Changeons toutes et tous les mentalités…et les couches !

Après le Conseil des Etats, le Conseil national a validé le principe d’un congé paternité de deux semaines. Il s’agit d’un pas dans la bonne direction mais cette mesure est loin d’être suffisante.

Quelques semaines après la grève des femmes, qui a mobilisé les foules en Suisse en faveur d’une égalité réelle entre les femmes et les hommes, je crois important de rappeler à quel point la revendication pour un congé paternité et celle pour un congé parental s’ancrent dans le concret et profitent à l’ensemble de la société. En effet, ce n’est qu’en offrant une chance aux hommes de prendre leur place, dès le début, auprès de leur enfant, de tisser avec lui les liens du quotidien, que l’on pourra œuvrer à une plus grande implication des pères, ce qu’ils souhaitent le plus souvent. Cette implication paternelle profitera aux pères mais aussi aux enfants et aux mères. Des mères qui, en plus de pouvoir mieux se remettre de la grossesse, de l’accouchement et souvent aussi de l’allaitement – qui représentent une période psychiquement et physiologiquement éprouvante –, mettront en place avec leur partenaire une répartition des tâches plus égalitaire. Toute la société en bénéficiera au final, car la possibilité, pour les femmes comme pour les hommes, de concilier carrière professionnelle et vie de famille contribue à l’épanouissement de chacune et de chacun et profite, in fine, à l’économie.

Toutefois, en refusant un réel congé parental – c’est-à-dire un système qui octroie un congé aux nouveaux parents à se répartir au sein du couple, tout en assurant un nombre minimal de semaines à chacune et chacun –, la majorité bourgeoise du Conseil national et du Conseil des Etats nie les aspirations et les besoins de la population suisse. A contrario, le Parti socialiste se bat en faveur d’un modèle de congé parental de 38 semaines qui octroierait 14 semaines de congé à la mère, 14 semaines au père et 10 semaines à se répartir au sein du couple.
Je suis, bien évidemment, en faveur d’un congé parental de 38 semaines. Toutefois, je soutiens l’idée que la mère doit bénéficier d’un congé de 16 semaines. La mère doit récupérer d’une épreuve physique de longue haleine – grossesse, accouchement, allaitement – et elle a besoin, pour cela, d’un congé maternité plus long que les 14 petites semaines arrachées de haute lutte il y a quelques années. Les 22 semaines restantes seraient à répartir entre les parents, en fixant un minimum de semaines devant impérativement être prises par le père, pour qu’il puisse vraiment s’investir dès le début dans la prise en charge des enfants.

Tant mon parcours personnel que mon expérience professionnelle de sage-femme m’ont convaincue de l’importance d’offrir un congé maternité plus long qu’actuellement ainsi que d’offrir aux pères la possibilité de nouer, dès le départ, un lien profond avec leur enfant. Ce lien se tisse dans le concret, il se tricote dans les brassières, il est fait du parfum des bains comme des odeurs de couches. Il s’approfondit dans chaque câlin et, même, dans chaque nuit blanche. C’est dans les meilleurs moments, comme dans les plus difficiles, c’est en tout cas au quotidien que le père et l’enfant posent les bases d’une relation de qualité, une relation qui durera toute la vie.
Le père doit donc pouvoir, d’entrée de jeu, trouver ses marques auprès de l’enfant et prendre ainsi confiance en ses capacités. On sait que, dans toute rencontre, la première impression est déterminante: il s’agit donc de ne pas la manquer.

Cette mesure serait une véritable avancée pour notre pays qui, rappelons-le, reste très en retard en matière de congé parental ! Ouvrons donc la voie dès aujourd’hui à un congé parental dont toutes les familles de ce pays ont un urgent besoin et préparons nos stylos pour signer l’initiative populaire qui devrait prochainement être lancée, premier pas nécessaire, dans notre pays, pour obtenir ce congé essentiel pour notre avenir !

Liliane Maury Pasquier

Liliane Maury Pasquier

Sage-femme, Liliane Maury Pasquier a une longue expérience politique : après le législatif communal de Veyrier et le Grand Conseil genevois, elle siège au Conseil national, de 1995 à 2007, qu'elle préside en 2002. Depuis 2007, elle siège au Conseil des États et dans la délégation au Conseil de l'Europe. Depuis 2018, elle préside l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

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