Pourquoi un blog sur le lobbying politique (et les public affairs) ?

D’abord, parce que j’exerce cette activité depuis plus d’une décennie en Suisse pour le compte de nombreux acteurs de différents secteurs. Ensuite, parce que cette pratique, largement répandue sous nos latitudes et étroitement liée à la démocratie représentative, est encore fortement méconnue. La défense d’intérêt souffre également d’une perception trop souvent négative. A l’entame d’un cours sur les public affairs, je me suis fais presque agresser par les participants considérant que proposer une telle formation revenait à faire l’apologie de la corruption, du mensonge, de la dissimulation. L’exercice de cette activité serait inavouable : « Ne dites pas à ma mère que je suis lobbyiste, elle me croit pianiste dans une maison close » !

Alors, légitime le lobbying ?

Légalement, en Suisse, il est non seulement autorisé mais son existence est même garantie par la Constitution fédérale. Relisons son article 147 :

“Les cantons, les partis politiques et les milieux intéressés sont invités à se prononcer sur les actes législatifs importants et sur les autres projets de grande portée lors des travaux préparatoires, ainsi que sur les traités internationaux importants”.

L’apport d’expérience et l’expertise de la société civile, de l’économie ou des ONG sont sollicités lors de l’élaboration des normes régissant nos collectivités publiques. Cette garantie est pleine de bon sens : qui mieux que les acteurs concernés sont capables d’évaluer les conséquences d’une décision politique sur leur secteur ? D’ailleurs, pour chaque projet mis en consultation par les autorités fédérales, nous pouvons retrouver les prises de position des groupes d’intérêt sur le site de l’administration.

Est-il pour autant moral ?

Il peut y avoir un fossé entre la légalité et la moralité. Aborder la moralité du lobbying, c’est ouvrir la boîte de Pandore : tout dépend de notre conception de l’Etat. Pour revenir aux fondamentaux, la réponse à cette question différera selon que l’on adhère à une tradition de pensée rationaliste ou empiriste. Pour le rationaliste, toute décision politique doit être fondée dans la seule raison, alors que pour l’empiriste, les faits issus de l’expérience sensible sont déterminants. Ce dernier, contrairement au premier, estime que les groupes d’intérêt doivent participer à l’élaboration de la solution politique. Et encore, cette antique dichotomie entre rationalisme et empirisme, entre Etat platonicien et aristotélicien, se discute ! Discuter, en particulier de lobbying et d’affaires publiques, c’est justement la vocation de ce blog. Avec comme souci de mieux faire connaître cette activité, ses ressorts, ses enjeux, ses acteurs et ses limites.