccination contre le virus causant la poliomyélite alors appelée paralysie infantile. L’ONG américaine “March of Dime” (la marche pour le sous, créée par le Président Roosevelt en 1938) avait joué un rôle majeur pour promouvoir publiquement la vaccination contre la paralysie infantile. Ils appellent à débuter l’effort de communication et d’information sur la vaccination contre le COVID-19 dès maintenant avec les divers responsables et des groupes de populations.

Que retenir de cette tribune pour la Suisse ? Tout d’abord, les enjeux et les challenges de la vaccination contre le COVID-19 sont très similaires en Suisse et aux Etats Unis. En Suisse aussi, on peut déjà parier sur la nécessité d’un large débat. Les associations de sciences médicales, les fournisseurs de santé, les responsables de santé publique et les politiques doivent engager le débat dès maintenant. Celui-ci devra couvrir aussi les questions sociétales en plus des questions techniques. En particulier, il faudra évoquer avec détermination la nature personnelle ou collective du choix de la vaccination. Finalement, pourquoi ne pas débattre puis prévoir déjà une votation sur la stratégie vaccinale contre le COVID-19 ?

 

L’Autriche interdit finalement la fumée dans les cafés : pourquoi si peu d’écho médiatique ?

Au début juillet 2019, le parlement autrichien a décidé d’interdire le tabac dans les restaurants et les cafés dès novembre. C’est la fin d’une exception en Europe et la fin d’un feuilleton politique : en 2018, l’extrême droite avec Heinz-Christian Strache avait abrogé une loi anti-tabac de 2015. Depuis l’Ibizagate en mai de cette année, M. Strache a perdu ses mandats politiques et un nouveau parlement a été élu. Ainsi, le parlement a voté l’interdiction du tabac dans les lieux publics contre l’avis de l’extrême droite. Cette nouvelle est passée quasiment inaperçue le 3 juillet 2019.
L’interdiction du tabac est une pièce importante dans la lutte contre le tabagisme actif et passif. Avec une population de près de 9 millions de personnes, jusqu’à 600 cas de cancers pulmonaires par an en Autriche sont en jeu selon une estimation personnelle basée sur les statistiques médicales du cancer pulmonaire et 15% de cancers en moins. La décision du nouveau parlement autrichien est donc une bonne nouvelle !
La nouvelle de la fin de l’exception autrichienne dans la lutte contre le tabac a été quasiment ignorée car éclipsée par l’interdiction du glyphosate décidée en même temps par l’Autriche (Le Temps du 3 juillet 2019, L’Autriche bannit le glyphosate). Pour rappel, une majorité de députés avec l’appui de l’extrême droite avait approuvé un amendement des sociaux-démocrates pour bannir totalement le glyphosate en Autriche. Si l’importance politique de la décision sur le glyphosate est claire, son importance pour la santé publique est moins évidente. Avec un possible rôle modéré dans l’apparition de lymphome (une forme de cancer de globules blancs), l’interdiction du glyphosate pourrait prévenir 2 cas par an en Autriche (autre estimation personnelle). On est loin de l’impact de l’interdiction de la fumée dans les lieux publics avec plusieurs dizaines voir centaines de cas de cancers possiblement en moins !
Pourquoi cette décision autrichienne contre le tabagisme a été éclipsée par celle contre le glyphosate ? Les débats et les nouvelles sur le glyphosate sont des poids lourds médiatiques mais les nouvelles sur la place du tabac sont bien couvertes aussi. Pour preuve, la toute récente polémique sur le partenariat entre le pavillon suisse à Dubaï en 2020 et l’industrie du tabac démontre –si besoin- l’intérêt médiatique et public sur les méfaits du tabac (éditorial du Temps le 24 juillet, Philip Morris, cet infréquentable fleuron).
On peut donc reposer la question : pourquoi la nouvelle interdiction du glyphosate a surpassé celle de l’interdiction du tabac ? Parmi diverses hypothèses, une explication pourrait être la bonne : les nouvelles impliquant des industriels à un risque de cancer vont attirer bien plus d’intérêt qu’une nouvelle conduisant un changement individuel de comportement (ne plus fumer dans les lieux publics). Ainsi, on voit que l’interdiction du glyphosate et le sponsoring par Philip Morris sont commentés tandis qu’une interdiction du tabac dans les bars autrichiens a été oubliée. Maintenant, on peut se poser la question pourquoi tout en chacun préfère connaître les risques sanitaires par les industriels plutôt que les risques liés à ses habitudes de vie ?