Energie/Climat : Puissance ou Finance, qui tient qui par la barbichette ?

Un article interactif où vos idées sont les bienvenues.

En juin, la nouvelle fuita via l’AFP. Sans surprise le GIEC vient d’annoncer que du côté du climat, ça va chauffer. Dans cette grisaille, une bonne nouvelle. Toutes les catastrophes climatiques de cet été ne sont pas pires que celles qui viendront l’année prochaine et les années suivantes! Ode à l’instant présent.

 

Voulant faire passer la Suisse comme bonne élève, sa ministre de l’énergie et de l’environnement, Simonetta Sommaruga a immédiatement tweeté, que “lors de la #COP26, la Suisse s’engagera pour une protection #climatique efficace à l’échelle mondiale.”

C’est bizarre. Il y a 2 mois le peuple suisse refusa de limiter ses émissions de CO2. De son côté, le Conseil Fédéral a donné carte blanche à la Banque Nationale Suisse pour investir $ 10 milliards dans les énergies fossiles les plus polluantes (et perdre plus de 3 milliards dans l’opération) et il s’est battu corps et armes afin d’acheter pour 6 milliards d’avions de combats.

Par un heureux hasard, ces exemples permettent d’effectuer la transition sur le coeur de cet article et des questions qui sont posées à votre sagacité.

 

La puissance d’un pays est proportionnelle à sa consommation d’énergies

Ainsi, afin de diminuer les émissions de CO2 et de Méthane, il est nécessaire de diminuer la consommation du pétrole, du gaz et du charbon. L’équation est posée. La résoudre est plus osé.

La quantité d’énergies utilisée par un pays est proportionnelle à sa puissance. Le pays le plus puissant du monde est celui qui en consomme le plus.

La doctrine Obama s’appuya sur le pétrole et gaz de schiste, comme outil « de puissance énergétique» alors que Trump préféra la «dominance énergétique». Tout est dit.

L’Armée américaine est l’entité mondiale qui consomme le plus d’énergies fossiles, suivie par l’armée chinoise.

Du côté des pays, qui maitrisent, l’arme énergétique ultime, la bombe atomique (Chine, États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Inde, Pakistan, Israël), aucun ne montre l’envie de céder son rang dans le classement des superpuissances.

Ainsi, tant qu’il n’y a pas un outil ou une ressource capable de remplacer le pétrole/gaz/charbon à l’échelle 1/1, aucun pays ne peut réduire sa consommation de fossiles sous peine d’être rétrogradé.  Le rejet des actions climatiques par le président Macron est en parfaite osmose avec cette réalité.

A sa petite mesure, les nouveaux avions de chasse de la Suisse, entrent dans cette philosophie. La possibilité de brûler 20’000 litres de pétrole en moins d’une heure est un signe de puissance.

 

Le monde magique des GAFAM et de la finance

Au-delà des nations, les GAFAM (géants du numériques) rivalisent financièrement et intrusivement avec les Etats bien qu’avec le Pass-Covid certains pays rattrapent leur retard.

A leur côté, les financiers BlackRock, Vanguard, les banques privées, les Banques Centrales et les fonds d’investissements des caisses de retraites sont les véritables faiseurs de Rois énergétiques.

Les énergies fossiles reposent sur des subventions pharamineuses (6x celles des énergies renouvelables). Cette manne est en partie siphonnée à la source par les financiers grâce à des mécanismes qu’ils ont eux-mêmes mis au point.

Le gouvernement Allemand a débloqué € 38 milliards afin de compenser les actionnaires pour la fermeture des centrales à charbon d’ici à 2040. Il n’en fallait pas plus pour les fonds se précipitent sur ces actifs afin de bénéficier de cette prime à la casse.

Calqué sur les prix du pétrole, les gaziers bénéficient de marges prodigieuses (entre 8-9 $ de bénéfices pour 10$ vendus).

La raréfaction du combustible nucléaire sur les marchés est une opportunité d’achat. On remarquera que le financement de centrales nucléaires est strictement réservé aux Etats, car trop risqué et dispendieux.

 

Puissance et Finance : la barbichette

Quelle sera la grande puissance qui fera le premier pas vers une transition énergétique hors fossiles et pourquoi prendra-t-elle cette posture?

Au niveau financier, à part engager Léo Messi, quel déclics pourraient émerger afin de faire basculer les investissements hors énergies fossiles ?

Qu’en pensez-vous ?

Face à Washington, rocambolesque pirouette allemande pour du gaz russe

Les américains auront tout fait pour bloquer les prochaines livraisons de gaz russe à l’Allemagne via la construction du deuxième gazoduc Nord Stream 2. Cette intrusion américaine dans les affaires européennes a pour but de diminuer les livraisons de gaz russe pour les remplacer par du gaz de schiste ou du gaz liquide “made in USA”.

Pour contourner les sanctions américaines, il a aura fallu trouver une faille. C’est exactement là où on n’entendait pas la contre-offensive que l’offensive arriva. Pour ce faire, l’Allemagne a créé une fondation sur le climat dont le but est d’aider à terminer la construction de ce gazoduc !


 

C’est ainsi que le «Fonds de Protection pour le Climat du lander de la Mecklembourg-Poméranie occidentale» a vu le jour avec un financement de 200’000€ par le lander Allemand et 20 millions € par le consortium Nord Stream 2 et Gazprom.

Les américains n’avaient pas imaginé la possibilité d’une pareille pirouette.

Ainsi, la fondation nouvellement créée a pour buts de promouvoir des projets de protection de l’environnement, de la nature et du climat, mais aussi de pouvoir être active sur le plan commercial et donc de financer les entreprises qui vont terminer la construction du Nord Stream 2. Le parti d’Angela Merkel a voté pour cette création, avec en arrière plan, la protection des entreprises allemandes face aux intrusions américaines.

 

Rapidement terminer le gazoduc

Il reste à terminer la pose de deux tronçons, 120 km dans les eaux du Danemark et 28 dans les eaux territoriales allemandes. En 2019, l’entreprise Allseas, basée en Suisse, avait arrêté la pose des tuyaux sous la pression américaine.  A la place, le navire russe de pose de conduites Fortuna a recommencé à raccorder 1,5 km de pipeline par jour afin de terminer le travail. Ce 18 janvier, Washington a mis sous embargo le navire russe.

Une fois les tuyaux installés, il restera à mettre en service ce gazoduc d’une capacité de 55 milliards m3 de gaz. Il doublera la capacité de son jumeau le Nord Stream 1.

Au total, l’opération aura coûté 9,5 milliards € et produira plus de 140 milliards kg de CO2 ainsi que des tonnes de méthane, gaz à effet de serre. On peine à comprendre la stratégie climatique de l’Allemagne, mais là n’est pas le propos.

Du côté de la fondation climatique, elle devrait fermer ses portes une fois le processus achevé, pirouette, cacahuète.

Les fuites de méthane du gaz naturel scrutées depuis l’espace

De plus en plus de publications d’études scientifiques dévoilent de larges fuites de méthane lors de la production, le transport et la combustion du gaz de schiste aux USA, au point que de nombreuses villes américaines ont interdit, pour des raisons climatiques, l’utilisation du gaz naturel pour le chauffage et la cuisine.

En 2018, les premières mesures avaient été révélées par l’Environmental Defense Fund (EDF) et l’université de Harvard. Elles avaient révélé des émissions 60% plus élevées que les mesures des exploitants gaziers et du gouvernement Trump via son agence environnementale “Environmental Protection Agency” (EPA).


Des Etats-Unis à l’Europe

Il est vrai que la pratique d’extraction de schiste est très polluante et inquiète la population américaine. Cette sensibilité plus exacerbée avait poussé certains organismes, universités et scientifiques à obtenir des données factuelles et plus précises qu’un gribouillage sur un papier. Ainsi, l’utilisation d’images satellites et de technologies spatiales ont émergé.

Les études publiées, notamment dans Nature Magazine, démontrent que l’industrie pétrolière et gazière a sous estimé de 25 et 40% ses émissions de méthane.

En Europe, les producteurs et revendeurs de gaz naturel ont réussi à éviter que les projecteurs éclairent cette problématique environnementale alors que les exploitants de gaz ont positionné leur produit comme “le parfait outil de la transition énergétique“. Ce concept avait été élaboré dans les années 80 par le lobby américain gazier. Aujourd’hui, il est largement remis en cause (lire National Geographic).

L’Europe pouvait s’émanciper des mauvais chiffres du schiste américain, car le gaz consommé en Europe vient de Russie, d’Algérie, d’Iran, de la Mer du Nord avec une extraction conventionnelle moins polluante.

Cependant, les nouvelles données venues du ciel montrent que l’exploitation traditionnelle de gaz naturel dégage également de fortes émissions de méthane.

 

Emissions de méthane dans la production de gaz naturel.
Kayrros a publié une liste de points sensibles à travers l’Europe.
Selon les images satellites,  une fuite de 17 tonnes par heure vient
du champ gazier de Yamal opéré par le russe Gazprom.
La carte montre également tous les points d’émissions importants.
Source Kayrro

 

Des émissions de Méthane sous estimées jusqu’à 40%

En collaboration avec le système spatial Européen Copernicus Images, l’entreprise énergétique Kayrros permet maintenant de quantifier des fuites mondiales de méthane notamment au niveau du gaz et du pétrole. Le méthane est 28 fois plus virulent que le CO2 et les fuites de méthane représentent un équivalent de 1,8 gigatonne de CO².

Kayrros a rejoint le GHSSat qui répertorie les émissions de gaz à effet de serre depuis l’espace. En octobre dernier, le GHSSat a estimé des fuites records à 142’000 tonnes de méthane entre janvier et septembre 2019


Forage de Schiste dans le Bassin Permien, USA
Source: European Space Agency

 

Ces données remettent en cause la légitimité du gaz naturel comme énergie de transition

Ces nouvelles technologies et données sont une bonne nouvelle pour le climat. Elles permettent de découvrir les sources d’émissions de gaz à effet de serre, de localiser de manière précise les lieux d’émissions, d’identifier les entreprises et de s’y attaquer de manière chirurgicale pour autant qu’une volonté politique et économique sont en place.

Avant de se faire pointer du doigt, les pétroliers et gaziers BP et Shell ont pris les devants et investissent à leur tour dans l’imagerie satellite afin de découvrir les fuites de leurs propres installations.

De leur côté, les géants américains comme Chevron et Exxon ainsi que l’administration américaine ou les Russes de Gazprom, on préfère ne pas en tenir compte des fuites de méthane pour des raisons économiques. Ainsi Washington, via son agence de l’environnementale, EPA, est en train d’éliminer toutes les législations concernant les émissions de méthane. L’objectif est de diminuer les coûts de production et de relancer la production gravement impactée par le coronavirus.

 

La courbe de l’augmentation des émissions de méthane

 

En Europe, à l’image des villes américaines, des régions et des villes étudient l’interdiction de l’utilisation du gaz pour le chauffage et la cuisine notamment dans les nouvelles constructions. Cependant, au niveau de la Banque Européenne, de la Banque Mondiale et du FMI, les grandes institutions continuent de soutenir massivement et financièrement l’utilisation du gaz pour générer l’électricité.

Pour combien de temps encore ?

La réponse viendra-t-elle du ciel ?

 

Exemple de fuites de méthane dans un forage de gaz de schiste dans le Bassin Permien aux USA
Source: GHGSatCopernicus

La Banque Nationale Suisse investit dans les Banques de Schiste

Pour ceux qui étudient les investissements de la Banque Nationale Suisse SA, la société anonyme est une source d’émerveillement permanent.

Alors qu’elle se doit d’éviter les investissements dans le pétrole et gaz de schiste, le charbon, l’uranium, les énergies fossiles, les armes et les institutions bancaires, la direction préfère cocher toutes les cases.

Comme personne ne semble s’en offusquer, même pas le comité d’éthique ou les ministres des finances des cantons, la BNS a tenté le grand chelem: investir dans des banques qui investissent dans le pétrole de schiste aux USA! Deux interdits dans le même acte faisant une pierre deux coups. La performance est éclatante. Dans cet achat d’actifs, la BNS n’a perdu que 37 millions $ depuis le début de l’année.


Le pot aux roses a été découvert via une publication de Bloomberg d’une liste de 11 banques américaines en difficulté à cause de leurs implications importantes dans le schiste. Sur les 11 institutions bancaires pointées du doigt, la BNS n’en a ratée aucune. Respect!

 

Depuis le début de l’année, la valeur de ces banques n’a perdu que 37,6 millions $.

 

Cependant, la BNS ne s’est pas limitée à investir que dans ces banques. Elle a déversé son argent dans tout le système bancaire local américain. Vous pouvez trouver toutes les banques dans ce fichier mis à jour le 31 mars 2020.

 

Qu’en pense la Banque Nationale Suisse?

Devant cette découverte, j’ai pris contact avec le service de communication de la Banque Nationale Suisse avec ces questions:
   A) Pourriez-vous m’indiquer les motifs des investissements de la BNS dans des banques aux USA?
   B) Si vous n’avez pas cette liste, voulez-vous que je vous la fasse parvenir?
   C) Quel est votre avis sur ces investissements qui se heurtent à deux de vos règles en même temps (banque et environnement)?

L’éclairage est tombé comme la nuit: “Dans sa stratégie de placement, la Banque nationale suisse renonce à acquérir des actions de banques et d’autres établissements à caractère bancaire à moyenne ou à grande capitalisation de pays industrialisés. Elle s’abstient par ailleurs d’acheter des actions d’entreprises qui violent massivement des droits humains fondamentaux, qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement ou qui sont impliquées dans la fabrication d’armes condamnées sur le plan international.

Bref, le message standard “copier/coller” envoyé aux curieux dont je dois avoir 20 copies.

Devant cette non-réponse, je me suis permis d’insister. Au bout de 3 échanges, une information cruciale et décisive a enfin fini par transpirer: la directrice zurichoise de la communication n’apprécie pas l’humour et l’insistance des Welsches. Punkt Schluss!

 

Est-ce que la BNS investit contre votre entreprise suisse?

Si vous aussi vous voulez vous amuser, voici la liste des investissements de la BNS dans le marché américain au 31 mars 2020. Elle est mise gratuitement à disposition par le gouvernement américain.

Si vous êtes un entrepreneur, un chef d’entreprise, un innovateur de start-up, un PDG d’une multi-nationale comme ABB, vous pourrez immédiatement prendre connaissance des millions de $ que la BNS investit dans vos concurrents directs aux USA.

Ne parlez surtout pas de concurrence déloyale contre les entreprises suisses, la directrice de la com de la BNS n’apprécierait pas !

 

 

 

Chaos sur le pétrole américain. Il termine à moins 37$. Oui, -37$ !

Journée chaotique, historique et vice versa. Le prix du baril de pétrole américain, WTI, est passé sous la barre des zéros, à -37.36$ le baril pour être précis.

Pour bien comprendre, ce lundi, les heureux propriétaires de pétrole américain ont payé 37,63$ à celui qui voudra bien leur débarrasser de leur pétrole! L’industrie pétrolière a réinventé les soldes ou un moyen de piquer la une au coronavirus sur facebook.

La journée se termine alors que le baril valait encore +18,27 à l’ouverture, soit une chute de 55$! Après cette dégringolade, le WTI va remonter rapidement. Comment en est-on arrivé là?


 

Courage, fuyons

La semaine dernière, les t-shirts et casquettes “le pétrole à 19$, j’y étais” avaient été imprimés. Cet événement ne s’était plus reproduit le début du millénaire. Il fallait bien marquer le coup.

Mais hier, l’or noir a fait encore plus fort même si techniquement cette chute s’explique. Les traders ont dû liquider leurs positions sur les livraisons en mai. Dans les grandes lignes, certains traders avaient misé sur un contrat “future“: acheter hier pour se faire livrer en mai.

Ainsi, les heureux détenteurs de “ces futures” avaient le choix: soit de prendre physiquement possession de ce pétrole d’ici à la fin mai, soit de les vendre aux plus offrants ou moins offrants, c’est selon.

Aux USA, les capacités maximales de stockage seront atteintes d’ici à 2 semaines. Donc, à part stocker ce pétrole sur leurs balcons ou dans les salles de conférences, les traders ont dû s’en débarrasser selon le principe de la patate chaude. Le dernier, qui l’a en main, aura le privilège de recevoir les barils devant sa porte. Les prix ont dégringolé durant toute la journée pour atteindre les -37$.

Les gagnants pourraient être les petits malins qui ont sécurisé des places de stockage ou des tankers. Ils pourront attendre que les prix remontent pour extraire de juteux profits.

 

 

Où stocker le pétrole américain ?

Avec la pandémie de coronavirus, la demande mondiale de pétrole a chuté. Comme un forage n’a pas de fonction on/off, l’or noir continue de couler à flot. Il faudra encore quelques jours afin de diminuer sensiblement la production.

La semaine dernière, l’Agence Américaine de l’Energie avait annoncé un surplus de 19.2 millions de barils en une semaine. Selon Baker Hughes, aux USA 66 forages ont été éteints la semaine dernière et il en reste 438 en activité soit 387 de moins qu’il y a une année.

 

Producteurs sous pression

Cette situation pourrait encourager les producteurs américains à faire faillites au lieu de payer des millions pour se débarrasser de leur production. Le mouvement a déjà commencé. Il est nécessaire d’attendre la fin de la tempête pour répertorier les survivants.

Selon Bloomberg, cette hécatombe pourrait donner une opportunité à des activistes du climat afin de racheter, pour une bouchée de pain, ces compagnies afin de garder le pétrole dans le sol. Même si l’on reste dans la théorie, l’idée est séduisante!

 

Make the pétrole great again

Cette situation est une épine dans le pied du président Trump. Il y a 2 semaines, il tweetait en fanfare l’accord de l’OPEP et du G20 et le maintien de centaine de milliers d’emplois dans le secteur.

Si le pétrole de schiste a offert à la Maison Blanche “une dominance énergétique“, l’arme se retourne. Malgré l’injection artificielle de milliards $ dans l’industrie, le schiste est sous respiration artificielle. Il n’est pas certain qu’il redeviendra great again.

 

Dans le reste du monde

Plus au nord, au Canada, le baril se vend à 1 centime $ pour les 159 litres d’un baril. Ce qui confirme l’adage : je pers sur chaque baril que je vends, mais je me rattrape sur la quantité !

A Londres, le baril est resté, plus ou moins stable à 25,95$ le baril. Aujourd’hui, le Brent est moins impacté sur les places de stockage car il concerne un grand nombre de pays. Si la pandémie continue, les choses pourraient rapidement changer. Attendons pour voir.

La seule pincée de certitude: le pétrole américain, WTI, va remonter. Les achats futurs pour le mois de juin se situent à 20$. Ce matin, il est repassé sur la barre des 1$.

 

Le pétrole est la denrée la plus importante et la plus précieuse pour l’Economie mondiale. Analyser ses dysfonctionnements, la désorganisation des pays producteurs et l’impact sur le climat montre la folie d’avoir basé toute notre confiance sur un pareil cheval.

Cette stratégie a bien fonctionné jusqu’à aujourd’hui. La roue tourne et elle pourrait le faire sans pétrole!

 

 

Après 12 jours de Krach Pétrolier: le baril à 23$

Le coronavirus est en train de ravager l’industrie pétrolière et la destruction de la demande pourrait atteindre le chiffre astronomique de 10 millions sur les 100 millions de barils consommés par jour (b/j). Les cours ont chuté à 23,38$ à New York et à 27,94$ à Londres.

En parallèle, l’une des passe-d’armes les plus virulentes du protectionnisme se révèle dans la guerre pétrolière déclarée entre la Russie, l’Arabie Saoudite et les USA. La “Dominance Energétique” américaine est remise en cause mais chaque mètre sera défendu avec ardeur.

Ce chaos pourrait fondamentalement remodeler notre utilisation d’énergie ainsi que la géopolitique mondiale. Comment en sommes-nous arrivés là ?


Vendredi 6 mars 2020

Lors de la réunion de l’OPEP, l’Arabie Saoudite défend une diminution de la production de 1,5 million b/j pour répondre à la baisse de la consommation chinoise générée par le coronavirus. Le Prince Abdulaziz, le frère du prince héritier Mohammed bin Salman, pose cet ultimatum avec l’espoir de faire grimper les prix au-dessus de 60$.

Il ne manque que la signature de Moscou pour avaliser cette nouvelle proposition.

 

Samedi: Niet

La réunion de l’OPEP avec la Russie ne dure que 30 minutes avant de voir Igor Sechin retourner à Moscou avec un Niet définitif.

Rien ne laissait transpirer le refus russe. L’ouverture des hostilités contre les 9,5 millions de barils/jour du pétrole de schiste américain est lancée. En fait, cette décision intervient en réaction aux sanctions de l’administration Trump contre Rosneft Trading SA, fiscalement basée à Zoug, Suisse.

Cette société n’est autre que le bras de trading du géant russe Rosneft. Son PDG, Igor Sechin, fidèle de Vladimir Poutine, s’oppose de longue date aux coupures exercées par l’OPEP+.

Couplée au coronavirus, l’attaque Russe n’a pas l’intention de faire de prisonniers. Elle doit être rapide et fatale afin de pouvoir activer rapidement les prix à la hausse.

 

Dimanche: L’Arabie Saoudite contre-attaque

Peu habitué à être remis en question, Mohammed bin Salman n’apprécie pas la décision de Moscou. Les représailles sont immédiates.

Afin d’asseoir son autorité dans le pays, le prince héritier fait arrêter ses concurrents les plus menaçants dont son oncle Ahmed bin Abdulaziz et son cousin Mohammed bin Nayef. L’objectif est de prévenir toute rébellion face à sa décision : ouvrir les vannes du pétrole à 13 millions b/j quitte à vendre une partie des stocks.

Ryad propose également aux clients européens de la Russie des rabais jusqu’à 8 dollars le baril. Le bras de fer et l’honneur de la famille royale sont engagés.

 

Lundi : 9 mars: Chute des cours : -34%

Le cocktail est prêt : le baril s’effondre à 27$ le baril à New York et 30$ à Londres.

Pour participer à la fête, l’Agence Internationale de l’Energie prévoit que la demande de pétrole pourrait se contracter en 2020 sous la pression du coronavirus.

 

Mardi: Le schiste américain en alerte

La Russie montre ses muscles et annonce que son budget peut se contenter d’un baril entre 25 et 30$ grâce à son fonds souverain de 150 milliards $.

Jouant dans le même bac à sable, Riyad bombe le torse et ajoute que le royaume peut se contenter d’un baril à 30$ même si son budget nécessite des cours à 80$.

Du côté américain, la chute des marchés sème la consternation et une vague de terreur parmi les producteurs. Tous annoncent une réduction des coûts, des licenciements, l’arrêt de forages et surtout une réduction des dividendes appelés par Wall Street.

Championne des dividendes, la directrice d’Occidental Petroleum, Vicki Hollub réduit les versements aux actionnaires de 90%. Le même jour, l’activiste Carl Icahn quadruple ses actions dans Occidental Petroleum afin de renverser sa PDG.

 

Jeudi : Les dividendes disparaissent

Les dividendes prévus par ExxonMobil nécessitent un baril à 87$ selon JP Morgan. En 2014, la valeur de l’entreprise plafonnait à 446 milliards $. Depuis, elle a perdu 184 milliards $ et elle continue de creuser.

La liste des entreprises de schiste en difficulté s’allonge. En 2019, 42 entreprises avaient fait faillites. Le millésime 2020 s’annonce particulièrement fructueux.

De son côté, Chevron revient sur sa volonté de distribuer 70 milliards $ de dividendes durant les 5 prochaines années. Pour atteindre son objectif, la major a besoin d’un baril $ 55$.

 

Vendredi  13 mars: Trump intervient

Afin de soutenir les entreprises de schiste américaines et de maintenir la dominance énergétique du pays, Donald Trump ordonne d’acheter «de grandes quantités de pétrole afin de remplir, jusqu’au bord, la réserve stratégique».

Les stocks pourraient grimper de 100 millions de barils mais la mesure semble insuffisante à moyen terme. La Maison Blanche étudie la possibilité d’acheter pour plus de 200 milliards $ de dettes pourries dont une grande partie pourrait provenir des producteurs de schiste. Rien que cette année, plus de 40 milliards de dettes de schiste arrivent à échéance.

La Banque Fédérale Américaine pourrait privatiser les pertes des producteurs et les maintenir artificiellement en vie. Donald Trump serait-il plus socialiste que Bernie Sanders ?

 

Dimanche 15: 495 milliards $ évaporés

Une semaine après le début du krach, la valeur des 14 plus grandes entreprises pétrolières dans le monde a chuté de 495 milliards $ dont 97 milliards $ pour les 6 entités américaines.

 

Mardi 17 mars 2020 : L’Arabie Saoudite remet une couche

L’Arabie Saoudite informe les marchés qu’elle injecte plus de 10 millions b/j afin de faire baisser les prix. Effectivement les cours chutent et perdent 5 dollars.

Cependant avec les mois chauds qui arrivent, le pays va devoir utiliser 2 millions b/j afin de générer l’air conditionné.

Le gallon d’essence (3,8 lt) passe sous le 1 dollar aux USA. Bonne nouvelle pour Joe America qui votera pour Trump en novembre. Cependant, les USA voient le nombre de personnes contaminées s’envoler. Mauvaise nouvelle pour Joe America qui ira voter en novembre.

 

Mercredi 18 mars: A New York, le baril passe sous les 24$

Le baril débute la journée à 26,49$ le baril à New York et 30,26$ à Londres. A l’ouverture des marchés à New York, il chute encore à 23,38$ et à 27,91$ à Londres au plus bas depuis 17 ans.

La pieuvre, Goldman Sachs, prévoit un baril à 20$. L’Arabie Saoudite annonce qu’elle n’est pas prête à retourner à la table des négociations. Pour combien de temps encore ?

Au lieu de déverser des milliards dans le système bancaire, système qui a prouvé qu’il ne fonctionne pas, Trump annonce la possibilité d’utiliser le stimulus économique dit de l’hélicoptère. Chaque américain recevra 1’000$.

Les constructeurs automobiles européens ont pratiquement tous arrêté leur production par manque de pièces. Depuis février, la valeur des actions d’Airbus a été divisée en deux. La Banque Nationale Suisse détient pour plus de 6 milliards $ d’actifs pétroliers aux USA.

Sommes-nous en train de vivre un tournant?  L’avenir nous le dira.

 

 

 

Energies, Economie, Pétrole: Revue Mondiale Septembre 2019

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies. A l’agenda:
– Arabie Saoudite: La moitié de la production pétrolière bloquée par des drones
– USA: Des villes vont interdire l’utilisation du gaz naturel
– Japon: Toyota travaille sur une voiture rechargeable avec le solaire
– Russie: La centrale nucléaire flottante Akademik Lomonosov est arrivée
– Suisse: L’Union Pétrolière change de nom pour être plus sexy
– Canada: 500’000 personnes marchent à Montréal pour le climat
– Algérie: Le pays augmente fortement sa consommation de pétrole.
– Hollande: Le gouvernement exonère d’impôts Shell malgré des milliards de bénéfices.


 

Encore un mois de folie pétrolière. L’Arabie Saoudite a été attaquée par des drones, des millions de personnes descendent dans les rues à travers le monde pour le climat et l’Economie tousse. Il y a une année, le baril se vendait à 86,74 $ à Londres.

Finalement après un pic après l’attaque contre l’Arabie, le baril est retombé pour terminer à 60,27$ à Londres (fin août 59,09$). Du côté de la grande pomme à New York on le retrouve au même endroit à 55,20$ (55,09$$ fin août).


Prix du baril de Brent à Londres (août-sept 2019).
Le pic correspond à l’attaque contre les installations de l’Arabie Saoudite

 

OPEP

Pour 2020, le cartel révise ses prévisions de la demande pétrolière à 1,08 million barils/jour (b/j) notamment à cause de la baisse de la croissance économique mondiale de 3,2 à 3,1%.

De son côté, l’EIA, l’agence fédérale de l’énergie américaine, estime que la demande augmentera de 1,4 million b/j et que les USA vont extraire 13,23 millions b/j en 2020 soit 1 million b/j de plus que cette année.

 

ONU & Finance

Pendant que Greta Thunberg posait la question «comment osez-vous» dans les contreforts de la cession du Climat à l’ONU à New York, une session parallèle se tenait avec les grandes entreprises gazières et pétrolières sous la houlette de la Oil and Gas Climate Initiative.

Ainsi les ExxonMobil, Saudi Aramco, Total, etc. ont souligné qu’elles travaillent afin de réduire les émissions de CO2 et de méthane, mais qu’elles doivent également extraire plus de pétrole pour soutenir la croissance économique. Ne trouvez-vous pas cela mignon?  La question est de savoir qui est l’auteur originel de cet oxymore: les pétroliers ou les dirigeants des pays?

Selon la Rainforest Action Network, 33 banques internationales (dont l’UBS, Crédit Suisse, BNP, Société Générale, Crédit Agricole) ont injecté 654 milliards $ dans 1’800 entreprises pétrolières en 2018 soit le 70% des besoins financiers des pétroliers. Dans ce palmarès, JPMorgan Chase détient le record avec 195 milliards $ devant Wells Fargo, Citi et Bank of America. Confrontées à ces chiffres, les grandes banques indiquent leurs efforts dans les énergies renouvelables. JPMorgan a ainsi conclu 90 accords avec les pétroliers et 5 avec les énergies renouvelables. Effectivement 5 sur 95, c’est vraiment un bel effort!

Selon le Guardian, 100 entreprises sont responsable de 71% des gaz à effet de serre. Voir la liste ici.

 

Energies renouvelables

En 2018, les investissements dans les énergies renouvelables dans les pays en voie de développement (147,1 milliards $) ont dépassé ceux des pays riches (125,8 milliards $) selon l’ONU.

 

Graphique du Mois
La capacité d’extraction pétrolière supplémentaire par pays


En noir: Capacité minimale. Bleu: capacité maximale
(en million de barils/jour)

 

Les pays phares du Mois

Arabie Saoudite

L’Arabie Saoudite fait l’unanimité pour figurer au sommet du hit parade de ce mois. Pour rappel, 17 drones ont divisé par deux la production pétrolière du pays. Badaboum ! Une poignée de drones à 15’000$ a démystifié le mythe de la forteresse pétrolière saoudienne et de son champion Saudi Aramco.

Les centres de traitement du brut lourd à Abqaid et Khurais, qui permettent de transporter et d’exporter l’or noir, ont été mis hors service.

Sans perdre son éternel sens de l’optimisme, il n’aura fallu que 3 jours au nouveau ministre de l’Energie pour clamer que tout était déjà rentré dans l’ordre. En réalité, l’usine pourrait être à 100% opérationnelle d’ici à la mi-octobre. Une grande partie de la production a pu être redémarrée à la fin septembre selon le gouvernement. A voir les premières images de l’attaque, c’est une prouesse.

Cet incident tombe mal car la famille royale planifiait justement la vente de 10% de Saudi Aramco, l’entreprise pétrolière nationale. L’objectif est de ramener entre 130 et 200 milliards $ dans les coffres du pays. Il semble que l’IPO, prévue en 2020, va devoir être retardée de quelques mois.

La production pétrolière de l’Arabie Saoudite était de 9,83 millions b/j en août. Le pays compte 12% de chômage et il faudrait un baril à 85$ pour équilibrer les comptes.

 

Visionner l’interview,  Télévision Suisse Romande: Téléjournal du 16 septembre 2019

 

Le demi-frère du Prince régnant Mohammed bin Salman (MbS), Abdulaziz bin Salman a été nommé à la tête du ministère de l’Energie. Il remplace l’ancien PDG de Saudi Aramco Khalid al-Falih. Ce changement raisonne comme un choc dans l’industrie pétrolière mondiale. De plus, cette nomination casse l’imperméabilité entre le pétrole et la famille royale.

Avant la mise sur le marché de 10% des actions de Saudi Aramco, le Prince Mohammed bin Salman, a également nommé Yasir al-Rumayyan actuel responsable du fonds souverain comme nouveau PDG. Ce proche du Prince sera responsable du bon déroulement de l’opération.

 

USA

La ville de Berkley, Californie, est la première ville à interdire l’utilisation du gaz pour le chauffage et la cuisine dans les nouveaux bâtiments. Les émanations de méthane, 28 fois plus dangereuses pour le climat que le CO2, sont la cause de cette décision. Los Angeles, Seattle et une cinquentaine d’autres villes pourraient prendre le même chemin. Cette décision est d’autant plus forte que la grande majorité des maisons américaines sont chauffées au gaz naturel et que grâce au gaz de schiste les tarifs sont particulièrement bas.

Jeremy Grantham, 80 ans, milliardaire de Wall Street, a décidé d’allouer 98 % de sa fortune, soit un milliard $, pour le climat. Selon lui, l’économie basée sur le pétrole va tôt ou tard imploser et il faut désormais miser sur les énergies vertes.

Donald Trump et Joe Biden se trouvent dans une affaire rocambolesque alors qu’une procédure de destitution est lancée contre le président. L’histoire débuta alors que le fils du candidat démocrate Joe Biden, Hunter Biden intégra le commité de direction de la compagnie gazière ukrainienne Burisma Holdings avec un modique salaire de 50’000$ par mois. Cette nomination entrait en conflit d’intérêt alors que Joe Biden était vice-président des USA. Le procureur ukrainien Viktor Shokin décida d’enquêter sur des soupçons de corruption. C’est alors que Joe Biden intervint pour demander (et obtenir) au président Petro Porochenko la destitution de son procureur. La suite de cette aventure se prolongera dans les semaines à suivre.

Enfin une excellente nouvelle! Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton a été licencié. Ce sombre personnage va-t-en-guerre a plombé les relations avec la Corée du Nord, la Russie, l’Iran et l’Afghanistan. Son départ va détendre l’atmosphère sur certains dossiers.

Uber a généré 3,16 milliards $ de chiffre d’affaires et perdu 5,2 milliards. De 41$, à son lancement, l’action touche les 31$.

Dans la course à la présidence de 2020, les démocrates Joe Biden, Elizabeth Warren et Bernie Sanders proposent d’exclure le gaz naturel dans leur plan «net-zero carbon economy 2030-2050». Si le gaz naturel émet moins de CO2 que le charbon où le pétrole, il est nettement plus prolixe en méthane (lire article). Le lobby gazier a riposté avec une campagne de publicité afin de vanter la flexibilité du gaz dans la cuisine ainsi que des coûts abordables.

 

Publicité Donald Trump vs Joe Biden.
Le président Trump n’aura pas tardé à utiliser des spots publicitaires pour se défendre.

 

Europe

Russie

Le Ministre de l’Energie, Alexander Novak, estime que la Russie possèderait pour 1’200 milliards $ de réserves pétrolières soit le double des chiffres de l’année dernière. Les réserves de gaz sont estimées à 221 milliards $ à 15’000 milliards m3.

La première centrale nucléaire flottante russe, l’Akademik Lomonosov, est arrivée à Pevek, son port de destination sur la presqu’île de Tchoukotka en Arctique. Ses deux réacteurs nucléaires permettront d’approvisionner en électricité, en chaleur et en eau désalinisée les régions russes reculées ainsi que les installations pétrolières et gazières. Le réacteur sera mis en service d’ici à la fin de l’année.

 

Allemagne

Angela Merkel annonce des dépenses de 54 milliards € pour aider les entreprises et les citoyens à réduire leurs consommations énergétiques notamment dans les transports. L’objectif est de diminuer, d’ici à 2030 les émissions de CO2 de 55% par rapport à 1990.

Dans la proposition actuelle, les entreprises qui vendent du pétrole, du charbon et du gaz devront acheter des certificats afin d’effacer les émissions de CO2. Le prix de la tonne de CO2 sera basse, ou ridicule c’est selon, à 10€ en 2021 pour progresser à 35€ en 2025. Martin Kaiser résume assez bien la situation: «Si vous faites confiance à ces mesures, vous pourriez également sauter d’un parachute avec un cornet en plastique en guise de parachute.»

Le premier grand procès de consommateurs du “Dieselgate” a débuté contre Volkswagen. Des centaines de milliers de clients demandent réparation pour leurs voitures diesel truquées. Les dirigeants de VW, Hans Dieter Pötsch, Martin Winterkorn et Herbert Driess pourraient être condamnés dans le scandale des moteurs truqués et pour avoir caché ces informations aux actionnaires. Les 3 dirigeants connaissaient le système mis en place pour truquer les moteurs diesels.

 

Un peu de douceur dans un monde de brutes. Photo Dick van Duijn

 

France

«On est en confiance ! » L’optimisme de Régis Clément d’EDF, sur les problèmes de soudures sur 6 réacteurs nucléaires, fait plaisir à voir. Même si la filiale, Framatome n’a pas respecté certaines procédures sur certaines soudures des générateurs de vapeur, tout va pour le mieux du monde dans les centrales du Blayais, Gironde ; Bugey, Ain ; Fessenheim, Haut-Rhin ; de Paluel, Seine-Maritime et Dampierre, Loire ainsi que de l’EPR en construction de Flamanville.

EDF penche sur la séparation de ses activités en deux (Bleu et Vert) dans un plan nommé «Hercule». L’entreprise est en quasi état de faillite avec 37 milliards € et plus du double en ajoutant les emprunts obligataires.

Le Bleu permettra de basculer l’entier de la dette sur l’Etat et d’y transférer tous les risques avec des actifs dangereux.
Le Vert deviendra une tirelire afin de rapatrier les profits et de générer des dividendes importants.

Dans le détail, EDF Bleu deviendrait une structure 100% publique, qui comprendrait les actifs à risque comme le nucléaire, les barrages hydroélectriques, peut-être les centrales à gaz et le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE).
De l’autre, EDF Vert regrouperait la branche commerce avec la possibilité de fixer les tarifs à sa guise. Elle fournira l’électricité aux clients, s’occupera des énergies renouvelables, des services et Enedis (ex-ERDF) ainsi que du très lucratif réseau de distribution d’électricité.

 

Suisse

Le suisse n’est pas un grand manifestant. Il est difficile de le tirer hors du lit pour battre le pavé afin de défendre une cause. Alors de croiser de 100’000 personnes à Berne pour une marche pour le climat, l’événement est historique. Les élections du mois d’octobre pourraient entrainer un vote de ras-le-bol sur la passivité climatique et énergétique de la Suisse.

Le prédateur et géant électrique BKW (Forces Motrices Bernoises) explose son bénéfice et espère générer 370 millions frs de bénéfices avant impôts et amortissements en 2019.

Corolaire à ce succès, le conseil d’administration a décidé de se partager une partie de ce bénéfice. La Directrice, Suzanne Thoma s’est accordé une modeste augmentation de 700’000 frs (630’000 €) pour arrondir son salaire à 2 millions (1,8 millions €). Les autres membres de la direction ont eu le succès plus modeste avec une augmentation de 750’000.

Ces bons chiffres confortent la stratégie prédatrice de Suzanne Thoma qui rachète les entreprises qui lui font de l’ombre pour ensuite les fermer. Cette stratégie et les salaires sont approuvés par le canton de Berne, actionnaire principal.

Pour être plus sexy, le lobby pétrolier «Union Pétrolière Suisse» a changé son nom en Avenergy Suisse. Le terme «Avenergy Suisse» désigne l’«avenir» de l’énergie en Suisse selon son directeur Daniel Hofer. <insérez un gros éclat de rire ici>
A titre personnel, je me réjouis de découvrir leur nouveau papier à entête. Si vous avez le toupet de présenter des informations qui ne vont pas dans le sens de leur communication, vous avez une grande chance de recevoir une lettre de la part de leur avocat maison.

En Suisse, sur le 1,8 millions d’habitations, 50% se chauffent au diesel (mazout, fioul) et 25% au gaz.

Le prix des aliments bio sont 1,6 fois plus chers que les produits traditionnels. Cette différence vient en grande partie des marges des supermarchés Coop et Migros. Au lieu de prendre une marge standard de 25 à 30%,  elle grimpe entre 50 et 70% pour le bio.

Les fonds destinés à la désaffection des centrales nucléaires et la gestion des déchets radioactifs se montent à 7,5 milliards de francs (6,7 milliards €) à la fin 2018 contre 7,7 à la fin 2017.

 

La Suisse ne va pas interdir l’utilisation du Glyphosate
Dessin: Chappatte

 

Angleterre

EDF augmente à nouveau son budget et son retard pour la construction de deux centrales nucléaires EPR de Hinkley Point C. L’ardoise grimpe de +2,6 milliards € à 20,5 milliards €. Comme EDF prend tous les coûts à sa charge, les impôts des français essuieront les dépassements. La date d’ouverture est repoussée de 15 mois à 2026. Les actions d’EDF sont en baisse de 28% depuis janvier.

Après un tremblement de terre de 2,9 sur l’échelle de Richter, le pétrolier Cuadrilla a dû cesser ses opérations de forage schiste à Blackpool. Cette secousse fut la plus forte jamais enregistrée en Angleterre pour un forage de schiste. Officiellement, le gouvernement autorise des tremblements de 0,5 sur l’échelle de Richter. Une semaine avant cette secousse, Cuadrilla avait demandé d’élever cette limite. Aucune date n’a été donnée pour la reprise des travaux. Au total, la British Geological Survey a enregistré 132 secousses sur le forage.

Le 11 août, les émanations de méthane (un gaz à effet de serre 28 fois plus virulent que le CO2) ont dépassé de 40 fois la moyenne sur le site de forage de schiste de Third Energy dans le North Yorkshire selon l’Agence de l’Environnement. Des pointes de 60 milligrammes par m3 ont été mesurées au lieu de 1,41 mg/m3.

 

Hollande

Le pétrolier Shell est exonéré d’impôts dans le paradis fiscal hollandais habituellement très favorable aux multinationales.

Ainsi avec des bénéfices fluctuants entre 2 et 55 milliards $, Shell ne paie pas d’impôts. Devant le tollé, le gouvernement du libéral Mark Rutte est en train d’étudier la possibilité de changer de cap.

 

Asie

Japon

Toyota Motor, Sharp et le NEDO sont en phase de développement d’une voiture à énergie solaire qui pourrait, théoriquement, se passer de toute recharge.

Toyota a lancé les premiers tests de ce nouveau prototype en juillet. Les panneaux solaires Sharp offrent un rendement de près de 34%, contre une moyenne de 20% pour les panneaux traditionnels. Les cellules solaires ont une épaisseur de 0.03 mm et peuvent donc se placer sur davantage de surface du véhicule, comme les parties incurvées, le capot ou le hayon. La voiture pourrait effectuer 50 km par jour. Ce système permettra également de contourner la mainmise de la Chine sur les terres rares pour la production de batteries.

Le ministre japonais de l’Environnement, Yoshiaki Harada, considère qu’il est inévitable de rejeter en mer l’eau pleine de tritium stockée dans les réservoirs de la centrale nucléaire de Fukushima. «D’ici à deux ans, il n’y aura plus assez de réservoirs pour stocker cette eau que personne ne sait traiter.» Une solution qui inquiète mais qui est envisagée depuis longtemps. Suite à cette déclaration, le brave ministre a été limogé.

 

Chine

Le plus grand importateur de pétrole au monde, dépend à 18% du brut livré par l’Arabie Saoudite. En 2019, la Chine va importer 72% de son pétrole. Les attaques sur les installations de Saudi Aramco ont dû créer un certain froid dans le dos des dirigeants chinois.

La ligne de chemin de fer Haoji Railway va être inaugurée ce mois. D’un coût de 27 milliards $, elle va pouvoir transférer 200 millions de tonnes de charbon produit dans le nord du pays dans les centrales du sud du pays. La Chine consomme le 50% du charbon mondial.

Suite à la forte diminution des subventions sur les voitures électriques, les ventes de voitures électriques sont en forte baisse en juillet et en août. Corolaire à cette baisse, les prix du lithium ont chuté de 30% en une année et certains producteurs ne sont plus rentables.

Le bras de fer entre Pékin et Washington continue. De nouvelles rencontres sont prévues en octobre.

 

Inde

Durant la conférence sur le climat à l’ONU, le premier ministre Narendra Modi a annoncé l’ambition d’ajouter 450 GigaWatts d’énergies renouvelables et que l’objectif de 175 GW pour 2022 est sur les rails.

Sur le terrain, l’Inde n’a ajouté que 6,5GW d’énergie solaire entre 2018 contre 9,4 en 2017. Pour cette année, seuls 1,4 GW ont été installé durant le premier trimestre.

 

Dessin Chappatte

 

Les Amériques

Schiste Américain

L’EIA, (Energy Information Administration Américaine) prévoit un niveau record d’extraction de schiste pour le mois d’octobre à 8,843 millions b/j. Le Bassin Permien augmentera sa production de 71’000 b/j à 4,485 millions b/j ce qui en fait le gisement pétrolier le plus important au monde.

Cependant, si l’Agence américaine est toujours très enthousiaste sur ses chiffres, elle peine à confirmer la croissance dans les autres champs de schiste à travers les USA.

Si le prix du baril devait remonter, il n’est pas improbable que les producteurs exploitent des forages creusés mais non encore exploités. Pressé par les investisseurs, qui demandent un retour sur investissement, certains pétroliers attendent que les prix de vente augmentent avant d’extraire l’or noir.

 

Canada

Plus de 500’000 personnes ont participé la marche du climat à Montréal en présence de Greta Thunberg et du premier ministre Justin Trudeau. Si la présence de la première s’explique, la présence du deuxième peine à trouver une explication.

Alors que le schizophrénique Premier Ministre Trudeau se pavane à Montréal, il vient d’approuver la construction du controversé pipeline Trans Mountain afin de faire transiter le pétrole canadien vers les USA. Ottawa espère que les 590’000 b/j transiteront dès 2022.

Pour le fameux pipeline Keystone XL, l’horizon semble également se dégager. Une cour du Nebraska accepté une route alternative. Une cour du Montana doit maintenant examiner le cas.

Deux phrases lues dans les médias lors de la marche à Montréal :
« Nous ne sommes pas à l’école aujourd’hui, vous n’êtes pas au travail aujourd’hui, parce qu’il y a urgence et nous ne resterons pas les bras croisés ».
«Cette semaine, les leaders du monde entier se sont réunis à New York. Ils nous ont déçus une fois de plus avec leurs paroles creuses et leurs plans insuffisants

 

Venezuela

La production pétrolière continue sa lente glissade à 712’000 b/j en août contre 755 en juillet. Les nouvelles sanctions américaines ont bloqué les livraisons au chinois CNPC (China National Petroleum Company). Les importations de la Chine ont diminué de 62% depuis juillet. Pékin s’éloigne de Caracas, mais comme la nature a horreur du vide, Moscou a pris le relai.

Le Président Maduro est parti en Russie pour rencontrer son allier Vladimir Poutine. Lors de la dernière rencontre, en fin d’année 2018, Moscou avait apporté dans ses bagages la rondelette somme de 5 milliards $. Actuellement le Russe Rosneft s’occupe de 66% des exportations du pays.

 

Dessin Chappatte

 

Moyen Orient

Iran

L’Angleterre, la France et l’Allemagne se sont joints aux USA afin de condamner l’Iran pour l’attaque contre les installations pétrolières de l’Arabie Sadoudite.

Téhéran a mis à l’œuvre de nouvelles centrifugeuses pour accélérer l’enrichissement de son uranium, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). L’Iran augmente son stock d’uranium enrichi. Depuis juillet, il dépasse la limite (300 kg) fixée par l’accord de Vienne mais dénoncé par Donald Trump.

Les USA ont renforcé les sanctions contre l’Iran notamment envers la Banque Centrale Iranienne. Il semble peu probable que ces nouvelles sanctions soient impactantes car toutes les banques ont coupé leurs relations avec les banques iraniennes.

Les exportations pétrolières de l’Iran seraient estimées entre 600 et 800’000 b/j. Douze mois auparavant, l’Iran exportait plus de 2 millions b/j. Malgré les sanctions américaines, Téhéran est passé maître dans la dissimulation des routes de ses tankers.

Téhéran a annoncé la libération du pétrolier anglais Stena Impero. Le bateau avait été saisi le 19 juillet en représaille du pétrolier iranien saisi par les Anglais à Gibraltar. Comme les anglais avaient relâché leur proie en août, les iraniens ont fait de même.

 

Climat Change : what do you want me to say. Financial Times

Afrique

Ouganda

Le Russe Rosatom a battu le Chinois CNNC (China National Nuclear Corporation) afin de de développer un programme nucléaire dans le pays avec la production d’électricité. L’uranium proviendra des mines du pays selon le président Yoweri Museveni.

L’Ouganda possède du pétrole découvert en 2006. Il pourrait y avoir de l’uranium en quantité suffisante pour générer son électricité.

Rosatom est actuellement en discussion avec le Kenya, la Tanzanie, l’Egypte, le Maroc, le Nigeria et la Tunisie.

 

Algérie

Durant les 6 premiers mois de l’année, la consommation d’essence a augmenté de 1,3% pour atteindre 1,91 million tonnes. Idem pour le diesel, 5,16 millions de tonnes + 4,9%  soit + 3,9% par rapport à la même période de l’année 2018. Au total, les algériens ont consommé 3,9% de pétrole en plus.

 


Le renvoi de John Bolton de la Maison Blanche. Dessin Chappette

 

Phrases du mois

« Si nous n’avons pas de planète, nous n’allons pas avoir un très bon système financier.» James Morgan, PDG Morgan Stanley. (à la question, est-ce que le changement climatique va poser un risque sérieux au secteur financier).

«Défiler tous les vendredis pour dire que la planète brûle, c’est sympathique… Je préfère que tous les vendredis on fasse de grandes opérations de ramassage sur les rivières ou les plages corses…. Qu’ils aillent manifester en Pologne ! » Emmanuel Macron.

A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitable les révolutions violentes.” JFK

« Vous pouvez mettre autant d’ordinateurs que vous voulez dans les écoles. La réalité, c’est qu’un ordinateur ou une tablette ne transformera jamais un cancre en bon élève. » Charles Sannat auteur du livre : La fabrique du crétin digital.

Pour voir les revues mensuelles précédentes.

 

 

Pour connaître le prix du baril : lisez Trump

Si par le passé, pour connaître l’évolution des prix du baril de pétrole il fallait analyser une multitude de facteurs, aujourd’hui, il suffit de se connecter à Twitter et de se brancher sur le compte de Donald Trump.

La semaine dernière, après des échanges de courtoisie entre Pékin et Washington sur les tarifs douaniers, le baril a trouvé refuge sous la barre des 60$. On l’a repéré à 58,80 Londres et à 54,17$ New York, et cela malgré les problèmes pétroliers en Iran, en Libye, au Nigeria, au Venezuela et l’enrayement possible de la production de schiste aux USA.


 

En avril dernier, le baril se traitait à 75$. Avec les sanctions américaines contre l’Iran et le Venezuela et le maintien des quotas de l’OPEP, il n’était pas vain de penser de le retrouver au-dessus des 80$ voir 90$.

Plusieurs indicateurs poussaient les réflexions dans cette direction. L’OPEP et la Russie avaient prolongé leur réduction de production jusqu’en mars 2020. Cette décision fut prise alors que les budgets de tous membres du cartel dépendent des rentrées en pétrodollars. Une poussée à la hausse était espérée alors que l’Iran et le Venezuela se débattaient avec les sanctions américaines.

 

Une logique «logique» semble avoir déserté le pétrole.

Malgré un niveau de production mondial suffisant, les USA continuent d’augmenter l’extraction de leur pétrole de schiste alors que l’opération n’est financièrement pas rentable.

Dans ce domaine, le génie américain réside dans cette capacité à internationaliser et financer les pertes par les fonds financiers et d’investissements étrangers. Avec plus de 100 milliards $ de dettes à long terme et un inventaire de 192 entreprises qui ont déjà fait faillites depuis 2014, une certaine dose de témérité est exigée pour y confier son épargne. Durant le deuxième trimestre, sur les 29 plus grandes entreprises de schiste, 11 seulement ont réussi à couvrir leurs charges.

De manière mystérieuse, la main invisible de l’Economie continue de déverser des flots d’argent dans ce trou sans fond.

On peut se demander quels sont les processus et les forces qui détournent les flux financiers vers un pétrole non rentable alors que parallèlement les énergies renouvelables génèrent des retours intéressants. En 2018, pour la première fois durant les 10 dernières années, les investissements dans les énergies renouvelables mondiales ont diminué.

 

Un oeil sur Twitter

Il n’y a encore que quelques années, les métriques pétrolières se basaient sur des fondamentaux réels comme la production pétrolière, l’arrivée de nouveaux gisements ou les tensions géopolitiques.

Aujourd’hui, tant les traders de la génération Twitter que les algorithmes des robots informatiques montrent une certaine incapacité à prendre du recul face aux pulsions du maître de la Maison Blanche. Dès l’arrivée d’un signal du compte @RealDonaldTump, le pétrole grimpe ou recul dans les minutes qui suivent.

On peut également pointer du doigt la haute finance internationale, dont le shadow banking, qui n’a aucun intérêt à voir évoluer la situation de rente dans laquelle elle prospère, et qui alimente inlassablement les énergies fossiles.

De son côté, le message de Trump est clair. Pour prétendre à un nouveau mandat, il compte sur le coup de pouce de prix bas de l’énergie dont le pétrole est une composant crucial. Il n’hésite pas à attaquer l’OPEP quand les prix grimpent et menace les pays producteurs de taxes.

Il sera très intéressant de voir l’évolution de ces comportements et des mécanismes de décisions quand Donald Trump ne sera plus à son poste. D’ici là, Twitter reste notre meilleur ami.

Le pétrole de schiste américain creuse des dettes abyssales

Le pétrole de schiste a souvent été présenté comme l’eldorado énergétique du futur capable de rassasier l’Economie mondiale. Avec 8,5 millions de barils/jours, le schiste US pourrait encore augmenter d’un million b/j d’ici à la fin de l’année.

Cependant, dans les coulisses, le tableau est moins rose. Les faillites s’accumulent et le manque de retour sur investissement exaspère Wall Street. Un sondage sur 29 compagnies pétrolières actives dans le schiste montre qu’elles ont perdu 2,5 milliards $ durant le premier trimestre de cette année.


174 faillites et le compteur tourne

Cette même dream-team avait déjà publié des pertes de 2,1 milliards durant le dernier trimestre 2018. Paradoxalement, ces performances négatives sont réalisées alors qu’elles ont diminué de 16% leurs investissements afin de réduire leurs coûts.

Globalement, les producteurs de schiste ont atteint un cash flow négatif de 184 milliards $ depuis 2010. Il est difficile de trouver une industrie qui jongle avec autant de pertes.

Depuis la crise pétrolière de 2014, 174 entreprises de pétrole et de gaz de schiste ont demandé l’ouverture de faillites afin de restructurer plus de 100 milliards $ de dettes. Pour le premier trimestre 2019, la tendance continue avec 8 faillites et une ardoise de 3 milliards $.

Au début de ce mois, Weatherford a demandé la protection d’une mise en faillite afin de restructurer sa dette de 6,7 milliards $. Avec un baril dans la zone des 55$, la contamination va se propager.

 

A touché le fonds, mais…

Le génie américain du pétrole de schiste a reposé sur deux facteurs :
A) une communication portée par les présidents Obama et Trump afin de donner l’illusion “d’abondance énergétique”, et
B) d’avoir réussi à financer son développement et ses pertes par les fonds de pensions étrangers (européens et asiatiques) ainsi que par les Banques Nationales comme la BNS Suisse.

Les entreprises de schiste ont peut être touché le fonds, mais elles creusent encore!

 

 

Sources: Morningstar.  Resilience.org: Tom Whipple, Steve Andrews

La Norvège met la Banque Nationale Suisse sous Pression

Le Gouvernement Norvégien a demandé à son fonds souverain de 1’000 milliards $, le Government Pension Fund Global (GPFG), d’exclure graduellement de son portefeuille d’actions, les entreprises de production et d’extraction pétrolière et gazière non conventionnelles. Le gouvernement justifie sa décision par une volonté de réduire les risques financiers sur l’économie norvégienne.

Paradoxalement, alors qu’en juin 2014, la Banque Nationale Suisse affichait des investissements de 1,9 milliards $ dans des entreprises américaines actives dans des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon, nucléaire), aujourd’hui ce montant atteint un niveau record de 6,482 milliards $.


Après plusieurs mois de travail, la décision norvégienne a été prise conjointement par un comité d’experts, une consultation publique et la Banque Norvégienne. Les comptes des pétroliers actifs dans le schiste américain et les sables bitumineux canadiens ont été vérifiés.

Sans surprise, le fonds le plus doté du monde n’a pu que constater des pertes importantes. Il est vrai que depuis plus de 10 ans, l’industrie de schiste américaine essuie des pertes colossales.

Dans sa pesée d’intérêts, le fonds a également pris en compte les risques climatiques même si les considérations financières ont primé selon le ministre des Finances, Siv Jensen. Son objectif est de réduire la vulnérabilité de la richesse commune face aux variations des prix du pétrole. Cette décision ne reflète pas le potentiel futur du secteur pétrolier et les grandes majors comme Exxon ou Chevron, qui couvrent la totalité des processus pétroliers de l’exploration à la vente, ne seront pas impactées.

 

La Banque Nationale concurrence les Entreprises suisses

Au-delà de soutenir les entreprises fossiles, la BNS investi dans 2’535 entreprises américaines dont une partie entre en concurrence directe avec l’industrie suisse de la pharmaceutique, de l’informatique, des nouvelles technologies, des fournisseurs automobiles, de l’internet des objets, des systèmes électriques, etc.

Ce mécanisme crée une distorsion de la concurrence pour les entreprises suisses qui peinent à trouver des financements pour soutenir la croissance et les emplois locaux.

 

Trois millions pour trois Directeurs

La décision norvégienne offre à la BNS une méthodologie et une démarche éprouvées. Sous l’impulsion des cantons actionnaires, un comité d’experts indépendant pourrait auditer les résultats financiers des investissements fossiles.

En cas de déficit avéré, pour chaque franc perdu, un franc identique pourrait être investi dans les entreprises et les start-ups basées en Suisse. Ce processus pourrait encourager la BNS à mieux surveiller et gérer ses investissements.

Actuellement, ces pertes sont soustraites des versements aux cantons. La BNS n’a pas commenté l’estimation d’un déficit qui pourrait se chiffrer en milliards $ depuis 2014. Détail piquant, les trois membres de la Direction Générale bénéficient d’un salaire annuel qui dépasse le million de francs chacun.

Une deuxième alternative reprendrait le concept de pollueur-payeur qui impact tant les citoyens que les PME. Avec des actifs dans des technologies les plus nocives et dangereuses pour le climat, la BNS entre dans le club des sociétés anonymes les plus polluantes de Suisse. L’argent ainsi collecté pourrait également retourner aux entreprises et aux start-ups suisses actives dans les smart city, la nouvelle mobilité ou les technologies propres.

 

Une position intenable financièrement et injustifiable climatiquement.

La décision de la Norvège exerce une pression supplémentaire sur la BNS qui tient une position intenable financièrement et injustifiable climatiquement.

Les cantons sont majoritairement actionnaires dans l’institution et EconomieSuisse tient un rôle majeur dans le Conseil d’Administration. Ces acteurs ont la légitimité d’assurer que la Banque Nationale Suisse retrouve son rôle, alors que dans sa tour d’ivoire, sa direction est devenue imperméable à l’Economie et au tissu industriel Suisse.

Finalement, elle permettra d’établir le lien essentiel entre le monde financier et les objectifs climatiques de la Confédération récemment rappelés par la Conseillère Fédérale Simonetta Sommaruga et demandé par des milliers de jeunes à travers toute la Suisse.

 

La liste des investissements de la Banque Nationale Suisse
dans les énergies fossiles aux USA au 31 décembre 2019
Cliquez pour voir la liste complète

Source: FED
Indexage et Recherche: Laurent Horvath, Avril 2019,
2000Watts.org  –  PicEnergie.org

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