Coronavirus, comment protéger sa santé mentale ?

En quelques jours, notre vie, nos façons de travailler, d’habiter et d’être ensemble ont radicalement changé. Que nous soyons pris.e.s dans l’urgence de la gestion de crise (professionnel.le.s de santé, journalistes, personnel de vente, etc.) ou que nous soyons immobilisé.e.s à la maison, la brutalité avec laquelle le coronavirus (Covid-19) frappe nos quotidiens n’est facile à vivre pour personne. Pour vous aider et vous conseiller dans cette période forte en chamboulements, nous partageons cet article très complet de Minds, qui oeuvre pour la promotion de la santé mentale à Genève.

Pour une majorité d’entre nous, le confinement semi-volontaire est notre nouvelle réalité, pour une durée indéterminée. L’isolement soudain, la cohabitation sans répit ou la solitude pesante, la peur du virus et le flot continu d’informations inquiétantes représentent un cocktail difficile à absorber pour notre santé mentale.

Le message le plus important que minds souhaite adresser est celui-ci: c’est normal de se sentir dépassé!

Cette situation que nous vivons est aussi inédite que bouleversante. Se sentir stressé.e, seul.e, triste ou angoissé est normal. Faire des stocks de nourriture? Penser à se réfugier à la campagne? Pleurer en regardant les infos? S’en prendre à ses proches en confinement? Oui, ça peut arriver. Nous avons le droit de réagir parfois de manière irrationnelle ou émotionnelle et nous ne devrions pas être blâmé ou stigmatisé pour ça.

Au milieu de cet ouragan émotionnel et médiatique que nous vivons, il est donc plus que jamais essentiel de penser aussi à sa santé mentale. Voici quelques conseils qui peuvent aider à traverser les prochaines semaines.

 


Comment prendre soin de sa santé mentale pendant cette période?

 

Se tenir informé.e sans se laisser envahir

  • Chercher de l’information fiable auprès de sources officielles, comme l’Office fédéral de la santé publique, les HUG ou le site de l’Etat de Genève. Privilégier les faits et les informations de prévention qui peuvent aider à réduire les peurs.
  • Mais ne pas se laisser envahir par l’info: consulter les infos 1 ou 2 fois par jour (le journal télévisé par exemple), et éviter les sources d’information en continu. Limiter aussi les réseaux sociaux ou les groupes whatsapp pleins de fake news qui alimentent l’anxiété.

Garder une routine, bouger, se divertir

  • Garder une routine: autant que possible, conserver un rythme stable, se lever et se coucher à heures fixes pour garantir un sommeil suffisant, faire 3 repas sains par jour, séparer autant que possible le temps de travail et de vie familiale, etc
  • Prendre l’air, si on le peut: un balcon, un jardin, une cour intérieure, un tour du quartier (en respectant les distances), voire, si on le peut encore, une balade en campagne ou en forêt. La nature est un important facteur de bien-être mental.
  • Bouger: notre santé physique et mentale sont étroitement liées et l’exercice physique est une des clés du bien-être mental. Si on le peut, sortir faire quelques pas mais sinon, on met de la musique et on danse!
  • Se divertir hors des écrans: écouter de la musique, lire un roman, tenir un journal, écouter des podcasts, faire de la couture, de la pâtisserie, dessiner… Toutes ces choses que nous n’avons pas le temps de faire d’habitude à cause de nos vies trop chargées.

Garder le contact

  • Rester en contact: même en confinement, il s’agit de rester connectés à nos proches. Prendre des nouvelles ou en donner. Et passés les premiers jours d’agitation, pas forcément besoin de ne parler que de la crise sanitaire, on peut parler de tout, échanger des conseils de lecture, parler des enfants ou du printemps.
  • Mais là aussi, modérer: 15 coups de téléphone par jour, 200 messages, ça peut devenir envahissant. Ou déprimant quand tout à coup les notifications se tarissent. Limiter les conversations qui nous angoissent et se concentrer sur la tâche qu’on avait commencée, ça permet de reprendre un peu un cours normal de la vie

Exprimer ses émotions, en parler et se faire confiance

  • Dire si on ne se sent pas bien: chercher du soutien, manifester des émotions pour ne pas tout ruminer seul.e. Si on ne trouve personne à qui se confier, des ressources comme La Main Tendue peuvent aider.
  • Essayer de ne pas devenir sombre: lorsque l’on est isolé.e, on a beaucoup de temps pour penser, ce qui peut parfois nous entraîner dans une spirale négative de dévalorisation de soi et de sa vie.
  • Essayer de positiver: se rappeler que les épidémies, comme tout, ont une fin, que de très nombreuses personnes ont déjà guéri et que des milliers d’autres, y compris nous, s’en sortiront aussi. Penser au personnel soignant et à tous.tes les professionnel.le.s avec gratitude et admiration, être reconnaissant.e pour leur travail et les moyens mis à leur disposition.
  • S’écouter et se faire confiance: durant les moments de stress, prêter attention à nos propres besoins et ressentis. Savoir ce qui nous fait du bien et le faire.

Se soutenir…

  • Etre solidaire: soutenir d’autres personnes en difficulté peut être bénéfique pour la personne qui reçoit de l’aide autant que pour celle qui en donne. Prendre des nouvelles de nos voisins proches, se renseigner sur des initiatives solidaires dans notre quartier, ça occupe et ça fait du bien.

 


Où trouver de l’aide en cas de besoin?

 

 


Comment rendre service et s’entraider?

Services aux Hôpitaux Universitaires de Genève

  • Pour les soignant.es qui souhaitent proposer leurs services aux HUG, écrire à: covid19.candidatures@hcuge.ch – HUG (Genève)
  • Pour les personnes qui proposent un hébergement pour le personnel soignant: hebergements.covid19@hcuge.ch

Plateformes et réseaux d’entraide

Les actions de solidarité et d’entraide se multiplient à Genève, en voici quelques exemples:

  • L’association La Main sûre organise un réseau d’entraide actif sur toute la Suisse
  • Coronaide Genève – Les scouts Genevois se mobilisent face à la pandémie de Covid-19 pour aider les personnes âgées et les personnes à risque à faire leurs courses, chercher leurs médicaments ou toute autre activité ayant lieu dans l’espace public
  • L’organisation Pro Senectute met en place des chaînes téléphoniques pour que les aînés puissent garder des contacts.
  • La Course suisse se propose de livrer chez vous ou des proches des aliments du magasin de votre choix ou des médicaments.
  • Le site Aide-Maintenant recense les propositions d’aide sur l’ensemble du pays
  • Five Up – soutenue par la Croix-Rouge Suisse, l’application met en relation bénévoles et personnes ayant besoin d’aide.
  • Le groupe Facebook  – Coronavirus entraide Genève et régions

 


Sources

The kids are not alright : ce que la discrimination fait aux jeunes des minorités sexuelles et de genre

“I’ll be hurt either way. Isn’t it better to be who I am ?”[1], assène le personnage d’Eric, interprété par Ncuti Gatwa, dans la première saison de la série pour ados Sex Education. Dans cette scène, Eric est en train de surmonter le traumatisme d’une agression homophobe qui l’a poussé, pendant un temps, à se censurer et se cacher, par peur des répercussions potentielles. Que ce soit à l’écran ou dans la vraie vie, les discriminations constituent encore un risque important pour la santé physique et mentale des jeunes LGBTIQ+. En Suisse, les jeunes des minorités sexuelles et de genre présentent des taux de suicide, de dépression et d’anxiété plus élevés que leurs pairs hétérosexuel.le.s et/ou cisgenres. Comment expliquer ce phénomène révélateur d’inégalités sociales profondes ? Comment en parler de manière sensible et responsable, sans renforcer des préjugés dangereux pour les concerné.e.x.s ? Et, surtout, comment agir ? Joséphine Gut, stagiaire à STOP SUICIDE et étudiante en Master en Etudes genre, propose quelques pistes de réflexion.

[1]Je serai blessé de toute façon, Autant être ouvertement qui je suis, non ?

Prévenir le suicide chez les groupes à risques

Il est nécessaire de parler du suicide, si l’on veut espérer l’enrayer. Depuis vingt ans, STOP SUICIDE porte ce message : ce n’est jamais en ignorant ou en invisibilisant les souffrances des jeunes que ceux-ci ont pu être efficacement pris en charge, soutenus et soignés. Le risque suicidaire doit être abordé et déstigmatisé activement afin de permettre aux personnes qui y sont confrontées d’accéder aux ressources qui leur permettront de s’en sortir, ainsi qu’aux causes structurelles sous-jacentes d’être identifiées et combattues. En effet, si le passage à l’acte est individuel, le contexte socio-culturel, ainsi que la nature et la qualité des politiques de prévention et de prise en charge des jeunes en situation de crise, ont également leur rôle à jouer. C’est-à-dire : des éléments extérieurs à l’individu constituent des facteurs de protection (diminuant le risque suicidaire) ou des facteurs de risque (contribuant à rendre certaines personnes plus vulnérables). Au cours de la dernière décennie, de nombreuses recherches ont permis de démontrer l’existence de facteurs de risque touchant spécifiquement les jeunes des minorités sexuelles (dont l’orientation sexuelle est autre qu’hétérosexuelle) et de genre (dont l’identité de genre ne correspond pas exclusivement au sexe qui leur a été assigné à la naissance).

Ces études, qui rendent compte de taux de suicide, de dépression et de troubles anxieux plus élevés parmi les jeunes non-hétérosexuel.le.s et/ou trans*, dénoncent un état de fait inacceptable, qui nécessite l’intervention d’acteurs publics et privés. Elles sont tout à fait capitales dans l’ajustement des programmes de sensibilisation et de prévention du suicide chez les jeunes. De même, elles peuvent servir à alarmer les écoles et les hôpitaux, lieux où les jeunes des minorités sexuelles et de genre disent faire face à de nombreuses discriminations (1) et à rappeler que ces institutions doivent assurer l’égalité des chances à tous les élèves, et l’égalité de traitement à tous les patients. Dans toute la Suisse, des associations se sont saisies de ce problème social et proposent des groupes de parole pour les jeunes des minorités sexuelles et de genre (c.f liste des associations en fin d’article). A Genève, Le Refuge propose une permanence pour les jeunes en crise.

Mais si ces statistiques peuvent servir à alerter les instances publiques et à légitimer les actions des associations engagées pour les jeunes des minorités sexuelles et de genre et/ou la santé mentale des jeunes, elles doivent être soigneusement contextualisées, expliquées, encadrées – au risque, sinon, de finir par causer plus de mal que de bien.

 

Image :amnestylgbtqunil (instagram)

L’importance d’un traitement réfléchi et responsable de la sursuicidalité des jeunes des minorités sexuelles et de genre

En Suisse, les jeunes non-hétérosexuel.le.s ont 2 à 5 fois plus de risque de se suicider que leurs pairs hétérosexuel.le.s (2). Et c’est avant d’atteindre vingt ans que l’écrasante majorité des premières tentatives de suicide ont lieu (2). La santé mentale des jeunes trans* reste largement non-documentée en Suisse, mais les associations spécialisées rapportent être régulièrement confrontées à des personnes en crise (retrouvez notre précédent article à ce sujet ici).

Ce sont des données alarmantes et douloureuses, révélatrices d’une société qui malmène encore et toujours les minorités sexuelles et de genre. Ce sont également des chiffres sensibles à traiter : les amalgames et liens de causalité houleux sont à éviter. La médecine et la psychiatre ont, notamment, un long historique de pathologisation des orientations sexuelles et identités de genre non-normatives, qui ont longtemps été considérées comme des maladies mentales à soigner, des afflictions, des déviances, sources directes des taux de suicide et de dépression plus élevés (3). Et s’il est devenu moins fréquent aujourd’hui d’entendre ces conceptions stigmatisantes, ce sont des croyances erronées qui sont loin d’avoir complètement disparues de notre imaginaire collectif.

C’est pour cela qu’il est nécessaire, quand on parle des jeunes des minorités sexuelles et de genre comme des “groupes à risque” en matière de santé mentale, de spécifier clairement et explicitement que ce n’est jamais leur orientation sexuelle ou leur identité de genre en tant que telles qui sont à la source de souffrances psychiques statistiquement plus élevées. Autrement, on risque :

  • de simplifier les tentatives de suicide, toujours multifactorielles et complexes, à l’expression d’une seule et unique cause. Or, c’est l’expression d’une idée reçue sur le suicide qui nuit aux efforts de prévention et d’accompagnement des personnes concernées. Expliquer la tentative de suicide d’une jeune personne par une cause uniquement, comme des difficultés liées à l’acceptation de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, c’est la réduire à une seule facette de son identité pourtant riche et complexe (4), passer sous silences les autres problématiques auxquelles elle peut être confrontée et, de ce fait, courir le risque de ne pas la soutenir de manière adéquate dans son processus de reconstruction.
  • de (re)produire un narratif qui fait du risque suicidaire et de la dépression une fatalité pour les personnes des minorités sexuelles et de genre (4). Cela participe de la stigmatisation de ces groupes, en renforçant la légitimité de certains stéréotypes – on peut notamment citer le cliché du “style de vie homosexuel” qui serait particulièrement décadent, rythmé par l’abus de substances, les maladies sexuellement transmissibles et les relations multiples instables, qui mèneraient inévitablement à une fin tragique prématurée, ou du moins à de graves problèmes de santé mentale (3). Ces stéréotypes peuvent également impacter directement les personnes concernées, notamment en structurant la manière dont iels se perçoivent et se représentent leur vie en tant que personne LGBTIQ+. Ils finissent parfois par fonctionner comme de véritables prophéties autoréalisatrices (4).

Je me souviens encore aujourd’hui du choc que cela a représenté pour moi, la première fois que j’ai été confrontée à ces statistiques : j’étais tout juste adolescente, et en plein questionnement autour de mon orientation sexuelle, je n’avais au final que très peu d’informations “concrètes” ou de modèles identificatoires, dans la mesure où aucun adulte autour de moi était visiblement non-hétérosexuel, qu’il n’y avait pas eu de sensibilisations à ces thématiques dans le cadre scolaire et que les représentations dans les médias restaient encore rares et souvent unidimensionnelles. Une des premières choses que j’ai donc “appris” sur ce que cela voulait dire, d’être une femme bisexuelle, était que j’avais un plus grand risque de me suicider, de subir de multiples épisodes dépressifs et de finir seule. Comme ces données n’étaient ni expliquées en détails, ni contextualisées, cela m’a fait l’effet d’une condamnation, d’une sentence inéluctable. Et j’ai pris un temps considérable à me débarrasser complètement de l’idée que mon orientation sexuelle était une épée de Damoclès, une promesse d’une vie émotionnelle et relationnelle nécessairement douloureuse et torturée. Je sais que je ne suis pas la seule. Il est temps que l’introduction aux grands questionnements identitaires de l’adolescence se fasse de manière plus positive et empouvoirante pour tou.te.x.s. (Joséphine Gut)

  • de passer à côté des causes structurelles des taux de suicide, de dépression et d’anxiété plus élevés parmi les minorités (sexuelles et de genre, notamment). Si les jeunes des minorités sexuelles et de genre souffrent, ce n’est pas parce qu’iels sont gays, lesbiennes, bisexuel.le.s, pansexuel.le.s, trans*… mais à cause des discriminations homophobes et transphobes. Ce qui pose problème, ce n’est pas qui iels sont, mais le fait que nous vivons dans une société qui nie, autorise, reproduit, et parfois même encourage l’intolérance, l’ignorance et l’agressivité à leur égard (5). S’il est ainsi important d’aider les jeunes concernés à développer des outils de résilience personnelle, des changements sociaux, culturels et politiques significatifs sont indispensables.

    Image : mattxiv (instagram)

 

“Pour l’amour de nos jeunes…” (5) : identifier et combattre les discriminations

Les recherches menées sur la santé mentale des jeunes des minorités sexuelles et de genre au cours de la dernière décennie ont permis de cerner les facteurs de risque prévalents: il s’agit du harcèlement (scolaire, particulièrement) et de la stigmatisation. Si leurs effets sont multiples et ne touchent pas tous les jeunes de la même manière ou avec la même intensité, les violences physiques et l’isolement en sont des conséquences possibles, ainsi que de forts sentiments de honte, de peur et d’anxiété (5, 6, 7 et 8) – tous contribuent à la prévalence de symptômes dépressifs et d’envies suicidaires parmi les jeunes concernés. Michel Dorais soulève que ces facteurs de risque sont accentués lorsque les institutions scolaires et médicales manquent à leur devoir d’information, d’encadrement et d’accompagnement : “les jeunes LGBT sont mal outillés pour faire face aux problèmes d’intolérance (…) le tiers des jeunes interrogés n’ont jamais entendu parler d’homosexualité (autrement que négativement) à l’école. Pas étonnant dès lors que la moitié des jeunes interrogés aient eu honte d’être LGBT et aient connu une ou plusieurs périodes dépressives en rapport avec leur orientation sexuelle et les réactions qu’elle suscite” (6).

Si ces recherches font état des effets désastreux sur la santé mentale d’un environnement personnel et institutionnel intolérant et/ou mal informé, elles soulignent également que l’acceptation et le soutien des proches et des institutions constituent, à l’inverse, un facteur de protection majeur (7, 8). Quand l’intolérance et les discriminations diminuent, leurs effets néfastes sur les jeunes des minorités sexuelles et de genre font de même. Mais ce n’est pas un combat qu’iels devraient avoir à mener seul.e.x.s. Nous ne pouvons plus nous dédouaner, en tant que collectivité, de nos responsabilités : l’intolérance, l’homophobie et la transphobie font partie du passé et du présent de la Suisse, et elles ont des conséquences réelles, tangibles et délétères.

 

Des solutions peuvent être apportées par :

  • La valorisation et le développement des associations qui viennent actuellement en aide aux jeunes qui traversent une crise, en proposant de nombreuses ressources, dont des groupes de parole (c.f liste de contacts en fin d’article).
  • La participation de personnes et d’associations concernées lors de prises de décision pouvant avoir un impact sur les jeunes des minorités sexuelles et de genre, et la prise en compte attentive des revendications que ces dernier.ère.x.s ont déjà émis.
  • Le développement de représentations plus diversifiées et positives de personnes non-hétérosexuelles et non-cisgenres, et la promotion de narratifs empouvoirants qui ne font pas du suicide une fatalité, ni des souffrances psychiques des jeunes des minorités sexuelles et de genre une étape nécessaire et attendue de leur adolescence.
  • Des actions visant à combattre les discriminations et l’intolérance tant au niveau individuel que structurel. Il est important de s’interroger sur les représentations que nous avons nous-mêmes en tête, et les idées reçues auxquelles nous adhérons parfois sans même nous en rendre compte, car celles-ci ont des conséquences sur la manière dont nous interagissons avec les personnes concernées (9). De même, les comportements et attitudes discriminantes ne doivent pas être banalisés, mais dénoncés et discutés. Il est capital d’agir proactivement pour mettre fin aux discriminations : en oeuvrant pour que les mentalités et les représentations sociales changent, mais également en assurant l’égalité des droits dans la loi. À l’occasion de la journée du souvenir trans*, le 20 novembre passé, une liste de revendications à été publiée par un collectif genevois avec l’objectif de souligner les discriminations légales auxquelles font face les personnes trans* en Suisse, et de proposer des solutions concrètes. Egalement au coeur de l’actualité : l’extension de la loi anti-discrimination à l’orientation sexuelle. Cette initiative, sur laquelle nous seront amené.e.x.s à voter ce dimanche, n’est évidemment pas une solution miracle à tous les facteurs de risque présentés ci-dessus et n’intègre pas les discriminations liées à l’identité de genre. Il n’en reste pas moins que c’est une étape importante à ne par rater : dans les mots de Zineb Baaziz, militante pour Amnesty International et étudiante au Master en Economie Politique, “Voter OUI permettra de protéger la vie des personnes homosexuelles et bisexuelles au quotidien sur le territoire suisse”. (10)

Sources :

  1. Enquête LGBTIQ+ en Suisse 2019 : Rapport final – Disponible en allemand, français, anglais et italien.
  2. Häusermann, M. (2014) L’impact de l’hétérosexisme et de l’homophobie sur la santé et la qualité de vie des jeunes gays, lesbiennes et bisexuel-les en Suisse. Le droit de l’enfant et de l’adolescent à son orientation sexuelle et à son identité de genre, mai 2014. Editeur : Institut universitaire Kurt Bösch. p. 9, et Descuves, A. & Berrut, S. (2013), La santé des femmes qui aiment les femmes
  3. Pugnière, J. M. (2011) L’orientation sexuelle, facteur de suicide et de conduites à risque chez les adolescents et les jeunes adultes ? : l’influence de l’homophobie et de la victimation homophobe en milieu scolaire. Psychologie. Université Toulouse le Mirail – Toulouse II.
  4. Cover, R. (2012). Introduction : Queer Youth Suicide, Vulnerability and Unliveable Lives in Queer Youth Suicide, Culture and Identity, pp. 1-17.
  5. Goguen, Y. (2015). Pour l’amour de nos jeunes : le droit d’être libre de discrimination et de violence à caractère homophobe et transphobe à l’école. Revue de l’Université de Moncton, 46 (1-2), pp. 201-228.
  6. Dorais, M. (2015). De la honte à la fierté : Contexte et résultats d’une enquête québécoise menée auprès de 259 jeunes LGBT âgés de 14 à 21 ans, Québéc Studies 60, 23-34.
  7. d’Arnicelli, H. & Sellerte, S. (2019) Quand l’hétéronormativité fait mal in Manuel indocile de sciences sociales, Fondation Copernic, pp. 805-809.
  8. Geoffroy, M. & Chamerbland, L. (2015). Discrimination des minorités sexuelles et de genre au travail : quelles implications pour la santé mentale ?, Santé mentale au Québec 40 (3), pp. 145-172.
  9. R. Bize, E. Volkmar, S. Berrut, D. Medico, H. Balthasar, P. Bodenmann, H. J. Makadon (2011), Vers un Accès à des soins de qualité pour les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres, Revue Médicale.
  10. Baaziz, Z. (2020). Votons OUI le 9 février pour une société plus égalitaire, Amnesty International Youth.

Les références citées sont disponibles sur demande à info@stopsuicide.ch

 

Autres références utiles :

Enquêtes populationnelles sur la victimisation et la délinquance chez les jeunes dans les cantons de Vaud et Zurich, Les jeunes non-exclusivement hétérosexuel.le.s : populations davantage exposées ? Raisons de santé (2018)

Brochure sur les droits des personnes LGBT (2018), publiée par l’université de Genève et disponible en ligne.

Alessandrin, A. (2019). Comprendre les transidentités in Manuel indocile de sciences sociales, Fondation Copernic, pp. 810-820.

Medico, D. & Zufferey, A. (2018). Un futur pour les enfants et les jeunes transgenres : que savons-nous sur les besoins et les solutions ?, Rev Med Suisse n°14, pp. 1765-9.

Parini, L. & Lloren, A. (2017). Discriminations envers les homosexuel·le·s dans le monde du travail en Suisse. Travail, genre et sociétés, 38(2), pp. 151-169.

 

Contacts utiles :

Tél 147

Ligne d’aide et conseils pour les jeunes, confidentielle et gratuite, 24h/7j

 

Groupes Jeunes LGBTIQ+ :

Genève

TOTEM

info@totemjeunes.ch

 

Vaud

VOGAY

jeunes@vogay.ch

 

Fribourg

Sarigai

sarigai@sarigai.ch

 

Neuchâtel

Togayther

info@togayther.ch

 

Valais

Alpagai

contact@alpagai.ch

 

 

Autres associations LGBTIQ+ :

Epicène – Association pour l’égalité trans*

contact@epicene.ch

 

Fondation Agnodice – Jeunes Trans*

info@agnodice.ch

 

Dialogai – Association gay

info@dialogai.org

 

Dr. Gay – Site d’information pour la santé sexuelle des hommes qui ont du sexe avec des hommes

 

InterAction – Association pour les personnes intersexes

hello@interactionsuisse.ch

 

Lestime – Association lesbienne

info@lestime.ch

 

Les Klamydias – Association pour la santé sexuelle des Femmes qui ont du sexe avec des femmes

lesklamydias@gmail.com

 

Le Refuge – Centre d’acceuil pour jeunes LGBT en difficulté

accueil@refuge-geneve.ch

 

360 – Magazine d’information LGBT suisse

admin360@360.ch

 

Transgender Network – Groupes de discussion tous âges

info@tgns.ch

Repérer les signaux d’alerte du suicide

Débutée le 10 septembre, Journée mondiale de prévention du suicide la campagne de STOP SUICIDE vise à informer et sensibiliser sur les signes avant-coureurs d’une crise suicidaire. Quels sont ces signaux d’alerte ? Comment peut-on aider une personne dans cette situation ? Laure Bacchiocchi et Sarah Gutierrez Barrios, actuellement en stage à STOP SUICIDE vous présentent ces enjeux.

 

Quand on est en proie à un mal-être profond, il est souvent difficile d’oser en parler, parfois
par honte, par peur d’être jugé ou de créer une gêne. Dans cette situation, c’est souvent un grand soulagement quand quelqu’un tend la main, ouvre un espace pour en parler. C’est la première étape pour sortir d’un moment difficile et éviter que le mal-être s’aggrave.

La majorité des personnes qui vivent une période de crise manifeste leur souffrance d’une manière ou d’une autre. Dans le cas où l’on n’ose pas aborder le sujet directement il existe des “signaux d’alerte” révélateurs de ce mal-être. Ces signaux peuvent être subtils et difficiles
à repérer, et la personne concernée tente parfois de dissimuler ces signes ou ne les montre que face à certaines personnes, qui ne font pas forcément partie de son entourage le plus proche.

En tant qu’ami.e, proche ou encore collègue de travail, apprendre à repérer ces signaux d’alerte est important pour la prévention, car cela permet de déceler le mal-être et pouvoir ensuite proposer de l’aide.

 

Un signal d’alerte, qu’est-ce que c’est ?

Souvent confondus avec les facteurs de risque, les signaux d’alerte peuvent se présenter comme une notion floue. Il est donc important de revenir sur ce terme et de le définir, afin de comprendre son importance.

Lorsqu’il est question de suicide, les signaux d’alerte ont tendance à être un mélange entre des signes observables par autrui et des symptômes explicités par la personne elle-même. En d’autres termes, les signaux d’alerte sont d’une part observables, et de l’autre ils sont subjectifs, car ils vont dépendre de chacun.e et varier en fonction des habitudes particulières d’un individu (GRPS, 2017).

Dès lors, la principale caractéristique des signaux d’alerte pourrait être présentée comme l’augmentation du risque suicidaire d’une personne à un court terme. Comme le souligne l’étude de D. Rudd (2008), les signaux d’alerte permettent avant tout de se poser une question essentielle : “Qu’est-ce que la personne est en train de faire (signes observables) ou d’exprimer (symptômes) qui pourraient laisser penser qu’elle a un risque de se suicider dans les prochaines minutes, heures, voir jours ?“.En résumé, les signaux d’alerte sont donc des signes qui sont détectables et indiquent une situation de mal-être qui pourrait s’aggraver et augmenter les risques de suicide à court terme.

 

A quels signes faire attention ?

Comme expliqué précédemment, les signaux d’alerte sont principalement subjectifs : ils peuvent varier selon le tempérament et les habitudes de chacun.e. Il y a donc un signal “général” qui est d’avoir l’impression de ne plus reconnaître la personne, et que ces changements prennent le pas sur sa vraie personnalité.

Pour faire connaître ces signaux et aider chacun.e à savoir les repérer, cette année la campagne de STOP SUICIDE met l’accent sur six signes spécifiques de mal-être, identifiés et reconnus dans la littérature scientifique (GRPS, 2017 ; Rudd et al., 2006 ; Jehel et al., 2016), auxquelles nous pouvons tou.te.s être attentif.ve.s.

• Sommeil
Une altération de la quantité ou de la qualité du sommeil peut être révélatrice d’un malêtre. Une fatigue permanente ou un manque de sommeil peuvent signifier qu’on trouve du réconfort dans cette forme “d’absence au monde” ou qu’on est trop préoccupé.e pour arriver à dormir.

• Isolement
S’isoler du monde social en évitant le contact avec autrui, que ce soit dans la réalité ou dans le monde virtuel, peut également être un signe de mal-être. Annuler à répétition des rendez-vous, se retirer des réseaux sociaux ou au contraire y passer tout son temps, éviter le contact avec ses amis, sa famille et ses proches sont des éléments qui peuvent alerter.

• Appétit
Des changements dans les habitudes alimentaires peuvent être un symptôme physique du mal-être intérieur. Cela peut s’exprimer de différentes manières, par une perte d’appétit, par exemple, ou au contraire par un besoin de se nourrir en permanence. Il est possible aussi d’observer une perte ou une prise de poids.

• Changement d’humeur
Les sautes d’humeur qui semblent déplacées ou disproportionnées sont un indice de mal-être. Revenir soudainement à la sérénité peut aussi être inquiétant : c’est parfois le signe qu’un « plan suicidaire » a été établi.

• Consommation de substances
La consommation d’alcool et de stupéfiants de manière répétée, abusive et inhabituelle est une manifestation typique de mal-être.

• Perte d’intérêt
Se distancier de ses centres d’intérêt et des activités qui procurent habituellement du plaisir révèle une profonde démotivation, qui peut aller jusqu’à l’abandon des études et de ses projets d’avenir.

Il arrive aussi que quelqu’un exprime son mal-être et ses pensées suicidaires d’une façon détournée. Par exemple, « Vous serez bientôt débarrassés de moi », « Je ne sers à rien », « J’ai envie de disparaître ». Il vaut mieux ne pas minimiser ces phrases lorsqu’elles surviennent car la personne qui les prononce peut être gênée d’aborder le sujet et ne parvient pas à exprimer plus directement ses pensées suicidaires. Il est donc important de les prendre au sérieux et saisir l’occasion d’en parler, plutôt que de chercher à dédramatiser la situation en évitant le sujet.

 

Comment agir ?

Au cours d’une vie, tout le monde connaît un jour où l’autre des moments difficiles et il se peut que des signaux se manifestent sans qu’il ait lieu de s’inquiéter. La question est donc de savoir quand est-il nécessaire de s’alarmer ? De manière générale, ce sont lorsque les signaux d’alerte s’accumulent, prennent de l’ampleur, s’installent dans la durée et commence à entraver la vie quotidienne qu’il est essentiel d’intervenir.

Il y a plusieurs manières d’aider un proche en situation de mal-être. L’ouverture au dialogue, l’intérêt pour l’autre et, principalement, l’écoute sans jugement sont des façons d’être présent et de montrer que la personne est importante pour nous.

Montrer son soutien par diverses actions, tels que des petites attentions, en proposant une activité ou simplement en prenant régulièrement des nouvelles, sont des manières d’exprimer son amour et présence pour l’autre. Il faut aussi oser parler franchement de mal-être et de suicide. Ouvrir la discussion sur ce sujet va permettre à la personne de soulager sa souffrance et de trouver un terrain de confiance pour se confier.

Il est aussi important de lui montrer qu’elle a des ressources personnelles qui peuvent l’aider à surmonter un moment compliqué. Chacun d’entre nous a, sinon une passion, au moins une activité qui permet de laisser de côté ses problèmes pour un moment en se concentrant sur autre chose. Sport, musique, dessin, couture, théâtre ou jeux de société, nous avons tous notre petit paradis à nous. Aider l’autre n’est donc pas seulement montrer qu’on est là pour lui, mais aussi lui montrer qu’il peut être là pour lui-même en se ressourçant dans ces diverses activités.

 

Prendre soin de soi

Soutenir un.e proche en souffrance peut être difficile émotionnellement. Il est donc essentiel d’être attentif.ve à nos ressentis et à nos limites. Il est donc important de ne pas rester seul.e dans cette situation et de trouver de l’aide auprès de ressources professionnelles. Il en existe plusieurs en Suisse romande, il est possible de faire appel à elles soit pour la personne qui vit elle-même une crise, soit pour avoir des conseils et du soutien si on fait partie de l’entourage.

En-dehors des services hospitaliers, la ligne 143 (La Main Tendue pour les adultes) et celle
147 (ProJuventute pour les jeunes) proposent une écoute et des conseils tant aux personnes
en détresse qu’à leurs proches. Les deux numéros sont disponibles 24h/24 et 7j/7, de manière anonyme et gratuite.

 

Liens

 

Références

13 Reasons Why, que dit la science ?

Depuis la sortie de sa première saison en 2017, la série Netflix 13 Reasons Why a fait couler beaucoup d’encre, tant dans les médias que dans le milieu académique. Si elle permet de briser le tabou sur un sujet encore trop peu abordé, ses effets incitatifs sont pointés du doigt. A la veille de la sortie de la saison 3, Léonore Dupanloup, chargée de communication et de prévention médias pour STOP SUICIDE, a résumé pour vous les différentes études qui se sont intéressées aux effets de la série sur son jeune public.

 

De quoi parle-t-on ?
La série 13 Reasons Why retrace le parcours d’Hannah, une adolescente qui a enregistré sur cassettes audio les « raisons » qui l’ont poussée à mettre fin à ses jours. Chacune de ces treize cassettes vise une de ses connaissances (ami.e.s, conseiller scolaire, harceleur…) et explique le rôle que ces personnes ont joué dans sa crise suicidaire.

Dès sa sortie en mars 2017, les milieux de la prévention se sont inquiétés du risque de la série : en effet le suicide est un sujet sensible et il est essentiel de l’aborder en prenant certaines précautions pour éviter un effet incitatif (dit effet Werther). Si certains éléments peuvent être utiles en termes de prévention, d’autres, comme la scène du suicide d’Hannah, particulièrement violente, ont été vivement critiqués (pour une analyse détaillée, la prise de position de STOP SUICIDE est disponible ici).

La série 13 Reasons Why raconte le processus suicidaire d’une adolescente (source image)

La deuxième saison s’est détournée de la thématique du suicide, bien qu’elle soit toujours présente. D’autres sujets graves et concernants pour les adolescents sont abordés : agressions sexuelles, addictions, relations abusives… La saison 3, qui sort ses prochains jours, devrait s’éloigner encore plus du thème initial, la production ayant annoncé que le personnage d’Hannah ne serait plus à l’affiche.

 

Une première étude à la demande de Netflix
Publié à peine un an après la sortie de la saison 1, le « rapport global » réalisé sur mandat de Netflix analyse les effets de la série dans quatre différentes régions : États-Unis, Royaume Uni, Brésil et Australie/Nouvelle-Zélande. 5400 adolescents et parents, ayant regardé ou non la série, ont été interrogés via un questionnaire sur divers aspects : anxiété, estime de soi, solitude, résilience et bonheur.

Sans surprise, les résultats font ressortir les effets positifs de la série : une majorité des participants a jugé que la série était bénéfique, qu’elle fournissait des informations utiles et permettait d’aborder des sujets difficiles. La scène très controversée du suicide d’Hannah est considérée comme « appropriée » et « nécessaire pour montrer à quel point le suicide est douloureux ». Les répondants indiquent que 13 Reasons Why les a encouragés à plus être plus empathiques et bienveillants envers les autres. Elle leur a aussi permis de mieux identifier les signaux d’alerte et d’oser agir s’ils les reconnaissent chez quelqu’un.

L’origine de cette étude laisse toutefois penser que la production a cherché à rassurer le public, et pourrait potentiellement minimiser les effets négatifs de la série. Par exemple, l’impact sur les pensées suicidaires n’apparaît pas dans le questionnaire. Au-delà de cette publication, Netflix a mis en place d’autres outils pour « encadrer » le show : un avertissement sur la violence des images a été ajouté au début de l’épisode final de la première saison et des messages de prévention ont été intégrés au générique de tous les épisodes de la saison 2.

Pour aider les spectateurs à prendre du recul sur l’histoire et pouvoir en parler de manière constructive, deux sites web ont été mis en place par la production. Le premier, 13reasonswhy.info, permet de chercher les services d’aide en fonction du pays de résidence et propose des vidéos de prévention et un guide de discussion autour des principaux thèmes de la série. Lancé plus récemment, 13reasonswhytoolkit.org présente des conseils pour aborder la série, que l’on soit parent, enseignant, médecin, journaliste ou tout simplement adolescent.

Le site 13reasonswhytoolkit.org fait partie des outils mis en place par Netflix

 

Des résultats plus inquiétants dans les enquêtes indépendantes
Face aux résultats plutôt avantageux de cette première enquête, des chercheurs indépendants ont cherché à vérifier les conclusions de Netflix. Avant de pouvoir observer les incidences sur les taux de suicide au niveau statistique, plusieurs études ont sondé les téléspectateurs sur les différentes façons dont la série a été perçue, via des questionnaires, par des entretiens individuels ou en petits groupes.

Au Brésil, des chercheurs se sont penchés sur l’impact de la série sur la santé mentale des adolescent.e.s. Via un questionnaire en ligne, les participants, âgés de 12 à 18 ans, ont été interrogés sur leur humeur et leurs émotions. 32,1% ont indiqué une amélioration, tandis que 23,7% ont déclaré se sentir moins bien après avoir regardé la série. En cherchant des corrélations entre les traits caractéristiques des répondants et ces changements dans le moral, l’étude conclut que les jeunes qui avaient déjà eu des épisodes de tristesse et de démotivation, des pensées suicidaires ou tenté de se suicider ont été plus affectés négativement.

Toujours au Brésil, une autre enquête auprès des internautes est arrivée aux mêmes conclusions : les effets de la série peuvent être positifs pour la plupart des spectateurs, mais les effets tendent à être négatifs pour les individus à risques. Ceci montre que les jeunes concernés par la problématique du suicide sont plus vulnérables aux représentations du suicide véhiculées dans les médias et il est important d’être d’autant plus attentif à ces jeunes-là pour diffuser un contenu sur ce sujet.

D’autres enquêtes se sont donc focalisées sur les effets pour les jeunes à risque. En Autriche, un focus groupe de trois jeunes patientes traitées pour des troubles psychiques a permis de mettre en évidence des éléments problématiques de la série. Les participantes, âgées de 15 à 19 ans, ont témoigné d’une aggravation de leurs pensées suicidaires et de leur intention de s’infliger du mal. Elles décrivent également la scène du suicide comme très choquante, au point d’en avoir fait des cauchemars. Déclarant s’identifier au personnage d’Hannah, elles considèrent la mise en scène de son suicide comme un encouragement à l’imiter. « On voit comment elle le fait, et on a le sentiment que c’est justifié », explique ainsi une des participantes.

Les études qualitatives montrent que les jeunes vulnérables ont été plus durement touchés par la série (source image)

Par ailleurs, les trois patientes ont souligné que la série était particulièrement addictive et que les avertissements ajoutés par Netflix ont eu pour effet d’attiser encore plus leur intérêt. Finalement, elles considèrent la série comme un « manuel de suicide » qui leur a apporté des nouvelles informations sur une méthode de suicide (« je n’aurais pas eu l’idée de le faire de cette manière »). Le fait que la série ne montre pas d’alternative à cette issue fatale a également été critiqué. Au vu de la taille du panel, les résultats ne peuvent pas être généralisés, mais ses témoignages permettent de mettre en avant l’impact émotionnel de la série sur les spectateurs les plus vulnérables. (5)

Aux Etats-Unis, une autre enquête a interrogé 87 jeunes admis aux urgences psychiatriques, ainsi que leurs parents, sur la façon dont ils avaient regardé la série et en avaient parlé. Se focalisant à nouveau sur des jeunes à risque, les résultats montrent qu’une majorité d’entre eux a visionné la série seul et n’en a pas discuté avec un adulte par la suite. En revanche, 80% des jeunes en ont parlé avec des amis, ce qui confirme le rôle essentiel que peuvent jouer les pairs dans la prévention. La moitié des répondants estiment que le show a d’autant plus augmenté leur risque de suicide, lorsque l’identification avec le personnage principal était forte. (6)

Parue à la même période, une quatrième étude donne une vision plus nuancée des effets de la série. Elle compare les connaissances sur le suicide, les symptômes dépressifs et les pensées suicidaires entre des étudiants (18-25 ans) ayant visionné la série et d’autres qui ne l’ont pas regardée, en prenant également en compte le fait d’avoir personnellement vécu un deuil lié au suicide. Les résultats montrent que les personnes l’ayant regardée ont augmenté leurs connaissances générales sur le suicide, et diminué leurs idées préconçues vis-à-vis des personnes en crise suicidaire. Cette association est d’autant plus forte pour ceux qui n’avaient pas été exposés au suicide auparavant. Ces résultats semblent monter que la série peut être un bon moyen pour sensibiliser des personnes qui n’ont pas été confrontées au suicide et qui peuvent donc avoir plus de préjugés à ce sujet. En revanche, l’influence sur le risque suicidaire n’a pas pu être démontrée dans cette étude. (7)

 

Les chiffres confirment les craintes
Quelques mois après la diffusion, alors que les statistiques officielles sur les causes de décès ne sont pas encore disponibles, une première étude quantitative s’est intéressée aux recherches internet concernant le suicide dans les 19 jours qui ont suivi le lancement des premiers épisodes (ce laps de temps limité s’explique par le suicide d’un footballeur américain survenu à cette date, qui a pu aussi avoir une incidence sur les recherches en ligne). Grâce à l’outil Google Trends, ils ont pu montrer un surplus global de 19% des recherches sur le thème du suicide.

La série a fait augmenter les recherches en ligne sur le suicide, tant à propos des ressources d’aide que des méthodes (source image)

La nature de ces recherches est variée : les requêtes ont augmenté dans des proportions équivalentes tant pour la question « comment se suicider » (+26%) et sur des méthodes précises, que pour les « numéros d’aide » (+21%) et la « prévention du suicide » (+23%). Les chercheurs en concluent que 13 Reasons Why a d’une part permis de sensibiliser à cette problématique, mais de l’autre a eu pour effet de faire augmenter le risque suicidaire. Ces statistiques ne permettent malgré tout pas d’établir un lien direct entre les recherches internet et les suicides qui se sont produits pendant cette période. (8)

De son côté, un hôpital américain a examiné si le nombre de personnes de moins de 18 ans prises en charge suite à une tentative de suicide avait augmenté après la diffusion de la série. Ils ont constaté, qu’au mois de mai 2017, 31 jeunes ont été hospitalisés pour cette raison, alors que les projections statistiques en prévoyaient 12. (9)

Début 2019, les choses s’accélèrent : les statistiques des causes de mortalité pour l’année 2017 sont rendues publiques, et très rapidement deux équipes de recherche universitaire vont révéler l’ampleur des effets de la série sur le taux de suicide des jeunes. Les résultats de la première étude montrent que d’avril à juin, période pendant laquelle le show a reçu la plus forte attention sur les réseaux sociaux, les suicides ont grimpé de 12,4% parmi les jeunes hommes de 10 à 19 ans, et de 21,7% pour les jeunes filles, par rapport aux projections statistiques. (10)

Les statistiques de la mortalité montrent un surplus des suicides suite à la diffusion de la série (source : Niederkrotenthaler et.al.)

La seconde, qui prend en compte une tranche d’âge plus restreinte (10-17 ans) pointe qu’au mois d’avril, juste après le lancement de la série, le nombre de suicides a augmenté de 28,9%. L’étude rappelle qu’en 2017, 13 Reasons Why a été la troisième série la plus « binge-watchée » (visionnée plus de 2 heures par jour) ce qui peut aggraver ses effets potentiellement négatifs. (11). Concernant les tranches d’âge supérieures, les deux études n’ont pas décelé de hausse significative. Toutes deux rappellent également les limitations des analyses statistiques : il est impossible d’établir que les personnes qui se sont suicidées ont effectivement visionné la série.

 

Netflix fait marche arrière
Face à ces nouvelles preuves sur les dangers de la série, en particulier pour les jeunes les plus vulnérables, Netflix a finalement supprimé la scène du suicide qui est au cœur des polémiques. Les producteurs ont déclaré être « attentifs au débat qui entoure la série » et avoir pris cette décision pour suivre les recommandations des experts médicaux et de la prévention (12)

 

Les outils et avertissements mis en place n’ont pas suffi pour éviter les risques : Netflix a finalement retiré la scène du suicide d’Hannah (source image)

On peut bien évidemment saluer ce geste de la part du géant du streaming, mais il est regrettable qu’il arrive aussi tard, plus de deux après le lancement de la série, alors que dès le début les milieux de la prévention s’étaient mobilisés pour interpeller les producteurs. Il a fallu attendre la « preuve » statistique que des suicides additionnels se sont produits dans la foulée de la diffusion pour que leur sens moral se réveille. De plus, l’annonce de cette décision à quelques semaines du lancement de la troisième saison laisse perplexe quant à leurs véritables motivations : prise de conscience et mea culpa authentiques, ou coup de pub pour relancer le buzz ?

Malheureusement aujourd’hui le mal est fait, et on ne peut qu’espérer que cet exemple aura au moins permis d’attirer l’attention sur les risques d’incitation liés aux médias et sur les manières de les limiter. Si les médias d’information sont depuis longtemps sensibilisés à ces enjeux, les producteurs et diffuseurs de contenus de fiction et de divertissement se sont pendant longtemps sentis peu concernés par cette problématique : on a aujourd’hui la confirmation qu’ils ont un rôle essentiel à jouer pour la prévention.

 

Transformer le risque en opportunité de prévention
Briser le tabou du suicide est essentiel pour aider les personnes qui en souffrent à sortir de leur silence et les encourager à trouver du soutien, tant dans leur entourage qu’auprès de professionnels. Une série à succès comme 13 Reasons Why constitue une belle opportunité toucher un public jeune, souvent difficile à atteindre, avec un message préventif. Il est plus que regrettable que Netflix n’aie pas pris en compte les recommandations de base pour traiter ce sujet de manière responsable, privilégiant un ton et une point de vue sensationnalistes sur le suicide.

Grâce aux différentes recherches présentées ici, on sait avec certitude les risques que constitue une telle approche, et avec le buzz dont ces découvertes font l’objet, impossible désormais pour les scénaristes et producteurs de plaider l’ignorance ou la bonne volonté. C’est peut-être là le véritable intérêt de 13 Reasons Why pour la prévention : montrer l’exemple à ne pas suivre. À bon entendeur !

 

Références
Les études citées dans l’article sont disponibles sur demande : contactez leonore@stopsuicide.ch

1. 13 Reasons Why : La série officiellement renouvelée pour une saison 3 ! Melty, 7 juin 2018.

2. Lauricella et al. Global report : exploring how teens, young adults and parents responded to 13 Reasons Why. Center on Media and Human Development, 2018

3. Rosa et. al. Thirteen Reasons Why : The impact of suicide portrayal on adolescents mental health. Journal of Psychiatric Research, 2019 : 108 : 2-6

4. Zimerman et. al. Revisiting the Werther Effect in the 21st Century : Bullying and Suicidality Among Adolescents Who Watched 13 Reasons Why. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry : 57 (8). 2018.

5. Till et. al. Reports of Adolescent Psychiatrix Outpatients on the Impact of the TV Series « 13 Reasons Why » : A Qualitative Study. Journal of Adolescent Health : 64 : 414-416, 2019.

6. Hong et. al. 13 Reasons Why : Viewing Patterns and Perceived Impact Among Youths at Risk of Suicide. Psychiatric Services 70 : 2. 2019.

7. Chesin et. al. Knowledge of Suicide rick Factors, But Not Suicide Ideation Severity, Is Greater Among College Students Who Viewed 13 Reasons Why. Journal of American College Health, 2019.

8. Ayers et. al. Internet Searches for Suicide Following the Release of 13 Reasons Why. JAMA Internal Medecine : 177(10) : 1527-1529, 2017.

9. Cooper et. al. Suicide Attempt Admissions From a Single Children’s Hospital Before and After the Introduction of Netflix Series 13 Reasons Why. Journal of Adolescent Health : 63 : 688-693. 2018.

10. Niederkrotenthaler et. al. Association of Increased Youth Suicides in the United States With the Release of 13 Reasons Why. JAMA Psychiatry. 2019.

11. Bridge et. al. Association Between the Release of Netflix’s 13 Reasons Why and Suicide Rates in the United States : An Interrupted Time Series Analysis. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychatry, 2019.

12. Netflix coupe la scène du suicide… 2 ans après. 20 minutes, 16 juillet 2019

 

Liens

Prise de position de STOP SUICIDE sur 13 Reasons Why

13reasonswhy.info

13reasonswhytoolkit.org

L’influence des événements médiatiques sur le taux de suicide

Est-il possible que le taux de suicide soit affecté par des événements de la vie publique tels que certains jours fériés ou mêmes des compétitions sportives, voire même qu’un attentat influe sur le taux de suicide d’un pays ? Ce sont les questions auxquelles le chercheur Driss Hamadouch a souhaité répondre dans sa thèse en médecine. Dans son article écrit pour le blog de Stop Suicide, Mehdi Oubenali, assistant communication et média au sein de l’association, présente les résultats de cette étude.

 

source: lepoint.fr

Pour mener à bien cette recherche, plusieurs études ont été compilées. Elles ont toutes comme caractéristique commune de traiter du taux de suicide d’une population, pendant et à la suite d’événement ou de jours de fête majeurs et connaissant de ce fait une médiatisation importante. Citons par exemple le mondial de football ou les fêtes de fin d’année, à catégoriser comme évènements « positifs », mais encore les attentats du 11 septembre ou ceux du métro de Londres, à catégoriser comme événements « négatifs ».

Ainsi, concernant les événements sportifs, M. Hamadouch a pu constater qu’une majorité d’études rapportaient une fluctuation dans les taux de suicides lors de compétitions sportives très populaires. Pour exemple, des chercheurs ont mis en évidence, lors de la coupe du Monde de football se déroulant en France en 1998, une baisse de 10.3% du taux de suicide durant la compétition et, mieux encore, une baisse de 19.9% du taux de suicide le lendemain du match à l’occasion duquel l’équipe de France s’est montrée victorieuse (1). D’autres études ont montré que les victoires réduisent le taux de suicide, et certaines d’entre elles ont posé l’hypothèse que les événements sportifs peuvent avoir un effet protecteur si le sport dont il est question est populaire et que les résultats de l’équipe ou du sportif soutenus sont bons.

https://kulishana.files.wordpress.com

Concernant les jours fériés, le chercheur a aussi constaté un changement dans le taux de suicide relevé par les différentes études consultées. Le taux de suicide est, là-aussi, en diminution pendant les périodes de fête tels que Thanksgiving, Noël ou le jour de l’An. Certaines études catégorisent les jours fériés en deux classes : il semblerait que le taux de suicide baisse avant, pendant et après certains événements tels que Noël, alors que pour d’autres événement tels que le Nouvel An, si le taux de suicide est moins élevé le jour-même, il augmenterait les jours suivants.

source: https://www.boursedirect.fr

Les études portant sur le taux de suicide suite à des attentats ont, quant à elles, des résultats plus nuancés. Sur les neuf études traitant du sujet, six démontrent des changements dans les comportements suicidaires alors que trois ne constatent aucun changement.

Grâce à cette revue de littérature scientifique, Driss Hamadouch a pu mettre en évidence l’existence d’événements qui seraient associés à une baisse ou une hausse du taux de suicide dans la population puisque qu’une majorité d’études – 26 pour un total de 31 études – constatent des modifications.

Il est donc possible d’identifier des évènements vulnérants ou protecteurs quant aux comportements suicidaires. L’épidémiologie du suicide, et particulièrement les nouvelles techniques de l’épidémiologie digitale, offre alors la possibilité de mieux connaître et cibler de tels moments, permettant par là-même d’améliorer encore les méthodes de prévention du suicide déjà existantes.

 

Pour en savoir plus :

Driss Hamadouche. Peut-on parler d’évènements associés au suicide ? Revue de littérature et perspectives de recherche. Thèse pour le diplôme d’État de docteur en médecine présentée et soutenue publiquement le 6 février 2019. Lille : Faculté de médecine Henri Warembourg de l’Université du droit et de la santé, 2019.

 

Référence :

(1) Encrenaz G, Contrand B, Leffondré K, Queinec R, Aouba A, Jougla E, et al. Impact of the 1998 Football World Cup on Suicide Rates in France: Results from the National Death Registry. Suicide Life. Threat. Behav. 2012 avr 1;42(2):129-135.

Le suicide assisté et sa médiatisation: un risque pour la prévention?

 

Ayant pour mission la prévention du suicide des jeunes de 15 à 29 ans, l’association STOP SUICIDE ne remet pas en question la légalité du suicide assisté et le travail des associations actives dans ce domaine, qui ne concerne pas le même public. Cependant, en raison de la place importante du débat sur le suicide assisté dans les médias, STOP SUICIDE s’inquiète des valeurs positives (dignité et auto-détermination notamment) qui y sont fréquemment associées et de l’influence qu’elles peuvent avoir tant sur les personnes âgées que sur les plus jeunes.

 

En Suisse, le suicide assisté est autorisé depuis 1942. L’article 115 du Code Pénal en définit les conditions : l’incitation au suicide reste interdite, et l’aide au suicide ne doit pas relever d’un motif égoïste. Les critères d’accès sont réglementés par les directives de l’Association suisse des sciences médicales (ASSM) et leur assouplissement en 2018 est largement contesté par les médecins eux-mêmes. En ajoutant à cela un traitement médiatique souvent favorable et positif, un effet de contagion est-il à craindre ? Léonore Dupanloup, chargée de prévention média à STOP SUICIDE, fait le point sur la question.

 

Du critère de « fin de vie » à celui de « souffrances insupportables »

Le suicide assisté est inscrit dans la loi suisse depuis plus de 75 ans, mais sa pratique et son éthique ne cessent d’évoluer et divisent le monde médical. Longtemps considéré, par principe, comme « contraire aux buts de la médecine », l’ASSM a remis en 2004 la responsabilité aux médecins de déterminer au cas par cas si « cette assistance est conforme aux objectifs de la médecine ». Dès lors la pratique du suicide assisté est devenue de plus en plus courante, attirant des personnes souhaitant mettre fin à leur jour bien au-delà des frontières helvètes. Avec 928 décès de résidents suisses en 2016, le nombre de suicides assistés tend à rejoindre le nombre de suicides non-assistés (1016 décès sur l’ensemble de la population).

En 2018, une nouvelle révision des directives a suscité une vague de contestation. Principal point de discorde : l’abandon du critère de « fin de vie imminente » au profit de celui de « souffrances insupportables », bien plus subjectif et difficile à définir. Pour le médecin, comment estimer que ces souffrances sont insupportables ? Et s’agit-il de souffrances physiques uniquement, ou doit-on craindre que des personnes en détresse psychologique demandent accès au suicide assisté ? En Belgique, où l’euthanasie par un médecin est autorisée, les personnes atteintes de troubles psychiques peuvent demander à y avoir accès et une cinquantaine d’entre elles décèdent ainsi chaque année (1).

Jacqueline Jencquel et la médiatisation de son “projet”

L’année dernière un cas a marqué les esprits. Jacqueline Jencquel, une Française de 74 ans, a annoncé planifier son suicide assisté pour 2020. Bien portante, elle craint les effets négatifs du vieillissement : perte d’autonomie, dégradation de la santé et de l’aspect physique, peur d’être un fardeau pour l’entourage et pour la société de manière générale… Elle milite donc pour ce qu’elle appelle le « suicide de bilan » et a décidé de médiatiser son projet. Si les « raisons » sur lesquelles se base sa décision ont de quoi interpeller et ont parfois choqué, ce sont des arguments très répandus dans le débat sur le suicide assisté. Il faut s’interroger sur les effets que de tels arguments peuvent avoir sur des personnes vulnérables. Pourraient-ils encourager une dérive de l’aide au suicide ? Et après tout, si une personne de 74 ans en bonne santé a le droit de se suicider, pourquoi l’interdire, par principe, à des personnes plus jeunes ?

 

La dépénalisation du suicide assisté fait-elle augmenter le suicide ?

Un des arguments-clés en faveur de la dépénalisation du suicide assisté est que celui-ci permettrait de faire baisser le taux de suicide en proposant une alternative médicalement encadrée, qui laisse plus de temps à la réflexion. Aux Etats-Unis, où l’aide au suicide est autorisée dans certains états, des chercheurs se sont penchés sur les effets de la légalisation du suicide assisté sur le taux de suicide (2).

En comparant le taux de suicide de différents états américains avant et après la légalisation, et en excluant les autres facteurs qui peuvent l’influencer, l’étude a montré qu’en réalité le taux de suicides « non-assistés » n’a pas diminué. Il n’y a donc pas eu de report significatif de l’un vers l’autre, et au final le taux de suicide global a augmenté dans ces états, du fait de l’augmentation des suicides assistés.

Evolution des suicides et des suicides assistés en Suisse

La situation de la Suisse est-elle comparable ? Les statistiques montrent une progression constante du suicide assisté, qui s’est accentuée depuis 2008 (voir graphique). Parallèlement, le nombre de suicides non-assistés est en baisse, ce qui pourrait indiquer un phénomène de report. Mais en incluant les suicides assistés dans le calcul du taux de suicide, on constate le même résultat que l’étude américaine : celui-ci augmente de manière significative, revenant au taux de 2002 pour les hommes, et dépassant celui du début des années nonante pour les femmes (3).

 

 

La contagion d’un double-suicide assisté à Bâle

Du suicide de Marilyn Monroe à celui de Robin Williams, de nombreuses études se sont intéressées aux effets de la médiatisation des suicides non-assistés. Face au risque avéré de contagion (dit effet Werther, lire à ce sujet notre article précédent), l’OMS a édicté une série de recommandations pour traiter du suicide de façon responsable : éviter de mentionner la méthode, ne pas présenter le suicide comme un geste courageux, glamour ou romantique, ou en encore parler des solutions et des ressources d’aide (4).

Au milieu des années 90, dans le canton de Bâle, la médiatisation du suicide assisté d’un couple de notables de la région a marqué les esprits et a été suivie d’une explosion des demandes d’aide au suicide auprès d’Exit (5). En partant de ce cas particulier, des chercheurs ont mis en évidence les caractéristiques des articles relatant ce double suicide et ont pu identifier plusieurs aspects problématiques au regard des recommandations de l’OMS. Tout d’abord, le couple en question étant connu et très apprécié dans la région, leur suicide a donné lieu a un grand nombre d’articles, jusque dans les médias nationaux. Or plus la couverture d’un cas individuel de suicide est importante, plus le risque d’effet Werther augmente : la manière dont le sujet est traité est donc d’autant plus cruciale pour limiter la contagion.

l’exemple de Romeo et Juliette: le fait de mourir pour « rester ensemble » est mis en avant et valorisé

Malgré ce risque important, pratiquement aucune précaution n’a été prise pour traiter ce double suicide. Aucune des publications ne présentaient de solutions alternatives au suicide : ce geste était présenté comme la décision de personnes déterminées, et le fait de mourir pour « rester ensemble » était largement mis en avant et valorisé. Certains articles ont aussi mis l’accent sur la « paisibilité » des personnes avant d’effectuer leur suicide, renforçant davantage une vision positive de ce geste.

En comparant les chiffres du suicide assisté dans la région avant et après la diffusion de ces articles, on constate que les suicides réalisés par Exit ont quadruplé, passant de 7 à 28. Difficile de prouver directement que toutes les personnes concernées ont lu les articles en question, mais un collaborateur d’Exit a confirmé qu’une femme avait motivé sa demande en mentionnant explicitement le suicide du couple. Dans sa lettre de suicide (non-assisté), une autre femme dont le mari venait de décéder de maladie y a également fait référence.

Dans les 2 ans qui ont suivi la médiatisation de ce double suicide, il y a eu 29 suicides de plus par rapport aux 2 années précédentes, dont 28 effectués par Exit. L’étude conclut donc à un effet Werther provoqué par les articles sur le suicide du couple bâlois.

 

Prévenir le suicide… assisté ou non !

De nombreuses notions associées au suicide assisté ont de quoi inquiéter les milieux de la prévention. Dans le débat sur l’aide au suicide, la question de la « dignité » et du droit à l’auto-détermination sont centrales, avec une tendance risquée : celle de valider d’emblée que la vie des seniors ne mérite pas d’être vécue, sans chercher à répondre au mal-être exprimé à travers la demande de suicide.

Redonner aux aîné.e.s la valeur et la place qu’ils méritent

Il existe des facteurs de risque suicidaire propres au grand âge : le sentiment d’isolement ou celui d’être un poids pour les autres, le refus de son propre affaiblissement, le veuvage… Le manuel très complet édité par le Groupe Romand Prévention Suicide (GRPS) explique que la perception négative de l’individu vis-à-vis de ces éléments pèse plus sur les pensées suicidaires que ces éléments eux-mêmes (6). Or ces aspects sont rarement investigués par les professionnels de santé car les envies suicidaires chez une personne âgée sont interprétées comme le fruit d’une réflexion rationnelle, en raison des idées reçues souvent véhiculées dans les articles sur le suicide assisté.

Qu’un individu préfère le suicide assisté à la perte d’autonomie et d’indépendance peut se comprendre, mais lorsque de tels points de vue sont diffusés dans les médias il faut s’interroger sur le message implicitement renvoyé non seulement aux personnes âgées mais également à toutes les personnes en situation de dépendance ou de handicap. Sans parler des aspects économiques qui sont parfois mis en avant : un suicide assisté coûte moins cher qu’une année en maison de retraite. Comment ne pas ressentir une forme de pression sous-jacente pour les personnes en situation de dépendance ou atteintes d’une maladie chronique ?

Face aux dérives potentielles de l’aide au suicide, des acteurs se mobilisent et investissent le champ de la prévention pour les personnes âgées. Claude Mermod, qui a fait appel à la justice pour annuler le suicide assisté par Exit de son frère en 2016, a fondé l’association Stop Dérives Suicide Assisté. Son but est de lutter contre cette pratique lorsqu’elle est « accordée prématurément à des personnes qui ne sont pas en fin de vie » et que le protocole actuel soit remis sur la table. Il raconte aussi son combat dans un livre, paru ce printemps aux éditions l’Harmattan : Je vais mourir mardi 18 (7).

D’autres s’interrogent sur la question de la capacité de discernement des personnes qui demandent le suicide assisté. Comme l’explique Anna Lietti, dans un article publié par Bon Pour La Tête, la capacité de discernement est un critère nécessaire pour accéder au suicide assisté. Pour cela les associations d’aide au suicide demandent un certificat médical au médecin traitant du demandeur, mais aucun diagnostic psychiatrique n’est obligatoire. Or les envies suicidaires sont l’expression typique de certains troubles psychiatriques comme la dépression ou la bipolarité, il semble donc aberrant que ces diagnostics ne soient pas explorés avant d’accepter la demande de suicide assisté (8).

Il reste donc un gros travail de réflexion à accomplir sur la place du suicide assisté dans notre société. Rappelons qu’il a été pensé, à l’origine, comme une alternative à l’acharnement thérapeutique. Où en est-on aujourd’hui ? Des personnes qui ne sont ni en fin de vie ni atteintes d’une maladie mortelle, comme Jacqueline Jencquel, prônent le droit au suicide assisté « de bilan », validant au passage l’idée que le suicide est l’aboutissement digne, courageux et romantique de toute une vie. Remettre la bienveillance au centre, repenser le bien-vieillir et redonner aux aîné.e.s la valeur et la place qu’ils méritent, sont plus que jamais urgents et nécessaires.

 

Définitions

  • Suicide assisté : fournir à une personne le moyen de mettre fin à ses jours. Il faut que la personne décide librement de mourir et qu’elle accomplisse elle-même le geste suicidaire. L’assistance au suicide n’est pas punissable, pour autant qu’elle ne réponde pas à un mobile égoïste (art 115 du Code pénal suisse).
  • L’euthanasie active directe : provoquer la mort d’un malade à sa demande pour lui épargner des souffrances. En Suisse, elle est interdite et punissable par la loi.
  • L’euthanasie active indirecte : soulager les souffrances du patient en ayant comme effet secondaire, possible ou prévisible, de hâter la mort. Elle est admise et pratiquée dans le monde entier.
  • L’euthanasie passive : arrêt d’un traitement vital lorsque celui-ci est refusé par le patient ou qu’il correspond à un fardeau disproportionné par rapport au but visé (acharnement thérapeutique). Cette forme d’euthanasie est légale.

 

Liens

 

Références

  1. Droit de mourir : un tabou français. Dossier tabou, M6, 22 mai 2019.
  2. Jones & Paton. How Does Legalization of Physician-Assisted Suicide Affect Rates of Suicide ? The Southern Medical Journal, 2015 : 108 (10)
  3. Statistiques des causes de décès 2014 : Suicide et suicide assisté en Suisse. Office fédéral de la statistique, 2016. Disponible sur le site de l’OFS.
  4. Preventing suicide : a resource for media professionals. Organisation mondiale de la santé, 2017. Disponible en anglais et en français sur le site de l’OMS.
  5. Frei et. al. The Werther Effect and Assisted Suicide. Suicide and Life-Threatening Behavior, 2003 : 33(2), 192-200
  6. Michaud, L., Bonsack, C. Prévention du suicide. Rencontrer, évaluer, intervenir. Médecine et hygiène, Chêne-Bourg, 2017.
  7. Je vais mourir mardi 18. Le suicide assisté au paradis helvète. Claude Mermod, L’Harmattan, 2019
  8. Mon suicide lave plus blanc. Anna Lietti, Bon pour la Tête, 01.11.2017

 

Le suicide, parlons-en, mais pas n’importe comment !

Le suicide est une thématique délicate. Longtemps resté tabou, on sait aujourd’hui qu’il est essentiel d’en parler, pour encourager les personnes concernées à sortir du silence. Mais cela nécessite certaines précautions, car la recherche scientifique a montré qu’il peut y avoir un effet incitatif, suivant la façon dont ce sujet est abordé.

Comment fonctionne cette influence, dit « effet Werther » ? Comment peut-on, au contraire, favoriser un effet préventif ? Léonore Dupanloup, chargée de prévention médias à STOP SUICIDE vous propose un tour d’horizon de la question.

 

Du jeune Werther à Robin Williams, des cas emblématiques

Dans le roman de Goethe, le jeune Werther connaît une fin tragique, tandis que le héros de « la Flûte enchantée » renonce au suicide

De nombreux cas à travers l’histoire ont révélé l‘existence d’une influence des contenus médiatiques sur le taux de suicide. L’un des plus emblématiques en Europe est celui du roman de Goethe, Les souffrances du jeune Werther, dont le jeune héros se suicide après une déception amoureuse. Sa publication en 1774 a entrainé une forte augmentation des suicides en Allemagne. Au Japon, ce même phénomène s’est produit en lien avec les pièces de théâtre Kabuki, qui mettent souvent en scène des suicides de couple.

Au cours des dernières décennies, la médiatisation des suicides de célébrités a souvent été associée avec une hausse des suicides.

Dans le mois qui a suivi le suicide de Marilyn Monroe, très médiatisé, les suicides ont augmenté de 12% aux Etats-Unis. Plus récemment, celui de l’acteur Robin Williams a provoqué une hausse de près de 10% par rapport à la normale (1). Les études estiment que la médiatisation d’un cas de suicide entraîne en moyenne une augmentation des suicides de 2,5%.

 

Une question de méthode…

Les chercheurs se sont donc intéressés à l’effet Werther pour tenter de comprendre ses mécanismes. De manière générale, la puissance de l’effet d’une information augmente en fonction de sa « saillance », c’est à dire de la visibilité et du retentissement qu’il aura auprès du public. La saillance d’un sujet repose sur la quantité d’articles, la place qu’ils occupent (longueur ou durée, emplacement dans le média…) et leur « qualité » (style sensationnaliste, d’identification avec le protagoniste…). L’effet sera aussi plus ou moins fort en fonction des prédispositions du lecteur ou du spectateur (2).

En observant plus en détails l’influence du suicide de Robin Williams, deux éléments ressortent significativement. Le groupe qui a connu la plus forte hausse est celui des hommes entre 30 et 44 ans, ce qui indique que l’identification avec le défunt joue un rôle. Un autre chiffre révélateur concerne la méthode de suicide employée par l’acteur, qui a été abondamment relayée dans les médias. Le recours à celle-ci a augmenté de 32,3%, soit trois fois plus que le nombre de suicides additionnels. L’identification et la méthode apparaissent donc comme deux éléments-clés sur lesquels repose l’effet Werther (1).

Le suicide de l’acteur Robin Williams a été suivi d’une hausse de 10% des suicides aux Etats-Unis

Pour chercher à mieux comprendre l’influence des informations sur les méthodes, une étude menée au Royaume-Uni a enquêté auprès de personnes ayant survécu à une tentative de suicide (3). Elles ont été interrogées sur les sources d’information qui leur ont permis de déterminer leur moyen de suicide. Un concept central mis en avant est celui de la « disponibilité cognitive » du suicide et des méthodes.

Plus le suicide est « disponible cognitivement » (c’est-à-dire vu comme une solution potentielle et acceptable pour résoudre des problèmes existentiels), plus le risque de recourir à cette option est élevé. La « disponibilité cognitive » d’une méthode de suicide, quant à elle, repose sur des critères précis, dont l’importance est propre à chaque individu : l’« efficacité » (certainty), la facilité, la rapidité et la propreté (y compris en pensant à l’impact sur autrui). Toute représentation d’une méthode de suicide dans les médias (par les mots ou par l’image), fournit, volontairement ou non, des renseignements sur ces différents critères. Ces éléments servent à évaluer comment telle méthode satisfait tel critère, et par ce biais-là, influencent le « choix » de celle-ci.

 

L’effet Papageno

D’autres recherches ont montré que les médias peuvent aussi avoir l’effet inverse et contribuer à faire baisser le taux de suicide. Par opposition à l’effet incitatif, il a été nommé « effet Papageno », comme le personnage de « La flûte enchantée » de Mozart qui envisage le suicide mais finit par y renoncer.

En appliquant les recommandations de l’OMS, les médias viennois ont pu enrayer l’augmentation des suicides et des tentatives de suicide dans le métro

Un exemple emblématique de l’effet Papageno concerne les suicides dans le métro viennois (4). À l’ouverture du réseau en 1978, des suicides ont commencé à s’y produire, et dans un premier temps les médias relataient fréquemment ces décès, d’une manière souvent sensationnaliste. Tout au long des années 80, les suicides dans le métro ont augmenté dramatiquement. Les associations de prévention se sont alors mobilisées et ont mené une campagne de sensibilisation auprès des rédactions pour expliquer l’effet Werther et les risques d’imitation lorsque ces faits divers sont reportés. Les médias viennois ont alors changé leur façon d’aborder le sujet, en limitant la médiatisation des cas de suicide, en adoptant un ton moins émotionnel et en diffusant des informations sur les ressources d’aide. Le résultat a été très positif, avec une chute du nombre de suicide les années suivantes.

Grâce à une médiatisation appropriée, le suicide de Kurt Cobain a entrainé une hausse des appels d’aide dans la région de Seattle, mais pas d’augmentation des suicides

Les suicides de célébrités peuvent aussi être médiatisés en favorisant l’effet Papageno. C’est par exemple le cas du suicide de Kurt Cobain. À l’annonce de son décès, les milieux de la prévention ont craint un fort effet Werther, en raison de la renommée du chanteur, de son style grunge et de son image auprès des jeunes (il est souvent qualifié de « voix d’une génération »). Ils ont donc recommandé aux journalistes de traiter le sujet avec prudence, en détachant le « génie » de l’artiste de son mal-être et en informant sur la crise suicidaire et les possibilités d’aide. Là encore, le résultat a été frappant : il n’y a pas eu de hausse des suicides dans la région de Seattle, et on a constaté une augmentation des appels vers les lignes d’aide. Grâce à cette médiatisation, l’influence a été positive, puisque cela a encouragé les lecteurs et lectrices en détresse à trouver de l’aide, plutôt que passer à l’acte (5).

 

Tous concerné.e.s !

La question de la médiatisation tient donc aujourd’hui une place importante dans la prévention du suicide. Des organisations internationales, aux instances professionnelles, en passant par les institutions nationales, les enjeux qui reposent sur le traitement médiatique du suicide sont pris très au sérieux.

En 1999, l’OMS, à l’occasion du lancement du programme international de prévention du suicide, a publié ses premières recommandations à l’attention des médias, donnant à ceux-ci un rôle essentiel dans la chaîne de prévention.

En Suisse, le plan d’action national pour la prévention du suicide, adopté en 2016, met en avant la sensibilisation des médias parmi ses 10 objectifs-clés. Il encourage les médias à « présenter les suicides de manière responsable et respectueuse afin de favoriser la prévention et de ne pas déclencher de suicides par imitation », et recommande également que « les moyens de communication numériques soient utilisés de manière responsable et respectueuse et n’incitent pas à des actes suicidaires ».

Depuis 2011, STOP SUICIDE a développé des actions de prévention auprès des médias : veille quotidienne de la presse romande, séance de sensibilisation auprès des rédactions et dans les écoles de journalisme, mise à disposition d’informations et de contacts, diffusion des « points de repère pour les journalistes » (version courte des recommandations de l’OMS) en font partie.

Le monde des médias est aujourd’hui en plein bouleversement. A l’heure des réseaux sociaux, tout un chacun a la possibilité de s’exprimer publiquement sur le suicide. Si les journalistes ont désormais intégré les enjeux liés à la prévention, la sensibilisation du grand public présente un nouveau défi. En 2019, STOP SUICIDE présentera un nouvel outil de sensibilisation destiné aux internautes, qui adaptera les recommandations existantes pour les journalistes.

 

Références

(1) Fink D.S., Santaella-Tenorio J., Keyes K.M., (2018). Increase in suicides the months after the death of Robin Williams in the US. PLoS ONE 13 (2) : e0191405.

(2) Notredame, Ch.-E., Pauwels, N., Walter, M., Danel, T., Nandrino, J.-L., Vaiva, G. (2017). Why media coverage of suicide may increase suicide rates : an epistemological review. In : Niederkrotenthaler, T., and Stack, S., Media and Suicide : International Perspective on Research, Theory, and Policy : 133-158.

(3) Biddle, L., Gunnell, D., Owen-Smith, A., Potokar J., Longson D., Hawton, K., Kapur, N., Donovan, J. (2011). Information sources used by the suicidal to inform choice of method. Journal of Affective Disorders, 136 : 702-709. doi:10.1016/j.jad.2011.10.004

(4) Etzersdorfer, E., Sonneck G. (1998). Preventing suicide by influencing mass-media reporting. The Viennese experience 1980-1996. Archives of Suicide Research (4) : 67-74.

(5) Jobes, D.A., Berman, A.L., O’Carroll, P.W., Eastgard, S., Knickmeyer S. (1996). The Kurt Cobain suicide crisis : perspectives from research, public health and the news media. Suicide Life Threat Behavior (3) : 260-271.

 

Ressources

Guidelines de l’OMS

Plan d’action national pour la prévention du suicide

Pages presse de STOP SUICIDE

 

La communauté trans* face au suicide

La journée internationale du souvenir trans a eu lieu mardi 20 novembre. Cette journée qui vise à commémorer les personnes trans* victimes de crimes haineux, permet également d’ouvrir la discussion sur le chemin qu’il reste encore à parcourir pour qu’ils et qu’elles soient pleinement reconnue dans la société. Elisa Antonio, stagiaire en communication et médias à STOP SUICIDE, vous présente les enjeux de la prévention du suicide auprès de la communauté trans*.

 

L’identité de genre se réfère au ressenti personnel et intime de chacun et chacune quant à son genre. Une personne transgenre ou trans* désigne une personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à la naissance.

S’il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre de personnes transgenres en Suisse, des enquêtes menées aux Pays-Bas et aux Etats-Unis recensent qu’une personne sur 200 ne s’identifierait pas (ou du moins, pas complètement) au sexe qui lui a été assigné à la naissance [1]. Sur la base de ces estimations, des associations telles que Transgender Network Switzerland (TGNS) évaluent à 40’000 le nombre de personnes trans* en Suisse. 40’000 personnes parfois stigmatisées et discriminées par la société.

 

Des chiffres alarmants

Les personnes transgenres, tout comme la population LGB (lesbiennes, gays, bisexuel.le.s), sont plus susceptibles d’être confrontées aux pensées suicidaires, aux tentatives de suicide et au suicide que les personnes cisgenres [1] et/ou hétérosexuel.le.s. Des études menées en France, en Europe et aux Etats-Unis mettent en évidence des chiffres alarmants : tandis que le risque de passage à l’acte est 2 à 5 fois plus élevé chez les jeunes LGB que chez les jeunes hétérosexuel.le.s [2], les personnes trans* ont jusqu’à 10 fois plus de risque de passer à l’acte que leurs pairs cisgenres [3]. Qui plus est, 69% des jeunes trans* auraient déjà pensé au suicide [4].

Alexia Scappaticci, éducatrice spécialisée et coordinatrice du Refuge Genève (un espace d’accueil, d’écoute et de soutien pour les jeunes LGBTIQ), confirme ces chiffres : « Il y a environ une personne transgenre sur trois qui fait une tentative de suicide au cours de sa vie. Sur les 46 jeunes trans* qu’on côtoie au Refuge, toutes et tous ont eu recours à des gestes d’auto-agression… Ça donne un ordre d’idée de la détresse psychologique qu’ils et qu’elles doivent ressentir. »

 

Une population particulièrement vulnérable

Comment expliquer que la communauté trans* soit plus à risque en ce qui concerne les pensées suicidaires ? La Fondation vaudoise Agnodice, active dans le soutien et l’orientation des jeunes qui se questionnent sur leur identité de genre, rappelle que « ce n’est pas la situation trans* qui conduit les personnes transgenres au suicide, mais c’est le regard que la société porte sur elles qui les rend vulnérables. On est dans une société encore très discriminante. Les actes de discrimination à l’égard des personnes trans* peuvent les amener à se sentir moins légitimes. Certain.e.s d’entre eux.elles vivent un parcours du combattant. »

Des études américaines et européennes montrent que les personnes transgenres font davantage face au rejet, à l’exclusion et au manque d’acception de la société. Ils et elles sont par ailleurs plus susceptibles d’être exposé.e.s à la discrimination, au harcèlement ou à des formes de violence transphobe car leur apparence et leurs comportements (on parle d’expression de genre) ne respectent pas les rôles de genre associés traditionnellement au sexe qui leur a été attribué à la naissance. [5]

Le coming out (dire à son entourage que l’on est trans*) lorsqu’il a lieu à l’adolescence constitue d’autant plus une période à risque car les jeunes trans* redoutent d’être rejeté.e.s à un âge où l’on cherche à s’identifier à ses pairs. [5]

D’autres facteurs tels que le manque d’ouverture des institutions scolaires ou des services de santé doivent finalement être pris en considération. La Fondation Agnodice observe parfois un manque de connaissance et de compréhension dans le milieu hospitalier. C’est pourquoi l’établissement vaudois sensibilise les professionnel.le.s de la santé, le personnel scolaire et les étudiant.e.s car chacun.e d’entre nous a un rôle à jouer dans le bien-être moral d’un proche trans*.

 

Parler, sensibiliser et visibiliser

Si l’environnement peut être source de discrimination, et donc d’angoisse pour les personnes transgenres, la société tend progressivement à changer et à s’ouvrir à la diversité. De plus en plus d’initiatives voient le jour et bousculent les préconçus sur l’identité de genre. C’est le cas du hashtag #MyTransBody qui vise à visibiliser les personnes transgenres sur les réseaux sociaux. Source majeure de harcèlement, ces réseaux sociaux permettent aussi aux jeunes de trouver du soutien auprès d’une communauté et de dénoncer les abus dont ils et elles sont victimes.

Représenter les défis des personnes trans* et faire appel à des modèles trans* au cinéma ou sur petit écran est un acte qui peut sembler anodin, mais qui constitue une démarche essentielle dans la reconnaissance de la communauté trans* dans la société.

 

 

Si les réseaux sociaux peuvent donc devenir un espace de protection pour les jeunes trans*, Alexia Scappaticci rappelle que le soutien familial demeure essentiel : « Les jeunes ont besoin de se construire avec le soutien de leur famille. D’ailleurs les études le montrent, particulièrement pour les personnes trans*. Un chiffre est assez parlant : il y a 93% de moins de conduites à risque et de problèmes liés à la santé mentale lorsque les parents sont soutenants. » S’il arrive que les parents soient démunis suite au coming out de leur enfant, Alexia Scappaticci observe néanmoins que les tensions et les conflits s’apaisent lorsque l’ensemble de la famille est pris en charge et informé : « Depuis que le Refuge a ouvert, nous avons fait une trentaine de médiations familiales, et sur les 30, il n’y en a que 2 qui n’ont pas abouti. C’est très encourageant. Bien évidemment, on passe par des moments difficiles, mais il y a un vrai espoir autour de la discussion avec la famille. »

 

Laverne Cox, actrice devenue célèbre grâce à son rôle dans la série Orange is the new black, est la première femme trans* à faire la une du magazine Time

 

Mieux comprendre et intégrer les personnes trans*

Nous pouvons toutes et tous être amené.e.s à rencontrer une personne trans*. La manière dont on s’adresse à celle-ci lui permettra de se sentir reconnue et respectée dans son identité. Si différentes idées reçues entourent la transidentité, déconstruire ces mythes aide à lutter contre l’ignorance et la discrimination :

  • Se définir comme transgenre est une lubie, une passade, une crise liée à l’adolescence : s’identifier dans un autre genre n’est pas un phénomène de mode ou une passade. Au contraire, la conscience de soi et le sentiment d’appartenir à un genre apparaissent très tôt vers l’âge de 5-8 ans. Les études montrent qu’après le commencement de la puberté, il y a très peu – si ce n’est aucun – changement du ressenti profond de l’identité de genre.
  • C’est contre-nature : le sexe physique interne et/ou externe de naissance d’une personne ne définit pas son genre, mais c’est bien le ressenti intime qui définit comment l’on s’identifie. Toutes les identités de genre sont valides.
  • Une personne trans* est un.e travesti.e : e travestie est une personne qui porte temporairement des vêtements qui ne correspondent pas à son sexe biologique. La plupart des travesti.e.s vivent dans le genre attribué à leur naissance le reste du temps

 

Les formulations auxquelles nous avons recours peuvent également être source de stigmatisation pour les personnes trans*. Inclure et accepter les personnes trans* passe donc également par l’utilisation d’une terminologie respectueuse :

  • « Transsexuel.le » :le est un terme issue de la psychiatrie. A l’époque les personnes trans* étaient catégorisées comme souffrant d’un trouble de la personnalité. Or la transidentité n’est pas une maladie. Le terme transsexuel peut laisser penser que l’on parle de la sexualité alors qu’il s’agit bien d’identité de genre. Il est donc préférable d’utiliser les termes transgenre ou transidentitaire, ou tout simplement trans*.
  • « Transformation » : une personne trans* ne se transforme pas, elle ne change pas de personnalité, mais elle transitionne d’un genre à un autre. Il est donc préférable d’utiliser les termes transition, transitionner.
  • « Né.e dans un corps de garçon/fille » : En général, les personnes trans* expriment que le sexe qui leur a été assigné à la naissance n’a jamais correspondu à leur expérience vécue intérieurement. Il est préférable d’utiliser l’expression « assigné.e garçon/fille à la naissance ».

 

Quelques institutions en Suisse romande

Différentes institutions existent et sont prêtes à accompagner et guider les personnes qui le désirent dans leurs questionnements sur leur identité de genre. Voici une sélection non-exhaustive de quelques organisations en Suisse romande :

  • Le Refuge Genève procède à l’accompagnement individuel de celles et ceux qui s’interrogent sur leur identité de genre ou sur leur orientation sexuelle. Le Refuge Genève procède à des médiations familiales pour résoudre les conflits, fournit un hébergement lorsque le dialogue avec la famille est momentanément rompu et soutient les professionnel.le.s qui sont au contact des jeunes LGBTIQ.
  • Le Groupe Trans de l’Association 360 propose un espace de rencontre, de discussion et de soutien aux personnes concernées par les questionnements d’identité de genre dans le canton de Genève. Le Groupe Trans offre l’opportunité de rencontrer d’autres personnes qui vivent des questionnements identitaires.
  • Totem est un groupe genevois de rencontre, de soutien et d’écoute pour les jeunes LGBT ou tout jeune qui se questionne sur son orientation sexuelle ou son identité de genre. Le groupe organise des soirées thématiques et des rencontres conviviales afin d’écouter et soutenir les jeunes.
  • La Fondation Agnodice offre soutien, conseils et accompagnement pour les jeunes trans* et leur proche dans les domaines social, scolaire, familiale et médical dans le canton de Vaud. La Fondation propose également des formations aux professtionnel.le.s qui travaillent quotidiennement aux côtés des jeunes trans*.
  • SARIGAI est une association fribourgeoise qui offre à toute personne concernée par des questions liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre une structure d’accueil, d’écoute, d’information, d’expression, de convivialité et de solidarité.
  • Alpagai est une association valaisanne qui offre un lieu d’information, de rencontre et de soutien pour les personnes concernées par les questions d’identité de genre et d’orientation sexuelle.
  • Togayther est une association neuchâteloise qui offre une structure d’accueil et de défense des personnes LGBT. L’association organise des soirées d’information, des débats et des rencontres mensuelles en lien avec les problématiques LGBT.
  • La Transgender Network Switzerland (TGNS), association suisse des personnes trans*, est chargée de représenter les intérêts de toutes les personnes qui ne s’identifient pas au genre qu’elles ont reçu à la naissance. L’organisation sensibilise les médias et le grand public quant aux questions liées à l’identité de genre.

 

 

 


Sources / liens utiles :

 

[1] Désigne une personne dont l’identité de genre correspond au sexe qui lui a été assigné à la naissance.

[1] https://www.tgns.ch/fr/information-2/

[2] Häusermann, M. L’impact de l’hétérosexisme et de l’homophobie sur la santé et la qualité de vie des jeunes gays, lesbiennes et bisexuel-les en Suisse. Le droit de l’enfant et de l’adolescent à son orientation sexuelle et à son identité de genre. 2014.

[3] Haas, A., Rodgers P., Herman, J. Suicide attempts among transgener and gender non-conformin adults. American foundation for suicide prevention et The Williams Institute. 2014

[4] Alessandrin, A. Quelle place pour les élèves trans ?. 2013.

[5] Strauss, P., Cook, A., Winter, S., Watson, V., Wright Toussaint, D., Lin, A. Trans Pathways: the mental health experiences and care pathways of trans young people. Summary of results. Telethon Kids Institute.2017.

https://www.telethonkids.org.au/globalassets/media/documents/brain–behaviour/trans-pathwayreport-web2.pdf

 

Autres liens :

 

[1] Désigne une personne dont l’identité de genre correspond au sexe qui lui a été assigné à la naissance.

Internet et risque suicidaire : des liaisons dangereuses ?

Les nouvelles technologies numériques sont régulièrement pointées du doigt pour les effets néfastes qu’elles auraient sur la santé mentale. Source de mal-être et de harcèlement ou outil pour l’entraide et le self-care ? Léonore Dupanloup, chargée de prévention média à STOP SUICIDE, vous propose un tour d’horizon des connaissances sur ce sujet.

 

Le numérique au service du self-care

Un des principaux bénéfices d’internet pour la prévention du suicide est le grand potentiel de visibilité et d’accessibilité qu’offre cette technologie. Les acteurs de la prévention se sont saisis de cet outil, et il est désormais facile de diffuser et de trouver sur internet des informations sur les ressources d’aide et les signaux pour repérer une crise suicidaire, ou encore des conseils pour agir. Autant d’éléments qui sont utiles pour la prévention car ils permettent aux personnes concernées et à leurs proches de trouver des pistes de solution (1).

Les nouvelles technologies sont également de plus en plus exploitées dans le domaine du soin, de la prise en charge des personnes en crise, et plus généralement du self-care (littéralement, le fait de prendre soin de soi et de sa santé). De nombreuses applications sont développées pour rester en contact avec son médecin, établir un plan d’urgence en cas de crise, ou pratiquer des exercices permettant de les prévenir (1).

Un autre grand avantage du web est de permettre aux gens de se connecter entre eux, de se réunir en communauté via les forums et les réseaux sociaux. Cela offre la possibilité de développer des relations, d’échanger avec des personnes confrontées aux mêmes difficultés, de recevoir des conseils, du soutien et de l’empathie qu’il est parfois difficile de trouver dans son entourage direct, par gêne ou par peur de l’incompréhension et du rejet (2).

L’anonymat de la navigation sur le web est aussi bénéfique, car il est souvent difficile de parler ouvertement de ses pensées suicidaires en face-à-face ou même par téléphone. Derrière l’écran de l’ordinateur, on peut se sentir plus à l’aise pour chercher de l’aide pour cette situation encore très taboue et stigmatisée.

 

Risques et dérives incitatives d’internet

Mais d’autres aspects d’internet constituent un réel risque pour la prévention du suicide. Plate-forme de communication pratiquement libre de tout contrôle, le web ouvre l’accès à des contenus à risque. Tout comme dans les médias « traditionnels », les articles, photos et vidéos relatant des suicides sur le web peuvent avoir un effet incitatif (dit effet Werther), notamment s’ils présentent de manière explicite une méthode de suicide, si la mise en scène est sensationnaliste ou si le suicide est glorifié. C’est le cas par exemple lorsque des applications comme Facebook Live ou Periscope sont utilisées pour diffuser en direct des suicides ou des tentatives de suicide.

Les nouveaux outils numériques peuvent également être utilisés dans un but malintentionné, pour du chantage ou du harcèlement (1). Récemment, on a aussi vu apparaître sur les réseaux sociaux et les messageries instantanées des « challenges » dont l’objectif est de nuire à la santé mentale et physique des participants, voire de les pousser au suicide. Difficile pour le moment de savoir si des décès sont effectivement liés à ces « défis », mais le phénomène inquiète les parents d’adolescents, principales cibles de ces actions malveillantes.

Les sites « pro-suicide » et certains forums de discussion sur ce sujet posent également problème, car ils permettent aux internautes de trouver et de s’échanger des informations sur des méthodes de suicide, d’encourager des comportements à risque, voire parfois de former un « pacte suicidaire » (2). Autre aspect problématique, celui du commerce en ligne qui élargit les facilités d’accès à des moyens de suicide.

 

 

Doit-on craindre le pire ?

Faut-il donc s’alarmer face à ce constat ? Va-t-on voir le taux de suicide augmenter dramatiquement avec les développements futurs des technologies de la communication ? Les conclusions des chercheurs sont partagées.

Certaines études associent l’usage d’internet relatif au suicide avec une baisse des pensées suicidaires. Mais elles rappellent également que la réaction d’un individu dépend de facteurs propres à chacun. Un même contenu aura une influence différente selon la façon dont il est perçu.

Rappelons à ce titre que les personnes en crise suicidaire sont elles-mêmes particulièrement ambivalentes, partagées entre le désir de mettre fin à leurs souffrances et leur besoin de vivre. Dans cette situation, il est fréquent qu’elles visitent à la fois des sites préventifs et des sites incitatifs. Une étude britannique (3), qui a interrogé des survivants d’une tentative de suicide sur les sources d’information employées pour définir leur méthode, a montré qu’internet était cité dans près de 60% des cas.

D’autres recherches montrent que le risque potentiel surpasse généralement le bénéfice potentiel (1). Face à cela, il convient donc de penser en priorité aux personnes les plus vulnérables, et mettre en place des mesures préventives adéquates.

 

Les géants du web dans la prévention du suicide

Les sites de prévention du suicide ont un avantage majeur sur les sites « incitatifs » : plus inter-connectés, renvoyant à plus de liens externes, ils sont mieux référencés par les moteurs de recherche et apparaissent en meilleure position dans les résultats (1). Malgré cela, il reste facile de trouver des informations potentiellement incitatives, notamment sur les méthodes de suicide.

Ces dernières années les acteurs du web ont mis en place des outils pour protéger les internautes. Par exemple, Google affiche en priorité les ressources d’aide, même lorsque la recherche porte sur des méthodes de suicide. Facebook permet désormais de signaler les contenus à caractère suicidaire et propose différents moyens d’aider l’utilisateur concerné. La plateforme a également mis en place dans certains pays un système permettant de repérer automatiquement ces contenus pour empêcher leur diffusion et contacter les services d’urgence.

Au-delà de l’autorégulation, une autre approche pour limiter l’accès à des sites pro-suicide consiste à intervenir au niveau légal. Certains pays, comme l’Australie, ont rendu illégal le fait d’utiliser le net pour promouvoir le suicide ou diffuser des détails pratiques à ce sujet et peuvent ainsi plus facilement faire fermer ces sites. Mais cela demande une délicate pesée d’intérêt entre la liberté d’expression et la protection de l’individu. (4)

 

Depuis 2011, STOP SUICIDE sensibilise les journalistes aux enjeux de la médiatisation du suicide, avec pour objectif de diffuser des informations de nature à prévenir le suicide plutôt que d’y inciter. Rencontres avec les rédactions, interventions dans les formations en journalisme, conseils pour la rédaction, veille médiatique et réactions en cas de publication problématique, sont les principales actions mises en oeuvre dans ce but.

Pour en savoir plus sur la prévention du suicide par les médias, n’hésitez pas à consulter les Pages presse du site de STOP SUICIDE.

 

 


Références

  • Pirkis, J., Mok, K., Robinson, J. Suicide and Newer Media : The Good, the Bad, and the Googly. In : Media and Suicide : International Perspectives on Research, Theory, and Policy, Niederkrotenthaler, T., Stack, S. (ed). Transaction Publishers. 2017.
  • Daine K., Hawton K., Singaravelu V., Stewart A., Simkin S., Montgomery, P. The Power of the Web: A Systematic Review of Studies of the Influence of the Internet on Self-Harm and Suicide in Young People. PLoS ONE. 2013 ; 8(10): e77555.
  • Biddle, L., Gunnell, D., Owen-Smith A., Potokar, J., Longson D., Hawton K., Kapur N., Donovan, J. Information sources used by the suicidal to inform choice of method. Journal of Affective Disorders. 2012 ; 136 : 702-709.
  • Biddle, L., Donovan, J.E., Hawton, K., Kapur, N., Gunnell, D. Suicide and the internet. British Medical Journal. 2008 ; 336 : 800-802

Briser le tabou avec les jeunes : les ateliers de STOP SUICIDE

Dans cet article, je vous propose de faire la connaissance des deux chargé.e.s de projet à STOP SUICIDE qui vont à la rencontre des jeunes, partout en Suisse romande, pour parler avec eux du suicide. En quoi consiste leur travail ? Comment abordent-ils nos enfants, adolescents et jeunes adultes ? Quelles sont les réactions qu’ils récoltent ? Tour d’horizon dans cet entretien !

 

Neslie et Abbas, bonjour ! Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

 

  • Neslie : Je m’appelle Neslie Nsingi. J’ai intégré l’équipe de STOP SUICIDE en octobre 2017 après avoir terminé un master en socioéconomie. Au sein de l’association, je suis chargée des interventions en milieu scolaire, dans les hautes écoles et les universités. Je m’occupe également de l’organisation des modules de sensibilisation destinés aux encadrant.e.s de jeunes.

 

  • Abbas : Je suis Abbas Kanani, j’ai 27 ans et je travaille pour STOP SUICIDE depuis octobre 2017 en tant que chargé de prévention. Je me suis orienté dans le domaine de la prévention du suicide à la suite de mon master en psychologie clinique et sociale. Je suis en charge des interventions dans le milieu extra-scolaire, c’est-à-dire dans les semestres de motivation, foyers, maisons de quartier, écoles professionnelles et autres associations.

 

 

Comment se déroulent vos ateliers ? 

  • Abbas et Neslie : Un atelier se divise en trois parties : on commence par un tour de table pour que tous les participant.e.s se présentent. Ensuite, on déconstruit quelques “mythes” sur le suicide. Les jeunes peuvent donner leur point de vue, et nous expliquons la position de la prévention vis-à-vis de ces idées reçues.
    Puis, les jeunes travaillent ensuite par groupe sur plusieurs situations en lien avec le risque suicidaire : harcèlement, insultes sur les réseaux sociaux, coming out et pensées suicidaires. On leur propose de réfléchir ensemble sur ce qu’ils feraient pour un.e ami.e dans cette situation : quelles émotions ressentiraient-ils ? Comment pourraient-ils agir ? Quelles personnes de leur entourage mobiliser ?
    Enfin, on termine l’atelier en présentant des ressources d’aide auxquelles les jeunes peuvent faire appel. L’objectif est de faire connaître les services d’écoute comme la ligne Conseil + Aide 147 de Pro Juventute et les institutions qui proposent une prise en charge comme les urgences psys ou l’unité pour adolescent.e.s Malatavie à Genève. L’atelier est toujours préparé en amont avec les responsables de l’institution. Le jour de l’atelier, nous sommes toujours accompagné.e.s par un.e psychologue qui est là pour discuter avec les jeunes en cas de besoin durant ou à la fin de l’atelier.

 

Abbas et Neslie consultent la BD “Les Autres”, créée avec le dessinateur genevois Kalonji pour promouvoir la santé mentale et le bien-être des jeunes.

 

Comment faites-vous pour susciter l’attention des jeunes ?

  • Abbas : Le niveau d’attention dépend non seulement du contenu de l’atelier mais aussi de notre capacité à cibler la réalité à laquelle les jeunes sont confrontés. On peut s’en rendre compte au moment des présentations, quand on demande aux jeunes de partager un de leurs rêves. Ils et elles mettent en avant leurs centres d’intérêt, mais également leurs cercles d’amis, leurs futurs voyages, leurs prochaines sorties ou encore leur quotidien. Durant les ateliers, l’enjeu est de rebondir sur ces informations afin de créer des exemples pertinents pour eux.
  • Neslie : Dès le début de l’atelier, nous essayons de les impliquer, de les faire participer le plus possible. Nous essayons de susciter le débat en les interpellant directement.

 

A quelles réactions êtes-vous confronté.e.s lors de vos ateliers avec les jeunes ? Les

 jeunes sont-ils réceptifs à ce sujet qui est lourd ?

  • Neslie : Je pense que de nombreuses personnes seraient étonnées de la facilité avec laquelle les jeunes abordent cette thématique. S’ils.elles n’y ont heureusement pas tous été confronté.e.s, les jeunes ont souvent des opinions sur la question du suicide, et les occasions de les exprimer sont rares. En leur ouvrant cet espace de discussion, on peut ainsi aborder le sujet librement dans un climat bienveillant. Cela leur permet parfois de reconsidérer leurs points de vue.
  • Abbas : Les jeunes sont plutôt étonné.e.s de voir d’autres jeunes, comme nous, leur parler de ce thème. Ils sont habitué.e.s à voir des intervenant.e.s plus âgé.e.s et sont donc plutôt surpris de notre venue. Notre âge est un facteur qui facilite le dialogue. Ils.elles affirment souvent s’être senti.e.s davantage compris.e.s et proches de nous que lors d’autres séances de prévention. Une fois les présentations terminées, les jeunes sont très ouvert.e.s à aborder la thématique du suicide. En général, ils.elles sont très engagé.e.s dans les moments de débats et donnent volontiers leur avis quand nous déconstruisons les idées reçues sur le suicide.


Les jeunes abordent-ils ce sujet sans peur ou au contraire parler du suicide reste-il toujours aussi tabou ?

  • Neslie : Je n’ai jamais constaté de peur. Une fois que le sujet est lancé, le tabou est levé et les jeunes parlent librement. Par contre, il arrive que des jeunes soient concerné.e.s de manière plus ou moins directe par le suicide, et se sentent mal à l’aise. Dans ce cas, ils.elles n’ont aucune obligation de poursuivre l’atelier : ils.elles sont libres de quitter la salle et peuvent alors s’entretenir de manière confidentielle avec le ou la psychologue accompagnant.e.
  • Abbas : Nous avons tous des a priori sur la manière dont ce type de sujets sera accueilli par les jeunes, mais en réalité c’est surtout une appréhension de la part des professionnel.le.s qui n’est pas partagée par les jeunes.

 

Quelles sont les réactions des institutions où vous intervenez (corps enseignant, directions, etc.) ?

  • Neslie : C’est assez varié. Il y a d’un côté, des personnes qui se sentent très investies sur la thématique et sont en faveur des actions de prévention. De l’autre, nous avons des réactions plus méfiantes, de personnes qui estiment parfois que ce n’est pas le rôle de l’école d’agir dans ce domaine.
  • Abbas : Les établissements qui nous connaissent déjà savent que nos ateliers sont ciblés sur la bienveillance et sur les façons de venir en aide à un.e ami.e qui n’irait pas bien. Il y a une façon de parler du suicide qui est délimitée par la prévention. Les écoles qui nous reçoivent n’hésitent par à renouveler l’expérience chaque année. À l’opposé, les établissements dans lesquels nous ne sommes pas encore intervenu.e.s sont parfois réfractaires à cette thématique et manifestent certaines idées reçues sur le suicide.

 

Quel moment vous a le plus marqué en atelier ?

  • Neslie : Dans une classe, les élèves étaient si bienveillant.e.s entre eux qu’ils ont applaudi un de leur camarade lorsqu’il a raconté son rêve. Ils et elles ont aussi enlacé une autre élève qui avait elle-même été concernée par la thématique.
  • Abbas : Touchée par nos actions, une jeune a demandé à faire un stage au sein de notre association. L’intervention l’a motivée à s’orienter dans la prévention.

 

J’imagine que vous êtes aussi confronté.e.s à des moments plus durs…

  • Neslie : Les jeunes partagent souvent des choses très personnelles lors des ateliers. Le moment le plus dur que j’ai connu, c’est lorsqu’une jeune a témoigné devant sa classe en expliquant qu’elle n’avait pas pu aider un de ses proches, car elle n’avait pas osé parler des pensées suicidaires qu’on lui avait confiées.
  • Abbas : Pour les jeunes concernés par les idées suicidaires, notre atelier est parfois la première occasion qu’ils ont d’exprimer leur mal-être. C’est très touchant quand ils.elles nous confient les difficultés qu’ils.elles ont eu à en parler à leurs proches. Certaines fois, ils ne savent pas non plus qu’ils peuvent trouver de l’aide auprès de professionnel.le.s, dans ce cas, nous les orientons vers les ressources adaptées et nous assurons qu’ils sont pris en charge.

 

Quelles sont les sentiments et les émotions qui prédominent après vos interventions ?

  • Neslie : De la gratitude ! Les jeunes s’ouvrent à nous et à leur classe durant une heure et demie, grâce à la sensibilité de leurs encadrant.e.s à la thématique. De la satisfaction aussi d’avoir pu transmettre les messages de la prévention.
  • Abbas : On donne beaucoup d’énergie durant ces ateliers et on en reçoit énormément en retour. Après un atelier d’une heure et demie, je me sens personnellement épuisé, car il faut maintenir un niveau de concentration énorme. Les retours des jeunes nous encouragent et nous poussent à nous investir davantage pour cette cause. Je suis également fier de nos interventions. J’espère qu’elles aident ou au moins qu’elles donnent quelques clés aux participant.e.s pour aider d’autres jeunes.

 

 

Pour en savoir plus sur nos interventions auprès des jeunes

–> Si vous voulez plus d’informations sur nos ateliers : consultez notre page dédiée

–> Si vous voulez organiser un atelier dans votre établissement : contactez-nous

–> Si vous voulez voir à quoi ressemblent nos ateliers : lisez cet article de la Tribune de Genève ou visionnez le reportage d’Ensemble de la RTS ci-dessous :