Les barons de l’Electricité: une menace pour les citoyens

Lors de la dernière rencontre européenne des producteurs d’électricité tenue la semaine dernière, deux tendances fortes raisonnaient dans l’énorme Centre de Conférences d’Amsterdam: la digitalisation et le rapprochement avec les consommateurs.

Après des années, où les citoyens ont été pris en otage par les producteurs d’électricité, la possibilité de les voir retrouver la liberté grâce à la technologie est prise très au sérieux. La menace pèse sur les modèles d’affaires des Energéticiens.

Deux stratégies distinctes émergent: l’utilisation de la force ou l’apprivoisement avec agilité. L’une ou l’autre philosophie dépend des dirigeants. Mais l’arrivée de managers «brutaux» déboussole une industrie en profonde mutation.


Les Brutes. Profession: Nettoyeur

Cette tendance européenne s’observe également en Suisse. Un acteur attire particulièrement l’attention: les BKW (ex-Forces motrices bernoises).

Sous l’impulsion de sa Directrice, Suzanne Thoma, l’énergéticien s’est lancé dans une stratégie prédatrice en deux phases: La première consiste à casser les prix pour tuer la concurrence des petites PME. Une fois le terrain nettoyé, la position d’oligopole* permet l’augmentation des prix dans l’optique d’une maximalisation des profits.

Assise sur une montagne de bénéfices non distribués, de presque 3 milliards de francs et accumulés grâce aux citoyens, c’est le couteau entre les dents que la Directrice s’est lancée dans un nettoyage systématique du marché. Elle a d’abord soigneusement ciblé les bureaux d’ingénieurs et les électriciens en les éliminant, un à un. La méthode est simple: proposer ses services à des tarifs cassés.

A ce rythme, les PME locales ont été forcées à mettre la clé sous le paillasson ou de se faire racheter pour une bouchée de pain.

La dernière annonce date de cette semaine où les fribourgeois Raboud Energie (chauffage, ventilation, sanitaire), qui comptait 70 employés et Electricité Bugnard (installations électriques, photovoltaïques et paratonnerres) avec 40 employés ont annoncé leur capitulation.

Les meilleurs éléments rejoindront le navire amiral alors que les surnuméraires resteront sur le carreau. En deux ans et sans pratiquement créer d’emplois, le géant bernois a transvasé 2’000 unités pour arriver à un total de 6’000 collaborateurs avec un objectif fixé à 10’000.

Un esprit libéral pourrait se féliciter d’un pareil dynamisme et d’une mise en concurrence d’un secteur léthargique.
Cependant, in fine, l’impact et l’objectif d’un oligopole se résument par une hausse des prix pour les consommateurs.

 

Le Far West: l’Angleterre

L’exemple du marché libre anglais est riche d’enseignements. Sur le territoire, seules six entreprises se partagent le marché de l’électricité.

Les livres d’Economie plaideraient pour saine concurrence avec des tarifs qui tendent vers un optimum minimal. Il n’en est rien. La main invisible du marché est restée coincée au niveau du porte-monnaie.

Devant les hausses injustifiées et à répétition des tarifs, Theresa May a dû intervenir pour casser cette spirale et soutenir les ménages.

En effet, la marge moyenne de ces 6 acteurs atteint 39% et certains rétribuent leurs actionnaires à hauteur de 34,3% de leur chiffre d’affaires! Indécence.

Dans les territoires ainsi conquis et épurés, les BKW ont annoncé une baisse spectaculaire du rachat d’électricité aux propriétaires d’installations solaires en passant de 11 à 4 cts le kWh.

A Soleure, l’énergéticien AEK a été englouti par les BKW en 2016. Pour 2018, la hausse des prix de l’électricité, annoncée par AEK, détient le record Suisse.

 

Les Citoyens et Les Bons: Résister!

Le salut ne viendra certainement pas des politiques. Sur le modèle des assurances maladies, les élus les plus percutants privilégient le nid douillet d’un siège dans un conseil d’administration ou d’un mandat rémunéré sur un sujet quelconque.

Cependant, il reste encore des énergéticiens qui travaillent à la prospérité du tissu local et qui redistribuent la richesse dans leur région. Après une grave crise, les SIG (Services Industriels Genevois) ont su se relever et privilégier une nouvelle relation avec leurs clients mais également avec les entreprises locales, les villes et le Canton.

Dans ce bras de fer, les citoyens et les PME/PMI tiennent un rôle primordial: celui de résister!

Si le citoyen reste toujours captif pour l’achat de son électricité, il a le pouvoir de sélectionner les entreprises locales qui échappent encore à ces monstres. Les nouvelles constructions solaires, le stockage d’énergie, l’autoconsommation peuvent être donnés à des PME ou des Coopératives libres qui créent la véritable richesse et le tissu économique de la Suisse. Aussi petit qu’il soit, c’est ce grain de sable que redoutent les BKW et consorts.

Comme dans tout bon Western, à la fin c’est toujours le gentil qui gagne. Espérons que se soit également le cas dans ce nouveau Far West.

 

*Oligopole: un minimum de vendeurs face à une multitude d’acheteurs.

Si vous désirez reporter la reprise de votre entreprise par un géant de l’électricité, merci de me contacter.

 

Nucléaire Suisse: les barons de l’électricité agacent

marillerstaiblinschweickardt_tcm97-108431Les Suisse vont voter pour la fin du nucléaire d’ici à 2030. Pris de panique, les 3 producteurs d’électricité nucléaire, Alpiq-Axpo-FMB, montrent dans ce débat autant d’aisance que des éléphants dans un magasin de porcelaine.

Au lieu de tenter d’amadouer les citoyens, ils font preuve d’une arrogance qui est de moins en moins en phase avec le monde actuel. Ce comportement encourage à donner une bonne leçon à ces enfants gâtés.

 

Menaces d’enfants gâtés

Dans leur modèle d’affaires monopolistique, Alpiq, d’Axpo et les BKW-FMB (Forces Motrices Bernoises), l’intérêt des clients captifs n’a jamais pesé bien lourd dans leur balance. Il n’est pas étonnant que le capital sympathie des barons de l’électricité auprès de la population soit réduite. Opacité des factures, pertes abyssales, manque de transparence et salaires démesurés de ses dirigeants, rien n’incite à la confiance.

Ainsi Axpo et Alpiq ont d’abord menacé d’exiger de puiser des sommes astronomiques dans les impôts des suisses pour les indemniser, au cas où. Au lieu d’inquiéter, ces chiffres ont déclenché l’hilarité et mis à jour une stratégie de communication basée sur la peur.

Cette semaine c’est au tour des BKW-FMB d’annoncer que tous les propriétaires d’installations solaires allaient être unilatéralement punis. Avec des explications peu claires, l’entreprise basée à Berne a diminué le prix du rachat de l’électricité solaire passant de 11 à 4,5 ct le kWh.

Il ne fait aucun doute que les propriétaires lésés vont chercher à se retourner vers des solutions de stockage sur batteries et d’autoconsommation et tout faire pour court-circuiter les BKW. Cela tombe bien car les fabricants de batteries arrivent dès 2017 sur le marché, Tesla en tête.

Même la Conseillère Fédérale Doris Leuthard, qui est d’habitude très précise et méticuleuse dans ses dossiers, commence à être soupçonnée de collusion avec les 3 géants. Ses faux pas à répétition s’expliquent par la difficulté de naviguer entre sa fonction actuelle de Ministre de l’Energie et les intérêts de son potentiel futur employeur. Alors qu’elle devrait quitter son poste en 2018, la probabilité n’est pas nulle, qu’elle retrouve un poste d’administratrice au sein de l’un des 3 géants. Les BKW semblent avoir les faveurs de la côte.

Ces derniers jours, elle a dû se rétracter après avoir annoncé un black out électrique sur le modèle Belge. Elle a également plié sur son argument qui prétendait que l’électricité nucléaire suisse sera remplacée par de l’énergie entièrement produite à base d’énergies fossiles. Finalement, elle a admis avoir surestimé la production électrique allemande à base de charbon.

 

Des salaires imposants

Alors qu’Alpiq est en situation financière délicate, sa CEO allemande, Jasmin Staiblin, a puisé dans les caisses 1,54 million de francs dont un bonus de Frs. 580’000 malgré une perte financière de 830 millions.

De plus, la rémunération moyenne des quatre autres membres de la direction d’Alpiq a connu une hausse sensible en 2015. Ils ont perçu 950’000 francs (880’000 francs en 2014).

Le manque de sensibilité et d’étique suisse d’Alpiq peut s’expliquer par la composition des 5 membres de sa Direction composée de 3 allemands. Dans le Conseil d’Administration, la CEO allemande est entourée par 4 représentants d’EDF tous venus d’Autriche, d’Allemagne ou de France. Il est intéressant de noter qu’actionnaire à hauteur de 25%, EDF détient 31% des sièges du conseil d’administration.

Dans une situation toute aussi délicate, Axpo, a rétribué son CEO, Andrew Walo, avec un chèque de 1,13 million de francs en 2015, tandis que Suzanne Thomas, la directrice générale du groupe énergétique bernois BKW, a empoché 1,05 million en 2014.

Il est compréhensible que les menacent de ces patrons millionnaires passent mal dans une population qui voit de plus en plus le fonds du porte-monnaie à chaque fin des mois.

 

Les électriciens remplacés par des spéculateurs

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Alpiq et Axpo ne génèrent qu’une infime partie de leurs revenus par la production électrique. La grande part de leur chiffre d’affaires provient du «Commerce & Trading» comme le négoce de produits standardisés et structurés dans les bourses de l’Energie pour l’électricité, le gaz, les droits d’émission et des certificats.

Le cas d’Aliq est révélateur. Ses centrales nucléaires, barrages hydroélectriques et autres unités de production ont généré Frs 372 millions de chiffre d’affaires (5%) en 2015. La grande part des revenus provient du Trading et de la spéculation soit 4,7 milliards de francs ! Le solde de 1,5 milliard provient des services énergétiques.

alpiq_informations-par-domaine-operationnel-alpiqSource: Rapport annuel Alpiq 2015 et Liliane Held-Khawam

In fine, Alpiq affiche des pertes de Frs 830 millions pour l’année 2015 liées aux amortissements et au trading. De leur côté, les deux centrales nucléaires d’Alpiq: Gosgen et Leibstadt auraient perdu Frs 340 millions. Comme l’a révélé la Sontags Zeitung Alpiq a bien tenté de vendre ses deux centrales au français EDF, mais sans succès. Elle s’est ensuite retournée vers la Confédération Suisse et proposé les 2 unités pour 1 francs symbolique. Là aussi, Alpiq s’est heurtée à un mur.

Les centrales nucléaires Suisse ne sont plus dans des mains d’électriciens mais de financiers et d’experts fiscaux qui font dériver ces géants dans une croissance non maîtrisée et entièrement spéculative dans l’espoir de redresser la barre, de camoufler les errances de leurs investissements et accessoirement de justifier les salaires pompeux de leurs dirigeants.

On constate la même dérive opérée dans le domaine bancaire dans les années 80-90. Ce système fait planer une énorme menace sur la sécurité d’approvisionnement électrique de la Suisse si la chute d’un géant « too big to fail » devait survenir.

20161103-bli-akw-verlusteSource: blick.ch, étude Rechsteiner. Pertes en frs des centrales nucléaires suisses:
Total des pertes annuelles: Frs 637 millions

Pas tous les producteurs suisses d’électricité dans le même panier

Le style agressif imposé par les BKW, Axpo ou Alpiq n’est pas la seule voie possible. Ainsi, à l’opposé de ces entités, les Services Industriels de Genève (SIG) ou des Services Industriels de St-Gall montrent qu’il est parfaitement possible d’être à l’écoute de ses clients, d’intégrer les nouvelles technologies, de générer de la valeur économique en Suisse et d’avoir une gestion financière et humaine saine même, dans ces temps difficile. Bien que les SIG ne produisent pas, en quantité, autant d’électricité que les géants suisses, la contribution au chiffre d’affaires de ses unités de production électrique avoisine, comme pour Alpiq, les 5%.

Depuis que les SIG ont tourné la page des projets pharaoniques, l’institution en main des communes genevoises et du Canton, prouve qu’il est parfaitement possible d’améliorer l’efficience énergétique, d’innover, d’intégrer les énergies renouvelables et d’être très rentable.

 

De Prédateurs à Bienfaiteurs

L’arrêt de la production nucléaire pourra non seulement permettre à l’économie Suisse d’accélérer le processus d’innovation énergétique bénéficiaire aux entreprises et à la création d’emplois, mais également de développer ses propres technologies notamment dans l’internet des objets et des smart city, outils essentiels à l’efficience énergétique. L’Allemagne a déjà pris une longueur d’avance, mais la Suisse peut compter sur une base d’entrepreneurs innovants et créatifs pour saisir l’opportunité.

Elle demandera également aux barons de l’énergie de changer leur fusil d’épaule et de passer du rôle de prédateur à celui de bienfaiteur. Tout le monde en ressortira gagnant. Qui s’en plaindra ?

 

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