Le Pétrole: entre joueurs de poker et d’échec

Depuis le début de l’année, le baril de pétrole a gagné plus de 10$ et les probabilités de le voir continuer sur cette tendance augmentent. Le manque d’investissements dans l’exploration de nouveaux gisements, la chute du Venezuela, les problèmes de la Libye et le choix de Trump sur l’accord iranien pourraient à nouveau voir le baril émerger au-dessus de 100$.

Une partie mondiale entre joueurs de poker et joueurs d’échec est engagée.


Du côté des exportateurs, le premier regard se tourne vers le Moyen-Orient notamment vers l’Arabie Saoudite et l’Iran.

 

Iran et Arabie Saoudite

Si les coûts d’extractions pétroliers des deux pays rayonnent dans une fourchette de 4 à 10$/baril, leurs dépenses sont diamétralement opposées.

L’embargo a maintenu les prétentions financières de Téhéran dans des proportions minimales tout en gérant une solide présence militaire en Syrie et au Yémen. Depuis la levée des sanctions, le pays a augmenté sa production de 1 million b/j. et ses exportations se sont presque exclusivement tournées vers l’Asie (Chine, Inde, Corée du Sud). Les entrées de pétrodollars ont apporté une bouffée d’air frais à l’Economie du pays.

En l’état actuel, l’Iran peut se contenter d’un baril à 40-50$. Le reste n’est que bénéfice.

 

La grandiloquence du business modèle de l’Arabie Saoudite caractérise son budget. Les glorieuses années, qui voyaient un baril à plus de 100$, ont fondamentalement modifié les habitudes. Le faste et le brillant ont un prix.

Pour garder son peuple sous tutelle et éviter toute révolution, la famille royale distribue annuellement des dizaines de milliards $ à ses 22 millions de citoyens nationaux. Cet obole pèse lourdement dans les caisses du royaume.

De plus, l’Arabie Saoudite entretient la plus dispendieuse et certainement la plus inefficace armée du monde. Pour 2018, 60 milliards $ sont prévus soit 10% du PIB. Pour comparaison, le budget militaire russe se monte à 46 milliards $ (2,8% PIB) et 14 milliards $ pour l’Iran. (2,1% PIB).

Pour la santé de son bilan comptable et pour tenir tête à l’Iran, Riyad espère un baril à 80$.

Afin de combler son budget, le prince héritier Mohammed bin Salman désire mettre en vente 5% des actions de l’entreprise nationale pétrolière: Saudi Aramco. Il espère lever entre 100 et 200 milliards $. L’IPO pourrait enfin titiller l’intérêt des investisseurs étrangers à condition que le baril passe sur la barre des 80$.

On comprend ainsi mieux la volonté de Riyad de maintenir les quotas minimaux actuels de l’OPEP. La vis devrait se desserrer à l’approche des 100$ le baril afin de ne pas mettre en péril la demande et l’Economie mondiale.

 

Production pétrolière du Venezuela


Sources: Bloomberg, OPEP, Financial Times

La Russie

En deux ans grâce aux quotas de l’OPEP, Moscou est devenu un allié improbable de Riyad. Réélu, Vladimir Poutine compte sur une hausse du baril pour couvrir les dépenses de son nouveau programme et ses ambitions internationales. Le pétrole et le gaz sont les carburants essentiels au budget russe puisque qu’ils pèsent un peu plus de 50% dans les recettes du budget fédéral.

Si au Moyen-Orient, Donald Trump a parié sur Israël et l’Arabie Saoudite, la nature ayant horreur du vide, la porte a été laissée grande ouverte à la Russie et à la Chine pour y jouer un rôle clé auprès des autres nations.

Ainsi, l’influence russe augmente à chaque poussée de fièvre du pétrole notamment en Syrie, au Qatar, en Irak ou en Iran.

L’Iran et la Russie ont même débuté un troc: pétrole contre nourriture et produits russes des plus prometteurs.

 

La Chine

Pékin a des raisons de se réjouir du pari américain de réinstaurer les sanctions contre l’Iran. Le premier importateur de pétrole au monde a ouvert sa propre bourse pétrolière à Shanghai nominée en Yuan.

Au lieu d’utiliser le dollar américain, sensible aux remontrances de Washington, l’Iran pourra ainsi faire confiance au Yuan chinois. On ne doute pas une seconde que la Chine pourra bénéficier de «tarifs avantageux et préférentiels» en signe de remerciements.

Cependant Pékin peut craindre une escalade des tensions entre l’Iran et les USA/Israël/Arabie Saoudite. Le détroit d’Hormuz peut être bloqué par les iraniens et, paralyser le quart de la production mondiale.

La Chine aura intérêt à modérer les ardeurs des différentes parties. L’arrivée d’un deuxième porte-avions dans l’armée chinoise tombe à point nommé.

 

Routes Maritimes pétrolières Sources: EIA

 

Les USA

Washington a également besoin d’un baril supérieur à 80$ pour que les producteurs de schiste deviennent rentables et puissent maintenir la production actuelle.

La décision iranienne de Donald Trump pourrait participer à cette perspective même si les automobilistes américains sont directement impactés. On peut douter que Joe America prédispose de plus de place que les pétroliers dans le cœur de Trump.

Il faut espérer que l’inflation induite par le pétrole ne fasse pas exploser les nouvelles bulles des subprimes des crédits d’achats de voitures ou des crédits aux étudiants. Le taux du rendement du 10 ans américain vient tout juste de passer au-dessus des 3%.

Finalement, en activant le spectre de l’Iran, c’est tout le secteur de l’armement qui est galvanisé. Des emplois américains pourraient être maintenus notamment par la vente d’équipements à Israël et à l’Arabie Saoudite.

 

Venezuela

L’outil de production pétrolier et l’Economie nationale semblent dans un tel état de déliquescence, que l’on peine à imaginer que même un baril à 100$ évitera l’écroulement.

Avec la pénurie mondiale annoncée, la chute du Venezuela risque de propulser rapidement les prix à la hausse.

 

Si un joueur de poker peut rapidement amasser une fortune, la vision à long terme d’un joueur d’échec peut faire merveille dans la configuration actuelle.

Quoi qu’il en soit, par leur incapacité à découpler leur Economie de l’or noir, les pays “sans pétrole” sont relégués au rôle de simples spectateurs qui paient leurs billets…  au prix qu’on leur impose.

Pétrole et Manifestations. L’Iran: too big to fail

Les manifestations, qui ont éclaté en Iran, apportent une incertitude supplémentaire dans la géopolitique énergétique. Ainsi après l’Arabie Saoudite et le Venezuela, c’est un nouveau producteur pétrolier majeur qui tremble.

Schizophrène, les pays occidentaux aimeraient exporter leurs schémas de «démocraties» tout en espérant qu’aucun changement ne viendra altérer le flux pétrolier nécessaire à sustenter leur croissance économique. Le paradoxe nécessite un éclairage.


L’Iran entre Révolution et Evolution

Si les manifestations de 2009 avaient été étouffées par la ligne dure du Gouvernement, les mouvements actuels semblent provenir de la base populaire en recherche d’Evolution. Cependant, il n’est pas encore clair si des nations étrangères, comme se targuent les tweets de Donald Trump, interfèrent pour pousser à une Révolution.

 

Les nouveaux pétrodollars iraniens

Depuis la levée partielle des sanctions, l’Iran a fortement augmenté sa production pétrolière pour tendre aujourd’hui vers les 4 millions de barils/jour (b/j). Cette entrée de pétrodollars permet à l’Iran d’alourdir son influence au Moyen Orient. C’est également à cette manne qu’aspirent les manifestants.

 

Russie-Iran & USA-Arabie Saoudite : des stratégies opposées

Le Moyen Orient extrait le tiers de nos besoins pétroliers et c’est dans cette région énergétiquement sensible que la diplomatie américaine arrive avec le doigté d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. La doctrine de Trump coïncide avec une augmentation de testostérone et une diminution de réflexion dans les processus de décisions stratégiques.

Du côté de l’Arabie Saoudite, le Prince héritier en charge du pays, Mohammed ben Salmane Al Saoud accumule les choix chancelants. La guerre avec le Yémen s’envenime, le blocus du Qatar cherche une sortie et la récente démission forcée du Premier Ministre Libanais, Saad Hariri, en visite à Riyad s’est soldée sur un retour de manivelle. Finalement l’emprisonnement de centaines d’acteurs majeurs et membres de la famille royale semble fragiliser le plus grand exportateur mondial de pétrole.

Profitant du chaos à Washington et des égarements de Riyad, il n’en fallait pas plus pour que les rusés et pragmatiques stratèges iraniens et russes avancent sciemment leurs pions et prennent l’avantage.

Les événements populaires actuels en Iran apportent une bouffée d’air à la diplomatie américaine. L’envie du président Trump de surfer sur cette vague s’explique.

 

Dépendance pétrolière

Avec la perception que les pétroles de schiste et offshore devraient suffire à leur indépendance énergétique, l’administration Trump ne s’embarrasse plus du Moyen Orient quitte à l’embraser.
Cependant, si l’Iran ou l’Arabie Saoudite devait courber l’échine, les économies occidentales seraient les premières à payer le prix. L’histoire montre qu’une révolution ou un changement de régime radical tend à réduire la production pétrolière d’un pays.

La Libye a perdu plus d’un million de barils/jour depuis le renversement de Kadhafi. Il aura fallu plus de 10 ans à l’Irak pour retrouver les niveaux d’extraction de Saddam Hussein.

Si durant les 2 dernières années, une surcapacité pétrolière a marqué les marchés, il faut noter que la marge n’est que de 2 million b/j. (2% de la production mondiale). Une partie de cette marge est déjà grignotée par le Venezuela, qui vit des heures délicates.

 

L’Iran et l’Arabie Saoudite ne peuvent pas fléchir

A l’aube d’une consommation pétrolière record de 100 millions b/j, notre croissance économique dépend toujours aussi fortement du pétrole. Incapable de diminuer le ratio PIB/Quantité d’énergie, le seul scénario que nous pouvons souhaiter à l’Iran est l’arrêt de la contestation populaire. Notre procrastination a rendu les grandes puissances pétrolières too big to fail.

Dès lors, pour garder notre situation privilégiée, pouvons-nous nous contenter d’une Stagnation, d’une Evolution de l’Iran, de l’Arabie Saoudite ou du Venezuela en lieu et place d’une Révolution?

En gage de stabilité, pouvons-nous accueillir avec soulagement la prochaine réélection de Vladimir Poutine à la tête du plus grand producteur mondial d’or noir? Tant pis pour la démocratie.

C’est tout le paradoxe d’une croissance Economique qui a mis tous ses œufs dans le même panier.

Energies, Economie, Energies et Pétrole: Revue Mondiale Décembre 2017

Tous les Voeux pour la Nouvelle Année 2018!!!
Comme le 1er de chaque mois, la Revue Mensuelle:
– Pétrole: Un baril à 100 ou à 50$ pour 2018?
– Arabie Saoudite: Le pays aimerait avoir sa bombe atomique
– France: Des vélos à hydrogène bientôt à disposition
– Allemagne: Après Tesla, Daimler propose son camion électrique
– Pologne: Inauguration de la plus grande centrale à charbon européenne
– Monde: Les investisseurs préfèrent toujours les Energies Fossiles
– Iran: Des manifestations secouent le pays.


Durant 2017, le pétrole a roupillé. Il s’est repris grâce à la pression de l’OPEP et termine l’année sur une légère poussée de fièvre. on le retrouve à 66.60$ à Londres (56,09$ au 1er janvier 2017) et à 60.42$ à New York (53.90$ au 1er janvier 2017).

L’uranium n’a rien fait. Un gros dodo durant toute l’année pour terminer à 23.75$ (20.25$ au 1er janvier 2017).

 

Graphique du Mois
Variations de la consommation d’énergie mondiale
durant les 5 dernières années
   Source: National Observer

Planète

Explication du graphique du mois.  On pourrait croire que les énergies renouvelables ont le vent en poupe. Il n’en est rien. Les investissements dans le pétrole, le gaz et le charbon continuent d’être largement supérieurs aux énergies renouvelables.

L’année 2017 a été l’année la plus chaude depuis le début des mesures. L’hiver 2017 est paradoxalement rigoureux autant aux USA-Europe qu’en Asie. Vous aurez remarqué les variations extrême d’un jour à l’autre, comme si le climat jouait avec le Bitcoin.

La liste des 100 entreprises qui polluent le plus dans le monde a été publiée par «ClimateAction100+».
– On retrouve les groupes pétroliers et gaziers comme BP, Chevron, Coal India, Eni, Exxon Mobil, Shell, Total,
– des acteurs du secteur des transports: Airbus, Boeing, Ford, Volkswagen,
– des producteurs d’énergie: EDF, Enel, Engie, E.ON,
– des groupes miniers et sidérurgiques: ArcelorMittal, BHP Billiton, Glencore, Rio Tinto,
– des chimistes: BASF, Dow
– et dans les groupes alimentaires Procter & Gamble ainsi que Nestlé. A noter que ces deux entreprises concourent également dans la catégorie “Green Waching”.
Les groupes LafargeHolcim, et Siemens participent également à la fête.

 

Pétrole

Décembre est une période propice aux prédictions. Voici quelques infos pour nourrir votre boule de cristal.

Parmi les pays non membre de l’OPEP, seuls la Russie, le Canada et les USA ont vu leur production augmenter depuis 2004. Pour les autres, le déclin annuel total est de 250’000 barils/jour (b/j).

Depuis 2007, la production américaine a explosé +6 millions b/j. L’Irak, l’Arabie Saoudite, la Russie et le Canada ont également apporté 6 millions b/j.

Du côté de la demande, elle est passée de 89 millions b/j pour bientôt friser les 100. La surproduction 2017 ne représente que le 1,8% de la production mondiale.

Pour 2018-2020, si l’on assume que Trump ne mette pas à feu et à sang la planète et que le Moyen Orient tienne le coup, on peut imaginer que les USA vont légèrement accroitre leur production tant que le Bassin Permien ne montre pas des signes de faiblesse, que la production Russe va rester dans sa zone actuelle et que les dispendieux sables bitumineux du Canada vont augmenter avec la hausse des cours du baril.

Les autres pays non membre de l’OPEP devraient voir leur production annuelle diminuer de 250’000 barils/jour. Ajoutez un peu d’incertitude avec l’Arabie Saoudite et l’Irak, beaucoup d’incertitude avec le Venezuela et le Nigeria, vous êtes à même de faire une prédiction.

Les découvertes de nouveau pétrole se montent à 7 milliards de barils en 2017 contre 8 l’année dernière alors 2016 était la plus basse depuis 1940! Nous en étions à 15 milliards en 2014 et 30 milliards en 2012.

Certains pensent que le baril pourrait bientôt franchir les 70$ pour grimper vers les 100$. Barclay penche pour un retour à 50$ grâce à l’arrivée de 1,2 million b/j de schiste américain et la fin de la restriction des 1,8 million b/j de l’OPEP. Goldman Sachs prédit une hausse vers la mi-2018. Cependant la Pieuvre est connue pour faire une annonce et prendre des bénéfices en faisant le contraire.

Arabie Saoudite

Selon Reuters, après l’Iran, c’est au tour de l’Arabie Saoudite de vouloir sa bombe atomique. Aucun doute que cela permettra de détendre l’atmosphère au Moyen-Orient. Ainsi Riyad va demander à Trump et à des entreprises américaines actives dans le nucléaire, la possibilité d’enrichir l’uranium des centrales nucléaires civiles qui devraient être construites sur le territoire.

Le PIB du pays s’est contracté de 0,5% en 2017 à cause de la baisse des ventes pétrolières et le déficit pour 2018 devrait atteindre $52 milliards.

La vente de 5-10% des actions de Saudi Aramco est sur la table, mais à l’arrêt. Deux pays et deux bourses se chamaillent les honneurs d’héberger Aramco et cela devient amusant de voir les deux leader se battre à coup de tweets. Donald Trump ; “Would very much appreciate Saudi Arabia doing their IPO of Aramco with the New York Stock Exchange.” Et la Première Ministre Anglaise, Theresa May “I think London is extremely well-placed’’ to be picked as the listing venue.”
Le perdant devrait livrer un tweet assassin qu’on se réjouit déjà de lire. Riyad évalue toujours Aramco à un irréaliste 2’000 milliards $.

Saudi Aramco aimerait acheter des droits de forer aux USA dans les champs de schiste d’Eagle Ford. Ce serait une première pour cette compagnie qui ne possède aucun gisement en-dehors du pays.

Saudi Aramco a été victime d’une cyberattaque via le virus Triton qui s’amuse avec les systèmes de Schneider Electric.

Le Gouvernement a effectué un premier payement de 533 millions $ à 10,6 millions d’habitants avant l’augmentation des prix de l’essence, de la nourriture et du kérosène. Cette prime est destinée à alléger l’impact de ces mesures.

 

Russie

A 65 ans, Vladimir Poutine va se représenter pour s’autosuccéder à la tête du pays. Les élections auront lieu en mars 2018. La candidature de son principal opposant, Alexeï Navalny, a été refusée.

Total a effectué son premier transport de gaz liquéfié via son brise-glace tanker de la péninsule du Yamal dans l’Arctique. L’installation de 27 milliards $ a été financée par Total et la China’s National Petroleum Corp. à 20% chacun.

Avec la grosse vague de froid qui englobe l’Europe, Gazprom a déjà atteint la quantité de gaz livrée en 2016 vers l’Europe et la Turquie.

La Russie a trouvé assez de financement pour construire un frère au gazoduc Nord Stream. Ce gazoduc livrera son gaz directement à l’Allemagne en passant par la Mer Baltique. Ce partenariat Allemagne-Russie crispe certains pays européens.

Alors que les relations entre les USA-Europe et la Russie se détériorent, Pékin et Moscou se rapprochent. La Chine a besoin de gaz, de pétrole et des matières premières de Sibérie alors que la Russie cherche des devises pour stimuler son industrie. En travaillant avec la Chine, la Russie contourne facilement l’embargo. Ainsi l’italien ENI collabore avec Rosneft via Pékin pour la réalisation de forages en haute profondeur dans la Mer Noire.

L’Europe a reconduit l’embargo sur la Russie. Peut-être que les gesticulations de Washington permettront à l’EU de reconsidérer sa position.

 

USA

La production américaine aurait atteint les 9,78 millions b/j selon l’EIA. Les chiffres de l’EIA ne sont pas connus pour leurs exactitudes et une correction à la baisse devrait intervenir. Cependant, la tendance américaine est à la hausse.

Le Wall Street Journal soutient que les investisseurs ont déversé 200 milliards $ depuis 2014 dans le pétrole. Une bonne proportion de cet argent s’est évaporée.

Les efforts de l’administration Trump pour bloquer les énergies renouvelables semblent porter leurs fruits. Durant le 3ème trimestre, le nombre de nouvelles installations a diminué de 22% par rapport à 2016.

Après des années de contestations, ExxonMobil va inclure dans sa communication aux actionnaires, les impacts du réchauffement climatique sur son business modèle. De plus, certains gros actionnaires pourront rencontrer le board pour partager leurs points de vue.

La ville de Santa Cruz et le comté du même nom ont porté plainte contre 29 compagnies pétrolières et gazières pour des dégâts créés par le réchauffement climatique et notamment les énormes incendies. San Francisco, Oakland et les comtés de Marin, San Mateo et San Diego ont également déposé des plaintes contre les pétroliers. Les plaintes soulignent que l’industrie trompe les consommateurs sur le même modèle que l’industrie du tabac.

L’administration Trump a autorisé l’exploitation pétrolière dans des parcs nationaux en Utah, dans une réserve d’Alaska ainsi que sur les côtes américaines.

Le Congrès américain a adopté des dépenses militaires de près de 700 milliards de dollars pour 2018. Le budget russe de l’armée atteint 46 milliards $.

L’Etat de Géorgie a accordé 10 milliards $ supplémentaires pour terminer la construction de 2 centrales nucléaires qui dépassent largement les budgets initiaux.

Europe

Allemagne

Après Tesla, c’est Mercedes qui annonce son nouveau camion électrique. Daimler a livré ses premières versions de 7,9 tonnes  avec 6 batteries de 600kg, le Fuso eCanter a une autonomie de 100 km (donc en réalité de 50 km) et une vitesse de pointe de 80 km/h.  Du côté design, le Truck de Tesla a un look d’enfer. Le camion de Daimler a été créé avec la fantaisie des ingénieurs allemands.

En 2017, la consommation de diesel et d’essence a augmenté de 2%, le kérosène de 0,7%, le fioul de chauffage +2%.

 

Danemark

L’Allemand E-On, qui opère au Danemark, a enregistré sa millionième recharge pour voiture électrique depuis 2014. E-On propose 1’300 points de recharge à travers le pays. En moyenne, par borne cela fait une recharge tous les 2 jours. E-On va équiper les parking publics, les chaines de fast-food ainsi que les stations-services.

 

Pologne

Grâce à la Banque Européenne d’Investissements et 1,5 milliard €, la Pologne a inauguré la plus grande centrale à charbon d’Europe à Kozienice. Avec 4’000 MW, elle consommera 3 millions de tonnes de charbon par an, provenant essentiellement de la mine Bogdanka, dans le sud-est de la Pologne. Si l’on se fie au propriétaire, l’entreprise polonaise ENEA, la centrale est une bénédiction pour le climat «frienly power for the environment».

Le charbon constitue la base du système énergétique polonais. Environ 100’000 personnes sont employées dans le secteur du charbon dans le pays qui produit 90% de son électricité dans des centrales à charbon et à lignite.

 

France

L’entreprise Pragma va fournir à Saint-Lô, les premiers vélos électriques à hydrogène en France. Ils seront disponibles à des employés de l’hôpital et d’une entreprise, puis enfin aux touristes.

Ces vélos, de 25 kg, se rechargent en hydrogène en moins de deux minutes pour une autonomie de 100 km. Il faudra rejoindre la borne Atawey de deux mètres sur un mètre qui transforme l’eau de la ville en hydrogène pour les recharger.

Le coût du vélo est aujourd’hui de 7’500 euros, mais l’entreprise vise un prix public d’environ 3’500 euros à l’horizon 2020.

Lancé il y a 10 ans, le projet de Fusion nucléaire, ITER, va encore prendre du retard. Le budget est passé de 105 millions $ à 50 millions en 2017 et pour 2018 il passera de 120 à 63 millions $.

Avec l’arrivée de la nouvelle année, les prix de l’essence et du diesel ont gagné quelques centimes avec de nouvelles taxes.

En 2017, la part des nouvelles voitures à diesel est descendue à 49%.

 

Suisse

Le géant industriel américain General Electric annonce la suppression de 1’400 emplois en Suisse au sein de son unité GE Power, reprise fin 2015 à Alstom et qui compte près de 4’500 salariés.

Le groupe Electrique Axpo a officiellement réalisé un bénéfice de 310 millions frs. En fait, les bénéfices avant le micmac fiscal se montent à 1,23 milliard de francs pour un chiffre d’affaires de 5,57 milliards. Bien qu’Axpo génère un bénéfice de 22% sur son chiffre d’affaires, l’entreprise demande des subsides supplémentaires. On les embrasses très fort!

Le démantèlement des 5 centrales nucléaires suisses est estimé à 23,484 milliards frs. selon la Fondation suisse de l’énergie (SES). Il s’agit d’une plus-value de 600 millions par rapport aux estimations de swissnuclear.

La Suisse possède le parc automobile le plus polluant d’Europe grâce notamment aux prix très avantageux de l’essence et d’une législation automobile à faire pâlir d’envie Trump. Pour 2017, 316’000 nouveaux véhicules ont été immatriculés dont dans l’ordre d’importance: VW, Mercedes et BMW. Malgré le scandale des moteurs truqués, Volkswagen reste le No1.

Les chiffres de l’inflation Suisse sont aussi fiables que les chiffres de l’emploi en France ou la consommation de charbon en Chine. Le calcul de l’inflation ne prend pas en compte les primes de l’assurance maladie. Si tel était le cas, l’inflation suisse dépasserait le 1% au lieu de l’officiel 0,51%.

Johnny Hallyday est mort
Dessin Alex

Les Amériques

USA Schiste

Avec un baril américain qui monte à 60$, l’industrie claironne que les USA vont devenir «Energy Independant». Il n’y a évidemment qu’eux pour croire cela.

Wall Street continue de déverser des milliards de $ dans le schiste US. Ce comportement peut s’expliquer par le ramdam effectué par les pétroliers et l’avenir brillant de cette technologie. Certains investisseurs pensent qu’il ne va plus y avoir assez de pétrole sur les marchés et que les prix vont fortement augmenter. Cette perspective annonce des profits juteux, ou pas.


Tweet de Trump: A l’Est, cela pourrait être le Nouvel An le plus froid enregistré. Peut être, nous pourrions utiliser un petit peu de ce bon vieux Réchauffement Climatique que notre pays, mais pas les autres pays, était sur le point de payer des trillions de $ pour se protéger. Réchauffez vous!

Ce message soulève une question: qui du réchauffement climatique ou de Trump est le plus dangereux?

 

Venezuela

Les exportations vers les USA ont chuté de 36% à 475’000 b/j et la production a chuté de 1 million b/j en quatre ans. Le manque de fonds pour maintenir les installations en état de marche se fait sentir.

La Russie profite de la situation économique pour faire ses emplettes. Dernier en date, le champ Patao y Mejillones sont passés dans les mains de Rosneft.

Le Président Maduro a passé à l’Euro pour ses échanges avec l’étranger et évite le dollar américain.

Canada

Les producteurs canadiens peinent à écouler leur pétrole aux USA. Plusieurs entreprises étrangères ont abandonné les sables bitumineux en attendant que les prix remontent. En 2017, 23 milliards $ d’actifs ont été vendus.

Dessin Chappatte

Moyen Orient

Iran

Des manifestations ont éclaté dans plusieurs endroits du pays notamment pour des raisons économiques. Les iraniens peinent à voir les améliorations suite à la levée des sanctions. Il est vrai que Donald Trump freine des quatre fers. Est-ce que ce mouvement prendra de l’ampleur et quelle sera la réaction des Gardiens de la Révolution et du Gouvernement? En cette fin d’année, il est trop tôt pour le dire.

Les iraniens font de gros efforts pour fidéliser leurs clients asiatiques notamment avec des tarifs privilégiés. Ainsi si de nouvelles sanctions de Trump devaient tomber du ciel, Téhéran serait partiellement immunisé.

L’Iran regarde avec crispation la demande de l’Arabie Saoudite aux USA pour enrichir de l’uranium.

Irak

Le budget du pays atteindra 88 milliards $ en 2018 avec l’espoir d’une production de 3,88 millions b/j et un prix moyen de 46$ le baril. Les Kurdes, Sunnis et Basrawis se disputent âprement la dote.

Dessin Chappatte

Asie

Chine

Pour diminuer la pollution dans les grandes villes, le Gouvernement a interdit l’utilisation du charbon pour le chauffage. Cependant, la Chine n’a pas prévu assez de gaz et des millions d’habitants se sont retrouvé sans chauffage. Le Ministre de l’Environnement a dû faire marche arrière et autoriser l’utilisation de charbon pour se chauffer. Du coup, il y également une pénurie de… charbon.

La Chine importe de plus en plus de pétrole, non seulement à cause de l’augmentation de la consommation mais également à cause de son propre peak oil. Ainsi 64,4% de la consommation est importée. (+3,8% par rapport à 2015)

La volonté de Pékin d’utiliser le Yuan comme monnaie officielle pour les achats de pétrole attisent les intérêts. Ce serait une alternative au $ américain. Des tests vont être effectués à la bourse de Shanghai.

Le future de l’industrie automobile est en Chine et nos enfants achèteront des voitures Made in China à la place de nos belles allemandes ou françaises. Ford Motor va lancer 15 modèles électriques ou hybrides en Chine, fabriquées en Chine.

La Chine a lancé le premier bateau cargo électrique. Il peut se déplacer sur 75 km à 12 km/h. La recharge s’effectue en 2 heures soit le temps de décharger et charger la marchandise.

Japon

Après Nissan, c’est au tour de Honda d’investir dans la V2G (voiture to grid ou voiture sur le réseau électrique). Le concept permet de stocker l’électricité dans les batteries des voitures durant les heures de production solaire ou éolienne.

Toyota continue ses investissements dans la voiture à hydrogène. L’automobiliste va utiliser les déchets agricoles pour produire l’électricité nécessaire à créer de l’hydrogène notamment à Long Beach, Californie, USA.

Toyota va électrifier tous ses modèles d’ici à 2025 avec l’objectif de vendre 5,5 millions de voitures électriques d’ici à 2030.

Inde

L’air de New Delhi fut tellement pollué que le match de cricket Inde-Sri Lanka a dû être arrêté. Des joueurs du Sri Lanka sont tombés malade. L’air contenait 22 fois plus de particules que le taux maximal autorisé.

Corée du Nord

Théoriquement suite à une décision de l’ONU, la Chine et la Russie n’auraient plus de droit de livrer que 10% de pétrole, de kérosène, de diesel à la Corée du Nord soit 500’000 barils/an. C’est une baisse depuis les 2 millions de baril d’octobre et les 4,5 de septembre.

La Corée semble effectuer discrètement ses achats de pétrole grâce au transfert de pétrole via des tankers chinois ou russes situés en haute mer.

Afrique

Nigeria

Le chinois Sinopec a engagé le français BNP Paribas afin de vendre ses actifs pétroliers au Nigeria. Sinopec et la China National Petroleum Corporation (CNOOC) avaient ratiboisé le marché entre 2009 et 2013.

A l’époque Pékin était à la recherche de tout ce qui ressemblait à de l’or noir afin d’assurer l’alimentation de son marché. Les complications nigériennes et le manque de rentabilité ont eu raison des ambitions chinoises.

Libye

Le Général Haftar pourrait participer aux prochaines élections afin d’élire le remplaçant de Kadhafi. Le chef de la Libyan National Army a le soutien de la Russie. Il a réussi à redresser la production pétrolière du pays à 1 million b/j. et pourrait mettre tout le monde d’accord.

Angola

Il y a quelques années l’Angola faisait le buzz si vous étiez dans le pétrole. BP, Eni, Total, Exxon s’y précipitèrent. Un peu moins aujourd’hui. Les investissements ont été coupés de 67 milliards $.

Phrases du Mois

« Nous n’avons rien vu de pareil depuis les années 40. Les découvertes moyennes actuelles de pétrole représentent 550 millions de barils par mois. Le plus inquiétant est que le ratio de remplacement des réserves équivaut à seulement 11% comparé à 50% en 2012 et 100% en 2006. » Sonia Mladá Passos, Senior Analyst à Rystad Energy

« Tout esprit peut comprendre qu’une croissance continue est impossible dans un monde fini. Pour nier cette loi élémentaire, il faut être soit un fou, soit un économiste ». Kenneth Boulding

“Les chinois ne construisent pas des voitures à la chaine, ils construisent à la chaine des usines qui fabriquent des voitures. En 2022, 110 millions de voitures neuves seront vendues à travers le monde”. Jean-Luc Thuliez, CEO Aventor.

Pendant que les iraniens sont fâchés avec les dysfonctionnements du gouvernement, ils reconnaissent également que le gouvernement a été freiné dans ses actions par les USA et ses alliés.” Mohammad Marandi, prof. Université Téhéran.

 

Sources: avec Tom Whipple de ASPO USA et Resilience.org, FT.com, l’humour de Thomas Veuillet Investir.ch et toutes les informations récoltées minutieusement dans différents médias à travers le monde.

Lire la revue complète sur 2000Watts.org

 

Arabie Saoudite: La malédiction du pétrole?

Le rapprochement improbable des USA, d’Israël et de l’Arabie Saoudite, orchestré par Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, semble être une réponse à la montée en puissance de la coalition Iran/Russie.
Dans cette partie d’échec, la décision américaine de choisir Jérusalem comme capitale d’Israël propose une ouverture intéressante.

Ce face à face entre les 4 géants pétroliers: USA, Arabie Saoudite, Russie et Iran intervient alors que la hausse probable des prix du baril va injecter encore plus de testostérone dans ce bras de fer.


 

A plus de 60$, les ambitions de toutes les parties se démultiplient. L’administration pétrolière Trump rêve de dominance énergétique grâce à sa production (éphémère) de schiste.

Vladimir Poutine devrait générer assez de cash pour financer sa stratégie et les entrées massives de pétrodollars alourdissent le poids de l’Iran au Moyen-Orient.

Dans ce tableau, seule l’Arabie Saoudite montre des signes de faiblesses.

 

Arabie Saoudite : Une délicate transition

Depuis que le Roi Salman a promu son fils de 35 ans, Mohammad Bin Salman al Saoud (MbS), à la tête du pays, les fondamentaux du plus grand exportateur de pétrole mondial tremblent.

La richesse du Royaume repose entièrement sur une matière première qui va en s’épuisant. Comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, la consommation pétrolière interne ne cesse d’augmenter et les exportations nettes du pays déclinent.

Cigales, les membres de la famille royale préfèrent exporter et stocker leurs fortunes à l’étranger. De plus, une grande partie du budget national est dilapidée dans l’achat d’armes pour des guerres menées à l’étranger, notamment au Yémen et en Irak.

Détail piquant, la famille Royale soutient un islam Sunnite alors que la population qui vit proche des champs pétroliers est Chiite.

Le pétrole: Une malédiction ?

Alors que 70% de la population n’a pas 30 ans, la pression pour élargir des libertés sociales ainsi que la création d’emplois novateurs augmentent. Au travers de la «Vision 2030», le Prince Mohammad Bin Salman (MbS) a bien saisi les enjeux. Depuis des mois, on le voit gesticuler pour trouver les 2’000 milliards $ afin d’affranchir son pays de l’or noir et d’attirer des entreprises.

Comme si le pétrole, et non pas le peak oil, était devenu une malédiction pour l’Arabie Saoudite.

Cependant, le réchauffement climatique enraie la machine. Les températures de plus en plus insoutenables ainsi que la sécheresse rendent cette région invivable. Pour combien de temps encore, le pétrole pourra-t-il activer les systèmes de climatisation et du dessalage de l’eau?

Un score en sa défaveur

Les décisions du jeune Prince ont une fâcheuse tendance à se transformer en auto goal plutôt qu’en but.

Comme Ministre de la Défense, il avait impliqué son pays dans la guerre avec le Yémen. L’intervention de l’aviation saoudienne n’a pas fait dans la dentelle. Plusieurs milliers de civils ont été abattus, soulevant la perspective de «Crimes de Guerre». En novembre et voulant durcir le ton, l’Arabie Saoudite a décidé de bloquer les ports afin de contraindre à la famine les 7 millions de yéménites.
Les Houthis ont menacé de s’attaquer aux tankers pétroliers. Riyad a dû immédiatement revenir sur sa décision. Depuis, un missile Yéménite a fendu le ciel en direction de l’Aéroport de Riyad à défaut de viser une raffinerie pétrolière.

Dès les prémices de la guerre en Syrie, l’Arabie Saoudite a soutenu les différentes milices Sunnites. A l’arrivée de MbS en 2015, le jeune Prince a décidé d’augmenter son soutient contre le président Assad. C’était sans compter sur l’implication et le succès de l’armée Russe avec l’aide de l’Iran et le Hezbollah.

La manœuvre la plus incompréhensible du Prince est intervenue après la visite de Donald Trump en début d’année. Avec le Général al Sissi d’Egypte et les Emirats Arabes Unis, Riyad annonça le blocus du Qatar pour des raisons futiles. A ce jour, aucune partie ne sait comment sortir de ce bourbier.

Dernier événement en date, la mise à l’écart du premier ministre libanais, Saad Hariri forcé à démissionner devant les caméras de la TV saoudienne Al Arabiya. Une fois sorti d’Arabie Saoudite et libéré par le Président Macron, Saad Harirri s’est empressé de revenir à la tête de son pays.

Finalement, Mohammad Bin Salman a ordonné une purge interne, qui a mis derrière les barreaux des centaines de princes, de membres du gouvernement, de dignitaires, sous prétexte de corruption. Plus de 800 milliards $ de fortunes privées ont été confisquées. Les familles touchées auront-elles la capacité de réagir et de renverser le Prince ? Cette question n’a pas encore de réponse.

Le premier ministre libanais, Saad Hariri lit sa démission devant les caméras d’Al Arabiya

 

Il est inquiétant de voir ces quatre puissances pétrolières jouer au chat et à la souris d’autant que les scores des dirigeants tant à Washington qu’à Riyad n’incitent pas à l’euphorie. La chute de l’un de ces géant ne peut pas être envisagée tant nous dépendons de leur pétrole pour alimenter nos Economies.

Ce combat devrait nous inciter à débuter notre émancipation du gaz et du pétrole bien avant qu’une pénurie ne vienne trancher la décision. Peut-être que les étincelles allumées au Moyen-Orient pourraient stimuler notre flamme.

Ne serait-il pas paradoxal que Jérusalem nous permettre de remettre l’église au milieu du village ?