15 morts à vélo électrique valent-ils plus que 9830 morts COVID dans leur lit ?

Le 13 avril 2021, deux services fédéraux à Berne ont communiqué sur des promotions de santé publique avec une abyssale différence entre la prévention des accidents de vélo électrique et l’épidémie COVID-19.

 

D’un côté, le Bureau de prévention des accidents (BPA) lance une nouvelle campagne de prévention des accidents de vélo électrique. En 2020, il y a eu 536 accidents graves dont 15 morts. Suite à cette augmentation des accidents, le BPA lance une campagne composée d’affiches et de brèves vidéos.

 

De l’autre côté, l’Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) a organisé une conférence de presse sur la situation sur le COVID-19. Après 9830 morts liés au COVID en Suisse et au Liechtenstein depuis 13 mois, l’OFSP déclare que chacun (des Suisses et Suissesses) devra se poser la question sur son choix de vaccination d’ici l’été. A nouveau, aucune annonce de nouvelle campagne de promotion de la vaccination anti-COVID n’est effectuée malgré les morts prévisibles avec la 3e vague qui est aux portes de la Suisse.

 

Pendant la même conférence de presse de l’OFSP du 13 avril, un sondage sur les intentions vaccinales a été présenté. Il montre qu’actuellement 60% des personnes en dessous de 65 ans ont été ou seraient prêtes à se faire vacciner. Ce pourcentage de 60% (avec 0% en dessous de 18 ans et 75% en dessus de 65 ans) fait partie de l’un des scénarios de vaccination par Berne, mais cet objectif de 60% chez les adultes de moins de 65 ans ne permettra très probablement pas une immunité de groupe car il faudrait plutôt 80% selon plusieurs experts déjà cités dans ce blog et le Professeur Didier Pittet  dans un article du Temps publié le 12 avril 2021. La conclusion s’impose : il n’y a pas assez d’adhésion dans la population suisse pour atteindre l’immunité collective et donc pouvoir lever les mesures sanitaires contraignantes.

 

Le contraste entre les 15 morts par vélo électrique déclenchant une campagne de prévention et les 9830 morts ne suffisant pas à déclencher une campagne de promotion de la vaccination est saisissant. Pourquoi une telle différence ? Est-ce le fruit d’une position historique très prudente des autorités de santé pour promouvoir la vaccination dès le 19e siècle ? Est-ce la crainte de l’électorat des Verts et de l’UDC qui sont rétifs à la vaccination ? Est-ce une manœuvre de retardement du Conseil Fédéral attelé à faire accepter la loi COVID en juin ?

 

Pour conclure, la différence abyssale entre la prévention des accidents de vélo électrique et l’absence de promotion assumée de la vaccination anti-COVID met aussi en lumière la différence d’acceptation de la population à des mesures de sécurité individuelle contre des risques non-infectieux (port du casque ou de la ceinture obligatoire) au contraire de mesures finalement collectives (vaccination ou rassemblements) contre un risque transmissible.

 

Image by Mediamodifier from Pixabay

 

Luc Otten

Luc Otten est médecin et biologiste. Après 15 années de recherche académique, il a travaillé 7 ans comme analyste financier puis comme venture capitaliste dans le domaine des sciences de la vie. Depuis 2015, il travaille dans le monde des start-ups en biotechnologie dans des positions opérationelles le plus souvent.

14 réponses à “15 morts à vélo électrique valent-ils plus que 9830 morts COVID dans leur lit ?

  1. L’auteur surestime l’intelligence fédérale et sa faculté d’adaptation. Je pense qu’il y a une hypothèse bien plus probable pour expliquer cette différence: ils n’y ont pas pensé et ont « fait comme d’habitude ». Le BPA possède un budget annuel pour ses campagnes, peu importe qu’elles soient ou pas pertinente, il faut dépenser le budget sinon il vient à être diminué. Je sais de quoi je parle, j’ai moi même réalisé une de ces campagnes alibi.

  2. L’autre vrai scandale est que les traitements contre le COVID19 et ses variants existent et fonctionnent depuis plus d’un an.
    Et que nous sommes prisonniers de la lutte acharnée que se livrent les laboratoires pour nous vendre des vaccins et des nouvelles molécules à prix d’or, au mépris des traitements existants qui ne coutent pas grand chose car déjà génériques.
    Et de façon étonnante, nos chers états qui ne pouvaient pas augmenter le salaire des personnels hospitaliers ou le nombre de lits l’hôpital sont maintenant capables de trouver des milliards pendant qu’ils mettent l’économie au tapis.
    Sans cette gigantesque escroquerie / incompétence vous n’auriez probablement jamais eu à écrire cet article.

  3. Le vaccin n’est pas la seule manière de s’immuniser. Survivre à la maladie fonctionne tout aussi bien pour développer une immunité et prétendre le contraire relève de la tromperie. Dans le cas du covid comme de la grippe, le vaccin est essentiellememt pertinent pour les personnes les plus fragiles. Donc, quand le vaccin sera disponible pour tous, la mission protective de l’Etat sera accomplie et maintenir le pays sous cloche relèvera alors de l’abus de pouvoir. Vu la quantité d’annonces de l’Etat que je vois au sujet du covid et qui s’ajoutent encore aux différents reportages, je ne pense pas que la campagne concernant le vélo électrique se fasse à son détriment. La publicité n’a jamais convaincu les opposants à un produit.

  4. Un article plein de bon sens…..celui qui nous fait défaut depuis l’arrivée de ce virus.

    C’est regrettable, parce qu’avec un peu de bon sens, un peu plus d’altruisme plutôt que d’égoïsme, cette pandémie serait terminée.

    Mais voilà, nous somme les humains, on fait de notre mieux, mais il faut bien reconnaitre que nous ne sommes pas très développés.
    On s’améliore, mais vraiment pas très vite. C’est dommage.

  5. Je déplore que dans la presse l’accent ne soit pas mis plus souvent sur la solidarité, mais pour cela il faudrait déjà que la conscience du risque collectif soit acquise, et ce n’est pas la presse qui y participe. L’article en tête de page de ce journal en est un exemple : « Les indicateurs de la pandémie se sont dégradés en Suisse, mais rien ne semble indiquer pour l’heure des lendemains catastrophiques… »

    Ce genre de message a inévitablement une portée, il participe à renforcer dans leurs idées personnelles ceux qui cultivent le doute perpétuel : un comportement de fuite. Ensuite il s’agit de défendre cette éphémère liberté : « La question de rouvrir ou non les terrasses n’est finalement peut-être pas la plus importante de toutes en temps de pandémie… »

    Quel luxe de disserter ainsi, alors que nous sommes dans une situation où les décisions prises à temps peuvent être déterminantes pour notre avenir ! Et je dirai que dans cette volonté de faire la critique des mesures qui « ne seraient pas essentielles », de la part de spécialistes de tous domaines sans rapport avec la science, est assez arrogant. Je ferai la distinction entre la bêtise et la malhonnêteté intellectuelle : la première est souvent vague dans ce qu’elle vise et peut être facilement remise à sa place. La seconde bénéficie d’un brillant plateau pour servir ses opinions : les maîtres de sport, spécialistes de la santé en plein air, qui nous offrent leurs évidences. Les présidents d’associations culturelles craignant le dépérissement des esprits. Les journalistes, plus actifs que tous en communication libre et débordante, occupent la plus grande place. Et le fabricant de chaussettes qui sait que la santé passe par les pieds ? Il va venir aussi nous remplir les oreilles ?

    Le port de la ceinture de sécurité, illustration que vous avez choisie, a lui aussi eu ses fervents opposants. Afin de prévenir le risque de mourir attaché en cas d’incendie, ceux-ci préféraient oublier celui de se casser la tête sur le pare-brise ou rester défiguré. Les arguments contre la vaccination sont un remake cinquante ans plus tard. Le raisonnement collectif, soutenu par la prévention et les règlements, a finalement pris le dessus. Il n’y avait cependant pas à cette époque une porte si grande ouverte aux débats pour savoir si la ceinture de sécurité allait laisser des plis dans la chemise fraîche repassée, ou nous empêcher de respirer à pleins poumons le bon air de la campagne à cent à l’heure.

    La liberté d’expression de l’époque, même plus restreinte, était probablement moins contagieuse dans sa forme stupide.

  6. Saisissant! Heureusement qu’il y des gens comme vous pour faire ce parallèle. On pourrait aller plus loin : pourquoi est-il obligatoire de mettre un casque à moto, la ceinture en voiture, et pas de se faire vacciner ?

  7. Avez vous vu comment roulent les vélos dans Lausanne ?
    il ne se passe pas un trajet sur Lausanne sans que je me fasse dépasser par la droite, couper la route à un feux et bruler des feux rouge !
    Pas étonnant tous ces morts.
    Quelle est la proposition des VERTS ? ils ont surement une bonne idée de taxe ou de pénalité sur les conducteurs d’auto pour laisser la voie libre aux cyclistes.
    D’ailleurs dans quelques années ce sont les cyclistes qui vont payer les routes ?
    Un peu d’ironie sur cette situation qui devient ubuesque et même grotesque !

    1. C’est pas faux!
      Comme le disait un ami VERTS écolo-bobo-newcycliste, il faudrait que l’état fasse de la prévention pour favoriser le cyclisme.
      Pas une seconde il se demande si l’éducation personnelle qu’aurait du lui donner ses parents sur une façon respectueuse d’utiliser la route n’aurait pas du lui être inculqué depuis sa jeunesse lorsqu’il utilisait un tricycle.
      Ben non comme tous les assistés il veut que l’état lui paye des cours !
      Ouais ça donne à réfléchir ……….

  8. Oui, l’OFSP doit davantage investir dans la promotion des vaccins. Leur arrivée a bien convaincu les >65 ans, mais n’a pas eu beaucoup de succès sur les 50 ans,
    2/ laisser le virus se propager de manière contrôlée ces 3-4 prochains mois, pour les <40 ans. Il est bien trop risqué de tabler uniquement sur la vaccination volontaire des <40 ans pour espérer sortir de la crise à la fin de l'été.

  9. En même temps, on n’a pas bloqué toutes les routes pendant une année à cause des accidents de la route.
    Les mesures anti-covid sont très lourdes et omniprésentes partout. Aucune autre réaction coordonnée dans le monde n’a eu lieu depuis le début de l’humanité.
    Vous en voulez encore plus?

    1. À l’inverse de la route, où l’on peu se soustraire aux risques en ne conduisants pas, le virus touche tout le monde. Alors oui, je demande à ce que les mesures de prévention soient respectées, et que les contrôles traduisent une vraie volonté d’agir. Nous voyons des radars traquant les excès de vitesse posés en tous lieux et à toute heure, mais contre les risques de transmission clairement démontrés du virus, rien, rien, rien… Déplorable de faiblesse !

  10. Je pense que vos constatations représentent la réalité concrète ressentie par beaucoup de citoyens ( et de fait par la politique).

    Dans ma tranche d’âge (20-40 ans), le risque pour ma santé ( fréquence d’occurence du dommage / gravité du dommage) me parait , et à juste titre , largement plus élevé lorsque je fais quotidiennement du vélo électrique que lorsque je prends l’apéro sur une terrasse bondée. Le risque collectif est quand à lui très difficile à ressentir. Je ne peux pour ma part , et pour différentes raisons, éprouver suffisamment d’empathie envers les profils à risque. Je pourrais certes me dire que la vaccination aiderait à lever les mesures économiques contraignantes , mais ma balance ne fait pour l’instant pas le poids face à l’éventuelle atteinte à mon intégrité physique ( atteinte à évaluer en fonction de nos convictions personnelles eu égard des effets secondaires des vaccins) et morale (financement d’une industrie pharmaceutique reconnue pour sa cupidité).

    Ainsi , pour toutes ces raisons, une campagne de prévention massive financée par l’état me paraîtrait en effet mal placée et politiquement dangereuse.

    M.Jaccottet

    1. @Jaccottet, je vous remercie pour votre contribution qui reflète bien ma conclusion: la prévention contre la mortalité liée aux transports est mieux acceptée que celle contre la mortalité liée à des maladies infectieuses.
      Je vous reprends toutefois sur votre estimation du risque pour la tranche entre 20-40ans faisant du vélo électrique. La mortalité lié au COVID-19 en 2020 en Suisse a été environ de 1% soit 90 morts pour les 20-40 ans (sous réserve de vérification des données démographiques), c’est faible mais plus que les 15 morts à vélo. Quant à la mortalité en cas de COVID-19, on peut l’estimer à 1 sur 10’000 mais qui varie fortement l’état de santé individuel et le système de santé et social. Pour conclure sur votre risque personnel pour votre santé, le vélo électrique représente probablement un risque similaire à celui du virus SARS-CoV2.
      Libre à vous de réduire vos risques et ceux des autres avec le respect des règles de circulation, port du casque (-50% de mortalité en cas d’accident), respect des gestes barrières et vaccination (-90% de mortalité au moins).

      1. Merci, cependant ces chiffres ne sont pas comparables car les proportions ne sont pas identiques. Le risque doit se calculer en terme de fréquence (ex:nbr de cas / 100 personnes exposées au danger).
        Si il y avait autant de personnes faisant du vélo électrique qu’il y a eu de personne (dans la tranche 20-40) exposées au Covid, cela serait différent.

        Pour être un peu plus précis ,Il faudrait connaître le nombre d’utilisateurs de vélos électriques en suisse, voir le nombre d’heure … mais là cela devient de la masturbation intellectuelle!!

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