Energies, Economie Pétrole: Revue Mondiale Mai 2019

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies.
– Arabie Saoudite: Des drones sabotent 2 tankers et 2 stations de pompages
– Iran: La Dream Team américaine met la pression
– Planète: Les investissements dans le renouvelable stagnent
– Chine: Subventionner ses entreprises fait partie de son ADN
– USA: La centrale nucléaire de Three Mile Island va fermer
– Russie: Un pipeline pollué mis hors service pour les livraisons en Europe
– Allemagne: Lilium réussit à faire décoller son drone-taxi
– Suisse: Largement à la traîne dans les énergies solaires et éoliennes
– Suède: Un camion de 26 tonnes entièrement autonome.


Le monde pétrolier est entré dans une spirale d’incertitude rarement égalée. La lumière qui brille au fond du tunnel semble être un nouveau train qui arrive surtout avec les tweets de @RealDonaldTrump.

Alors qu’il aurait pu exploser à 80-90$ avec toutes les péripéties, il est resté dans une fourchette de +/-10$. A Londres, il termine ce mois à 65,15$ (fin avril 72,12$). A New York, il se retrouve au bas de la marge à 56,52 (63,79$ fin avril).

 

Graphique du mois :

Investissements et variations dans les Energies en 2018 et comparaison avec 2017

Explications du graphique

L’Agence Internationale de l’Energie annonce qu’en 2018, pour la deuxième année consécutive, les investissements dans les énergies renouvelables ont diminué à 304 milliards $, alors que ceux de l’extraction pétrolière ont augmenté de 3,7% à 477 milliards $ et le charbon +2% à 80 milliards $.

Globalement dans l’industrie pétrolière, entre extraction et vente, les investissements ont augmenté de 1%.

Les nouvelles installations d’énergies renouvelables ont plafonné à 180 GW, pratiquement à l’identique de 2017. C’est la première fois depuis 2001 que les nouvelles capacités n’ont pas dépassé celles de l’année précédente.

 

Planète

Toute corrélation, avec le paragraphe précédent, n’est pas fortuite.

La concentration de CO2 a atteint le niveau record de 415 parts par million pour la première fois dans l’histoire humaine.

En 1982, le géant pétrolier américain, ExxonMobil, avait noté une augmentation de 8% du CO2 à 340 ppm. Cette tendance avait débuté dès 1850 et la Révolution Industrielle et l’utilisation des énergies fossiles.

Les émissions de méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus virulent que le CO2, atteignent des niveaux records à plus de 1’858 ppm. Entre les périodes 2007-2012 et 2013-2018, la hausse est de 50%. Une importante part de ce méthane provient de l’extraction et de la consommation de gaz naturel et notamment du gaz de schiste américain.

 

Pétrole

L’Agence Internationale de l’Energie pense que la situation pétrole actuelle est «compliquée». Entre l’écroulement attendu du Venezuela, l’embargo américain sur l’Iran, les muscles du Général Haftar en Libye, le pétrole frelaté en Russie, les attaques contre les raffineries et tankers de l’Arabie Saoudite et la production réelle de schiste aux USA, nous devrions voir les prix pratiquer le yoyo durant cet été.

Entre 2008 et 2017, la demande mondiale a augmenté de 9,6 millions b/j dont les deux tiers (6,3 millions) ont été apportés par les USA. Le thème de la réflexion du mois est: “Sommes-nous préparés à un choc pétrolier?”

 

OPEP

Après des mois de baisse, l’extraction pétrolière de l’OPEP se stabilise à 30,26 millions b/j. pour enfin atteindre les quotas.

La prochaine rencontre de l’OPEP+ (avec la Russie) se tiendra le 24-25 juin. Moscou privilégie l’abandon des quotas actuels. Le dilemme pour le cartel repose sur la situation géopolitique et les capacités d’exportations du Venezuela, de la Libye et de l’Iran ainsi que les prochains Tweet de Donald Trump. De tous ces facteurs, ce dernier est le plus imprévisible et impactant.

 

Les pays sous la loupe

Arabie Saoudite

La région est devenue une poudrière depuis que Trump a décidé de jouer au bras de fer avec l’Iran.

Deux tankers pétroliers ont été endommagés dans le détroit d’Hormuz et des drones ont paralysé deux stations de pompage de pipelines en Arabie Saoudite.

Pour les tankers, toutes les suppositions sont sur la table et certains pointent du doigt l’un des 3 B: Mohammed bin Salman, prince de l’Arabie Saoudite; John Bolton des USA; Benyamin Netanyahoud’Israël. A moins que ce soit l’Iran ou les Houtis du Yémen.

Les Etats-Unis ont délégué sur place leurs deux armes de destructions massives préférées: John Bolton et Mike Pompeo. Les deux faucons va-t-en-guerre de l’administration Trump ont ajouté dans la région autant d’huile sur le feu que d’étincelles. Les Européens n’ont pas encore pipé mot pour désamorcer la situation. Les héros de Marvel et James Bond pourraient dénouer la situation.

Les exportations de l’Arabie Saoudite sont au centre de beaucoup de spéculations. L’extraction pétrolière est bien en-dessous de la normal. Riyad explique cette situation par le maintien des prix sur les marchés. Pour ne rien arranger les choses, le Royaume va fortement augmenter sa propre consommation afin de générer l’air conditionné durant les chauds mois d’été.

La compagnie nationale Aramco ne croit pas à un «peak demand» (pic de la demande) durant les décennies à venir. L’entreprise désire vendre plus d’or noir à la Chine et l’Inde dont les besoins en pétrole ne cessent d’augmenter.

Iran

Donald Trump n’hésite pas à faire monter la tension. Il est épaulé par John Bolton, créateur du concept des «armes de destructions massives» de Saddam Hussein. On le retrouve ici dans une position qu’il affectionne tout particulièrement. Pour le coup, en plus de la Navy, des bombardiers B-52, il aimerait envoyer 120’000 soldats dans la région.

Du côté Iranien, l’arme ultime repose sur les 17 millions de barils qui traversent quotidiennement le détroit d’Hormuz.

L’Iran exportait 2 millions b/j avant la remise en service des sanctions US. Il se pourrait que ce chiffre soit descendu à 500’000 en mai.

La situation du Président Rouhani pousse la ligne dure du régime à être plus assertif. Pour éviter cette évolution et son départ, Rouhani a demandé à l’Europe de le soutenir et d’autoriser l’exportation de 1,5 millions b/j de pétrole. C’est avec courage et détermination que l’Europe n’a pas encore rien décidé.

Téhéran a notifié à la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie et l’Angleterre son intention d’arrêter ses obligations contenu dans l’accord nucléaire. A ce jour, l’Iran respecte les termes de ce traité.

Nous ripostons face aux agressions futures de l’Iran
Dessin: L’excellent Chappatte

 

Chine

Le bras de fer sur les tarifs douaniers continue. Les USA maintiennent que la Chine subventionne trop lourdement ses industries et que les entreprises étrangères doivent entièrement céder leurs savoir-faire et technologies pour entrer sur le marché chinois. Sur ces points, il est difficile de mettre en défaut le Président américain.

La Chine a répliqué en soulignant que “l’Economie chinoise ne peut fonctionner qu’avec des subventions.” En 2018, elles se sont élevées à 22,3 milliards $. Le plus grand bénéficiaire fut le pétrolier Sinopec suivi par les constructeurs automobiles.

La Chine a menacé de diminuer les livraisons de terres rares aux USA. Pékin possède le 90% de ces terres utilisées pour la construction de panneaux solaires et d’éoliennes, de voitures électriques, de batteries, de puces électroniques, etc…

Stratégiquement, chacun essaie d’envoyer des coups là où ça fait mal. Les chinois ont freiné leurs importations de gaz liquide (LNG) américain en y ajoutant une taxe de 25%. Ce geste perturbe les investisseurs Yankees pour la construction de nouvelles installations.

Pékin a également vendu pour 20,5 milliards d’obligations du trésor américain sur les 1’120 que la Chine détient dans ses coffres.

La Maison Blanche a bloqué les ambitions de Huawei et la 5G. Au vue de l’impact probable sur la santé que soulèvent la 5G, les américains s’en sortent finalement bien.

La Chine ne va pas atteindre ses objectifs 2020 d’extractions de gaz de schiste. Selon Platts and Wood Mackenzine, elle ne pourrait qu’atteindre la moitié de ses prévisions.

La grippe africaine qui touche les porcs s’étend dans toute l’Asie. Plus d’un million de porcs ont dû être abattus. La Chine englouti plus de 50% de la production mondiale.

 

Russie

Moscou a diminué sa production à 11,16 million b/j et atteint ses quotas pétroliers de l’OPEP+.

Ce déclin est dû à la contamination dans le pipeline Druzhba par du chlore organique hautement corrosif pour les raffineries. Les 19 millions de barils le pétrole contenu dans le pipeline, qui relie la Biélorussie et l’Allemagne, sont inutilisables.

Les entreprises et les raffineries affectées ont demandé des dommages pour les dégâts occasionnés. Moscou a annoncé que l’entreprise Transneft, responsable du problème, prendra à sa charge les 1,2 milliards $ estimés. Cette situation pourrait encore durer quelques semaines.

Rosatom présente un cahier de commandes avec 34 réacteurs nucléaires dans 12 pays pour un montant de 300 milliards $.

Vladimir Poutine a inscrit 8 buts lors du traditionnel match de hockey des légendes de la NHL et du gouvernement. Durant ce match annuel, on notera la créativité du gardien pour laisser filer dans ses filets les pucks du Président.

 

Dessin: Chappatte

 

Les Amériques

USA

Dans la bataille pour acquérir le producteur de schiste Anadarko, c’est le chèque de 55 milliards $ d’Occidental Petroleum qui a devancé l’offre de Chevron et ses 50 milliards $. Du coup, Occidental devient le plus grand acteur de schiste dans les gisements du Bassin Permien. L’achat laisse perplexe et soulève la question: “Est-ce que Occidental Petroleum pourra réussir, là où les petits acteurs pétroliers ont été incapables de générer du bénéfice?” Durant ces dernières années, la stratégie des managers étaient: «take the money and run.» (prendre l’argent et déguerpir sans se soucier de la rentabilité et du futur de l’entreprise.)

Le fond de pension de New York et la puissante Church of England (10 milliards $) ne vont pas voter leur support à la réélection des directeurs d’ExxonMobil à cause de leurs réponses inadéquates face au changement climatique.

En 2018, 60 entreprises, du top «Fortune 500», ont réussi à échapper au payement de 16,4 milliards de l’impôt fédéral US. Mieux, elles ont même reçu 4,3 milliards $ de subsides de la part de la Maison Blanche. Sur ces 60 entreprises, 24 (40%) font partie de l’industrie pétrolière et gazière.

Au premier trimestre, ExxonMobil a investi 2,5 milliards $ dans l’exploitation de son pétrole pour un bénéfice de 96 millions. De son côté, Apache Corp a perdu 47 million $ dans l’exploitation de schiste. Le financement des activités devient compliqué pour les petits producteurs. Une consolidation de l’industrie par les grands acteurs est en route aux USA.

Le 30 septembre, Exelon Corp va fermer la fameuse centrale nucléaire de Three Mile Island. Dans les années 70, Three Mile fut le plus sérieux accident nucléaire aux USA.

Lawrence Kudlow, le principal conseiller économique de Trump, a donné des informations sur la hausse des tarifs douaniers. Elle sera payée par les importateurs américains des produits chinois. Des importateurs, qui vont s’empresser de répercuter les tarifs sur les prix destinés aux consommateurs. Ce n’est donc pas les Chinois qui vont payer directement les taxes.

 

Nombre de forages pétroliers d’exploration aux USA
Source: Jean Laherrere

 

Explications du graphique: Les forages d’exploration sont en forte diminution aux USA. Depuis 1859, le sol des USA a été complètement exploré. Une fois que la page du pétrole de schiste se tournera, il ne semble pas y avoir un plan B pour maintenir les niveaux actuels.

En 2019, l’extraction de charbon devrait diminuer de 7,2% à 699,8 millions de tonnes et tendre vers 638 en 2020 selon l’EIA.

ExxonMobil pense que 94% des gisements offshores US ne sont financièrement pas profitables. Comme une mauvaise nouvelle arrive rarement seule, d’ici à 2040 plus de 2’000 forages nécessiteront d’être décommissionnés pour un montant de 13 milliards $.

 

Etats-Unis Schiste

L’EIA pense qu’une partie substantielle de l’augmentation mondiale de la demande mondiale sera satisfaite par les gisements de schiste du Bassin Permien aux USA. En moyenne, la croissance Economique mondiale a besoin de +1,5 million b/j par an.

Grâce aux nouvelles technologies comme les forages horizontaux, l’inclusion de plusieurs têtes dans le même forage, l’augmentation des quantités de sable et de produits chimiques, l’industrie a réussi à accélérer de 2,6 fois la vitesse d’extraction. Cependant, si la vitesse augmente, les quantités de pétrole récupérées restent pratiquement identiques.

En 2018, les investissements dans le pétrole et gaz de schiste américain se sont élevés à 70 milliards $ répartis sur 9’975 forages. Sur ce montant, les 70% remplacent les forages en déclin et 30% servent à augmenter la production. Ce dernier ratio devrait continuer à diminuer avec l’assèchement d’un nombre toujours plus grands de forages ainsi que le passage à des gisements moins prolixes de la deuxième catégorie.

Rystad Energy pense que les coûts moyens d’extraction du pétrole de schiste, dans le Bassin Permien, atteindraient 46$ le baril, contre 42$ en Arabie Saoudite. Tant qu’ils n’auront pas trouvé où se trouve l’erreur dans leur feuille Excel, il est probable qu’ils vont continuer à nous faire rire.

Dans les faillites de ce mois, on relève: Triangle Petroleum, soutenue par JP Morgan; Product & Logistics Services, une société fille de Schlumberger, avec ses 124 employés ainsi que Weatherford International. Histoire de compléter sa liste d’investissements dans des pétroliers américains qui font faillites, personne ne s’étonnera de voir le nom de la Banque Nationale Suisse dans les actionnaires de Weatherford.

 

Production pétrolière vs coûts d’explorations
ExxonMobil

 

Venezuela

Le pays continue son bonhomme de chemin vers son effondrement.

Un problème supplémentaire s’est rajouté à la liste déjà longue. Faute d’importations de diluants pour liquéfier le pétrole lourd, la deuxième plus grande raffinerie du pays a cessé son activité.

Comme Caracas ne peut pas acheter de l’essence sur les marchés internationaux, une pénurie de carburants plombe le pays.

L’extraction de pétrole lourd des gisements de la ceinture d’Orinoco s’enlise. Les systèmes, qui permettent de liquéfier les sables bitumineux sont en panne. Les quatre unités de PDVSA sont hors service depuis les coupures d’électricité.

La production pétrolière du pays pourrait passer sous les 500’000 b/j en mai, contre 768 en avril et 1’340 l’année dernière.

L’administration Trump a suspendu tous les transports avions ou bateaux entre les USA et le Venezuela.

 

Mexique

Le gouvernement va injecter 5,5 milliards $ et supprimer 2,5 milliards $ de dettes dans sa compagnie pétrolière Pemex.

L’objectif est de produire +400’000 b/j en finançant des forages anciens qui ne sont financièrement plus rentables. Le Mexique prend exemple sur la stratégie française utilisée pour sauver EDF. Il est vrai que Pemex et EDF croulent sous des dizaines de milliards € de dettes.

Le Président Andrés Manuel López Obrador s’est engagé à construire une raffinerie d’une capacité de 300’000 b/j. Le projet devisé à 8 milliards $ fait partie de sa stratégie pour diminuer les importations notamment des USA.

 

Guyane

Depuis 2015, le pays est passé de «nobody» à l’un des endroits pétroliers du future. ExxonMobil et Hess Corp ont découvert 12 champs qui pourraient contenir un total de 5 milliards de barils. Cela représente quand même 25 jours de consommation mondiale.

 

Europe

Le marché de l’automobile enregistre un 7ème mois de baisse d’affilée. L’incertitude économique, la préoccupation des consommateurs et les problèmes de diesel influence le marché.

Le président Trump a repoussé de 6 mois l’imposition de tarifs douaniers dans le secteur de l’automobile européenne.

Malgré l’explosion des niveaux de méthane dans l’atmosphère, la commission européenne va doubler ses importations de gaz liquide des hyper polluants champs de schiste des USA. D’ici à 2023, 8 milliards de m3 de gaz seront acheminés en Europe (17 milliards kg de CO2 et des wagons de méthane).

 

Allemagne

Volkswagen planifie la construction de 1 million de voitures électriques en 2025. L’entreprise désire fabriquer ses propres batteries et opérer leur recyclage. Actuellement 53% du contenu des batteries sont recyclées. L’objectif est fixé à 97%.

D’ici à 2038, Berlin va offrir 40 milliards € à l’industrie du charbon pour cesser son activité dans le pays. L’Allemagne produit 40% de son électricité avec du charbon.

L’Allemand Lilium fait décoller son drone-passager

 

France

Ce qui devait arriver, arriva. La hausse des prix du baril a fait grimper les prix à la pompe. Le diesel, (80% des ventes) est grimpé à 1,47 € et le sans-plomb 95 à 1,58€ soit 8 ct de plus que lors du début des gilets jaunes.

On reste dans l’ambiance «hausse des prix» mais cette fois avec EDF. Dès le mois de juin, l’électricien va augmenter ses tarifs de 5,9%, soit une moyenne de 85€/an par ménage. Cet ajustement aurait dû entrer en vigueur en décembre, mais la crise des gilets jaunes a reporté cette initiative.

Pendant des années, afin de promouvoir son industrie nucléaire, la France a artificiellement vendu son électricité à perte. Corolaire à cette stratégie, ses champions comme EDF et Areva ont accumulé des dizaines de milliards de dettes systématiquement épongées par le gouvernement. Sous la présidence Sarkozi, le PDG d’EFD de l’époque, Henri Proglio, avait demandé une augmentation de 30% des prix de l’électricité pour refléter les coûts de production. Cette requête avait été refusée pour des raisons politiques.

Fiat, Chrysler et Renault pourraient collaborer afin de construire des voitures électriques et pour former une nouvelle alliance qui produirait 8,7 millions de voitures par année. Fiat-Chrysler a mis sur la table 33 milliards €. De nombreux emplois devraient passer à la trappe.

En France, le meilleur moyen de paralyser toute décision sur la transition énergétique est d’inclure les mots «centrales nucléaires» dans un projet. Le ministre de l’environnement François de Rugy l’a bien compris. Il propose d’allonger de 10 ans la durée de vie des centrales. On ne le dira pas assez, mais une transition énergétique, c’est la diminution du pétrole, du gaz et du charbon. Le nucléaire ne représente qu’une petite partie (15%) du total d’énergie consommée dans le pays.

La RATP a annoncé un partenariat avec Airbus pour utiliser un Drone-Taxi électrique dans les 5 prochaines années. Reste à savoir si les citoyens donneront l’accord de voir des VIP voler sur leurs têtes.

En France, l’évasion fiscale est estimée à 100 milliards € soit largement assez pour éponger le déficit du gouvernent ou pour d’effectuer une transition énergétique. Mais quand on veut pas, on veut pas.

Le médiateur de l’énergie s’inquiète du manque (total) de transparence et des pratiques des fournisseurs d’électricité et de gaz. En 2018, plus de 16’000 personnes ont saisi le médiateur et plus de 5’000 cas font l’objet d’une médiation. Dans le collimateur, des offres vertes pas si vertes ou faussement alléchantes, des promotions qui n’en sont pas. Toute la panoplie du parfait producteur d’électricité et de gaz.

L’entreprise américaine General Electric va licencier 1’000 salariés en France. En 2014, lors du rachat d’Alstom par GE, Emanuel Macron, en charge du dossier, avait assuré la création de 1’000 emplois.

Le gouvernement français, via la DGSI, a interrogé 8 journalistes, dont la grande reporter du Monde Ariane Chemin, qui enquêtent l’affaire Benalla ou sur la vente d’armes françaises à l’Arabie Saoudite. Ces armes sont utilisées dans la guerre au Yémen notamment contre les civils. Voir le dossier du site d’investigation Disclose.

 

Suisse

La Suisse est largement à la traine dans les énergies renouvelables solaires et éoliennes avec une production par habitant de 250 kWh/an selon la Schweizerische Energie-Stiftung SES. Cette production correspond à la consommation annuelle d’un lave-vaisselle! Au niveau Européen, seuls 4 pays font moins bien. Le Danemark, premier de classe, produit 2’500 kWh d’énergie solaire et éolienne et couvre le 50% de ses besoins d’électricité.

Pour 489 millions de francs suisses (425 millions €), EDF a vendu sa participation de 25% du producteur d’électricité Alpiq. Les trois membres EDF du conseil d’administration, François Driesen, Birgit Fratzke et Xavier Lafontaine se sont immédiatement retirés. Le rachat a été opéré par Primeo Energie et EOS. Ainsi EOS Holding détient 43,96% et Primeo Energie 26,17%.

La ville de Zurich aimerait proposer d’atteindre des émissions de CO2 à zéro d’ici à 2030. Cette proposition va devoir être encore validée par les différents partis politiques dont les deux partis les plus réfractaires en matière de climat: l’UDC et le PLR.

Les présidents suisses ont ajouté un nouveau mandat à leur fonction. Celui de nous faire rire. Après, les rires du Conseiller Fédéral Schneider Aman, c’est au tour d’Ueli Maurer. Le président a choisi CNN pour partager qu’il «can nothing say» suite à la rencontre avec Donald Trump.

 

CNN: le Président Suisse, Ueli Maurer can nothing say

 

Angleterre

Le chat Grumpy Cat est décédé. Vedette des réseaux sociaux, sa propriétaire a engrangé plus de 100 millions €. Quand je pense qu’au lieu de passer des heures à réaliser cette chronique, il me suffisait de mettre en scène un chat qui tire la gueule!

La première ministre, Theresa May a démissionné. Chappatte résume en un dessin le coquasse de la situation.

 

Suède

Le chinois Volvo a conclu des accords pour s’assurer la livraison de batteries électriques. Volvo va ainsi acheter des batteries made in China.

En compagnie du champion de la logistique Schenker, l’entreprise Einride a lancé un camion électrique sans chauffeur de 26 tonnes, pour la livraison de marchandises.

 

Ukraine

Le Coluche Ukrainien, l’acteur humoristique et nouveau Président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, est entré en fonction.

 

Suède: Einride T-Pod Autonomous 26-tonnes Electrique Truck

 

Moyen-Orient

Irak

Les exportations restent stables à 3,58 millions b/j en avril alors que les inondations ont touché la région du sud à Basra.

L’Irak fait face à une crise sévère d’eau. L’été passé, à Basra, plus de 100’000 personnes se sont rendues à l’hôpital pour des intoxications dues à la qualité de l’eau. Aujourd’hui, la même ville est noyée sous l’eau.

A l’approche de l’été et des 54 degrés Celsius enregistré en 2018, Bagdad se préoccupe pour son accès à l’électricité. L’année dernière, l’Iran avait dû renoncer à livrer 400 MW d’électricité à la région pétrolière de Basra sans le sud du pays. Sans électricité pour refroidir les maisons (et ses habitants) ou stocker la nourriture, la situation est proche de l’invivable. Faisant fi de ce détails, Washington a demandé à l’Irak de couper tous les liens avec l’Iran y compris pour la livraison d’électricité ou de gaz qui sert à produire l’électricité.

La Maison Blanche a demandé l’évacuation des personnes non-essentielles de son ambassade à Bagdad et ExxonMobil a retiré ses ingénieurs du gisement pétrolier de West Qurna. De son côté BP, Shell et les chinois n’ont pas opté pour ce scénario catastrophe.

 

Egypte

Le pays est en train de construire la plus grande centrale solaire de 1,6 GW pour un montant de 2 milliards $. Elle devrait entrer en fonction cette année.

La Banque Mondiale a fait une entorse à ses habitudes et a décidé d’investir dans autre chose que du charbon, du gaz ou du pétrole. Elle a mis 653 millions sur la table. D’ici à 2022, l’Egypte désire produire 20% de son électricité avec du renouvelable alors qu’aujourd’hui le compteur indique 3%.

 

Votation Européenne
Dessin Chappatte

 

Asie

Japon

Sous le nom de code, ALFA-X du Shinkansen, un nouveau train ultra rapide, capable d’atteindre 400 km/h, est en train d’être testé. Cette vitesse de pointe devrait être atteinte d’ici à 2030. Il sera 15 km/h plus rapide que le train chinois Fuxing.

 


De 2008 à 2017, les USA et le Canada ont fourni 7,9 millions b/j de plus soit le 82% de l’augmentation pétrolière mondiale
Source: BP 2018

 

Afrique

Plus de 640 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité en Afrique soit les 2/3 de la population.

 

Libye

La National Oil Company a affiché des revenus de 4,4 milliards $ durant le premier trimestre. Jusqu’à présent, la compagnie pétrolière nationale répartit les revenus entre toutes les factions du gouvernement. La tentative du Général Haftar avec son «Armée Nationale Libyenne» de s’emparer de Tripoli et de créer sa propre compagnie pourrait changer la donne. On pourrait bien imaginer que le Général Kadhafi aurait trouvé son successeur.

L’Organisation Mondiale de la Santé décompte plus de 400 morts, 2’000 blessés et 60’000 personnes ont fui les combats.

Cette situation n’offre pas les meilleures garanties pour l’extraction pétrolière du pays qui annonce 1,176 millions b/j en avril. Mustafa Sanallah, PDG de la compagnie pétrolière nationale National Oil Corporation craint que l’instabilité pourrait faire chuter l’extraction de 95%.

L’Etat Islamique a également mis son grain de sable en voulant s’accaparer d’un gisement dans le sud du pays.

 

Angola

Le Président Joao Lourenço a renvoyé Carlos Saturnino, PDG, de l’entreprise pétrolière nationale Sonangol ainsi que toute la direction. Carlos Saturnino avait réussi à redresser l’entreprise suite au règne d’Isabel dos Santos, fille de l’ancien président José dos Santos.

On spécule que l’entreprise et les pétrodollars vont retourner dans les mains du président.

L’italien Eni a trouvé un nouveau gisement pétrolier offshore de 250 millions de barils avec une capacité de 10’000 b/j.

 


Le nouveau train japonnais ALFA-X Shinkansen

 

Phrases du mois

«Entre 1979 et 2019, les prévisions, “Annual Energy Overview” de l’Agence Internationale de l’Energie, montrent clairement qu’elles n’étaient pas bonnes par le passé et les prévisions actuelles sont de la même veine. Aux USA, le schiste va se terminer bientôt et ce sera un retour à la réalité d’avant 1970. La dépendance énergétique américaine est une Fake News.»  Jean Laherrère.

Declining well productivity in some [tight oil/shale] plays, despite the application of better technology, is a prelude to what will eventually happen in all plays: production will fall as costs rise.  Assuming shale production can grow forever based on ever-improving technology is a mistake—geology will ultimately dictate the costs and quantity of resources that can be recovered.” David Hughes

Assuming shale production can grow forever based on ever-improving technology is a mistake—geology will ultimately dictate the costs and quantity of the oil and gas that can be recovered.” David Hughes

Sources: avec Tom Whipple d’ASPO USA et Resilience.org  et l’humour des chroniques matinales de Thomas Veuillet Investir.ch et toutes les informations diverses et variées, récoltées dans différents médias à travers le monde.

Pourquoi l’avenir pétrolier des USA dépend du Venezuela

La malédiction du pétrole s’illustre une fois de plus. Cette fois c’est le Venezuela qui en fait les frais. Si pour le grand public, l’image d’un gouvernement incapable et corrompu a été vendue, la partie non visible de l’iceberg révèle un enjeu pétrolier extrême. Actuellement dans les mains de la Chine et de la Russie, les Etats-Unis ont la cruelle nécessité de s’approprier cet or noir.

Même si les USA sont devenus les plus grands producteurs pétroliers au monde, la mauvaise qualité de leur pétrole les oblige à incorporer le brut extra lourd du Venezuela pour produire du kérosène ou du diesel.

Sans ce pétrole, qui s’épuise, la suprématie énergétique des USA ne tient qu’à un fil.


Le Dilemme Américain

Grâce au pétrole de schiste, les USA sont devenus le plus grand producteur pétrolier au monde. Si la légèreté du schiste convient à merveille pour la pétrochimie, les pesticides ou le plastique, le diesel et le kérosène nécessitent de le mélanger à un brut plus lourd. Pour produire ces carburants, les raffineries du pays importent plus de 500’000 barils/jour de brut extra lourd du Venezuela.

Le Canada pourrait venir en aide à Washington, mais les capacités limitées des transports et les coûts importants des sables bitumineux de l’Alberta freinent le processus.

Pour ne pas se tirer une balle dans le pied avec les lourdes sanctions financières, imposées par le président Trump au régime Maduro, les USA continuent d’accepter les livraisons de brut mais déposent les payements sur des comptes bloqués. Qui entre Caracas et Washington pourra tenir le plus longtemps, la question est posée.

 

26% du pétrole américain peut être raffiné.
Le restant 74%, doit être mélangé avec du brut lourd ou exporté.
Source: EIA

 

Trump : une pierre plusieurs coups

La stratégie du Président Trump repose sur plusieurs piliers : l’opinion publique, les élections de 2020 et l’argent.

Donald Trump fustige les dérives et l’incapacité d’un gouvernement «socialiste» en soulignant la précarité du peuple vénézuélien et le manque d’investisseurs. Ce message fait une pierre deux coups. A l’interne, il permet d’entrer en frontal avec les candidats démocrates «ouvertement socialistes» aux élections de 2020 et à l’externe de scinder le monde entre les méchants et les gentils.

Cette perception est renforcée par l’envoi d’une aide humanitaire, qui a pris une tournure de communication hollywoodienne, alors qu’elle devrait être organisée de manière neutre et indépendante. Cette suspicion de Cheval-de-Troie a été renforcée par, John Bolton, le Conseiller à la sécurité nationale. Son bloc-notes a dévoilé : “5’000 soldats américains en Colombie.”

 

Sur le bloc notes de John Bolton:
“5’000 soldats américains en Colombie.”

 

De manière plus discrète, le même John Bolton travaille sur le véritable objectif d’un renversement du président Maduro par son protégé Juan Guaidó : le pétrole.

ExxonMobil et Chevron devraient reprendre les installations pétrolières du Venezuela et assurer l’approvisionnement des raffineries américaines. Les Français, Total, Anglais BP et Espagnol Repsol sont également impliqués dans cette réflexion d’où la coopération immédiate du Président Emmanuel Macron et des Premiers Ministres Theresa May et Pedro Sánchez.

Nous discutons actuellement avec de grandes entreprises pétrolières américaines. Cela ferait une différence si nous pouvions faire en sorte que des entreprises américaines produisent le pétrole au Venezuela. Nous avons tous les deux un large intérêt. Ce serait une bonne chose pour le Venezuela et les habitants des États-Unis.” – John Bolton, Conseiller à la sécurité nationale (voir la vidéo sur Twitter)

 

Voir 5min40 secondes pour le pétrole

 

Peak Oil

A lui seul, le pays est en train d’illustrer le paradoxe pétrolier actuel. Le pétrole bon marché s’épuise et il devient de plus en plus onéreux d’extraire un baril.

Membre de l’OPEP, le Venezuela possède potentiellement les réserves pétrolières les plus importantes au monde et ses rentrées économiques sont à 96% assurées par cette manne.

Historiquement, le Venezuela ne s’est jamais remis de la crise de sa monnaie et de sa dette des années 80-90. Les régimes drastiques imposés par le FMI et la Banque Mondiale n’ont finalement réussi qu’à monter la population appauvrie contre le président de droite Rafael Caldera.

Le libéralisme porté par les américains devait permettre de revitaliser le secteur privé et attirer les investisseurs internationaux. Pour tenter d’augmenter la production pétrolière, Caldera privatisa le secteur pétrolier. Malgré les efforts, le Venezuela a atteint son peak oil en 1997 avec 3,5 millions b/j.

Quand Hugo Chavez prit le pouvoir en 1999, la production avait déjà diminué de 1 million b/j. et la corruption ravageait le pays.

Aujourd’hui, avec l’illusion d’être assis sur une richesse pétrolière, le blâme se porte essentiellement sur le modèle économique socialiste des gouvernements Chavez et Maduro.

Il n’y a aucun doute que les erreurs de casting et la corruption ont endommagé l’extraction du précieux liquide. Mais la grande partie de l’or noir vénézuélien nécessite d’énormes quantités d’argent, des techniques avancées et un management professionnel. Tant que le baril tenait au-dessus de 100$, l’équation pouvait se résoudre. Avec la chute du baril en 2008 et en 2014, le Venezuela subit le même sort que l’Union Soviétique dans les années 1990.

Si aux USA, le pétrole de schiste ou les sables de schiste canadiens ont vu affluer, à perte, des milliards $ d’investisseurs étrangers comme des fonds de pension européens, les banques privées ou la Banque nationale Suisse, le Venezuela n’a pas eu autant de chance.

Au contraire, Caracas a dû continuellement se battre contre la justice et les fonds vautours (ex: Crystallex ou Pharo Gaia Fund Ltd) d’investissements américains pour rembourser, avec des taux indécents, les prêts effectués. Dans ce désastre financier, de Bush à Obama, Washington aura tout fait pour tendre vers la situation actuelle.

Ainsi, de 1998 à 2013, Chavez n’a pas réussi à saisir l’importance d’injecter de l’argent dans le système pétrolier. Il a dévié cet argent pour son usage propre mais aussi pour réduire la pauvreté en passant de 55 à 34%, à instruire 1,5 million d’adultes et avec l’aide de docteurs cubain à d’offrir là 70% de la population un système de santé gratuit.

Dès que le baril à chuté en juin 2014, le gouvernement s’est retrouvé à court d’argent pour soutenir la production pétrolière et ses programmes sociaux.

Le retour de manivelle fut édifiant avec plus de 3,5 millions de vénézuéliens obligés de s’expatrier pour simplement manger. En quelques années, le pays est tombé en ruine.

 


Moyenne de la Production pétrolière Venezuela depuis son peak oil en 1997.
Source EIA

 

Indépendance pétrolière

Demain, celui qui sera en charge du Venezuela héritera d’un pays dont l’agonie n’égalera que la vitesse de la baisse de sa production pétrolière.

Si pour la Russie et la Chine les risques se résument par la perte de plusieurs dizaines de milliards $ de créances et d’actifs ainsi que d’influence en Amérique Latine, le président Trump doit absolument garantir l’importation de brut conventionnel ou très lourd pour assurer la production de carburants pour ses camions et ses avions.

On pensait les petites nations plus vulnérables aux variations pétrolières. La position très inconfortable des USA démontre ce changement de paradigme. Nous produisons de plus en plus de pétrole, de moins en moins bonne qualité mais de plus en plus cher. L’équation n’a pas de solution dans le système économique actuel.

La vitesse à laquelle le Venezuela s’est écroulé, ne peut que nous inciter à trouver une indépendance pétrolière sous peine de subir le même sort.

Serions-nous tous en passe de devenir Vénézuéliens?

 

Les 3 plus grandes importations de pétrole, des raffineries américaines du Sud des USA
en milliers de barils par jour


Source: RBC Capital Markets