Et si la Banque Nationale Suisse soutenait l’Innovation?

A hauteur de 1,2 milliards €, Bruxelles va participer au financement de la construction de batteries européennes pour les voitures électriques et le stockage d’énergie. L’objectif est de tenter d’endiguer la déferlante chinoise dans ce secteur.

Durant la dernière décennie, à coup de subventions déguisées, la Chine s’était emparée des industries solaire et éolienne mondiales. Aujourd’hui, la perspective de perdre des millions d’emplois dans le secteur automobile fait mouche. La Commission Européenne a dû s’adapter aux nouvelles règles du jeu mondial imposées par Pékin et Washington.


 

L’industrie automobile allemande et française ont tiré la sonnette d’alarme. Pendant que l’Europe prône angéliquement la non intervention de l’Etat dans les marchés, la Chine injecte des milliards pour soutenir les piliers de sa stratégie «Made in China 2025» pendant que Donald Trump implémente avec succès son «Make the America Great Again ».

Comme s’il avait été pris la main dans le sac, le Ministre de l’Economie française Bruno Le Maire a confessé “l’Europe nous a autorisé à verser des aides publiques car il s’agit d’un projet important d’intérêt européen commun qui permet des fonds publics sans contrevenir aux règles européennes sur les aides d’Etat et la concurrence”. On apprécie le zigzag.

Bruxelles va investir 1,2 milliards sur 5 ans. En comparaison, le gouvernement chinois a mis sur la table 4,2 milliards $ depuis 2017, pour acquérir des participations dans des mines de lithium en Amérique Latine. Il n’aura fallu que 55 milliards $ à Pékin pour prendre le contrôle mondial de la chaîne de valeurs des voitures électriques.

 

Entre Libéralisme et Pragmatisme

A l’instar de l’Europe, la doctrine américaine proscrit l’intervention de l’Etat dans les entreprises. Dans la pratique, deux piliers financent l’innovation US: les investisseurs de la Silicone Valley et l’armée américaine. Cette dernière a financé une grande partie des technologies utilisées dans les IPhones.

Le développement actuel des drones-taxis d’Uber Elevate ou de Google est porté par la main invisible… de l’US Army. L’arrivée de Donald Trump a renforcé la complicité entre l’Etat et les entreprises.

Dans le grand jeu de l’innovation mondiale, l’Europe et la Suisse utilisent les anciennes règles, comme si les USA et la Chine jouaient au football avec 15 joueurs et 3 gardiens de but.

En une décennie, le leadership solaire Allemand, Autrichien et Suisse a été abandonné à Pékin. L’intelligence artificielle, la puissance de calculs, le stockage d’énergie, l’énergie nucléaire ne sont déjà plus européens.

 

La Suisse et le financement de ses entreprises

Dans une Economie agile, la rigidité du dogme Suisse dévoile ses limites. Depuis Logitech, combien de start-up peuvent s’enorgueillir d’avoir atteint le milliard $ et d’avoir créé plusieurs centaines d’emplois suisses?

Le système actuel se limite au financement de la recherche, de l’éclosion de start-ups ou de l’accompagnement des PME pour ensuite, faute de financement, se faire piller les joyaux et délocaliser les emplois en Chine ou aux USA.

 

Un Fonds Souverain Suisse

Pour assurer leur croissance, expansion ou développement, les entreprises suisses ne bénéficient de pratiquement aucun soutien financier des banques ou de la Confédération. Cerise sur le gâteau, la Banque Nationale Suisse investi des milliards $ dans les sociétés américaines concurrentes directes des start-ups et des entreprises helvètes.

Trop souvent, la très dynamique industrie suisse, notamment dans les cleantech ou du smart city, doit délocaliser, diminuer ses ambitions ou simplement fermer.

C’est également l’amer constat que fait la Commission Européenne. La perte d’un trop grand nombre d’emplois est une menace sur la stabilité de l’Union. Pour les 4 prochaines années, elle va mettre sur la table 9,1 milliards € pour soutenir ses entreprises innovantes.

En Suisse, les solutions de financement existent. L’une d’entre elles a été apportée par Philipp Hildebrand, ancien directeur de la BNS. Lors du Forum des 100, il a exprimé la possibilité de créer un pool d’actifs souverains publics qui utilise les réserves de la BNS afin d’optimiser l’aide à la transition climatique.

L’idée que la BNS se préoccupe enfin du climat, des emplois et de la santé des entreprises innovantes Suisses parait tout autant logique que subversive. Mais faute d’inflation, n’est-ce justement pas là son actuel destin et son utilité?

 

La Norvège met la Banque Nationale Suisse sous Pression

Le Gouvernement Norvégien a demandé à son fonds souverain de 1’000 milliards $, le Government Pension Fund Global (GPFG), d’exclure graduellement de son portefeuille d’actions, les entreprises de production et d’extraction pétrolière et gazière non conventionnelles. Le gouvernement justifie sa décision par une volonté de réduire les risques financiers sur l’économie norvégienne.

Paradoxalement, alors qu’en juin 2014, la Banque Nationale Suisse affichait des investissements de 1,9 milliards $ dans des entreprises américaines actives dans des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon, nucléaire), aujourd’hui ce montant atteint un niveau record de 6,482 milliards $.


Après plusieurs mois de travail, la décision norvégienne a été prise conjointement par un comité d’experts, une consultation publique et la Banque Norvégienne. Les comptes des pétroliers actifs dans le schiste américain et les sables bitumineux canadiens ont été vérifiés.

Sans surprise, le fonds le plus doté du monde n’a pu que constater des pertes importantes. Il est vrai que depuis plus de 10 ans, l’industrie de schiste américaine essuie des pertes colossales.

Dans sa pesée d’intérêts, le fonds a également pris en compte les risques climatiques même si les considérations financières ont primé selon le ministre des Finances, Siv Jensen. Son objectif est de réduire la vulnérabilité de la richesse commune face aux variations des prix du pétrole. Cette décision ne reflète pas le potentiel futur du secteur pétrolier et les grandes majors comme Exxon ou Chevron, qui couvrent la totalité des processus pétroliers de l’exploration à la vente, ne seront pas impactées.

 

La Banque Nationale concurrence les Entreprises suisses

Au-delà de soutenir les entreprises fossiles, la BNS investi dans 2’535 entreprises américaines dont une partie entre en concurrence directe avec l’industrie suisse de la pharmaceutique, de l’informatique, des nouvelles technologies, des fournisseurs automobiles, de l’internet des objets, des systèmes électriques, etc.

Ce mécanisme crée une distorsion de la concurrence pour les entreprises suisses qui peinent à trouver des financements pour soutenir la croissance et les emplois locaux.

 

Trois millions pour trois Directeurs

La décision norvégienne offre à la BNS une méthodologie et une démarche éprouvées. Sous l’impulsion des cantons actionnaires, un comité d’experts indépendant pourrait auditer les résultats financiers des investissements fossiles.

En cas de déficit avéré, pour chaque franc perdu, un franc identique pourrait être investi dans les entreprises et les start-ups basées en Suisse. Ce processus pourrait encourager la BNS à mieux surveiller et gérer ses investissements.

Actuellement, ces pertes sont soustraites des versements aux cantons. La BNS n’a pas commenté l’estimation d’un déficit qui pourrait se chiffrer en milliards $ depuis 2014. Détail piquant, les trois membres de la Direction Générale bénéficient d’un salaire annuel qui dépasse le million de francs chacun.

Une deuxième alternative reprendrait le concept de pollueur-payeur qui impact tant les citoyens que les PME. Avec des actifs dans des technologies les plus nocives et dangereuses pour le climat, la BNS entre dans le club des sociétés anonymes les plus polluantes de Suisse. L’argent ainsi collecté pourrait également retourner aux entreprises et aux start-ups suisses actives dans les smart city, la nouvelle mobilité ou les technologies propres.

 

Une position intenable financièrement et injustifiable climatiquement.

La décision de la Norvège exerce une pression supplémentaire sur la BNS qui tient une position intenable financièrement et injustifiable climatiquement.

Les cantons sont majoritairement actionnaires dans l’institution et EconomieSuisse tient un rôle majeur dans le Conseil d’Administration. Ces acteurs ont la légitimité d’assurer que la Banque Nationale Suisse retrouve son rôle, alors que dans sa tour d’ivoire, sa direction est devenue imperméable à l’Economie et au tissu industriel Suisse.

Finalement, elle permettra d’établir le lien essentiel entre le monde financier et les objectifs climatiques de la Confédération récemment rappelés par la Conseillère Fédérale Simonetta Sommaruga et demandé par des milliers de jeunes à travers toute la Suisse.

 

La liste des investissements de la Banque Nationale Suisse
dans les énergies fossiles aux USA au 31 décembre 2019
Cliquez pour voir la liste complète

Source: FED
Indexage et Recherche: Laurent Horvath, Avril 2019,
2000Watts.org  –  PicEnergie.org

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Septembre 2015: Gaz de Schiste: La BNS perd 940 millions $

Juin 2015: Banque Nationale Suisse: 2 milliards dans le schiste américain

Marketing Climatique: Les Banques à la pointe

A l’image de la Banque Nationale Suisse, les chartes éthiques ou environnementales sont devenues “très tendance” auprès des institutions financières. Qu’importe si les directives ne sont pas respectées ou mises en pratique, le marketing climatique sonne toujours très bien auprès du public et du politique.

Si la BNS est championne dans sa catégorie, la concurrence est féroce. Dans cette compétition, il faut souligner les efforts de la Société Générale.

Ainsi, la banque française a publié son «rôle dans la lutte contre le changement climatique». Le texte veut faire penser que la banque est désormais un modèle d’écologie et de sobriété.


 

Une orientation pétrolière et gazière marquée

En réalité, la Société Générale joue un rôle important dans le financement de l’industrie gazière au niveau mondial ainsi que dans les exportations de gaz de schiste américain vers la France et le reste de l’Europe.

Avec 2,4 milliards de dollars investis dans les entreprises développant des projets de gaz de schiste en Amérique du Nord, elle est la 7e banque internationale et la 1ère française dans ce secteur.

En même temps, elle est encore loin des 5 milliards $ investis par la Banque Nationale Suisse pour soutenir le programme de Donald Trump dans les énergies fossiles.

 

Un conseil d’administration dévoué aux énergies fossiles

Ainsi le conseil d’administration de la Société générale est représenté par son nouveau président Lorenzo Bini Smaghi, également président du conseil d’administration d’Italgas, le leader italien de la distribution urbaine de gaz, et ancien président du groupe italien Snam, l’un des principaux exploitants de gazoducs d’Europe.

S’y ajoutent Robert Castaigne, ancien cadre pétrolier de Total et administrateur de Novatek, l’entreprise gazière russe qui développe Yamal LNG, et Gérard Mestrallet, ancien PDG d’Engie, l’entreprise héritière de Gaz de France.

On ajoute Alexandra Schaapveld, également membre du conseil de surveillance de deux entreprises parapétrolières, la française Vallourec et la malaisienne Bumi Armada Berhad.

La Société Générale affiche 46,4% de sources renouvelables dans les énergies et des projets d’électricité qu’elle finance. Pour arriver à ce chiffre, elle comptabilise l’énergie nucléaire comme une énergie «renouvelable». Ce raccourci est certainement dû à la présence dans son conseil d’administration de Jean-Bernard Lévy, l’actuel PDG d’EDF et à la tête de plus de 50 centrales nucléaires.

 

Ainsi, sur les 12 membres du Conseil d’Administration, on peut aisément imaginer l’importance donnée à la charte environnementale du groupe par les 5 représentants des énergies fossiles. Mais tant que le public y croit…

 

Aves les sources et les recherches de Mathieu Paris et Olivier Petitjean sur MultiNationales.org

La BNS en phase avec le “tout Pétrole, Gaz et Charbon” de Donald Trump

Le président Trump a fait de l’utilisation des énergies fossiles le cœur de sa doctrine. L’objectif est ambitieux: exercer la «Dominance Energétique» américaine sur le reste du monde en produisant un maximum de gaz, de pétrole et de charbon pour stimuler son Economie.

Pour mettre son projet à exécution, le Président a besoin d’énormes ressources financières. Pour se faire, il s’est attaché les services de nombreux pétroliers et de banquiers de Goldman Sachs. Il peut également compter sur des alliés de poids qui adhèrent pleinement à cette stratégie comme… la Banque Nationale Suisse!

Les investisseurs? C’est justement ce qui fait cruellement défaut au projet Trump. En 2016, les compagnies pétrolières américaines avaient réussi à vendre pour 34,2 milliards $ d’actions. Durant les 9 premiers mois de cette année, le montant grimpe à peine 5,7 milliards $ selon l’agence américaine Dealogic.

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La BNS passe de 2,2 à presque 5 milliards $ d’investissements dans le fossile nord américain!

Dans ses coffres, la Banque Nationale Suisse détient un montant record qui frise les 5 milliards de dollars d’actions dans des entreprises pétrolières, de charbon, d’uranium, de sables bitumineux, de gaz et de pétrole de schiste, basées en Amérique du Nord!

Depuis l’arrivée de Donald Trump en janvier 2017, la Direction de la Banque a encore injecté plus de 400 millions $ pour acheter 10 milliards d’actions dans les entreprises recommandées par le Président Américain.

Les investissements d’énergies sales de la BNS avaient été dévoilés par votre serviteur en juin 2015. Le sujet avait également été soumis aux Assemblées Générales 2016 et 2017 de la Banque, sans qu’aucun Canton Suisse (tous actionnaires de la BNS) ne trouve matière à redire.

Si en décembre 2015, la BNS cumulait 2,270 milliards $ pour 50 milliards d’actions dans ces domaines d’activités, elle arrive, à fin juin 2017, à 90,17 milliards d’actions (+180%) pour un montant de 4,915 milliards $ (+216%).

Suite à la chute des prix du baril de pétrole, les pertes liées aux investissements de la BNS dépassent 1,5 milliards $. La Banque n’a jamais confirmé ou contesté les chiffres présentés.

Il est à relevé que dans sa directive d’investissements, la Banque Nationale Suisse indique ne pas vouloir “investir dans des entreprises qui produisent des armes prohibées par la communauté internationale, qui violent massivement des droits humains fondamentaux ou qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement”.

Thomas Jordan, Fritz Zurbrügg et Andréa Maechler, les trois membres de la direction générale de la BNS, ont touché au total 2,75 millions de francs de salaire en 2016.

 

Investissements de la BNS dans les entreprises américaines
Pétrole, Charbon, Uranium, Gaz aux USA

Montants en US$