Le pétrole à 100$: Un retour vers un passé connu ou un futur différent?

Le pétrole continue sa hausse au-dessus de 80$. Sans un ralentissement mondial de l’Economie, la barrière des 100$ sera bientôt franchie. Sous le poids du baril, la croissance pliera pour replonger dans une nouvelle crise. Une impression de «déjà vu» qui rappelle la dernière crise.

Avec du recul, on constate qu’au lieu d’imaginer un futur différent, les politiques, les financiers et les banques centrales se sont focalisés afin de reconstruire à l’identique le monde d’avant 2008.


 

L’économiste John Keynes écrivit en 1942 «Je suis de retour comme ministre de l’Economie, mais avec une grande différence. En 1918, la plupart des gens n’avaient qu’une idée en tête : revenir à  la situation d’avant 1914. Aujourd’hui, personne n’a ce sentiment. Cela fera une énorme différence quand nous allons nous y attaquer.» Après les deux guerres et la Grande Dépression, un changement drastique était nécessaire.
Les Trente Glorieuses suivirent.

 

Aujourd’hui, nous retrouvons une grande partie des ingrédients qui ont déclenché
la crise de 2008.

 

Retour vers un passé connu,

Pour sortir de cette passe, les changements structurels se sont dirigés vers une diminution des impôts, la variation des taux d’intérêts, ainsi qu’une dérégulation du marché du travail et une baisse des salaires. De plus, les Etats n’ont pas mesuré l’ampleur de leur dépendance envers l’augmentation de leurs dettes.

Dans ces conditions, qui favorisent la pauvreté et les inégalités, ce n’est pas une surprise de voir une montée du populisme et l’arrivée des Donald Trump, Matteo Salvini et prochainement, peut-être, Jair Bolsano au Brésil.

Dans l’ambiance actuelle, les chiffres ont inlassablement grimpé. Notre consommation de pétrole est passée de 92 à 100 millions de barils par jour. Les bourses atteignent artificiellement des sommets inégalés. Nous n’avons jamais autant consommé de gaz, de charbon, de matières premières, d’eau et de nourriture. Les banques ont retrouvé leur liberté et les bonus extravagants. Les dettes publiques et privées, comme la température de la planète, atteignent des niveaux inquiétants.

La stagflation des années 70 a apporté une contre révolution. Sous l’impulsion de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan. Les années 80 ont apporté un changement radical sur le rôle de l’Etat, des marchés et des Banques Centrales.

 

Ou inventer un nouveau futur

Les chiffres et les faits étant têtus, ils indiquent que l’offre pétrolière est sur le point de ne plus pouvoir suivre la demande. L’obligation de découpler le PIB et le pétrole va se faire de plus en plus pressante. Nous avons toujours remis à demain cette alternative et ce processus douloureux, compliqué et imprévisible.

Le réchauffement climatique rend certaines parties de notre planète invivable. Il contraint à une migration humaine vers le nord ou le sud. La crise syrienne débutée par une sécheresse ne fait que d’effleurer la problématique. L’Iran, l’Irak et les autres monarchies pétrolières ainsi que l’Afrique vont emboiter le pas.

Tous ces éléments vont nous forcer à plus de créativité et à explorer de nouveaux chemins, comme l’avait fait Keynes au sortir de la deuxième guerre mondiale. L’absence d’idée n’est pas une option.

Prenons pour exemple les entreprises. Pour qu’elles passent à travers les années, elles ont besoin de quelques employés innovants, futuristes, visionnaires qui secouent les certitudes, remettent en question les dogmes et permettent d’évoluer, de s’adapter, d’avancer, de reculer, d’être agile. Sans ces fous, toute structure diminue ses chances de survie.

C’est vers un meilleur futur que nous devons imaginer, forger et travailler. Pas vers un passé connu.

A tous les fous du monde, unissons-nous!

 

(photo Elon Musk, Tesla)

 

Le Pétrole: entre joueurs de poker et d’échec

Depuis le début de l’année, le baril de pétrole a gagné plus de 10$ et les probabilités de le voir continuer sur cette tendance augmentent. Le manque d’investissements dans l’exploration de nouveaux gisements, la chute du Venezuela, les problèmes de la Libye et le choix de Trump sur l’accord iranien pourraient à nouveau voir le baril émerger au-dessus de 100$.

Une partie mondiale entre joueurs de poker et joueurs d’échec est engagée.


Du côté des exportateurs, le premier regard se tourne vers le Moyen-Orient notamment vers l’Arabie Saoudite et l’Iran.

 

Iran et Arabie Saoudite

Si les coûts d’extractions pétroliers des deux pays rayonnent dans une fourchette de 4 à 10$/baril, leurs dépenses sont diamétralement opposées.

L’embargo a maintenu les prétentions financières de Téhéran dans des proportions minimales tout en gérant une solide présence militaire en Syrie et au Yémen. Depuis la levée des sanctions, le pays a augmenté sa production de 1 million b/j. et ses exportations se sont presque exclusivement tournées vers l’Asie (Chine, Inde, Corée du Sud). Les entrées de pétrodollars ont apporté une bouffée d’air frais à l’Economie du pays.

En l’état actuel, l’Iran peut se contenter d’un baril à 40-50$. Le reste n’est que bénéfice.

 

La grandiloquence du business modèle de l’Arabie Saoudite caractérise son budget. Les glorieuses années, qui voyaient un baril à plus de 100$, ont fondamentalement modifié les habitudes. Le faste et le brillant ont un prix.

Pour garder son peuple sous tutelle et éviter toute révolution, la famille royale distribue annuellement des dizaines de milliards $ à ses 22 millions de citoyens nationaux. Cet obole pèse lourdement dans les caisses du royaume.

De plus, l’Arabie Saoudite entretient la plus dispendieuse et certainement la plus inefficace armée du monde. Pour 2018, 60 milliards $ sont prévus soit 10% du PIB. Pour comparaison, le budget militaire russe se monte à 46 milliards $ (2,8% PIB) et 14 milliards $ pour l’Iran. (2,1% PIB).

Pour la santé de son bilan comptable et pour tenir tête à l’Iran, Riyad espère un baril à 80$.

Afin de combler son budget, le prince héritier Mohammed bin Salman désire mettre en vente 5% des actions de l’entreprise nationale pétrolière: Saudi Aramco. Il espère lever entre 100 et 200 milliards $. L’IPO pourrait enfin titiller l’intérêt des investisseurs étrangers à condition que le baril passe sur la barre des 80$.

On comprend ainsi mieux la volonté de Riyad de maintenir les quotas minimaux actuels de l’OPEP. La vis devrait se desserrer à l’approche des 100$ le baril afin de ne pas mettre en péril la demande et l’Economie mondiale.

 

Production pétrolière du Venezuela


Sources: Bloomberg, OPEP, Financial Times

La Russie

En deux ans grâce aux quotas de l’OPEP, Moscou est devenu un allié improbable de Riyad. Réélu, Vladimir Poutine compte sur une hausse du baril pour couvrir les dépenses de son nouveau programme et ses ambitions internationales. Le pétrole et le gaz sont les carburants essentiels au budget russe puisque qu’ils pèsent un peu plus de 50% dans les recettes du budget fédéral.

Si au Moyen-Orient, Donald Trump a parié sur Israël et l’Arabie Saoudite, la nature ayant horreur du vide, la porte a été laissée grande ouverte à la Russie et à la Chine pour y jouer un rôle clé auprès des autres nations.

Ainsi, l’influence russe augmente à chaque poussée de fièvre du pétrole notamment en Syrie, au Qatar, en Irak ou en Iran.

L’Iran et la Russie ont même débuté un troc: pétrole contre nourriture et produits russes des plus prometteurs.

 

La Chine

Pékin a des raisons de se réjouir du pari américain de réinstaurer les sanctions contre l’Iran. Le premier importateur de pétrole au monde a ouvert sa propre bourse pétrolière à Shanghai nominée en Yuan.

Au lieu d’utiliser le dollar américain, sensible aux remontrances de Washington, l’Iran pourra ainsi faire confiance au Yuan chinois. On ne doute pas une seconde que la Chine pourra bénéficier de «tarifs avantageux et préférentiels» en signe de remerciements.

Cependant Pékin peut craindre une escalade des tensions entre l’Iran et les USA/Israël/Arabie Saoudite. Le détroit d’Hormuz peut être bloqué par les iraniens et, paralyser le quart de la production mondiale.

La Chine aura intérêt à modérer les ardeurs des différentes parties. L’arrivée d’un deuxième porte-avions dans l’armée chinoise tombe à point nommé.

 

Routes Maritimes pétrolières Sources: EIA

 

Les USA

Washington a également besoin d’un baril supérieur à 80$ pour que les producteurs de schiste deviennent rentables et puissent maintenir la production actuelle.

La décision iranienne de Donald Trump pourrait participer à cette perspective même si les automobilistes américains sont directement impactés. On peut douter que Joe America prédispose de plus de place que les pétroliers dans le cœur de Trump.

Il faut espérer que l’inflation induite par le pétrole ne fasse pas exploser les nouvelles bulles des subprimes des crédits d’achats de voitures ou des crédits aux étudiants. Le taux du rendement du 10 ans américain vient tout juste de passer au-dessus des 3%.

Finalement, en activant le spectre de l’Iran, c’est tout le secteur de l’armement qui est galvanisé. Des emplois américains pourraient être maintenus notamment par la vente d’équipements à Israël et à l’Arabie Saoudite.

 

Venezuela

L’outil de production pétrolier et l’Economie nationale semblent dans un tel état de déliquescence, que l’on peine à imaginer que même un baril à 100$ évitera l’écroulement.

Avec la pénurie mondiale annoncée, la chute du Venezuela risque de propulser rapidement les prix à la hausse.

 

Si un joueur de poker peut rapidement amasser une fortune, la vision à long terme d’un joueur d’échec peut faire merveille dans la configuration actuelle.

Quoi qu’il en soit, par leur incapacité à découpler leur Economie de l’or noir, les pays “sans pétrole” sont relégués au rôle de simples spectateurs qui paient leurs billets…  au prix qu’on leur impose.