Energies, Economie Pétrole: Revue Mondiale Avril 2019

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies.
– USA: Trump active les sanctions pétrolières contre l’Iran et le Venezuela
– Libye: Le Général Haftar tente de prendre le pays
– USA: Une bataille à 50 milliards $ pour acheter Anadarko Petroleum
– Chine: La Chine courtise les pays européens avec sa route de la soie
– France: Le démantèlement d’EDF dans le viseur du gouvernement et de Bruxelles
– Algérie: Le CEO du géant pétrolier et gazier Sonatrach contraint de démissionner
– Suisse: l’EPFL produit de l’hydrogène vert
– Arabie Saoudite: Le gisement pétrolier de Ghawar n’est plus le plus grand au monde.


 

Donald Trump a décidé de durcir le ton avec l’Iran et de réintroduire les sanctions pétrolières. Il n’en fallait pas plus pour que le baril grimpe à 75$. Trump a immédiatement éteint l’incendie avec un tweet: “Spoke to Saudi Arabia and others about increasing oil flow. All are in agreement”.  Qui aurait pu imaginer qu’un jour un simple tweet serait capable de faire fluctuer les prix du baril de pétrole!

A Londres, il termine ce mois à 72,12$   (fin mars 68,39$). A New York, il grimpe à 63,79$  (60.14$ fin mars).

Graphique du mois :

Dépenses des 5 plus grandes compagnies pétrolières européennes
Pétrole et Gaz vs Renouvelables


En millions $
Source: Reuters, Ron Bousso

 

Pétrole

Le Venezuela est en train de s’effondrer. La Libye est son million de barils pourrait entrer dans une guerre civile. Après une sécheresse historique, l’Irak et de l’Iran sont noyés par des inondations qui paralysent certains champs pétroliers. Donald Trump réactive les sanctions contre le pétrole iranien. Même la série Dallas n’aurait pas rêvé d’un scénario aussi complexe et imprévisible.

 

OPEP+

La Russie et l’Arabie Saoudite sont dans une position d’attente afin d’analyser l’évolution du marché dans les mois à venir. Il est urgent d’attendre.

La production actuelle atteint 30,2 millions b/j. au plus bas depuis 2015.

 

Solaire

Gridserve propose des nouveaux panneaux solaires bifaciaux. Les deux faces (recto et verso) produisent de l’électricité et augmentent de 20% les rendements. L’Arabie Saoudite a choisi ces modules avec une offre à 1,79 centimes $ le kWh pour une ferme de 300 MW.

 

 

Sous les projecteurs du mois

Venezuela

Au moment où cette rubrique est écrite, Juan Guaido tente un coup d’Etat contre le président Nicolas Maduro. John Bolton, le conseiller de la Sécurité Nationale Américaine demande à l’armée vénézuélienne de rejoindre les rangs de son protégé Juan Guaido. Historiquement, un coup d’état dans un pays producteur de pétrole signifie une baisse de la production. Dans le cas du Venezuela, il sera difficile d’aller encore plus bas. Qu’importe le nom du président le mois prochain, l’avenir du Venezuela semble justement ne plus en avoir.

Les exportations pétrolières pour le mois d’avril pourraient avoir chuté à 300’000 b/j contre 1 million en mars, mais nul ne sait vraiment. En tout cas, ce brut lourd manque cruellement aux raffineries qui ont besoin de cette qualité pour produire du kérosène et du diesel.

En mars, la compagnie nationale PSVSA avait réussi à charger des tankers en direction de la Russie et de l’Asie avec du pétrole extrait durant les mois précédents. Il y a quelques années, le pays exportait 3 millions b/j.  Avec l’embargo américain, la production pétrolière est fortement touchée.

Cependant, un autre problème freine les ambitions de PDVSA. Afin de transporter le brut lourd des gisements d’Orinoco, le pays possède 4 unités de fluidification. Ces installations sont opérées par la Russie, les USA, la France et la Norvège et permettent de liquéfier 700’000 b/j.  Suite aux blackout électriques, 2 unités sont hors service depuis le 7 mars et les deux autres ont arrêté leurs productions le 25 mars. Quand ces unités s’arrêtent de manière subite, c’est un peu comme un caquelon à fondue : il faut un certain temps pour tout nettoyer et relancer le processus.

Trois unités pourraient redémarrer, mais pour la 4ème l’alignement des étoiles pourraient prendre un certain temps. Du coup, PDVSA a annulé une grande partie des exportations de pétrole durant avril.

 

Iran

Le président Trump a décidé de ne plus accorder d’exemptions pétrolières pour l’importation de pétrole iranien. Dès le 2 mai, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Turquie n’auront plus le droit d’acheter du brut iranien. L’annonce arrive alors que l’Iran subit les plus graves inondations depuis 70 ans avec plus de 1’900 villages affectés et 500’000 personnes évacuées. Les régions pétrolifères du Khuzestan sont également touchées. Washington espère mettre le pays sur les genoux alors que l’eau monte.

Mike Pompeo a souligné que le pétrole est la première source de cash du pays et que l’objectif est d’atteindre zéro sur tous les plans.

Les sanctions américaines étaient entrées en force en novembre 2018 afin de renégocier l’accord sur le nucléaire signé en 2015. Cependant, Donald Trump a voulu éviter une trop forte augmentation des prix du baril. Il avait autorisé 8 pays à importer du brut iranien.

 

Inondations en Iran

 

Libye

L’échiquier libyen a été entièrement bouleversé avec l’avancée du Général Haftar sur la capitale Tripoli. L’homme a le potentiel de remplacer le Général Kadhafi et apprécie le soutient de l’Egypte, les Emirats Arabes Unis et la Russie.

Dans cette situation, la capacité de résilience de la production pétrolière du pays est sur la table. Si une guerre civile devait éclater, la production d’un million b/j semble en danger. Il y a un mois, le Général Haftar avait déjà dû intervenir afin de rétablir l’extraction de 315’000 b/j dans le gisement de Sharara. Le Général en a profité pour créer sa propre entreprise pétrolière.

Le Secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, s’est opposé au Général Haftar en lui demandant de «retourner à la table des négociations». Pour ajouter un peu de clarté dans cette situation déjà chaotique, Trump s’est opposé à son secrétaire d’Etat Pompeo! et a reconnu la position du général et son rôle pour combattre le terrorisme.  Bon, attendons le mois prochain le temps que tout ce beau monde puisse accorder leurs violons.

 

USA

Donald Trump fait joujou avec le pétrole. Les sanctions contre le Venezuela ont été activées et celles de l’Iran débuteront le 2 mai. Ces décisions impactent le monde entier.

En janvier, la production pétrolière US a diminué à 11,871 millions b/j (11,961 en décembre). L’Agence Américaine de l’Energie, EIA, et Morgan Stanley prévoient une extraction de 12,39 millions b/j d’ici à la fin 2019. Cet optimisme fait froncer les sourcils.

Au premier trimestre 2019, la croissance du PIB américain s’élève à 3,2% et dépasse les attentes.

Dans le jeu «qui peut amasser 1 milliard pour devenir président», les compteurs indiquent: Trump 40 millions $, Beto o’Rourke 9,4, Bernie Sanders 18, Kamala Harris 12. Joe Biden est entré dans la course. Déjà 21 démocrates se lancent dans un concours qui promet de voler aussi haut que “Les Anges de la TV ” avec Nabilla.

La production charbonnière des USA sera inférieure de 9,2% à 684 millions de tonnes en 2019 soit au même niveau qu’en 1978. En 2020, les USA devraient extraire 640 millions de tonnes de charbon contre 753 l’année dernière.

Le président Trump a annoncé que les éoliennes donnent le cancer. Il n’a pas précisé si elles faisaient tourner la tête.

 


Aux Etats-Unis, la consommation totale d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) a augmenté de 4% en 2018
et représente 80% de l’énergie dévorée dans le pays.
Le gaz affiche des taux record (+10%) tandis que le charbon a diminué de 4%.
Au niveau des gaz à effet de serre, si le gaz émet moins de CO2,
il explose les chiffres du côté du méthane.

 

Les présidents Trump et Xi Jinping pourraient devenir les meilleurs amis du monde une fois que l’accord USA-Chine sera signé. La date n’est pas fixée, mais dans le doute, on espère. Pour éviter l’ennui, Donald Trump a immédiatement ouvert un nouveau champ de bataille en Europe avec une ardoise de 11 milliards $ au sujet d’Airbus.

Le programme de recherche de centrales nucléaires de l’administration Trump coutera 40% que prévu selon le département de l’Energie.

Les constructeurs automobiles américains font face à une situation paradoxale. Le gouvernement Trump désire relâcher la régulation sur la consommation des voitures de 4,4 à 6,4 lt/100km alors qu’un tiers des Etats désirent garder les objectifs actuels.

ExxonMobil rejoint d’autres entreprises pétrolières pour se plaindre de la mauvaise qualité du pétrole de la réserve américaine. Des quantités 250 fois plus élevée de sulfure d’hydrogène ont été relevées.

La Corée du Nord ne veut plus du secrétaire d’État américain Mike Pompeo comme interlocuteur et souhaite discuter dorénavant avec un responsable qui soit «plus prudent et plus mature dans sa façon de communiquer». La remarque est savoureuse.

Le fabriquant de bus électrique Proterra et le japonais Mitsui & Co vont proposer le leasing des batteries afin d’éliminer les freins d’acquisitions des e-bus, plus chers à l’achat mais plus économique à l’entretien. Les économies de carburants compenseront mensuellement le coût des batteries.

Les USA sont à la 7ème place mondiale dans l’utilisation de voitures électriques et Tesla détient le 30% de part de marché. En 2018, 361’307 e-voitures ont été vendues sur le territoire qui compte 265 millions de voitures thermiques.

 


Evolution du nombre de véhicules à moteur aux USA 1900-2017
en millions d’unité

 

Les Amériques

USA: Pétrole et gaz de schiste

Une vague de consolidations fait rage dans le schiste américain. Les grandes majors comme ExxonMobil et Chevron mettent sur la table des milliards pour acquérir les petits acteurs dans le Bassin Permien. Cette région du Texas permet à Exxon d’extraire 226’000 b/j avec un objectif à 1 million d’ici à 2024.

Dans cette lutte entre géants, Chevron a proposé 50 milliards $ et Occidental Petroleum 55 milliards $ pour acquérir Anadarko Petroleum très actif dans le schiste américain, notamment dans le Bassin Permien. Chevron pensait pouvoir convertir les pertes d’Anadarko en bénéfices grâce à un processus d’industrialisation et des réductions des coûts. Finalement, c’est Occidental Petroleum qui a gagné dont 10 milliards $ injecté par Warren Buffett. A 88 ans, le réchauffement climatique n’est pas une préoccupation de Warren.

L’Agence Américaine de l’Energie a révisé ses chiffres de la production de schiste. L’EIA avait annoncé une augmentation de +282’000 b/j entre décembre et mars 2019. Comme prévu, un mois après la publication, l’agence apporte un correctif à leur fichier Excel. L’augmentation réelle n’est que de +42’000 b/j.   L’EIA est coutumière du fait et publie systématiquement des chiffres dithyrambiques sur le schiste pour les corriger à la baisse.

Dans le Bassin Permien, en plus du pétrole, les producteurs extraient d’énormes quantités de gaz qu’ils sont obligés de brûler faute de pouvoir les transporter. Bloomberg estime que le gaz brûlé pourrait chauffer toutes les habitations du Texas sans compter les émanations de méthane.  Des gazoducs devraient être mis en service en 2020.

Paal Kibsgaard, CEO de Schlumberger, pense que les investissements dans le schiste américain continuent de chuter, que la croissance d’extraction diminue et que les investissements se dirigent vers d’autres gisements à travers le monde.

Dans le Bassin Permien, la productivité a diminué de 6% en mars par rapport à mars 2018 selon l’EIA. Le nombre de forages productifs diminuent forçant les compagnies à se rabattre sur les fruits de plus en plus hauts dans l’arbre.

 


Dessin Chappatte

 

Canada

La province pétrolière de l’Alberta a élu Jason Kenney comme nouveau gouverneur de l’Etat. L’homme de droite est favorable à l’extraction pétrolière, à la construction de pipelines et s’oppose aux taxes sur le carbone. Toute l’artillerie du parfait pétrolier en un seul homme politique. Il se fera un plaisir de remplacer les décisions de Rachel Notley qui avait tenté d’amener un vent nouveau.

Le Premier Ministre Trudeau est de plus en plus écartelé entre le climat et l’industrie pétrolière canadienne. Alors qu’il espère sa réélection en octobre dernier, l’exercice montre que son indécision et ses contradictions entre la construction de pipelines et le réchauffement climatique peinent à générer un soutien populaire. Les résultats climatiques de Trudeau sont tout aussi misérables que son prédécesseur Stephen Harper et la comparaison n’est pas flatteuse.

La hausse des températures est en moyenne deux fois plus élevées au Canada que dans le reste du monde selon le département du gouvernement canadien Environment and Climate Change Canada.

 

Argentine

La production de pétrole de schiste, dans la région de la Vaca Muerta, Mendoza, pourrait atteindre 200’000 b/j en 2021 selon Rystad Energy. La région produisait 78’000 bj en février 2019.

 

 

Asie

Chine

Pour la première fois depuis 4 mois, les chiffres de l’activité industrielle du pays sont en hausse. On ne connait pas encore la cause de ce revirement. Il pourrait provenir de l’énorme stimulation financière du Gouvernement, d’une simple manipulation des chiffres ou d’une reprise réelle. A confirmer.

Les compagnies pétrolières vont augmenter de 20%, à 74 milliards $, leurs dépenses pour tenter de stimuler la production pétrolière et gazière. Parfois le fait d’injecter des milliards dans des vieux gisements est une stratégie gagnante, parfois pas.

La Corporation Chinoise Nucléaire espère pouvoir construire entre 6 et 8 centrales nucléaires par an si le gouvernement donne son feu vert. Depuis Fukushima, Pékin n’avait pas approuvé la construction de nouvelles centrales. Pékin vient de donner l’autorisation pour 2 nouvelles unités.

Le pays subit une épidémie de peste porcine africaine. Plusieurs millions de porcs ont été abattus en Chine, pays qui est à la fois le premier producteur (50% du cheptel porcin mondial), mais aussi le premier consommateur mondial de porc. L’Europe, le Brésil, le Canada et les USA compensent les pertes. Cette situation impacte également les livraisons de soja notamment du Brésil.

La Chine a organisé une réunion avec les pays qui se trouvent sur «La route de la Soie» dont 1’000 milliards $ d’investissements sont prévus pour des infrastructures de transports. L’idée est de créer une alternative commerciale aux USA.

 

Japon

Tepco, l’opérateur de la centrale de Fukushima, a débuté le retrait des 566 barres de combustible nucléaire de la piscine du réacteur no 3. Cette opération a été reportée plusieurs fois et elle devrait durer 2 ans.

La piscine du réacteur 4 a déjà été vidée entre 2013 et 2014. Les travaux pour les piscines des Réacteurs 1 et 2 ne devraient pas débuter avant 2023. La piscine 1 contient 392 et la piscine 2 615 barres de combustible.

L’autorité de surveillance nucléaire japonaise a refusé d’étendre les délais pour mettre en place des mesures antiterroristes pour les centrales. Les propriétaires rechignent à entreprendre les travaux qui devraient se terminer durant l’été 2020. Le pays pourrait voir toutes ses centrales mises à l’arrêt.

L’Empereur Akihito a laissé son siège à son fils Naruhito.

 

Australie

L’entreprise Tritium propose des chargeurs de voitures électriques super rapides permettant d’ajouter 300 km en 10 minutes.

 

 

Europe

Les compagnies pétrolières européennes comme Shell, BP, Total sont en train d’ajuster leur business model en ajoutant la production d’électricité à base de gaz ou de renouvelables. Ces majors vont entrer en frontal avec les grands producteurs électriques traditionnels. Du côté des citoyens, la possibilité d’auto-consommer sa production d’électricité solaire et de stocker ou de revendre le surplus à ces voisins est de plus en plus une option incontournable.

 

Russie

La production Russe aurait diminué à 11,24 millions b/j en avril afin de satisfaire les quotas de l’OPEP: -230’000 b/j par rapport à la production d’octobre de 11,421 millions b/j. Moscou est passé maître dans l’art d’augmenter artificiellement sa production afin de baser les coupes sur des niveaux anormalement élevés. Pour le coup, la Russie n’a pas eu à forcer la main pour revenir à une situation normale.

Rosneft, le plus grand producteur pétrolier du pays, va se développer en Arctique grâce à la fonte des glaces. Les sanctions occidentales avaient ralenti le processus et ExxonMobil avait dû se retirer. Pour maintenir sa production pétrolière Moscou a besoin de trouver de nouveaux gisements pour remplacer ses vieux gisements.

La nature a horreur du vide et la géopolitique copie la nature. Le vide laissé par l’administration américaine est instantanément comblé par Moscou. Ce mois, Vladimir Poutine en a profité pour rencontrer, à Vladivostok, Kim Jong Un. Il s’est également rendu à Pékin pour le sommet de « la route de la soie ». Le président chinois Xi Jinping a souligné : «Le Prédisent Poutine est un bon ami et un vieux ami du peuple chinois. Il est l’un de mes meilleurs amis».

 

Hollande

La compagnie Shell a annoncé sa démission de l’un des plus grands groupe de lobby pétrolier des USA : American Fuel & Petrochemical Manufacturers qui compte 300 entreprises. Le lobby refuse les taxes sur le CO2 pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Royal Dutch Schell a lancé un programme de 3 ans de reforestation pour un montant de 300 millions $. Les arbres seront plantés en Hollande et en Espagne.

 

En Europe, les prix du gaz sont au plus bas depuis 5 ans.
N’espérez pas un rabais de la part de votre fournisseur, leur marge n’est que de 800 à 900% (8 et 9x le prix d’achat).
Source: Platts, graphique FT

 

 

Angleterre

L’américain ConocoPhillips se retire de l’exploration et de la production pétrolière anglaises. Conoco a vendu à Chrysaor e&P Ltd ses deux actifs dans la Mer du Nord pour 2,68 milliards $.

Le département du gouvernement «Business, Energy & Industrial Strategy» envisage d’augmenter la production d’énergies renouvelables de 75% d’ici à 2035 afin de réduire la production d’électricité à base de gaz. L’objectif est d’atteindre 211 TWh ce qui représentera le 58% des besoins électriques en 2035.

Londres a ouvert sa zone « Ultra low emission zone » (ULEZ) où les véhicules les plus polluants devront s’acquitter d’une obole journalière de 14,5€ pour y circuler en plus des droits pour entrer dans la ville.

Julian Assange, Fondateur de WikiLeaks a été arrêté et les USA ont demandé son extradition. WikiLeaks avait notamment publié de nombreux documents sur les entreprises pétrolières américaines et sur l’Arabie Saoudite.

 

Allemagne

Le groupe VW est responsable de 2% des émissions de CO2 dans le monde, soit la même quantité que l’Allemagne. La répartition est répartie à part égales entre les camions et les voitures.

 

Suisse

Pour la première fois, une voiture électrique a été la plus immatriculée sur un mois, devançant des modèles à essence de Skoda et VW. Le Model 3 de Tesla s’est écoulé à 1’094 exemplaires, devançant la Skoda Octavia à essence (801) et la Golf de VW (546), selon les statistiques d’Auto Suisse. Après des mois d’attente, la Tesla 3 a été livré sur le marché Suisse.

La production d’électricité solaire pourrait être multipliée par 40 en Suisse si l’on profitait de tout le potentiel en façade et sur les toits. L’Office fédéral de l’énergie vient de publier le site Façade au Soleil. Ces instruments montrent que l’électricité solaire exploitable en Suisse pourrait avoisiner les 67 térawattheure, contre 1,7 récoltés en 2017 sur toute la Suisse.

L’EPFL (Ecole polytechnique Lausanne) a mis au point un système qui produit une quantité record d’hydrogène propre. Le dispositif concentre la lumière du soleil et réduit la quantité de matériaux rares et coûteux. Il est actuellement testé sur le campus de la Haute Ecole et pourra produire 1 kg d’hydrogène par jour en cassant des molécules d’eau grâce à l’énergie solaire. A suivre.

 

France

Le gouvernement Macron travaille sur une réorganisation ou le démantèlement d’EDF demandé par Bruxelles. Le premier électricien européen pourrait voir une partie de ces activités… et la privatisation progressive des autres.

EDF fait face à une équation quasi impossible avec la perte de centaines de milliers de clients par an et doit prévoir des milliards € d’investissement pour maintenir en vie un parc nucléaire vieillissant voir de leur remplacement.

Cerise sur le gâteau, EDF cumule plus de 33 milliards € de dettes. En France, l’électricité est vendue à perte afin de donner la perception que le nucléaire est bon marché.

La mise en service de la centrale nucléaire EPR à Flammanville va être retardée de deux ans à cause d’un défaut dans des soudures dans la cuve. Les coûts de la centrale française dépasse les 11 milliards € au lieu des 3 initialement prévus.

En 48 heures, la cathédrale Notre Dame de Paris a récolté plus d’argent que les Restos du Coeur durant les 5 dernières années.

Le site d’investigation Disclose publie des documents “secret défense” qui indique que l’Arabie Saoudite utilise massivement des armes françaises dans la guerre contre le Yémen. Ces armes sont également utilisées contre des civils.

 


Dessin Chappatte

 

Moyen-Orient

Arabie Saoudite

Les USA ont annulé les exemptions pour les exportations de pétrole iranien pour le 2 mai. Washington a demandé à l’Arabie Saoudite de remonter son niveau d’extraction afin de combler le manque. Le Ministre de l’Energie a demandé de voir l’effet sur les marchés avant d’effectuer un changement. Actuellement, les exportations de l’Arabie Saoudite s’élèvent à 6,977 millions b/j (7,6 en décembre 2018).

La compagnie pétrolière Saudi Aramco prévoit de mettre en vente 10 milliards $ de ses actions. Pour réussir son coup, elle est forcée à apporter un peu de transparence. La muette a ainsi publié ses premiers chiffres depuis sa nationalisation dans les années 80.

La surprise vient des chiffres du plus grand gisement du monde «Ghawar». Il ne produirait plus que 3,8 millions b/j au lieu des 5,8 estimés par l’EIA. Est-ce le royaume pourrait entrer sur une phase de déclin? Ainsi le Bassin Permien américain avec ses 4,1 millions b/j devient le plus grand gisement pétrolier mondial, même si la qualité des deux gisements est fondamentalement différent.

Aramco possèderait des réserves pétrolières de 257 milliards de barils (toujours le même chiffre depuis 40 ans). Sur les 224 milliards de bénéfices, avant la ponction réservée au gouvernement et à la famille royale, Saudi Aramco publie un bénéfice net de 111 milliards $ en 2018. Record du monde battu.

Saudi Aramco est «en discussion sérieuse» afin d’acquérir 25% de l’Indien Reliance Industries actif dans la pétrochimie et le raffinage. L’accord pourrait se faire avec un chèque de 10 à 15 milliards $. Cet achat pourrait encrer l’utilisation du pétrole saoudien en Inde qui est devenu le 3ème plus grand consommateur mondial.

Pour les 5 prochaines années, le Paris-Dakar va quitter l’Amérique Latine pour rejoindre l’Arabie Saoudite.

Riyad a menacé de cesser d’utiliser le dollar américain pour la vente de son pétrole si les USA signent la plainte antitrust contre l’OPEP et ses membres. Pour l’instant, il ne s’agit qu’un bombage de torse. Mais si l’OPEP devait quitter le dollar, l’égo et le statut de la monnaie américaine en prendrait un coup. Dans cette configuration, on peine à imaginer que le NOPEC de la justice US ait une chance de succès.

 

Egypte

Sous pression du FMI, le gouvernement pourrait cesser les subsides sur les carburants d’ici au 15 juin 2019. En échange, le FMI va accorder un prêt de 12 milliards $.

Les prix de l’essence, du diesel et du kérosène vont presque doubler. On peut s’attendre à une vague de gilets jaunes.

 

Irak

Les exportations ont diminué à 3,377 millions b/j en mars (-240’000 par rapport à février). La région pétrolifère de Basra a subi de fortes inondations après des mois de sécheresses.

Le premier ministre Abdul-Mahdi s’est rendu en Arabie Saoudite pour rencontrer le roi Salman. Pendant des années, l’Arabie a supporté financièrement les groupes Sunnites alors que Bagdad est solidement relié aux Chiites d’Iran.

L’Irak voudrait construire une raffinerie au nord de la ville de Kirkuk pour utiliser son pétrole localement. Actuellement, le pays doit exporter 300’000 b/j de pétrole via la Turquie et le Kurdistan.

 

Koweït

Le petit Etat va débuter une première phase d’extraction pétrolière. Après avoir extrait 60’000 b/j en janvier, l’objectif est d’atteindre 430’000 b/j de brut lourd.

 


Dessin: Chappatte

 

Afrique

Algérie

Le PDG du géant gazier algérien Sonatrach, Abdelmoumene Ould Kaddour, a été licencié trois semaines après le retrait du Président Bouteflika. Il s’agit d’un nouveau signe que l’armée veut purger le pays des personnes associées avec l’ancien régime. En 9 ans, 7 PDG ont été licenciés de cette entreprise nationale.

Ce geste pourrait retarder ou activer les investissements étrangers dans les vétustes installations gazières et pétrolières. L’Algérie fait face à une baisse de production à cause d’installations et de gisements vieillissants ainsi que de l’augmentation de la consommation interne. En Algérie, le gaz est bradé et vendu à perte ce qui bloque tout émergence des énergies renouvelables ou toutes les initiatives d’efficience énergétique.

Le budget de l’Etat repose à 40% sur la vente d’hydrocarbures et 95% des entrées de devises étrangères. Le Général Saleh a également arrêté plusieurs « milliardaires » actifs dans la construction.

 

Nigeria

La crise de carburant, que traverse le plus grand producteur pétrolier d’Afrique, s’aggrave alors que les automobilistes font la queue pour faire le plein. Jamais à court d’idée pour apporter un peu d’ambiance, le Fond Monétaire International (FMI) suggère au gouvernement d’abandonner les subsides sur les carburants qui maintiennent les prix sous les 40 ct € le litre.

La Banque Mondiale en rajoute une couche et évalue les subsides à 2 milliards $.

 


Coûts d’extraction par baril de pétrole en $
Source: Saudi Aramco. Graphique FT.com

 

Phrases du mois

«Je ne suis pas un économiste et j’ai déjà dit que je ne comprends rien à l’Economie. Les chauffeurs de camions sont ceux qui transportent la richesse du nord au sud et d’est en ouest. Ils doivent être traités avec soin et considération. Nous voulons un prix correct pour le diesel.» Jair Bolsonaro, Président du Brésil qui explique sa décision de ne pas augmenter les prix du diesel.

«Les décennies de croissance économique auront épuisé les ressources de la planète avant d’étancher notre soif de posséder, notre modèle de production-consommation nous ayant entraînés dans une économie de l “avoir” plutôt que de l “être”», avec pour conséquence «l’insoutenable concentration de la richesse dans le monde, véritable bombe à retardement. Il faudra notamment lutter contre «la déshumanisation de l’économie». Emmanuel Faber, PDG de Danone,

La colère fait les émeutes, seul l’espoir fait la révolution“.  Pierre Kropotkine

Construire des centrales nucléaires pour résoudre le changement climatique, c’est comme mettre un glaçon dans une baignoire pour la refroidir. L’impact sur la température est négligeable et les dégâts d’un accident ou d’une catastrophe nucléaire sur l’environnement est pire que le problème original“. Pablo Servigne

De défaites, en défaites, nous volons vers la victoire.

«Les riches qui règnent sur une société en voie d’effondrement s’achètent seulement le privilège d’être les derniers à mourir de faim». Jared Diamond.

 

 

Sources: avec Tom Whipple d’ASPO USA et Resilience.org  et l’humour des chroniques matinales de Thomas Veuillet Investir.ch et toutes les informations récoltées dans différents médias à travers le monde.

 

 

Pétrole ou Renouvelable? Les majors ont choisi, pour l’instant…

Depuis 2014 et la chute des prix du baril, l’industrie pétrolière traverse une crise féroce avec d’innombrables mises en faillite, plus de 440’000 emplois perdus et quelques centaines de milliards $ passés à la trappe.

De l’autre côté de la table, les énergies renouvelables ont le vent en poupe d’autant que les considérations environnementales pointent le bout du nez.

On pourrait imaginer que les majors pétrolières se trouvent devant un dilemme cornélien. Faut-il investir dans le pétrole ou le renouvelable?


L’objectif des majors n’est pas d’extraire du pétrole mais de générer des dividendes.

La survie des majors repose sur leur capacité à générer des dividendes. Qu’importe le moyen. L’objectif est de pérenniser les investisseurs et d’en trouver de nouveaux. Aujourd’hui, une matière première continue de remplir cette condition: le pétrole.

Dans une optique à court terme, cette stratégie est gagnante. En effet, il manque presque 1’000 milliards $ d’investissements dans l’exploration et l’exploitation pétrolière pour assurer que l’offre puisse suivre la demande à l’aube des années 2020.

De manière mécanique, nous devrions voir une forte augmentation des prix du baril dans les 2-3 années à venir.

Les vaches maigres débutées en 2014, ont enseigné aux pétroliers l’austérité et une gestion rigoureuse des coûts de production. Ils ont réussi à descendre leur ROI (retour sur investissement) du baril à 50$ alors qu’il atteignait 80-90$ en 2014. Si le pétrole repasse sur les 100$, on peut imaginer des profits stratosphériques.

C’est sur ce scénario que planchent les majors.

 

Faire perdurer le Mythe

Si la hausse à venir du baril est prévisible, c’est au-delà de 2023 que les interrogations se focalisent.

Les majors doivent également rassurer les investisseurs sur le moyen terme. Comme un seul homme, les CEO des différentes entreprises ont repris en cœur le refrain de l’abondance pétrolière à venir.

John Watson, CEO de Chevron, voit une augmentation de la demande pour les 20 années à venir et exclu tout «peak oil» de l’offre ou de la demande. Idem pour ExxonMobil.

L’Agence Internationale de l’Energie enfonce le clou et étend cette tendance jusqu’en 2040.

Seul Shell et son CEO, Ben van Beurden, raccourcit le délai du pic de la demande à 2027. Pour assurer ses arrières, il a acheté pour 54 milliards $ le gazier BG Group. Le gaz devrait reprendre la main dans les années à venir.

ExxonMobil a cassé sa tirelire pour acheter des gisements de pétrole de schiste pour 6,5 milliards $ dans le Bassin Permien aux Texas. Leurs dirigeants pensent qu’en 2040, l’industrie du transport sera propulsée à 90% par le pétrole.

Dans la boule de cristal de BP, 1,8 milliard de voitures circuleront d’ici à 2035 (un peu plus de 1 milliard actuellement) dont 75 millions de voitures électriques (4,1%).

Ce consensus fait plaisir à voir.

 

Les Gouvernements misent également sur le pétrole

Si les Gouvernements ont de la peine à imaginer l’Economie avec moins d’or noir, c’est que l’évolution du PIB est intimement corrélée à la consommation d’énergie.

La Chine en fait l’expérience. Pour garder le taux de croissance de son PIB à 6,5%, elle compense chaque kg de charbon économisé par du gaz.

Avec l’augmentation continue du niveau d’endettement, les Etats se sont inscris dans une hausse obligatoire de leur croissance afin de financer cette stratégie. Là aussi, le pétrole joue un rôle majeur. Mais paradoxalement, la remontée des prix du baril va faire rebondir l’inflation et les taux d’intérêts, qui à leur tour, freineront l’Economie.

Un vrai casse-tête.

 

Energies Renouvelables

Devant cette perspective alléchante, on peut comprendre que sur un total de 100 milliards $ d’investissements, les 5 majors pétrolières, Total, Shell, BP, Chevron et Exxon Mobil n’utilisent que 3 milliards $ pour développer leurs actifs dans les énergies renouvelables, selon l’agence pétrolière Wood Mackenzie.

Même si les voitures thermiques ne représentent que le 20% de la consommation mondiale de pétrole, une baisse de la demande pourrait dans le meilleur des cas, compenser la diminution de la production, ou pire pour les majors, faire retomber le prix du baril dans les eaux actuelles.

Cette vision pousse les pétroliers à timidement flirter avec les énergies vertes.

Annuellement, Shell dépense une enveloppe de 1 milliard $ pour les nouvelles énergies. De son côté Total budgétise 500 millions $. Ce chiffre est à mettre en relation avec le rachat de Maersk Oil pour 7,5 milliards $ pour du pétrole de la Mer du Nord.

Mais comme pour garder un pied dans un nouveau domaine, en Angleterre, Shell a commencé à vendre de l’électricité à ses clients.

 

Arrivons-nous à un tournant?

Si la doctrine de Trump propose la «Dominance Energétique Fossile» des USA sur le monde, les chinois parient sur la «Dominance Energétique des Energies Renouvelables».

Les pétroliers font actuellement le même pari que le Président Américain et les pays Européens. Comme la nature a horreur du vide, cette place ouvre une voix royale aux entreprises et aux investisseurs “durables” qui peuvent ainsi se développer sans la menace de cette concurrence.

Cependant, rien ne dit que les majors ne retournent pas rapidement leur veste. N’oublions pas que l’objectif d’une major pétrolière n’est pas d’extraire du pétrole, mais de produire des dividendes… avec où sans pétrole.

 

 

COP22: Dix majors pétrolières proposent un mini fonds cleantech

(FILES) An Exxon sign is seen at a station in this September 20, 2008 file photo in Manassas, Virginia. US oil giant ExxonMobil on July 31, 2014 reported higher second-quarter profits despite pumping less oil and gas than it did a year ago. Exxon, the biggest US oil company and the second-largest US company in terms of market capitalization after Apple, said earnings came in at $8.8 billion, up 28 percent from the year-ago level. "ExxonMobil's financial results were achieved through strong operational performance and portfolio management," said chief executive Rex Tillerson. "We continue to enhance shareholder value by funding capital projects and delivering robust shareholder returns through dividends and share purchases." Results translated into earnings per share of $2.05, 19 cents above analyst forecasts.AFP PHOTO/Karen BLEIER/FILESKAREN BLEIER/AFP/Getty Images ** OUTS - ELSENT, FPG - OUTS * NM, PH, VA if sourced by CT, LA or MoD **Lors de la COP22 qui se déroule actuellement au Maroc: Shell Hollande, BP Angleterre, Total France, Eni Italie, Repsol Espagne, Statoil Norvège Saudi Aramco Arabie Saoudite, CNPC Chine, Pemex Mexico, Reliance Industries Indeand, les 10 majors pétrolières ont annoncé qu’elles allaient investir chacune 10 millions $ par année pour réduire leurs émissions de CO2 et de gaz à effet de serre.

Au total, un mini fonds de 1 milliard $ sur 10 ans sera créé pour investir dans les technologies cleantech au service des producteurs.


Ces technologies devraient permettre de réduire le torchage lors de l’extraction du gaz ou du pétrole, des fuites de méthane dans l’extraction de gaz ou à tenter de capturer le CO2. Elles permettront aux producteurs de répondre aux nouvelles législations, notamment aux USA, pour les forages de schiste.

En comparaison, sur cette même période de 10 ans, les majors vont investir plus de 1’000 milliards $ pour l’extraction ainsi que le transport du pétrole et du gaz. Ce chiffre est également à mettre en relation avec les 348 milliards investis dans les installations d’énergie renouvelables réalisées dans le monde en 2015.

Ce fonds cleantech représentera que le 0,1% de leurs investissements, mais il donne un signal envers les actionnaires qui sont de plus en plus sensibles aux questions climatiques.

Même si l’annonce des 10 majors, qui représentent le 30% de la production mondiale, est symbolique voir une simple opération de communication, on note que les américains en sont absents. ExxonMobil, Chevron ou ConocoPhillips ont refusé de se joindre à ce groupe, mais le vent pourrait tourner. On pourrait les voir lors de la COP23.

Il est aussi intéressant d’apprécier les différents points de vue sur le futur de l’industrie pétrolière. Shell penche vers un peak oil de la demande d’ici à 5-10 ans car selon elle, les grands pays consommateurs ont déjà sensiblement réduit leur consommation. La demande devrait atteindre un plateau à 100 millions de barils/jour.

Du côté américain, ExxonMobil voit une augmentation de la demande de 20% d’ici à 2040.

Deux points de vue bien différents qui vont offrir des stratégies intéressantes pour l’avenir.

 

Pétrole, le calme avant la tempête

Oil-Storm Depuis que le prix du baril a chuté, les inquiétudes sur les quantités de pétrole à disposition ont pratiquement disparu des écrans tout comme les mots « peak oil » dans les recherches de Google.

Sur le terrain, le sentiment est tout autre. Les faillites s’enchaînent et même l’Agence Internationale de l’Energie s’inquiète. Motif : l’industrie n’est plus capable de faire coïncider offre/demande. Elle n’arrive plus à répondre à l’équation : offrir un prix assez bas pour stimuler la demande et extraire à un tarif assez élevé pour couvrir les coûts d’exploitation.

Ainsi aux USA uniquement, plus de 90 entreprises ont mis la clé sous le paillasson durant les 18 derniers mois et 183 sont dans une position précaire selon Debtwire.

Il y a à peine 10 ans, Exxon Mobil, Chevron et BP devaient expliquer au Gouvernement Américain la raison de leurs profits jugés indécents. Aujourd’hui, les mêmes entreprises doivent s’endetter pour effectuer des forages aux coûts exponentiels. Elles pourraient même être dans l’incapacité de payer des dividendes à leurs actionnaires qui sont de plus en plus nombreux à quitter le navire. C’est ainsi que plus de 500 milliards $ d’investissements ont été biffés et plus de 100 milliards $ engloutis dans les faillites.

 

La surproduction continuera en 2017
Les nuages continuent de s’amonceler. L’Agence Internationale de l’Energie pense que la surproduction continuera en 2017. Corolaire de cette situation, le maintien du prix du baril sous la barre des 50$ continue de bloquer la relance des investissements.

Bloomberg_OilDécouvertes pétrolières depuis 1947
Les nouveaux gisements sont tombés au niveau le plus bas depuis plus de 60 ans.
Source Bloomberg

Un capharnaüm
La production mondiale atteint le record de 95 millions de barils/jour grâce au mélange entre le pétrole traditionnel et le non conventionnel comme le schiste, l’offshore, l’Arctique ou les sables bitumineux. Les pétroliers extraient un maximum avec l’objectif de payer les factures les plus urgentes et de survivre un mois de plus.

Du côté de la demande, la baisse des importations chinoises, la faiblesse de l’activité économique mondiale, la désindustrialisation et l’efficience énergétique diminuent l’appétit.

Par le passé, l’Arabie Saoudite tenait le rôle de gendarme mondial avec sa capacité et sa volonté de moduler sa production pour coller à la demande. Le plus grand producteur mondial a abandonné cette régulation sans trouver de remplaçant. C’est à se demander comment il est possible de laisser sans gouvernance une matière première aussi stratégique.

 

Le pétrole prit entre l’enclume et le marteau
Le pétrole s’est imposé comme la matière première essentielle au développement de notre Economie et plus particulièrement dans les transports avec une part de marché de 95%. Si les bateaux, camions, trains ou avions étaient privés de ce combustible, le monde s’arrêterait pratiquement de tourner. Même pour extraire du pétrole, du charbon, de l’uranium, du gaz ou pour produire de l’électricité, des éoliennes, du solaire, le pétrole est incontournable. Nous avons basé notre économie sur la présomption et l’idéal qu’il était inépuisable.

Depuis 150 ans, des quantités phénoménales de pétrole ont été extraites selon le concept des fruits les plus accessibles en premier. Aujourd’hui, il faut une échelle et elle ne suffit bientôt plus.

Si au début du 20è siècle, il faillait 1 baril de pétrole pour en extraire 100, le schiste ou le bitume nécessitent 1 baril pour en produire entre 3 et 10. D’un pétrole léger qui affleurait le sol, nous devons actuellement creuser à plus de 3-4-5’000 mètres avec des techniques de plus en plus onéreuses. Alors que les coûts d’exploitation stagnaient à 10$ le baril au début des années 2000, ils ont été multiplié par 5 et parfois 10. Le découplage actuel entre le prix de vente et le prix de production détruit l’industrie alors que dès que le baril passe sur les 100$, il électrocute la croissance et cette fois c’est l’Economie qui s’écroule.

 

Substitution, Electrification et Consommer local
Dans le domaine des transports, la tendance est à substituer le pétrole par l’électricité. Si l’idée peut sembler réaliste pour les vélos, les motos ou les voitures, les batteries actuelles permettent difficilement de transporter les lourdes charges des camions, des avions de ligne ou des bateaux cargos, même si certains constructeurs comme Proterra tente une incursion sur le sujet.

D’autres technologies, comme l’hydrogène font leur bonhomme de chemin mais de l’eau va devoir couler sous les ponts avant d’obtenir des résultats solides.

Une résultante semble inéluctable et rappelle le peak à 147$ de 2008: la diminution des transports de marchandises et un ralentissement des échanges internationaux. Le «consommer local» pourrait devenir très tendance.

Chevy_Bolt
Chevy Bolt : 100% électrique

Recherche Homme d’Etat
Devant la tempête qui s’annonce, le pragmatisme suggèrerait de minimiser l’impact économique du pétrole sur les entreprises et les citoyens.

La Norvège, la Finlande et la Suède sont en train de réduire drastiquement leur dépendance au pétrole. En octobre, la Hollande va voter sur l’interdiction de la vente de voitures à essence/diesel dès 2025. La Chine s’est lancée dans un programme à son échelle.

Les USA conscients de ce problème tentent de réinstaurer les trains électriques et se profilent dans d’électrification des véhicules. Même le dinosaure General Motors, propose une solution avec la Chevy Bolt à 37’000$ qui concurrencera la nouvelle Tesla.

En Europe, la France fait de la France. L’Allemagne pompe le gaz/pétrole russe et la Suisse fait rimer son programme d’énergie 2050 avec green washing. Tous ces pays sont dans l’attente de voir émerger dans cette bouillabaisse d’hommes politiques un homme d’Etat capable de relever les défis sans avoir les yeux rivés sur les sondages. Dans le renouvellement politique qui s’annonce aux quatre coins du monde , une perle rare pourrait émerger.

En attendant, le pétrole s’approche de l’œil du cyclone.

Climat: Les majors pétrolières et les banques sous pression

(FILES) An Exxon sign is seen at a station in this September 20, 2008 file photo in Manassas, Virginia. US oil giant ExxonMobil on July 31, 2014 reported higher second-quarter profits despite pumping less oil and gas than it did a year ago. Exxon, the biggest US oil company and the second-largest US company in terms of market capitalization after Apple, said earnings came in at $8.8 billion, up 28 percent from the year-ago level. "ExxonMobil's financial results were achieved through strong operational performance and portfolio management," said chief executive Rex Tillerson. "We continue to enhance shareholder value by funding capital projects and delivering robust shareholder returns through dividends and share purchases." Results translated into earnings per share of $2.05, 19 cents above analyst forecasts.AFP PHOTO/Karen BLEIER/FILESKAREN BLEIER/AFP/Getty Images ** OUTS - ELSENT, FPG - OUTS * NM, PH, VA if sourced by CT, LA or MoD **En plus de la baisse des prix du baril et de la chute de leurs revenus, ExxonMobil et Chevron, les deux grandes majors pétrolières américaines, font face à de une pression croissante de leurs actionnaires soucieux de l’impact  de leurs investissements sur les changements climatiques.

Du côté des banques, la Banque Nationale Suisse va devoir faire face à ses actionnaires lors de la prochaine assemblée générale fin avril pour ses investissements douteux dans le schiste et charbon américain.

 

Les investisseurs font pression sur les majors pétrolières
Une douzaine d’investisseurs ont demandé à ExxonMobil de se soumettre à un « stress test environnemental». Ils appuie leur requête sur les découvertes du procureur de l’Etat de New York, Eric Schneidermann qui a lancé une enquête sur la stratégie de la major afin de cacher l’impact du pétrole et du gaz sur le climat.

La famille Rockefeller, qui est à la base de la création du géant ExxonMobil, a qualifié sa progéniture de «moralement condamnable» et a abandonné ses dernières actions dans ce qui fut à l’origine Standard Oil.

La fronde vient de grands fonds d’investissement comme le californien Calpers, le fond de pension de l’Etat de New York et de la puissante Church of England. Ils ont demandé qu’Exxon publie une évaluation annuelle sur l’impact financier sur ses réserves pétrolières et l’objectif du maintien du réchauffement à 2 degrés.

Chevron, l’autre géant américain, est également pressé par ses actionnaires est soumis à ces mêmes tests.

En Europe, les boards de Total, Shell, Statoil ou BP ont accepté la proposition de la Churche of England et la proposition avait été acceptée par une large majortié des actionnaires.

 

La Banque Nationale Suisse prochaine sur la liste
En Suisse la Banque Nationale Suisse a refusé d’accéder à une requête de plus de 20 actionnaires afin de débattre lors de sa prochaine assemblée générale du 30 avril, du respect de sa charte éthique et d’abandonner ses investissements dans le charbon, le gaz et le pétrole de schiste américain.

La BNS détient notamment pour 625 millions $ d’actions dans ExxonMobil, 307 millions $ dans Chevron et 5 millions $ dans Peabody le géant du charbon. Son porte-feuille d’actions dans les énergies fossiles et de schiste US dépasse les 2 milliards $.

Les cantons n’ont pas encore fait connaître leurs opinions sur le sujet mais il serait étonnant qu’ils restent insensibles à ce sujet.

Il se pourrait bien que la contagion des investissements durables atteigne l’UBS et le Crédit Suisse qui soutiennent dans des investissements massifs les énergies polluantes.