Les USA réactivent les sanctions pétrolières contre l’Iran

En novembre dernier, les USA devaient enclencher un embargo mondial sur le pétrole et le gaz iraniens. De peur de voir une hausse des prix du baril impacter les élections de mi-mandat, Donald Trump avait autorisé huit pays à continuer leurs importations pendant 6 à 8 mois.

Hasard du calendrier, ou pas, aujourd’hui le Président annule ces exemptions, alors que des inondations dévastatrices ravagent 25 des 31 provinces du pays, dont les principales régions pétrolifères comme le Khuzestan.


 

Ainsi, depuis le 2 mai, la Chine, l’Inde, la Turquie, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l’Italie et la Grèce ont reçu l’ordre de cesser l’importation d’hydrocarbures iraniens. La Chine a annoncé qu’elle n’observera aucune restriction américaine à moins que les négociations actuelles avec les USA changent la donne.

L’objectif de Washington est de porter à zéro les revenus en pétrodollars de Téhéran afin de forcer l’Iran à renégocier l’accord international de 2015 sur les armes nucléaires.

 

La Prudence des producteurs et enthousiasme des USA

Lors de l’annonce, le gouvernement US a précisé que les producteurs de l’OPEP, dont l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, avaient la capacité et la volonté de compenser la baisse de l’offre et de maintenir les prix dans une fourchette de 65 à 80$.

Les estimations de Donald Trump pourraient donner une fausse sensation de sécurité. Les flux pétroliers se basent sur des approximations et les marchés ont besoin de différentes qualités de pétrole. Avec les problèmes du Venezuela, du Nigeria et de la Libye, tous des producteurs de brut lourd, la perte de l’Iran pourrait crisper la production mondiale de kérosène et de diesel.

En plus de l’affaiblissement de l’Iran, les Etats-Unis voient l’opportunité d’augmenter les parts de marché de leur pétrole de schiste dont l’extraction, à moyen terme, ne cesse de croitre.

Du côté de l’Arabie Saoudite, le ministre de l’Energie, Khalid Al Falith, ne prévoit pas d’ajuster rapidement sa production. Il désire d’abord analyser l’évolution des marchés.

Il semble que Riyad ait parfaitement tiré les leçons de la dernière recommandation de Donald Trump.

En novembre dernier, la Maison Blanche avait officialisé l’entrée en vigueur des sanctions contre l’Iran, et demandé à l’Arabie Saoudite d’augmenter sa production pour combler le manque iranien. Le Royaume s’était exécuté mais à la dernière minute, Trump avait rétropédalé en autorisant l’Iran à écouler son pétrole dans 8 pays.

Corolaire à ce cafouillage, le marché avait été inondé et le baril chutât à 50$.

On comprend mieux l’attentisme actuel de Riyad qui espère un baril à plus de 80$ pour équilibrer son budget. Le temps joue en la faveur du Royaume.

De plus, à Riyad et à Tel Aviv, on espère que la diminution des entrées en pétrodollars va réduire l’influence de l’Etat Chiite au Yémen, en Syrie et au Moyen-Orient

Le chaos généré par l’administration Trump tant au Venezuela qu’en Iran entre en frontal avec le calme du Président Poutine. Mais en Russie, la tête est ailleurs. Depuis quelques jours, le pays est englué dans une contamination de son pétrole livré par pipelines. Le composant qui s’est glissé dans le pétrole brut devient hautement corrosif durant le raffinage et impacte 8% de la consommation Européenne. Moscou doit impérativement trouver une solution sous peine de voir ses exportations chuter.

 

L’Iran entre inondations et résilience

La décision de Trump arrive à un mauvais moment pour l’Iran qui se débat sous des torrents d’eau après des mois de sécheresses. Les dégâts matériels avoisineraient les 3 milliards €.

Plus de 500’000 personnes ont été déplacées et les sanctions américaines empêchent le Croissant-Rouge de transférer de l’argent pour effectuer des opérations humanitaires.

Peut-être que cette accumulation d’obstacles fera plier Téhéran? Cette probabilité reste minime, même si elle est espérée par Mike Pompeo et son collègue va-t-en-guerre John Bolton.

L’Iran a toujours démontré une résilience particulière et une ingéniosité sans limite pour détourner les embargos successifs des Etats-Unis.

 

A coup sûr, les prochains mois donneront une tendance précise de la justesse des propos américains et l’évolution des parts de marché des producteurs pétroliers.

Depuis l’annonce, le baril est parti dans un yoyo incompréhensible de 68 à 75 pour repasser sous les 70$. Aux USA, les prix des carburants cabrent déjà les automobilistes. Il n’est pas impossible de voir le Président Trump effectuer un nouveau looping.

Dans ce bras de fer, où tout le monde est interdépendant, une question hante les esprits: qui cèdera le premier ?

Pourquoi l’avenir pétrolier des USA dépend du Venezuela

La malédiction du pétrole s’illustre une fois de plus. Cette fois c’est le Venezuela qui en fait les frais. Si pour le grand public, l’image d’un gouvernement incapable et corrompu a été vendue, la partie non visible de l’iceberg révèle un enjeu pétrolier extrême. Actuellement dans les mains de la Chine et de la Russie, les Etats-Unis ont la cruelle nécessité de s’approprier cet or noir.

Même si les USA sont devenus les plus grands producteurs pétroliers au monde, la mauvaise qualité de leur pétrole les oblige à incorporer le brut extra lourd du Venezuela pour produire du kérosène ou du diesel.

Sans ce pétrole, qui s’épuise, la suprématie énergétique des USA ne tient qu’à un fil.


Le Dilemme Américain

Grâce au pétrole de schiste, les USA sont devenus le plus grand producteur pétrolier au monde. Si la légèreté du schiste convient à merveille pour la pétrochimie, les pesticides ou le plastique, le diesel et le kérosène nécessitent de le mélanger à un brut plus lourd. Pour produire ces carburants, les raffineries du pays importent plus de 500’000 barils/jour de brut extra lourd du Venezuela.

Le Canada pourrait venir en aide à Washington, mais les capacités limitées des transports et les coûts importants des sables bitumineux de l’Alberta freinent le processus.

Pour ne pas se tirer une balle dans le pied avec les lourdes sanctions financières, imposées par le président Trump au régime Maduro, les USA continuent d’accepter les livraisons de brut mais déposent les payements sur des comptes bloqués. Qui entre Caracas et Washington pourra tenir le plus longtemps, la question est posée.

 

26% du pétrole américain peut être raffiné.
Le restant 74%, doit être mélangé avec du brut lourd ou exporté.
Source: EIA

 

Trump : une pierre plusieurs coups

La stratégie du Président Trump repose sur plusieurs piliers : l’opinion publique, les élections de 2020 et l’argent.

Donald Trump fustige les dérives et l’incapacité d’un gouvernement «socialiste» en soulignant la précarité du peuple vénézuélien et le manque d’investisseurs. Ce message fait une pierre deux coups. A l’interne, il permet d’entrer en frontal avec les candidats démocrates «ouvertement socialistes» aux élections de 2020 et à l’externe de scinder le monde entre les méchants et les gentils.

Cette perception est renforcée par l’envoi d’une aide humanitaire, qui a pris une tournure de communication hollywoodienne, alors qu’elle devrait être organisée de manière neutre et indépendante. Cette suspicion de Cheval-de-Troie a été renforcée par, John Bolton, le Conseiller à la sécurité nationale. Son bloc-notes a dévoilé : “5’000 soldats américains en Colombie.”

 

Sur le bloc notes de John Bolton:
“5’000 soldats américains en Colombie.”

 

De manière plus discrète, le même John Bolton travaille sur le véritable objectif d’un renversement du président Maduro par son protégé Juan Guaidó : le pétrole.

ExxonMobil et Chevron devraient reprendre les installations pétrolières du Venezuela et assurer l’approvisionnement des raffineries américaines. Les Français, Total, Anglais BP et Espagnol Repsol sont également impliqués dans cette réflexion d’où la coopération immédiate du Président Emmanuel Macron et des Premiers Ministres Theresa May et Pedro Sánchez.

Nous discutons actuellement avec de grandes entreprises pétrolières américaines. Cela ferait une différence si nous pouvions faire en sorte que des entreprises américaines produisent le pétrole au Venezuela. Nous avons tous les deux un large intérêt. Ce serait une bonne chose pour le Venezuela et les habitants des États-Unis.” – John Bolton, Conseiller à la sécurité nationale (voir la vidéo sur Twitter)

 

Voir 5min40 secondes pour le pétrole

 

Peak Oil

A lui seul, le pays est en train d’illustrer le paradoxe pétrolier actuel. Le pétrole bon marché s’épuise et il devient de plus en plus onéreux d’extraire un baril.

Membre de l’OPEP, le Venezuela possède potentiellement les réserves pétrolières les plus importantes au monde et ses rentrées économiques sont à 96% assurées par cette manne.

Historiquement, le Venezuela ne s’est jamais remis de la crise de sa monnaie et de sa dette des années 80-90. Les régimes drastiques imposés par le FMI et la Banque Mondiale n’ont finalement réussi qu’à monter la population appauvrie contre le président de droite Rafael Caldera.

Le libéralisme porté par les américains devait permettre de revitaliser le secteur privé et attirer les investisseurs internationaux. Pour tenter d’augmenter la production pétrolière, Caldera privatisa le secteur pétrolier. Malgré les efforts, le Venezuela a atteint son peak oil en 1997 avec 3,5 millions b/j.

Quand Hugo Chavez prit le pouvoir en 1999, la production avait déjà diminué de 1 million b/j. et la corruption ravageait le pays.

Aujourd’hui, avec l’illusion d’être assis sur une richesse pétrolière, le blâme se porte essentiellement sur le modèle économique socialiste des gouvernements Chavez et Maduro.

Il n’y a aucun doute que les erreurs de casting et la corruption ont endommagé l’extraction du précieux liquide. Mais la grande partie de l’or noir vénézuélien nécessite d’énormes quantités d’argent, des techniques avancées et un management professionnel. Tant que le baril tenait au-dessus de 100$, l’équation pouvait se résoudre. Avec la chute du baril en 2008 et en 2014, le Venezuela subit le même sort que l’Union Soviétique dans les années 1990.

Si aux USA, le pétrole de schiste ou les sables de schiste canadiens ont vu affluer, à perte, des milliards $ d’investisseurs étrangers comme des fonds de pension européens, les banques privées ou la Banque nationale Suisse, le Venezuela n’a pas eu autant de chance.

Au contraire, Caracas a dû continuellement se battre contre la justice et les fonds vautours (ex: Crystallex ou Pharo Gaia Fund Ltd) d’investissements américains pour rembourser, avec des taux indécents, les prêts effectués. Dans ce désastre financier, de Bush à Obama, Washington aura tout fait pour tendre vers la situation actuelle.

Ainsi, de 1998 à 2013, Chavez n’a pas réussi à saisir l’importance d’injecter de l’argent dans le système pétrolier. Il a dévié cet argent pour son usage propre mais aussi pour réduire la pauvreté en passant de 55 à 34%, à instruire 1,5 million d’adultes et avec l’aide de docteurs cubain à d’offrir là 70% de la population un système de santé gratuit.

Dès que le baril à chuté en juin 2014, le gouvernement s’est retrouvé à court d’argent pour soutenir la production pétrolière et ses programmes sociaux.

Le retour de manivelle fut édifiant avec plus de 3,5 millions de vénézuéliens obligés de s’expatrier pour simplement manger. En quelques années, le pays est tombé en ruine.

 


Moyenne de la Production pétrolière Venezuela depuis son peak oil en 1997.
Source EIA

 

Indépendance pétrolière

Demain, celui qui sera en charge du Venezuela héritera d’un pays dont l’agonie n’égalera que la vitesse de la baisse de sa production pétrolière.

Si pour la Russie et la Chine les risques se résument par la perte de plusieurs dizaines de milliards $ de créances et d’actifs ainsi que d’influence en Amérique Latine, le président Trump doit absolument garantir l’importation de brut conventionnel ou très lourd pour assurer la production de carburants pour ses camions et ses avions.

On pensait les petites nations plus vulnérables aux variations pétrolières. La position très inconfortable des USA démontre ce changement de paradigme. Nous produisons de plus en plus de pétrole, de moins en moins bonne qualité mais de plus en plus cher. L’équation n’a pas de solution dans le système économique actuel.

La vitesse à laquelle le Venezuela s’est écroulé, ne peut que nous inciter à trouver une indépendance pétrolière sous peine de subir le même sort.

Serions-nous tous en passe de devenir Vénézuéliens?

 

Les 3 plus grandes importations de pétrole, des raffineries américaines du Sud des USA
en milliers de barils par jour


Source: RBC Capital Markets

 

Pétrole: le baril dégringole à 45$

Comme un pied de nez à la COP24 sur le climat, le baril de pétrole dégringole à 45,79$ à New York et 55,89$ à Londres, soit une baisse de plus de 30$ depuis début octobre.

A la fin de l’été, le consensus tablait sur un baril à 100$. Mais à la bourse, à chaque fois que c’est «évident», c’est le contraire qui se passe. Surproduction des 3 géants USA, Russie et Arabie Saoudite et perspectives économiques moins roses que prévues sont les ingrédients pour tenter d’expliquer cette dégringolade.


 

Début décembre, l’OPEP+ annonçait une réduction d’extraction pétrolière de 1,2 millions barils/jour (b/j) afin de faire remonter les cours. Le top départ de cette initiative était annoncée pour janvier.

Comme une marmotte au début de l’hiver et avant l’entrée en vigueur des quotas, les producteurs ont profité pour accumuler un maximum de réserves en extrayant des quantités maximales de pétrole.

L’Agence Américaine de l’Energie annonce que les USA sont devenus les plus grands producteurs du monde avec 11,7 millions b/j. Même si ces chiffres seront «corrigés» à la baisse dans quelques mois, la tendance est là. La Russie a également poussé ses machines à fonds avec 11,4 millions b/j en décembre et l’Arabie Saoudite tourne à 11.

De plus, comme les perspectives économiques de la croissance mondiale sont moins enthousiastes, les traders poussent les prix vers le bas.

 

Production de schiste aux USA en millions de barils/jour. Source IEA

 

Aux USA, les extractions de pétrole de schiste sont en forte augmentation de +134’000 b/j sur décembre ce qui compense les pertes du Venezuela.

Cependant, le prix de vente du pétrole de schiste US est passé sous les 40$ à 39$ le baril.

Déjà qu’à 60$, les pétroliers américains espéraient un timide bénéfice, à 39$, leurs pertes se chiffrent en milliards $. Le soutien inconditionnel des institutions financières internationales reste un mystère.

 

 

Champs de pétrole de schiste aux USA