Le baril de pétrole chute tout comme les Bourses

Si ça ressemble à une récession, si ça coince comme une récession et si ça chute comme une récession, c’est probablement une récession. C’est sûrement ce que c’est dit le pétrole. Il s’est pris les pieds dans le tapis et termine la semaine à $86 à Londres et $79 à New York. Au début du mois, le baril flirtait avec les $100.

Du côté des bourses, le même tapis a mis au tapis les indices aux USA dont le Nasdaq et le Dow Jones. En Europe, toutes les bourses ont terminé en baisse. La palme revient à l’Angleterre qui a tiré le jackpot avec un nouveau plan pour faire face à la crise énergétique.


 

Le Pétrole en forte baisse

Le pétrole devait monter à $120 car la Chine sort du Covid pour la xème fois, surtout que les extractions mondiales coincent et que la Russie tousse. Quand c’est trop évident, c’est l’inverse qui se produit. Voilà le baril à $86.

Si le baril continue sa descente, Vladimir Poutine pourrait voir son siège vaciller. La situation rappelle la chute de l’URSS à cause d’un manque de revenus pétroliers. Mais nous en sommes pas là.

 

Les marchés boursiers

La semaine fut compliquée et une grande partie des indices mondiaux sont à la baisse notamment sous la pression d’une inflation incontrôlée, les hausses des taux des Banques Centrales et la récession qui arrive. Les Banques Centrales annoncent “soft landing” de l’économie. On se réjouit de voir tout ça.

A Wall Street, le  S&P 500 a terminé la semaine en baisse de 4,6 %, tandis que le Nasdaq Composite, dominé par les valeurs technologiques, a perdu 4,16 %. L’Europe glisse également, mais là, la récession est plus évidente.

 

Je vois que vous faites des prévisions largement erronées
FED: Banque Fédérale Américaine.  Dessin: HedgEye

 

L’Angleterre : Plus fort, plus haut, plus loin

L’Angleterre a passé une semaine Olympique. Tout à commencé par l’annonce de Nabilla qui quitte Dubaï pour peut-être rejoindre Londres et faire des selfies à la Fashion Week pour vendre des sacs Balenciaga à 10’000 boules à la Génération Z. Comme une catastrophe n’arrive jamais seule, la première Ministre Liz Truss a nommé Jacob Rees-Mogg comme secrétaire d’État aux affaires, à l’énergie et à la stratégie industrielle.

Le poste lui va à merveille car Jacob est un négationniste notoire de la science du climat et un (très) proche des pétroliers..

Mais le summum vient du plan de relance budgétaire de la première ministre Liz Truss. En deux mots : création de dettes monstrueuses à plus de $200 milliards, une baisse d’impôts pour les grandes fortunes et sur les dividendes. En même temps, l’organisation du «all you can eat» énergétique. Vous pouvez consommer la quantité de gaz et d’électricité que vous voulez, le tout pour le même prix. Le gouvernement paie la différence. C’est sûr qu’avec ce genre d’incitations, l’Angleterre va pouvoir gérer comme un chef son hiver à venir!

Kwasi Kwarteng, ministre de l’économie, mise sur la croissance pour rembourser cette création de dettes de plus de $200 milliards. Heu ! comment dire ? Pour augmenter la croissance, il faut augmenter la consommation de gaz, de pétrole et de charbon. L’Angleterre possède bien des gisements de gaz et de pétrole qui restent à développer dans les années à venir, mais là, le pays se dirige vers la récession, avec plus de 10% d’inflation et surtout une équipe de clowns qui dirige le pays.

Ben si avec ça, les anglais n’enfilent pas leurs gilets jaunes !

 

Les Banques Centrales augmentent les taux

Qui de mieux que Thomas Veillet pour résumé la situation ?

«Si l’on se souvient qu’il y a 12 mois, Jérôme Powell, (Directeur de la Banque Fédérale Américaine) s’est pointé à la télé pour nous dire que : L’inflation était transitoire et sous contrôle. Aujourd’hui, avec le recul et l’expérience accumulée, la FED s’est complètement vautrée dans ses prévisions.

Il serait bon de noter que les mecs étaient totalement à côté de la plaque et ont foiré leurs prévisions en mode « champion du monde », par contre aujourd’hui, personne n’est étonné de voir que la FED nous annonce déjà ce qu’elle va faire jusqu’en 2024.

Quelqu’un peut-il prendre un gros feutre noir épais et indélébile pour noter sur le mur qu’en général personne n’est foutu de faire des prévisions à peu près exactes depuis près de trois ans, mais là par contre, on trouve parfaitement normal de se faire aboyer dessus par le patron de la FED qui nous annonce son plan de marche à deux ans. Ça ne surprend personne.”

 

 

 

L’Allemagne entre en crise énergétique. Les autres pays suivent

Pendant que les politiciens et les citoyens Suisses et Français n’ont pas encore la tête à l’hiver, du côté de Berlin, c’est un autre son de cloche. Dès cette semaine, les livraisons de gaz russe vont tomber à zéro. En tant que fournisseur officiel d’énergie au niveau mondial, Moscou prend des mesures pour couper les livraisons d’hydrocarbures aux pays qui lui ont infligé des sanctions.

Tant Bruxelles que Berlin se heurtent de plein fouet face à la RealPolitik des décisions prises dans le conflit Ukrainien. Ainsi, la Russie annonce que le gazoduc Nord Stream 1 sera en «maintenance» dès cette semaine pour une durée de 10 jours.


 

Le Gazoduc Nord Stream 1 à l’arrêt

Cela devrait réduire encore plus les livraisons de gaz vers l’Europe et passer de 40% actuellement, à zéro. Durant ces derniers jours, Berlin a tout fait pour convaincre le Canada de restituer une turbine destinée à Nord Stream 1, qui était en maintenance dans le pays, mais bloquée par l’embargo des occidentaux. L’Ukraine a protesté mais les intérêts européens poussent dans l’autre sens. L’Allemagne ne voulait pas donner un argument supplémentaire à Moscou d’interrompre ses livraisons de gaz.

Cependant, il se susurre que Poutine pourrait utiliser les réparations du gazoduc Nord Stream 1 comme excuse afin de couper définitivement l’approvisionnement en gaz en représailles aux sanctions imposées par l’Europe et l’Allemagne. La situation est à suivre de très près.

En fin de semaine, les prix de l’électricité ont bondi à plus de € 40 ct le kWh pour le mois de décembre et le prix pourrait dépasser les $1 dès janvier.

Dans un tel scénario d’un arrêt de Nord Stream 1, l’Allemagne, l’Italie et la France seraient dans l’impossibilité de remplir leurs installations de stockage de gaz à hauteur des 90% visés et donc de faire face à des coupures. La pénurie affecterait également le transfert de gaz vers l’Autriche, la République tchèque et la Suisse.

 

La Realpolitik du Pétrole

Du côté du pétrole, Moscou a fait part de sa volonté de prendre des mesures susceptibles de perturber l’approvisionnement pour les pays qui sanctionnent la Russie. La semaine passée, un tribunal russe a ordonné l’arrêt pour 30 jours des exportations de pétrole via la mer Noire, qui est une voie d’accès clé pour les exportations pétrolières du Kazakhstan.

Du côté de la Libye, le général Khalifa Haftar, qui bénéficie du soutien de la Russie et de l’Égypte, a également intensifié une campagne militaire, qui perturbe les exportations de pétrole et de gaz. La Libye semble retourner vers une guerre civile. Les exportations de pétrole ont chuté.

L’Arabie Saoudite ne va pas augmenter ses extractions même avec la visite prévue de Joe Biden. Il semble que le royaume ait atteint son pic de production et ne veut pas mettre en péril l’union avec la Russie dans le consortium OPEP+ (+ signifie la présence de la Russie)

 

Uniper : le géant allemand une menace à la Lehman Brothers

Le plus grand énergéticien du pays, Uniper, a officiellement demandé un plan de sauvetage financier à Berlin.

Le plus gros acheteur européen de gaz russe perd des dizaines de millions d’euros par jour en raison de l’augmentation des prix du gaz russe. Uniper avait accepté d’acheter du gaz avec des Roubles.

Le PDG d’Uniper, Klaus-Dieter Maubach, pense “qu’il ne peut pas tolérer la situation actuelle longtemps et qu’il pourrait être obligé de commencer à puiser du gaz dans ses installations de stockage dès la semaine prochaine, ce qui réduirait encore les réserves nécessaires pour l’hiver prochain.” Pour commencer, il demande une aide de €9 milliards pour éviter la faillite.

L’entreprise de Klaus-Dieter Maubach exploite une capacité de production de 33 GW, ce qui la place parmi les plus grands producteurs d’électricité au monde. Son propriétaire majoritaire est devenu le finlandais Fortum, à 80%.

Le ministre allemand de l’économie, le vert Robert Habeck, a déclaré que son gouvernement “travaillait d’arrache-pied” pour aider Uniper. Il s’agit d’éviter la faillite du plus grand énergéticien et sa chute pourrait ressembler à Lehman-Brother.

 

Les erreurs de la Doctrine Européenne

Bruxelles prône une doctrine de démantèlement du système énergétique européen pour le mettre en main d’entreprises privées. Il est donc nécessaire de casser les monopoles comme les EDF et autres énergéticiens.

En 2016, le géant énergétique allemand E.ON avait dû se scinder en deux partie, dont Uniper, une partie fossile et nucléaire financièrement risquée ainsi qu’une partie financièrement juteuses avec les renouvelables et la distribution d’électricité.

Bruxelles pense qu’en mettant dans les mains privées, la gestion des énergies, la libre concurrence devrait permettre les prix les plus bas. Dans la réalité, il n’en est rien et cette doctrine a conduit dans l’impasse actuelle.

 

Angleterre : fief de la libéralisation du marché de l’énergie

Fleuron de la libéralisation du marché voulue par Bruxelles, l’Angleterre se trouve dans une situation critique.

Pour un ménage anglais, les prix du gaz et de l’électricité poussent la facture annuelle à €4’015 contre €1’417 en 2019 selon Cornwall Insight.

L’Angleterre importe qu’une infime partie de gaz de la Russie, mais comme les prix s’adaptent au marché, la facture grimpe.

Alors que la promesse d’une énergie meilleure marché, la main invisible du business n’a fait que de consolider les cartels d’entreprises privées et la gabegie est d’autant plus grande. Londres a offert pour €18 milliards d’aide et de subsides à 8 millions de foyers. Là aussi, la situation n’est pas durable dans le temps.

 

France

Le gouvernement Macron a activé des subsides à hauteur de €20 milliards, ce qui pousse EDF dans une situation financière impossible.

La dette d’EDF de €43 milliards devrait dépasser les 60 milliards. L’entreprise se voit dans la difficulté de trouver des fonds sur les marchés financiers. Paris annonce la nationalisation d’EDF.

De son côté, Total enregistre des bénéfices records.

 

Allemagne

Berlin a franchi le mois dernier une étape cruciale vers le rationnement du gaz lorsque le ministre de l’économie, Robert Habeck, a activé la deuxième phase du plan d’urgence gaz du pays. “La situation sur le marché du gaz est tendue et nous ne pouvons malheureusement pas garantir qu’elle ne va pas s’aggraver. Nous devons être prêts à ce que la situation devienne critique”.

Selon le GdW, la guerre en Ukraine entraînera une hausse des prix de l’énergie pour les consommateurs comprise entre 71% et 200%, soit des coûts annuels supplémentaires de €1’000 à 2’700 pour un ménage d’une personne et jusqu’à €3’800 pour quatre personnes, par rapport aux niveaux de 2021.

Le gouvernement propose des mesures drastiques. Ainsi, il commence à y avoir un rationnement de l’eau chaude, le tamisage de l’éclairage public et la fermeture des piscines, alors que l’impact de la crise énergétique commence à se propager de l’industrie aux bureaux, aux centres de loisirs et aux foyers.

“La situation est plus que dramatique.” Ca c’est Axel Gedaschko, chef de la fédération des entreprises de logement allemandes qui l’annonce. “La paix sociale de l’Allemagne est en grand danger” selon lui.

Quand débutera la contagion dans les autres pays?

 

 

La Banque Nationale Suisse investit dans les Banques de Schiste

Pour ceux qui étudient les investissements de la Banque Nationale Suisse SA, la société anonyme est une source d’émerveillement permanent.

Alors qu’elle se doit d’éviter les investissements dans le pétrole et gaz de schiste, le charbon, l’uranium, les énergies fossiles, les armes et les institutions bancaires, la direction préfère cocher toutes les cases.

Comme personne ne semble s’en offusquer, même pas le comité d’éthique ou les ministres des finances des cantons, la BNS a tenté le grand chelem: investir dans des banques qui investissent dans le pétrole de schiste aux USA! Deux interdits dans le même acte faisant une pierre deux coups. La performance est éclatante. Dans cet achat d’actifs, la BNS n’a perdu que 37 millions $ depuis le début de l’année.


Le pot aux roses a été découvert via une publication de Bloomberg d’une liste de 11 banques américaines en difficulté à cause de leurs implications importantes dans le schiste. Sur les 11 institutions bancaires pointées du doigt, la BNS n’en a ratée aucune. Respect!

 

Depuis le début de l’année, la valeur de ces banques n’a perdu que 37,6 millions $.

 

Cependant, la BNS ne s’est pas limitée à investir que dans ces banques. Elle a déversé son argent dans tout le système bancaire local américain. Vous pouvez trouver toutes les banques dans ce fichier mis à jour le 31 mars 2020.

 

Qu’en pense la Banque Nationale Suisse?

Devant cette découverte, j’ai pris contact avec le service de communication de la Banque Nationale Suisse avec ces questions:
   A) Pourriez-vous m’indiquer les motifs des investissements de la BNS dans des banques aux USA?
   B) Si vous n’avez pas cette liste, voulez-vous que je vous la fasse parvenir?
   C) Quel est votre avis sur ces investissements qui se heurtent à deux de vos règles en même temps (banque et environnement)?

L’éclairage est tombé comme la nuit: “Dans sa stratégie de placement, la Banque nationale suisse renonce à acquérir des actions de banques et d’autres établissements à caractère bancaire à moyenne ou à grande capitalisation de pays industrialisés. Elle s’abstient par ailleurs d’acheter des actions d’entreprises qui violent massivement des droits humains fondamentaux, qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement ou qui sont impliquées dans la fabrication d’armes condamnées sur le plan international.

Bref, le message standard “copier/coller” envoyé aux curieux dont je dois avoir 20 copies.

Devant cette non-réponse, je me suis permis d’insister. Au bout de 3 échanges, une information cruciale et décisive a enfin fini par transpirer: la directrice zurichoise de la communication n’apprécie pas l’humour et l’insistance des Welsches. Punkt Schluss!

 

Est-ce que la BNS investit contre votre entreprise suisse?

Si vous aussi vous voulez vous amuser, voici la liste des investissements de la BNS dans le marché américain au 31 mars 2020. Elle est mise gratuitement à disposition par le gouvernement américain.

Si vous êtes un entrepreneur, un chef d’entreprise, un innovateur de start-up, un PDG d’une multi-nationale comme ABB, vous pourrez immédiatement prendre connaissance des millions de $ que la BNS investit dans vos concurrents directs aux USA.

Ne parlez surtout pas de concurrence déloyale contre les entreprises suisses, la directrice de la com de la BNS n’apprécierait pas !

 

 

 

Les défis de l’énergie nucléaire

Le boom de la production d’électricité nucléaire a été initié par le choc pétrolier de 1973. Le nucléaire s’était affirmé comme une nécessité bienvenue afin de diversifier les sources énergétiques pour diminuer les dépendances à l’or noir et aux pétromonarchies. La période aura vu l’émergence des centrales portées par les grandes puissances nucléaires militaires.

Est-ce que la crise pétrolière actuelle permettra de dupliquer la crise de 1973 et d’ouvrir de nouvelles opportunités pour l’énergie nucléaire ?


 

Aborder un pareil sujet est risqué tant les opinions et les idéologies sont polarisées. Tentons de rester sur ce fil du rasoir.

En 2020, 52 centrales nucléaires sont en constructions dans le monde, principalement en Chine et en Inde, alors que 186 unités ont pris leur retraite. Trente pays se partagent un parc de 449 réacteurs. Au niveau mondial, ils produisent 10,2% de l’électricité et représentent un peu plus de 4% de l’énergie totale consommée.

Les énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie, hydraulique, marée motrice) jouent un ton en-dessus avec une part de marché électrique estimée à 22,9%.

 


Répartition de la production d’électricité dans le monde, 2017
Source: Agence Internationale de l’Energie

 

Une intensité élevée en capital

Comme pour le solaire, l’hydraulique ou l’éolien, une centrale nucléaire repose sur une forte intensité en capital. Avant de produire le moindre kWh (kilowattheure), il faut d’abord débourser entre € 3,2 et 12 milliards selon le modèle.

Les charges du capital pour une centrale nucléaire peuvent peser jusqu’à 74% sur les coûts de la production d’électricité. En comparaison, ils grimpent à 88% pour le solaire et 80% pour l’éolien. De son côté, une centrale à gaz se monte à un minime 22%.

Au total, les coûts de financement de la construction d’une centrale nucléaire peuvent faire grimper les prix du kWh jusqu’à 3 à 7 ct. Pour illustrer ce chiffre, en 2019, le prix moyen d’achat de l’électricité en Suisse était de € 4,8 ct selon l’OFEN.

Ce talon d’Achille est connu par l’industrie qui planche sur des solutions créatives de financement.

 

Climat et humanité

Le lobby du nucléaire met en avant un bilan CO2 favorable, alors que les opposant ne se limitent pas à la construction d’une centrale et ajoutent l’entier du cycle de vie de l’uranium, de la mine au réacteur, à la gestion des déchets.

Selon les études, les valeurs fluctuent de 50 à 150 gr CO2/kWh.

Par rapport aux autres énergies fossiles, même s’il n’est pas gratuit pour le climat, ce bilan est favorable. Cependant, les déchets radioactifs et les accidents nucléaires font planer une menace différente mais qui met également la survie de l’humanité en questionnement.

 


Production électricité nucléaire par pays.
Source : world-nuclear.org

 

Uranium : les 6 pays clés

Avec 40% de l’extraction mondiale, le Kazakhstan est l’Arabie Saoudite de l’uranium.

Dans le monde, le 85% de l’uranium est extrait par six pays: le Kazakhstan, le Canada, l’Australie, la Namibie, le Niger et la Russie.

Ce manque de diversification représente une menace d’autant que la Chine s’est stratégiquement accaparé de plusieurs gisements. Ainsi Pékin a financé ses services au Kazakhstan afin d’ouvrir une unité d’enrichissement du combustible pour les centrales nucléaires.

A travers le monde, les centrales nucléaires en activité consomment 66’000 tonnes d’uranium par année. L’extraction minière couvre le 90% des besoins avec 53’600 tonnes. Le reste provient notamment des accords de désarment militaire entre la Russie et les USA.

Si l’industrie du nucléaire ambitionne de doubler sa part de marché et de grimper à 20% de la production mondiale d’électricité, il lui faudrait extraire plus de 100’000 tonnes d’uranium à des prix abordables. Cette hypothèse ne repose pas sur des gisements actuellement identifiés et exploitable à des prix raisonnables.

En théorie, il est possible de trouver jusqu’à 4,5 milliards de tonnes d’uranium dans les mers et les océans mais le processus d’extraction en grande quantité est financièrement hors d’atteinte. La hausse des prix de l’uranium permettra d’ouvrir de nouveaux gisements, mais à contrario, pèsera sur les coûts des kWh.

 

Extraction minière vs besoins des centrales.
La ligne noire représente les besoins des centrales
Source: World-Nuclear.org

 

S’aligner sur la concurrence

Face à la baisse continue des coûts de production des énergies renouvelables et du gaz, l’industrie nucléaire recherche des solutions afin de s’aligner sur les conditions financières de ses concurrents.

Au gouvernement Anglais, EDF a proposé un prix de rachat de €10,6 ct pendant 35 ans afin de rentabiliser les deux centrales en construction. Ce chiffre a alerté l’industrie et montré que l’écart ne cesse d’augmenter face au charbon, au gaz, au pétrole ou aux énergies renouvelables.

Ainsi, pour la proposition d’une troisième centrale EPR en Angleterre, EDF et le chinois CGN proposent que les clients consommateurs anglais participent immédiatement au financement de celle-ci en majorant les prix actuels de l’électricité. Ce système permettrait de diminuer les charges, mais oblige les citoyens à porter une grande partie des risques et à accepter une augmentation des tarifs sans garantie de résultats.

 

Le nombre de réacteurs est stable depuis les années 1980
Source: Agence Internationale de l’Energie

 

Durabilité financière

Pour mesurer les rendements financiers du nucléaire et du business model, il est intéressant d’analyser des pays fortement impliqués comme les USA et la France.

EDF, Electricité de France, gère l’entier du parc nucléaire du pays et a repris certaines activités du défunt champion du nucléaire: Areva. La dette d’EDF se monte à € 37 milliards et si l’on ajoute les emprunts obligataires ce montant est doublé alors que Paris a subventionné pour plus de € 10 milliards les pertes d’Areva.

D’ici à 2030, la cour des comptes françaises évalue à 100 milliards € les coûts de maintenance et de la modernisation du parc nucléaire national.

Comme le mentionnait, en 2009, l’ancien PDG d’EDF, Henri Proglio, les prix de l’électricité français sont trop bas par rapport aux coûts réels de la production. Cette problématique est récurrente et avait été relevée avant l’émergence des renouvelables. Depuis, EDF a reçu l’autorisation des différents gouvernements afin d’augmenter continuellement les tarifs à dose homéopathique tant le sujet est sensible.

L’analyse reflète une image similaire aux USA. Devant la percée du gaz de schiste et de l’éolien, de nombreuses centrales nucléaires et à charbon ont été incapables de s’aligner sur la baisse des tarifs. A l’instar de Paris, Washington a refusé de subventionner les centrales qui ont dû être fermées.

In fine, l’option du nucléaire apporte une confortable base électrique, mais dans certains cas nécessite des subventions importantes.

 


Progression des énergies renouvelables de 1998 à 2018
Source: BP Review 2019

 

Small is Beautiful : SMR Small Modular Reactor

Si les grands réacteurs posent de grands problèmes, l’industrie planche sur de plus petits réacteurs: les SMR.

L’américain Nuscale Power avance dans la commercialisation de son système de 720 MW (mégawatts) dès 2027. Elle planche sur un tarif de € 6 ct kWh pour un investissement de € 2,8 milliards. Dans ce prix, Nuscale ne tient pas en compte les traitements et la gestion des déchets. Aux USA, l’industrie nucléaire a délégué ces coûts au gouvernement fédéral.

Le Consortium Rolls-Royce planifie un réacteur de 440 MW d’ici à une dizaine d’année.

De son côté, la Russie a réalisé une prouesse avec son système embarqué sur un bateau, Akademik Lomonosov, afin d’alimenter les installations pétrolières de l’Arctique. Ce prototype a dépassé de 4 fois les budgets. Sa sécurité est également un sujet de controverse mais la possibilité d’apporter une grande quantité d’électricité directement sur les lieux de consommation est un atout puissant et inédit. Même si son prix est élevé, l’Akademik apporte une solution à un problème qui était insoluble.

 

Projet Nuscale Power: Small Modula Reactor

 

La réponse de l’industrie guidera son destin

Avec l’électrification de la mobilité, du transfert du pétrole vers l’électricité ainsi que l’augmentation de la population, les besoins en électricité devraient continuer à progresser.

Le krach pétrolier de 1973 a fait naître le nucléaire. Il est intéressant de noter qu’aujourd’hui, l’Arabie Saoudite, l’Iran et les Emirats Arabes Unis font appel au nucléaire pour transférer la production d’électricité du pétrole vers l’atome. Dans les cas de Ryad et de Téhéran, l’acquisition de l’arme militaire atomique via les centrales civiles fait également partie de l’équation.

En parallèle et pour mettre la pression, Abu Dhabi vient d’annoncer la construction d’une centrale solaire par le consortium du français EDF et du chinois Jinko Solar à un tarif fixe de € 1,25 ct le kWh. La ferme, qui sera en production dès 2022, produira la même quantité d’électricité qu’une centrale nucléaire.

Aux USA, la Californie a confirmé l’installation d’un système de production solaire avec des batteries de stockage pour un tarif de € 1,85 ct.

De leur côté, les grands groupes pétroliers européens (Total, Eni, Shell, BP, Equinor) ont identifié la production, la vente et le stockage de d’électricité comme une opportunité de transition stratégique. Si Shell mise sur le gaz, les autres groupes gardent leurs options ouvertes. Pourraient-ils être séduits par de petites unités SMR ou le nucléaire? Afin de pouvoir offrir des dividendes, les pétroliers exigent un retour sur investissement de 6 à 12% de leurs investissements.

Pour les grandes centrales nucléaires, elles restent l’apanage du secteur public car les risques sont importants, les durées sont longues et les retours insuffisants pour les investisseurs privés. Par contre, la garantie de produire en ruban une grande quantité d’électricité reste un atout majeur.

 

Les défis de l’industrie

Les cartes sont dans les mains de l’industrie. Dans la myriade de paramètres, deux résonnent plus fortement.

Elle doit d’abord prouver et offrir une garantie totale de la disponibilité économique et physique de l’uranium pour les 30 à 40 prochaines années. Cet accès doit être également libre d’éventuelles pressions politiques des pays miniers. La présence omniprésente de la Chine dans toutes la chaine de valeurs est un sujet d’inquiétude géostratégique.

Elle a également la nécessité de répondre à la baisse continue des prix des énergies renouvelables et des solutions de stockages tout en garantissant des niveaux de sûreté et de sécurité élevés.

Comme le soulignait Charles Darwin, “ce n’est pas le plus fort qui survit, c’est celui qui s’adapte”.

 

 

Chaos sur le pétrole américain. Il termine à moins 37$. Oui, -37$ !

Journée chaotique, historique et vice versa. Le prix du baril de pétrole américain, WTI, est passé sous la barre des zéros, à -37.36$ le baril pour être précis.

Pour bien comprendre, ce lundi, les heureux propriétaires de pétrole américain ont payé 37,63$ à celui qui voudra bien leur débarrasser de leur pétrole! L’industrie pétrolière a réinventé les soldes ou un moyen de piquer la une au coronavirus sur facebook.

La journée se termine alors que le baril valait encore +18,27 à l’ouverture, soit une chute de 55$! Après cette dégringolade, le WTI va remonter rapidement. Comment en est-on arrivé là?


 

Courage, fuyons

La semaine dernière, les t-shirts et casquettes “le pétrole à 19$, j’y étais” avaient été imprimés. Cet événement ne s’était plus reproduit le début du millénaire. Il fallait bien marquer le coup.

Mais hier, l’or noir a fait encore plus fort même si techniquement cette chute s’explique. Les traders ont dû liquider leurs positions sur les livraisons en mai. Dans les grandes lignes, certains traders avaient misé sur un contrat “future“: acheter hier pour se faire livrer en mai.

Ainsi, les heureux détenteurs de “ces futures” avaient le choix: soit de prendre physiquement possession de ce pétrole d’ici à la fin mai, soit de les vendre aux plus offrants ou moins offrants, c’est selon.

Aux USA, les capacités maximales de stockage seront atteintes d’ici à 2 semaines. Donc, à part stocker ce pétrole sur leurs balcons ou dans les salles de conférences, les traders ont dû s’en débarrasser selon le principe de la patate chaude. Le dernier, qui l’a en main, aura le privilège de recevoir les barils devant sa porte. Les prix ont dégringolé durant toute la journée pour atteindre les -37$.

Les gagnants pourraient être les petits malins qui ont sécurisé des places de stockage ou des tankers. Ils pourront attendre que les prix remontent pour extraire de juteux profits.

 

 

Où stocker le pétrole américain ?

Avec la pandémie de coronavirus, la demande mondiale de pétrole a chuté. Comme un forage n’a pas de fonction on/off, l’or noir continue de couler à flot. Il faudra encore quelques jours afin de diminuer sensiblement la production.

La semaine dernière, l’Agence Américaine de l’Energie avait annoncé un surplus de 19.2 millions de barils en une semaine. Selon Baker Hughes, aux USA 66 forages ont été éteints la semaine dernière et il en reste 438 en activité soit 387 de moins qu’il y a une année.

 

Producteurs sous pression

Cette situation pourrait encourager les producteurs américains à faire faillites au lieu de payer des millions pour se débarrasser de leur production. Le mouvement a déjà commencé. Il est nécessaire d’attendre la fin de la tempête pour répertorier les survivants.

Selon Bloomberg, cette hécatombe pourrait donner une opportunité à des activistes du climat afin de racheter, pour une bouchée de pain, ces compagnies afin de garder le pétrole dans le sol. Même si l’on reste dans la théorie, l’idée est séduisante!

 

Make the pétrole great again

Cette situation est une épine dans le pied du président Trump. Il y a 2 semaines, il tweetait en fanfare l’accord de l’OPEP et du G20 et le maintien de centaine de milliers d’emplois dans le secteur.

Si le pétrole de schiste a offert à la Maison Blanche “une dominance énergétique“, l’arme se retourne. Malgré l’injection artificielle de milliards $ dans l’industrie, le schiste est sous respiration artificielle. Il n’est pas certain qu’il redeviendra great again.

 

Dans le reste du monde

Plus au nord, au Canada, le baril se vend à 1 centime $ pour les 159 litres d’un baril. Ce qui confirme l’adage : je pers sur chaque baril que je vends, mais je me rattrape sur la quantité !

A Londres, le baril est resté, plus ou moins stable à 25,95$ le baril. Aujourd’hui, le Brent est moins impacté sur les places de stockage car il concerne un grand nombre de pays. Si la pandémie continue, les choses pourraient rapidement changer. Attendons pour voir.

La seule pincée de certitude: le pétrole américain, WTI, va remonter. Les achats futurs pour le mois de juin se situent à 20$. Ce matin, il est repassé sur la barre des 1$.

 

Le pétrole est la denrée la plus importante et la plus précieuse pour l’Economie mondiale. Analyser ses dysfonctionnements, la désorganisation des pays producteurs et l’impact sur le climat montre la folie d’avoir basé toute notre confiance sur un pareil cheval.

Cette stratégie a bien fonctionné jusqu’à aujourd’hui. La roue tourne et elle pourrait le faire sans pétrole!

 

 

Pétrole : 19$ hier soir et 26$ ce matin

(mise à jour: le 20 avril: le baril chute à 11,51$).
Le baril de pétrole est entré dans la zone des 19$ pour ses 159 litres, soit 12 centimes l’unité, 10 fois moins cher qu’un litre de Coca-Cola!  A 19,57$, je voulais vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

Ca, c’était le début de l’article écrit hier soir. Ce matin, après avoir rafraichi 20 fois la page des cours, oui, c’est bien ça ! Le baril américain a pris 6$ en moins de temps qu’il n’aura fallu à Donald Trump pour annoncer son plan de réouverture du pays.


Pétrole à 19$, “J’y étais”

Il n’en fallait pas plus aux algorithmes des super-ordinateurs boursiers pour en déduire que la pandémie aux USA est terminée. D’ici à ce weekend, Joe America va bondir dans son pick-up truck pour aller prendre un avion en direction de Cancun afin d’acheter l’IPhone 11 et de siroter une Corona dans un bar bondé.

Il est réconfortant d’imaginer que notre monde est géré par ce genre d’ordinateurs et que les Banques Centrales déversent des milliards pour sauver les bourses.

Bref, même pas eu le temps d’imprimer les casquettes : “Pétrole à 19$, j’y étais”.

 

Mise à jour le 20 avril: le cours du baril chute aux USA

 

Volatilité extrême

Dans la réalité, l’Agence Internationale de l’Energie annonce une chute de 30% de la demande de pétrole mondiale.

La Russie traine des pieds et trouve des excuses pour ne pas trop réduire sa production comme annoncé lors de la réunion de l’OPEP. Ils ne sont pas les seuls. Chacun passe son temps sur Google pour chercher une excuse autant inédite que crédible.

Le stock sont bientôt pleins avec la question : on fait quoi quand c’est plein?

 

Attendre pour voir

Le pétrole ressemble à une boule magique sur un trampoline qui rebondit dans tous les sens. On ose à peine imaginer ce qui va se passer aujourd’hui.

Une solution : fermer les yeux et les rouvrir dans une semaine.

 

Pétrole : Le coronavirus plus fort que l’OPEP et le G20 ?

Contaminé par le coronavirus, le prix du baril de pétrole tousse. Il est toujours en vie, mais il tousse.

La semaine dernière, grâce à un tweet dont il a le secret, Donald Trump avait réussi à le réanimer et à faire bondir les cours de +25% en quelques heures!

Rééditer cet exploit était l’objectif de la fusée à deux étages concoctées par l’OPEP, le cartel du pétrole, et les 20 pays les plus musclés du monde, le G20.

Il y a urgence. Le carburant de l’Economie mondiale, le pétrole, est au soin intensif. Investissements sabrés et une volatilité qui ressemble à un coq à qui l’on vient de couper la tête, ont ponctué une semaine du meilleur épisode de Dallas.


 

Le coup de communication de l’OPEP reposait sur la conjonction d’un accord des producteurs de pétrole du côté de l’offre, ainsi que des intentions d’achats des pays du G20 du côté de la demande. Si avec ça, les algorithmes des super ordinateurs de la bourse ne mordent pas à l’hameçon, c’est à ni rien comprendre.

 

Mardi 7 avril 2020

Avec un baril à 25$, le pétrole de schiste américain et le pétrole bitumineux canadien sont sous respirateurs. Au vue de l’état de santé du système de santé américain, l’inquiétude règne.

Aux USA, les coupes ont déjà enlevé 600’000 barils/jours (b/j) et la baisse pourrait atteindre les 2 millions b/j. Il y a une année, le nombre de forages sur le sol Yankee dépassait les 1’000. Il en reste 664 selon Baker Hughes et 30 ont fermés durant la dernière semaine.

Plus au nord, les producteurs canadiens consentent des rabais de plus de 10$ pour écouler leur pétrole aux USA. Les places de stockage commencent à manquer. Il ne reste que les soldes sur Amazon et Ebay pour vendre les invendus.

 

Fluctuations des prix du pétrole et leurs explications durant la dernière semaine

Source: Cryptonitewatch. Cliquez pour agrandir.

 

Mercredi 8 avril 2020

Comme pour chauffer la salle, le président américain annonce qu’il a contacté Vladimir Poutine et Mohammed bin Salman (MBS) prince héritier d’Arabie Saoudite.

 

Vidéo conférence de l’OPEP

 

Jeudi, 9 avril 2020

Le cartel du pétrole, l’OPEP, ainsi que les plus grands producteurs mondiaux ont organisé une réunion virtuelle afin de répondre à la destruction de la demande évaluée à 25 millions barils/jour sur les 100 millions extraits.  Objectif, faire remonter les cours malgré le coronavirus.

Rejoint par la Russie et d’autres pays producteurs, cet OPEP+ se présentait avec deux options:
Plan A : annoncer qu’aucun accord n’est trouvé, que nous allions tous mourir dans d’atroces souffrances et que le baril va toucher les fonds.

Sans surprise, c’est le plan B qui a été choisi.

On prépare la fumée blanche, et comme il y a 1987 années, on annonce une résurrection. Cette fois, c’est celle du pétrole avec -10 millions b/j. produit par l’OPEP+, et cela dès le joli mois de mai qui ressemble à un “mois de mais…”.

Le communiqué de presse a été salué par les cloches du monde entier, sauf celles du Mexique. Le pays refuse de réduire sa production de 400’000 b/j.  Caramba ! L’Arabie ne peut pas laisser un pays membre de l’OPEP se dérober. Il va falloir négocier et Trump met son nez à la fenêtre.

 


Nouveaux quotas d’extraction pour les pays,
sauf le Mexique qui se limitera à 100’000 b/j

En vert: la production actuelle. En turquoise: l’objectif

 

Vendredi, 10 avril 2020

Les membres du G20, dont la Suisse invitée, participent à une conf call de 13h à 19h30 avec les ministres de l’Energie de chaque pays.

L’Arabie Saoudite suggèrent fortement aux pays du G20 de remplir leurs réserves de sécurité pétrolière. L’objectif est double : 1) trouver un endroit pour stocker le surplus de pétrole 2) soutenir les cours du baril.

En temps de pandémie, il n’est pas banal de demander aux pays de dépenser leur argent pour acheter du pétrole.

La Chine, le Japon et l’Inde se frottent les mains et voient une aubaine d’acheter un pétrole bon marché pour relancer leurs économies en temps voulu.

Pour les USA, c’est un moyen de subventionner (sans le dire) leurs champions avec un chèque de 2 milliards $ afin de faire déborder la réserve nationale.

En Europe, à part la Norvège, les pays sont dubitatifs. Ne serait-ce pas le moment de commencer à sortir du pétrole ? L’Arabie Saoudite débarrasse de la table cette idée farfelue. L’Economie mondiale c’est du pétrole. Un point c’est tout!

 

Comme à son habitude, une réunion du G20 se termine toujours par un communiqué de presse dont la bonne humeur n’a d’égale que celle d’un labrador devant sa gamelle. Le cocorico ne mentionne aucun chiffre contraignant, aucune coordination. Un grand vide organisé en quelque sorte.

En réalité, on retrouve le même comportement qu’avec les masques et les ventilateurs du coronavirus. Chacun pour soi et dieu pour tous. Ceci résonne comme une alarme en cas de pénurie de pétrole dans les années à venir.

 

L’ouverture de la cession de l’OPEP comme si vous y étiez

 

Samedi 11 avril 2020

L’Arabie insiste pour que le Mexique se plie aux quotas imposés. Il ne s’agit pas d’une question de quantité, mais de ne pas créer une brèche parmi les membres du cartel de l’OPEP.

Les USA annoncent qu’ils ne vont pas demander à leurs pétroliers de diminuer leur production. On ressort l’argument de la main invisible du business qui règlera le tout. Trump est en train d’avaliser que son pays ne fera rien et que les efforts doivent être fournis par les autres. La main invisible, c’est peut-être lui!

ExxonMobil et Chevron s’opposent catégoriquement une baisse de leurs productions. On soupçonne les grands pétroliers de glisser des peaux de bananes sous les concurrents les plus petits. L’idée est de les racheter pour une bouchée de pain lors des faillites à venir. Ça, c’est l’autre main du business.

 

Dimanche 12 avril 2020

L’Arabie Saoudite n’aura pas réussi à tordre le bras du Mexique.

Au milieu de la pandémie, le Mexique a besoin d’entrée financière. De plus, son champion pétrolier Pemex, croule sous les dettes et le rating du pétrolier national est déjà catastrophique. Impossible de trouver de l’argent sur les marchés, seule la vente de pétrole peut faire l’affaire.

Le fantasque président Andrés Manuel López Obrador voit d’un très mauvais œil une baisse de 20% de sa production. In fine, il obtient un passe-droit.

Au total, l’OPEP+ annonce une baisse théorique de 9,7 millions b/j. de ses extractions. En pratique, il n’est pas nécessaire de faire un dessin.

 

Lundi 13 avril 2020

Au total l’OPEP+ annonce 9,7 millions b/j en moins et les autres pays producteurs -5 millions. Au total : -15 millions de barils par jour alors que le surplus pourrait atteindre les 25 millions.

Les marchés pétroliers ouvrent. Si les algorithmes sont bien synchrones, les cours devraient grimper, ou pas. Mais qu’importe. Les semaines à venir apporteront la température du pétrole et renseigneront sur l’efficacité du placébo proposé par l’OPEP.

Le coronavirus va bien au-delà de l’OPEP et du G20, mais l’envie de «revenir rapidement à avant» engendre ces gesticulations.

On dirait que le monde commence à s’apercevoir que le pétrole ne fonctionne pas selon les lois du marché mais qu’il est régi par des cartels financiers et pétroliers, par des subventions gigantesques et par de la manipulation. Rien de neuf. Ce concept avait été mis en place par John Davison Rockefeller, il y a 100 ans.

Bref, la semaine écoulée a produit l’un des meilleurs épisodes de Dallas. On se réjouit de voir le prochain, mais il va falloir être créatif pour faire aussi fort.

Dans la nuit, un teaser a même été dévoilé par Donald Trump, qui est devenu l’espace d’une semaine, le roi de l’OPEP.

 

 

Le Pétrole : cette bombe à retardement

Il y a trois semaines, sous l’impulsion du corona, de l’Arabie Saoudite et de la Russie, le pétrole a perdu 50% de sa valeur. Bien préparés et histoire de tenir le choc, ces deux pays avaient largement alimenté en pétrodollars leurs fonds souverains.

A contrario, les Etats-Unis n’ont rien vu venir et leur préparation à cette éventualité n’a d’égale qu’un discours de Donald Trump sans prompteur.


 

Le Dilemme Américain

Sans surprise, les pétroliers de schiste américains ont été touchés de plein fouet. En moins de deux semaines, une grande partie a déjà annoncé des coupures de budgets, des licenciements et lancé des procédures de faillites. Pour extraire un baril de schiste, un baril à 52$ est nécessaire. Les 25$ actuels n’offrent que les yeux pour pleurer.

Désireux de protéger sa doctrine «de dominance énergétique», le président Trump fait face à un dilemme. Comment maintenir les prix de l’énergie le plus bas possible afin de faire repartir son Economie, tout en gardant en vie les producteurs pétroliers qui ont besoin de cours élevés?

Durant l’année 2019, incapable de générer des revenus suffisants, 42 entreprises pétrolières américaines s’étaient mises sous la protection des faillites. L’année 2020 s’annonçait sous des auspices compliqués. Les pronostics ont largement dépassé les attentes.

Depuis deux semaines, tous les voyants du schiste ont tourné au rouge vif !

Cependant, grâce au coronavirus, Washington pourrait avoir trouvé une parade. Via les injections de la Banque Fédérale Américaine dans l’économie, les dettes des pétroliers pourraient être, en partie, effacées. Il n’aura fallu que quelques heures à Exxon et Chevron pour annoncer des mesures parfaitement calées sur le règlement proposé par la FED.

Il reste encore aux deux chambres à donner l’autorisation de livrer les valises de dollars gratuits.

 

Capacité de stockage en milliards de barils
Source: Rystad Energy

 

Le stockage : Un autre nuage plane sur le pétrole

A cause de la spectaculaire baisse de la demande, il est urgent de trouver des places de stockage. A contrario d’une ampoule, un forage pétrolier ne peut pas s’éteindre et s’allumer d’un clic, sous peine de ne pas repartir ou d’influencer tout le gisement. Seul le pétrole de schiste offre un délai “on/off” raisonnable.

Pour les prochaines semaines, la surproduction devrait être comprise dans une fourchette de 8 à 25 millions de barils par jour !

La problématique n’est pas triviale et fait le bonheur des propriétaires de tankers pétroliers qui ont rapidement revu leurs tarifs à la hausse.

Selon Rystad Energy, les capacités de stockage mondiales sont utilisées à 76% et elles pourraient être remplies assez rapidement. Là aussi, le président Trump joue avec finesse. Il a proposé de racheter, à un prix d’amis, 77 millions de barils de schiste américains afin de remplir la réserve nationale. Ce coup de pouce aura une durée de vie limitée.

Les pétroliers canadiens vendent déjà leur baril avec un rabais de 13$, soit en-dessous de 10$ l’unité. Lors de la crise de 2014, certains producteurs de schiste avaient payé 50 centimes le baril pour s’en débarrasser ! Vous avez bien lu : payer, pas vendre !

Dans le même état d’esprit, les producteurs ont financièrement intérêt à brûler le gaz sur le lieux d’extraction au lieu de le transporter et de le vendre.

En toute logique, si l’Arabie Saoudite et la Russie continuent sur leurs lancées et si le coronavirus déjoue les intuitions du président Trump, les cours vont tendre vers le bas le temps de la pandémie. Ensuite si l’Economie repart, sans une partie des 9,3 millions de barils de schiste US, les cours devraient remonter comme un bouchon de liège.

 

3….2…..1….

Le pétrole devient de plus en plus une bombe à retardement.

Les variations extrêmes de son prix, son impact sur les économies, les enjeux de pouvoir et de domination entre pays ainsi que le dérèglement climatique n’ont jamais été aussi dangereux, visibles et palpables. Tous ces comportements compulsifs doivent nous pousser à nous en éloigner le plus rapidement possible.

Alors que les pays producteurs vont déverser des centaines de milliards $ afin de garder en vie leur pétrole et maintenir une dépendance addictive, les pays importateurs doivent utiliser leurs plans de stimulations économiques afin de s’en éloigner et d’accroître leur indépendance énergétique en produisant localement les énergies dont ils ont besoin.

Cette stratégie permettra également de relancer les emplois, d’accompagner les entreprises locales et de faire bénéficier et circuler cet argent dans l’Economie du pays au lieu de l’exporter.

Gare aux pays atteints du syndrome de Stockholm, la tentation de retourner dans les bras du pétrole est rassurante, mais explosive.

 

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Après 12 jours de Krach Pétrolier: le baril à 23$

Et si la Banque Nationale Suisse soutenait l’Innovation?

A hauteur de 1,2 milliards €, Bruxelles va participer au financement de la construction de batteries européennes pour les voitures électriques et le stockage d’énergie. L’objectif est de tenter d’endiguer la déferlante chinoise dans ce secteur.

Durant la dernière décennie, à coup de subventions déguisées, la Chine s’était emparée des industries solaire et éolienne mondiales. Aujourd’hui, la perspective de perdre des millions d’emplois dans le secteur automobile fait mouche. La Commission Européenne a dû s’adapter aux nouvelles règles du jeu mondial imposées par Pékin et Washington.


 

L’industrie automobile allemande et française ont tiré la sonnette d’alarme. Pendant que l’Europe prône angéliquement la non intervention de l’Etat dans les marchés, la Chine injecte des milliards pour soutenir les piliers de sa stratégie «Made in China 2025» pendant que Donald Trump implémente avec succès son «Make the America Great Again ».

Comme s’il avait été pris la main dans le sac, le Ministre de l’Economie française Bruno Le Maire a confessé “l’Europe nous a autorisé à verser des aides publiques car il s’agit d’un projet important d’intérêt européen commun qui permet des fonds publics sans contrevenir aux règles européennes sur les aides d’Etat et la concurrence”. On apprécie le zigzag.

Bruxelles va investir 1,2 milliards sur 5 ans. En comparaison, le gouvernement chinois a mis sur la table 4,2 milliards $ depuis 2017, pour acquérir des participations dans des mines de lithium en Amérique Latine. Il n’aura fallu que 55 milliards $ à Pékin pour prendre le contrôle mondial de la chaîne de valeurs des voitures électriques.

 

Entre Libéralisme et Pragmatisme

A l’instar de l’Europe, la doctrine américaine proscrit l’intervention de l’Etat dans les entreprises. Dans la pratique, deux piliers financent l’innovation US: les investisseurs de la Silicone Valley et l’armée américaine. Cette dernière a financé une grande partie des technologies utilisées dans les IPhones.

Le développement actuel des drones-taxis d’Uber Elevate ou de Google est porté par la main invisible… de l’US Army. L’arrivée de Donald Trump a renforcé la complicité entre l’Etat et les entreprises.

Dans le grand jeu de l’innovation mondiale, l’Europe et la Suisse utilisent les anciennes règles, comme si les USA et la Chine jouaient au football avec 15 joueurs et 3 gardiens de but.

En une décennie, le leadership solaire Allemand, Autrichien et Suisse a été abandonné à Pékin. L’intelligence artificielle, la puissance de calculs, le stockage d’énergie, l’énergie nucléaire ne sont déjà plus européens.

 

La Suisse et le financement de ses entreprises

Dans une Economie agile, la rigidité du dogme Suisse dévoile ses limites. Depuis Logitech, combien de start-up peuvent s’enorgueillir d’avoir atteint le milliard $ et d’avoir créé plusieurs centaines d’emplois suisses?

Le système actuel se limite au financement de la recherche, de l’éclosion de start-ups ou de l’accompagnement des PME pour ensuite, faute de financement, se faire piller les joyaux et délocaliser les emplois en Chine ou aux USA.

 

Un Fonds Souverain Suisse

Pour assurer leur croissance, expansion ou développement, les entreprises suisses ne bénéficient de pratiquement aucun soutien financier des banques ou de la Confédération. Cerise sur le gâteau, la Banque Nationale Suisse investi des milliards $ dans les sociétés américaines concurrentes directes des start-ups et des entreprises helvètes.

Trop souvent, la très dynamique industrie suisse, notamment dans les cleantech ou du smart city, doit délocaliser, diminuer ses ambitions ou simplement fermer.

C’est également l’amer constat que fait la Commission Européenne. La perte d’un trop grand nombre d’emplois est une menace sur la stabilité de l’Union. Pour les 4 prochaines années, elle va mettre sur la table 9,1 milliards € pour soutenir ses entreprises innovantes.

En Suisse, les solutions de financement existent. L’une d’entre elles a été apportée par Philipp Hildebrand, ancien directeur de la BNS. Lors du Forum des 100, il a exprimé la possibilité de créer un pool d’actifs souverains publics qui utilise les réserves de la BNS afin d’optimiser l’aide à la transition climatique.

L’idée que la BNS se préoccupe enfin du climat, des emplois et de la santé des entreprises innovantes Suisses parait tout autant logique que subversive. Mais faute d’inflation, n’est-ce justement pas là son actuel destin et son utilité?

 

L’OPEP tente de repousser les prix du pétrole vers 70-80$

La réunion des membres de l’OPEP a entériné une diminution de 1% de l’extraction mondiale de pétrole à -1,2 million de barils par jour. L’objectif est de freiner la chute des cours de 87 à 58$ le baril (-33%) des deux derniers mois pour remonter dans une fourchette de 75 à 85$.

Pour le cartel, cette base devrait permettre des rentrées suffisantes de pétrodollars, de soutenir la croissance pour maintenir la demande de pétrole et de freiner les investissements dans les énergies renouvelables. A ce petit jeu, chaque pays défend ses propres intérêts.

Ne serait-il pas le moment d’envisager une transition hors des griffes du pétrole?


 

Depuis 2006, les variations extrêmes du baril déstabilisent autant les producteurs que les pays importateurs de pétrole.

C’est la deuxième fois depuis 2014 que l’OPEP doit intervenir de manière aussi vigoureuse. De 100$, les cours étaient descendus à 40$ en quelques mois. Aujourd’hui, la potion magique est la même: réduire l’offre.

Cette fois, ce sont les décisions à l’emporte-pièce de Donald Trump face à l’Iran qui ont totalement déstabilisé l’industrie pétrolière mondiale. D’un embargo total, Washington a lâché du lest à la dernière minute, en vue des élections de mi-mandat.

Dans les faits, Donald Trump terrasse tous les fondamentaux pour imposer sa vision à très court terme et assurer sa prochaine réélection en 2020.

 

Quel est le juste prix du baril ?

Les USA

Donald Trump souhaite des tarifs pétroliers sous la barre des 50$. Cela permet d’offrir à son électeur, Joe America, un carburant bon marché, ainsi que de stimuler l’activité industrielle et l’économie nationale. Ces trois facteurs pourraient lui accorder un second mandat.

Quant aux monstrueux déficits de l’extraction de pétrole de schiste, les Blackrock, JP Morgan, Wells Fargo, Bank of America, UBS, Credit Suisse, etc. sont passés maître pour exporter les pertes américaines à des institutions financières étrangères comme la Banque la Banque Nationale Suisse ou les fonds de pensions des retraités européens.

Qu’importe que le baril soit à 50$ et que les producteurs de schiste perdent des centaines de milliards $. Tant que leurs managers sont massivement payés et que des milliers d’emplois sont générés aux USA, le «Make the America Great Again» triomphe.

Un baril à 50$ permet également de limiter et de contenir l’implémentation des solutions renouvelables dévastatrices pour les énergies fossiles et pour la doctrine Trump.

 


Avant la réunion de l’OPEP, le président Trump a fait pression sur le cartel
dans le but de ne pas diminuer l’offre

 

Les Pays producteurs

Les pays producteurs privilégient un baril entre 70-90$ afin d’équilibrer leurs budgets. Le train de vie de l’Arabie Saoudite nécessite un baril supérieur à 80$. Plus frugale, la Russie, , peut se contenter d’un baril à 43$. Le surplus n’est que confort et bénéfice.

Le Venezuela, l’Iran, l’Irak, la Libye ou le Nigeria prient pour que la fourchette supérieure devienne la norme tant leurs besoins financiers sont importants.

Un baril à 80$ permet également aux pétroliers de pouvoir investir dans l’exploration pétrolière afin de remplacer les gisements qui s’épuisent. Durant cette dernière décennie, les coûts d’extractions sont passés de 5$ le baril à plus de 70$. L’industrie doit forer de plus en plus profond pour extraire du pétrole de moins en moins riche.

 

Les pays importateurs

Comme les membres de l’OPEP, les gouvernements des pays importateurs bénéficient aussi de la bénédiction du pétrole, via des taxes qui génèrent de substantiels revenus. A cet égard, la décision du cartel est une bonne nouvelle. Le montant optimal du baril raisonne le mieux dans la fourchette 80-90$.

Mais attention, au-dessus de 100$, le pétrole détruit tant la croissance économique que la demande de carburants. Comme le montre la crise de 2008, l’Economie est incapable de supporter un baril à plus de 140$.

 

Sortir du pétrole

La décision de l’OPEP de réduire l’offre implique directement la vie de tous les citoyens de la planète. La volonté du cartel de garder l’hégémonie du pétrole sur les autres énergies est compréhensible. Paradoxalement, on retrouve également cette même volonté au sein des pays importateurs.

Cependant, les variations extrêmes des prix du baril doivent nous inciter à effectuer une transition énergétique et une sortie rapide des produits pétroliers. Ces variations sont les premiers effets du peak oil et elles ne vont que s’amplifier, tout comme les changements du climat.

Une première étape pourrait demander l’interdiction de financement de projets pétroliers par les institutions financières publiques. Durant les deux dernières années, les banques françaises ont investi, à l’étranger, plus de 43 milliards € dans le pétrole.

En Suisse, le président de la Confédération, Alain Berset, a annoncé frs 120 millions de francs d’investissements dans les projets de réduction de CO2, majoritairement à l’étranger. Si au lieu d’utiliser les impôts des citoyens, il avait tout simplement régulé les investissements des fonds de pensions des caisses publiques, de l’UBS, du Crédit Suisse ou de la Banque Nationale Suisse, les bénéfices seraient répercutés sur l’entier du pays et pas uniquement aux USA. Cela aurait éventuellement permis à la BNS d’éviter de perdre des milliards $ dans ses investissements pétroliers au pays de Trump.

Combien de temps encore, la poudre de perlimpinpin va-t-elle résister aux turbulences pétrolières?