Drone Taxi: La course décolle entre l’Europe, les USA et la Chine

Les drones électriques ne cessent d’augmenter leur puissance au point de bientôt pouvoir transporter des personnes et ils apportent de nouvelles solutions à la mobilité urbaine. Si l’on ne devrait pas pouvoir utiliser ce potentiel nouveau moyen de transport dans nos villes avant 2030, c’est aujourd’hui que tout commence.

De plus en plus de villes et d’entreprises explorent cette possibilité dans le cadre de la mobilité urbaine. Si du côté des entreprises les technologiques aéronautiques et de télécommunication 5G progressent, c’est du côté de la législation, de l’environnement et de l’énergie que les regards se tournent. Verrons-nous un ciel rempli de ces engins ou désirons-nous limiter l’accès à des utilisations spécifiques?

Entre les USA, la Chine et l’Europe, une course-poursuite se met en place pour imposer son point de vue.


 

Les drones taxis empruntent le même cheminement que la voiture autonome. Au départ, peu de personnes voulaient voir circuler des bus et des voitures sans chauffeur. Aujourd’hui, sous l’impulsion des fabricants et des géants de l’informatique, les barrières sont en train d’être repoussées.

Il n’existe pratiquement plus aucune grande ville qui n’a pas son démonstrateur. Corolaire à ce changement, les législations doivent être adaptées.

Bien qu’à sa genèse, il en va de même pour les drones taxis. Les grandes puissances économiques commencent à jouer des coudes pour imposer leurs standards, leurs niveaux de sécurité et la maîtrise du ciel.

 

USA : place aux géants de l’internet

Washington compte sur les géants de l’internet comme Google, Apple ou Uber pour déployer mondialement leur business model.

L’actuel leader, UberAir, ne cache pas son ambition de démultiplier les drones-taxis. Dans le but de contrôler l’espace aérien, le géant californien a déjà approché de la Federal Aviation Administration (FAA) et a conclu un accord de collaboration avec la NASA.

Fidèle à sa stratégie, Uber ne construira pas ou n’opèrera pas ses propres drones. Elle mettra à disposition son système de réservations et de guidage. Son business model se base sur la démultiplication des drones et des trajets.

Si Dallas Fort Worth, Texas, et Los Angeles sont partants, le géant recherche encore une ville d’au moins 2 millions d’habitants «hors des USA». Dubaï serait sur les rangs mais l’appel d’offre est ouvert jusqu’au 1er juillet 2018.

Dans cette course,  Apple et Google sont au coude à coude. Cette dernière via Larry Page, son co-fondateur, a décidé de s’expatrier en Nouvelle Zélande pour expérimenter son taxi-volant dénommé Cora. L’objectif est identique à Uber. Le temps et l’argent devraient les départager.

Sous l’impulsion de ses géants informatiques et téléphoniques, les USA se positionnent clairement pour une maximalisation de l’utilisation des drones-taxis dans les villes densément peuplées.

 

Larry Page, Google

 

L’Europe des régions

Dans une stratégie diamétralement opposée, l’Europe compte sur ses villes et ses régions pour proposer des solutions cohérentes et plus à l’écoute de ses citoyens.

D’ici à la fin juin 2018, la Commission Européenne annoncera les 6 villes et régions qui débuteront une étude de faisabilité.

Cette collaboration “de la base au sommet” est notamment l’un des atouts de l’Association Villes Smart Agiles et Ouvertes (OASC). Cet échange entre les villes/régions, pourrait permettre à l’Europe de gagner un temps précieux afin de délimiter le cadre législatif ainsi que le potentiel de son espace aérien.

Une fois es règles du jeu connues, les entreprises européennes, comme Volkopter ou Airbus, pourront examiner l’opportunité de ce marché.

La probabilité n’est pas nulle que l’Europe se distancie des USA et propose une utilisation bien plus modérée et moins anarchique des drones taxis.

 

Pékin soutien la Chine

Pékin propose une troisième vision basée sur un soutien illimité à ses entreprises locales. Ce système a déjà valu à la Chine de prendre le leadership mondial dans les énergies renouvelables et bientôt dans la construction de voitures électriques.

Le constructeur Ehang a débuté ses tests «grandeur nature» dans la province de Canton. Comme les chinois ne font pas dans la demi-mesure, il est imaginable de voir une industrialisation massive à l’image du pays ainsi qu’un changement législatif sur-mesure afin de satisfaire ses champions de l’innovation.

Comme les USA, le pays tentera d’imposer rapidement son système hors de ses frontières.

 

L’enjeu pour tous ces pays et de protéger leur espace aérien et/ou d’imposer leur système dans une industrie du contrôle aérien qui n’a pas évolué depuis le premier homme sur la lune. Il s’agira également d’imposer son point de vue sur la quantité de drones en circulation tout en mettant en avant ses propres entreprises.

Cependant, comme le montre tous les projets de smart city réussis, c’est le citoyen qui a le dernier mot. Sur ce point, l’Europe a pris une longueur d’avance sur ces concurrents.

L’avenir se lira dans le ciel, mais pour l’instant, que la course décolle!

 

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La mort annoncée de la voiture à pétrole

Après un siècle de domination, sommes-nous à l’aube de la disparition de la voiture à pétrole?  Objet de désir, de réussite et symbole d’un statut social, elle est en train de se faire dépasser par sa comparse électrique.

La nouvelle Mobilité apporte une disruption totale sur le marché de l’énergie en passant par la géopolitique pétrolière mondiale et aux distributeurs d’électricité. Elle devient un élément clé de la nouvelle économie en se métamorphosant de glouton à outil intelligent.


Un changement rapide

Des banderilles électriques de plus en plus acérées ont été lancées et toute l’industrie vacille. Depuis le début de ce mois, la nouvelle petite Tesla est sortie des usines pendant que Volvo a annoncé l’arrivée de l’électricité dans tous ses modèles d’ici à 2019.

L’Inde, la Norvège, la Hollande et bientôt la Chine vont interdire la vente des voitures à essence ou diesel.

Ce revirement de situation est un pied de nez à l’empire Rockefeller. Si en 1900, les voitures électriques représentaient le 34% des ventes à New York, Boston et Chicago, le magnat du pétrole a su imposer aux constructeurs automobiles son or noir.

Effet exponentiel

A ce jour, les ventes ne représentent que le 1% des ventes, mais la boule de neige se transforme en avalanche et plus de 1 million de voitures électriques seront vendues cette année à travers le monde.

Si les producteurs automobiles se sont focalisés sur les grands modèles dispendieux, les voitures électriques low-cost pointent le bout de leur nez. L’Inde et la Chine travaillent sur des véhicules de 3’000 à 7’000$.

Même les pétroliers accusent le coup au point de se demander s’il vaut mieux extraire son pétrole aujourd’hui, même avec des prix bas, au lieu de prendre le risque de devoir, demain, le laisser sous terre par manque de demande. On comprend mieux les réticences des pays de l’OPEP à réduire leurs productions pour faire remonter les cours.

 

 

Evolution des nouveaux modèles de voitures électriques

 

L’accélération de l’industrie automobile électrique réside dans la batterie.

Pour démocratiser ce véhicule, le prix de la batterie devra descendre sous la barre des 100$ le kWh.

Depuis 2010, la chute est vertigineuse pour arriver actuellement à 190$/kWh. Le nouveau leadership de la Chine et l’augmentation du nombre de voitures vendues nous rapprochent rapidement de cet objectif de démocratisation.

Mais pour l’instant, les constructeurs électriques peinent à atteindre l’équilibre financier.

 

A la charge de la recharge

Un “plein” nécessite entre 9 et 30 minutes pour les modèles les plus performants bien que la majorité des voitures se rechargent comme les smart phones: à la maison durant la nuit.

De leur côté, les stations d’autoroutes et les grandes surfaces se profilent dans des solutions qui nécessitent le temps des commissions ou d’un repas.

La grande inconnue réside encore dans le recyclage des batteries. L’industrie du nucléaire a été incapable de résoudre la gestion des déchets et ce laxisme se retourne comme un boomerang sur cette technologie.

Les batteries pourraient bien avoir une deuxième vie afin de stocker la production d’électricité renouvelable dans les maisons et les habitations, mais in fine, un processus de retour à la nature devra être implémenté.

 

Evolution des ventes de voitures électriques dans le monde

 

 

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La voiture va devenir bien plus qu’un simple moyen de se déplacer. Elle va permettre de stabiliser les réseaux électriques, de réduire les pics de demandes, d’ingérer la production renouvelable, de créer des micro-réseaux et de survivre au peak oil.

Ainsi les grands distributeurs électriques tremblent devant la possibilité donnée aux citoyens, anciennement captifs, de produire eux-mêmes leur électricité, de la stocker dans leurs voitures ou de la revendre à leurs voisins.

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Paris a annoncé l’arrêt des ventes de voitures à essence et diesel pour 2040. Paradoxalement à la vitesse des changements actuels, si la France tient sa promesse, elle pourrait être l’un des dernier pays au monde à autoriser ces véhicules venus d’un autre siècle !

 

 

Une Chance : Trump n’est pas Smart

En focalisant sa stratégie sur l’exploitation des énergies fossiles, Trump a pris une décision d’une portée magistrale.

Certes, cette erreur stratégique est une malédiction pour le climat, mais elle offre l’opportunité à la Chine d’imposer son leadership industriel dans les énergies du futur et à l’Europe son intelligence dans les technologies «Smart».


Rêver du rêve américain

Miser sur le charbon et le pétrole sent bon les fabuleuses années 50-60 ainsi que sur la grandeur du rêve américain.

Cependant, depuis 5 ans le charbon a perdu 36’000 postes pour rester sur la barre des 50’000 employés. Au temps de la splendeur du charbon en 1980, les USA comptaient 130’000 mineurs.

Le secteur pétrolier dénombre 187’000 emplois directs avec une tendance à la hausse grâce à la seconde vie du schiste. Le lobby soutient qu’avec les emplois indirects, plus d’un million de personnes sont impliqués dans l’or noir.

Alors que les USA comptent 152 millions d’emplois, on perçoit la légèreté des arguments du président Trump. L’essentiel n’est pas là.

En coulisse Wall Street, Goldman Sachs et les pétroliers se frottent les mains car des fortunes devraient être déversées dans ce jeu de l’avion. Pilier de cette opération, la Banque Nationale Suisse, qui soutient à coup de milliards $ le schiste et le charbon américain.

 

La Chine industrielle. L’Europe de l’intelligence

Au début des années 2000, l’Europe et les USA étaient les moteurs mondiaux du solaire et de l’éolien.

Après la crise de 2008, l’arrivée de Pékin, avec son soutien financier illimité et un protectionnisme assumé de ses industries ont permis à la Chine de baisser ses coûts de production et d’écraser la quasi totalité de la concurrence internationale.

En 10 ans, la Chine a créé plus de 3,5 millions d’emplois dans les énergies renouvelables selon l’Irena (agence des énergies renouvelables). On peut espérer que cette Blitzkrieg aura laissé des traces en Europe et en Suisse pour que pareille mésaventure ne se reproduise pas.

Nombre d’emplois dans les énergies renouvelables, en milliers

Source: IRENA

Les nouvelles technologies Smart: La peur des USA

L’histoire se répète aujourd’hui avec les technologies intelligentes où l’Europe et la Suisse possèdent une certaine avance technologique.

Ces outils permettent, par exemple, d’intégrer et de stocker l’électricité des énergies renouvelables dans le mix de production, d’augmenter l’efficience énergétique, d’intégrer la mobilité électrique ou les voitures autonomes. La liste est longue.

Si les USA sont maîtres dans le marketing et la communication, en réalité les PME et start-up américaines «Smart» n’arrivent pas à rivaliser avec l’ingéniosité du Vieux Continent. Peut-être que l’objectif premier des entrepreneurs et des investisseurs, «se faire racheter à prix d’or par Facebook, Amazon, Apple, IBM, HP, Google ou Microsoft», leur fait oublier les besoins de leurs vrais clients.

L’opportunité Suisse et Européenne réside dans la peur du Monde d’avoir maille à partir avec l’équipe Trump. Depuis quelques mois, un mot d’ordre revient constamment. Ne pas stocker ses données aux USA ou collaborer avec une entreprise américaine, de peur de voir ses data décortiquées par Big Brother.

La décision de la semaine dernière renforce encore plus le besoin de se distancier de Washington et de privilégier la prudence.

 

Local is beautiful

A l’opposé des monstres de la Silicone Valley, les mondes de l’internet des objets et du Smart City sont en train de se faire une place auprès des entreprises et des citoyens locaux.

En Suisse, les cantons de Genève, Vaud, Zurich et Neuchâtel sont à la pointe avec une myriade d’entreprises qui offrent des solutions innovantes et souvent surprenantes. Les emplois se créent et le monde académique y voit un débouché pour la jeune génération qui peine à trouver un premier emploi.

De plus ces nouvelles technologies vont aider l’implémentation de la stratégie énergétique 2050 auprès des communautés publiques ainsi que des citoyens qui sont de plus en plus nombreux à y voir leurs avantages.

Donald Trump nous donne une fenêtre d’opportunité de 4 ans. Est-ce la Suisse et l’Europe sauront la saisir et la conserver?

Dans tous les cas, le climat et la planète ont besoin de notre innovation et de notre enthousiasme.

 

 

A voir cette semaine, la conférence:  IoTWeek /Smart City Geneva 2017