L’Allemagne entre en crise énergétique. Les autres pays suivent

Pendant que les politiciens et les citoyens Suisses et Français n’ont pas encore la tête à l’hiver, du côté de Berlin, c’est un autre son de cloche. Dès cette semaine, les livraisons de gaz russe vont tomber à zéro. En tant que fournisseur officiel d’énergie au niveau mondial, Moscou prend des mesures pour couper les livraisons d’hydrocarbures aux pays qui lui ont infligé des sanctions.

Tant Bruxelles que Berlin se heurtent de plein fouet face à la RealPolitik des décisions prises dans le conflit Ukrainien. Ainsi, la Russie annonce que le gazoduc Nord Stream 1 sera en «maintenance» dès cette semaine pour une durée de 10 jours.


 

Le Gazoduc Nord Stream 1 à l’arrêt

Cela devrait réduire encore plus les livraisons de gaz vers l’Europe et passer de 40% actuellement, à zéro. Durant ces derniers jours, Berlin a tout fait pour convaincre le Canada de restituer une turbine destinée à Nord Stream 1, qui était en maintenance dans le pays, mais bloquée par l’embargo des occidentaux. L’Ukraine a protesté mais les intérêts européens poussent dans l’autre sens. L’Allemagne ne voulait pas donner un argument supplémentaire à Moscou d’interrompre ses livraisons de gaz.

Cependant, il se susurre que Poutine pourrait utiliser les réparations du gazoduc Nord Stream 1 comme excuse afin de couper définitivement l’approvisionnement en gaz en représailles aux sanctions imposées par l’Europe et l’Allemagne. La situation est à suivre de très près.

En fin de semaine, les prix de l’électricité ont bondi à plus de € 40 ct le kWh pour le mois de décembre et le prix pourrait dépasser les $1 dès janvier.

Dans un tel scénario d’un arrêt de Nord Stream 1, l’Allemagne, l’Italie et la France seraient dans l’impossibilité de remplir leurs installations de stockage de gaz à hauteur des 90% visés et donc de faire face à des coupures. La pénurie affecterait également le transfert de gaz vers l’Autriche, la République tchèque et la Suisse.

 

La Realpolitik du Pétrole

Du côté du pétrole, Moscou a fait part de sa volonté de prendre des mesures susceptibles de perturber l’approvisionnement pour les pays qui sanctionnent la Russie. La semaine passée, un tribunal russe a ordonné l’arrêt pour 30 jours des exportations de pétrole via la mer Noire, qui est une voie d’accès clé pour les exportations pétrolières du Kazakhstan.

Du côté de la Libye, le général Khalifa Haftar, qui bénéficie du soutien de la Russie et de l’Égypte, a également intensifié une campagne militaire, qui perturbe les exportations de pétrole et de gaz. La Libye semble retourner vers une guerre civile. Les exportations de pétrole ont chuté.

L’Arabie Saoudite ne va pas augmenter ses extractions même avec la visite prévue de Joe Biden. Il semble que le royaume ait atteint son pic de production et ne veut pas mettre en péril l’union avec la Russie dans le consortium OPEP+ (+ signifie la présence de la Russie)

 

Uniper : le géant allemand une menace à la Lehman Brothers

Le plus grand énergéticien du pays, Uniper, a officiellement demandé un plan de sauvetage financier à Berlin.

Le plus gros acheteur européen de gaz russe perd des dizaines de millions d’euros par jour en raison de l’augmentation des prix du gaz russe. Uniper avait accepté d’acheter du gaz avec des Roubles.

Le PDG d’Uniper, Klaus-Dieter Maubach, pense “qu’il ne peut pas tolérer la situation actuelle longtemps et qu’il pourrait être obligé de commencer à puiser du gaz dans ses installations de stockage dès la semaine prochaine, ce qui réduirait encore les réserves nécessaires pour l’hiver prochain.” Pour commencer, il demande une aide de €9 milliards pour éviter la faillite.

L’entreprise de Klaus-Dieter Maubach exploite une capacité de production de 33 GW, ce qui la place parmi les plus grands producteurs d’électricité au monde. Son propriétaire majoritaire est devenu le finlandais Fortum, à 80%.

Le ministre allemand de l’économie, le vert Robert Habeck, a déclaré que son gouvernement “travaillait d’arrache-pied” pour aider Uniper. Il s’agit d’éviter la faillite du plus grand énergéticien et sa chute pourrait ressembler à Lehman-Brother.

 

Les erreurs de la Doctrine Européenne

Bruxelles prône une doctrine de démantèlement du système énergétique européen pour le mettre en main d’entreprises privées. Il est donc nécessaire de casser les monopoles comme les EDF et autres énergéticiens.

En 2016, le géant énergétique allemand E.ON avait dû se scinder en deux partie, dont Uniper, une partie fossile et nucléaire financièrement risquée ainsi qu’une partie financièrement juteuses avec les renouvelables et la distribution d’électricité.

Bruxelles pense qu’en mettant dans les mains privées, la gestion des énergies, la libre concurrence devrait permettre les prix les plus bas. Dans la réalité, il n’en est rien et cette doctrine a conduit dans l’impasse actuelle.

 

Angleterre : fief de la libéralisation du marché de l’énergie

Fleuron de la libéralisation du marché voulue par Bruxelles, l’Angleterre se trouve dans une situation critique.

Pour un ménage anglais, les prix du gaz et de l’électricité poussent la facture annuelle à €4’015 contre €1’417 en 2019 selon Cornwall Insight.

L’Angleterre importe qu’une infime partie de gaz de la Russie, mais comme les prix s’adaptent au marché, la facture grimpe.

Alors que la promesse d’une énergie meilleure marché, la main invisible du business n’a fait que de consolider les cartels d’entreprises privées et la gabegie est d’autant plus grande. Londres a offert pour €18 milliards d’aide et de subsides à 8 millions de foyers. Là aussi, la situation n’est pas durable dans le temps.

 

France

Le gouvernement Macron a activé des subsides à hauteur de €20 milliards, ce qui pousse EDF dans une situation financière impossible.

La dette d’EDF de €43 milliards devrait dépasser les 60 milliards. L’entreprise se voit dans la difficulté de trouver des fonds sur les marchés financiers. Paris annonce la nationalisation d’EDF.

De son côté, Total enregistre des bénéfices records.

 

Allemagne

Berlin a franchi le mois dernier une étape cruciale vers le rationnement du gaz lorsque le ministre de l’économie, Robert Habeck, a activé la deuxième phase du plan d’urgence gaz du pays. “La situation sur le marché du gaz est tendue et nous ne pouvons malheureusement pas garantir qu’elle ne va pas s’aggraver. Nous devons être prêts à ce que la situation devienne critique”.

Selon le GdW, la guerre en Ukraine entraînera une hausse des prix de l’énergie pour les consommateurs comprise entre 71% et 200%, soit des coûts annuels supplémentaires de €1’000 à 2’700 pour un ménage d’une personne et jusqu’à €3’800 pour quatre personnes, par rapport aux niveaux de 2021.

Le gouvernement propose des mesures drastiques. Ainsi, il commence à y avoir un rationnement de l’eau chaude, le tamisage de l’éclairage public et la fermeture des piscines, alors que l’impact de la crise énergétique commence à se propager de l’industrie aux bureaux, aux centres de loisirs et aux foyers.

“La situation est plus que dramatique.” Ca c’est Axel Gedaschko, chef de la fédération des entreprises de logement allemandes qui l’annonce. “La paix sociale de l’Allemagne est en grand danger” selon lui.

Quand débutera la contagion dans les autres pays?

 

 

Laurent Horvath

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath, propose des analyses et des réflexions dans les énergies fossiles et renouvelables avec un objectif principal: "ne pas vous dire ce que vous devez penser, mais dire ce qui se passe. A vous de vous forger votre propre opinion." En 2008, il a fondé le site indépendant 2000Watts.org. Vous le retrouvez dans la version papier du journal Le Temps un jeudi sur trois.

30 réponses à “L’Allemagne entre en crise énergétique. Les autres pays suivent

  1. Bonjour,
    Attention, petite erreur dans la partie “France” : “Paris annonce la privatisation d’EDF”. C’est plutôt la “Re-nationalisation d’EDF” !
    Merci pour vos excellentes analyses que je lis toujours avec beaucoup d’intérêt.

  2. Laurent, la situation actuelle met effectivement en lumière les erreurs phénoménales de la politique énergétique européenne, que des milliers d’ingénieurs spécialistes de l’énergie ont pourtant dénoncées sans relâche depuis 20 ans. Clamavit in deserto !
    Vous signalez que l’Arabie Saoudite atteint son pic de production du pétrole. l’ASPO l’a prédit il y a déjà 10 ans. Et la Russie est en train de l’atteindre. Plus généralement, le pic de la production mondiale de pétrole CONVENTIONNEL a été atteint en 2005-2006 , comme prédit par les fondateurs de l’ASPO en 1998. Là encore, clamavit in deserto.
    Mais a déclaré Brottes lors d’une audition parlementaire il y a quelques années les techniciens doivent se soumettre aux politiques. Il faut aussi semble-t-il qu’ils se soumettent aux économistes, comme les auteurs de la loi NOME qui a contribué si efficacement au naufrage de la politique énergétique française, et qui n’est toujours pas abrogée.
    Notez bien que le gouvernement allemand n’a toujours pas pour autant changé de politique énergétique, puisque Habeck veut aller encore plus loin dans la direction qui a mis l’Allemagne dans la panade.

  3. Merci pour vos articles toujours intéressants.
    En revanche, vous écrivez : “Paris annonce la privatisation d’EDF.”
    N’est-ce pas plutôt l’inverse ?

  4. Voilà un commentaire digne du zinc du café du commerce et qui ne laisse entrevoir aucune solution.
    Ce n’est donc même pas un avis d’expert mais une liste de doléances bien contradictoires.
    Peut on gagner (ou ne pas perdre) une guerre menée par d’autre ET rester imune aux conséquences des sanctions que l’on a soi-même édictées ET donc rester approvisionné en énergie comme si rien ne se passait ET dénoncer les méfaits de l’économie de marché libéralisé ET regretter l’endettement d’un État qui nationalise l’acteur principal du cartel qu’il dominait déjà ?
    Non ! tout n’est ni possible ni souhaitable.

  5. « Quand débutera la contagion dans les autres pays ? »

    Cette fois-ci vous vous plaisez à nous laisser deviner ce qu’il en sera pour la Suisse, cet « autre pays » qui monte au front de la guerre des sanctions en jouant du cor des alpes. Mais j’oubliais que vous avez déjà donné votre avis sur le peu de conséquences des prévisibles coupures de gaz : les fondues ne refroidiront pas dans les chalets, grâce à l’alcool fourni par la culture durable des betteraves du pays, une « aubaine » pour nous inciter à réfléchir aux grands avantages des énergies propres distributrices d’électricité.

    Bon, arrêtons de rire en comprenant mieux comment vous espérez mener par le bout nu nez les consommateurs d’énergie que nous sommes, en donnant votre version du géant allemand E.ON. qui devrait s’enlisera après avoir pris de « mauvaises décisions », soit maintenir les énergies fossiles tout en se dirigeant vers le développement du nucléaire, plutôt que de miser sur la perspective des énergies renouvelables « financièrement juteuses » !

    Vos idées qui soulèvent les chapeaux sont durables au travers de tous vos articles : c’est du vent.

      1. Bien sûr qu’il est utile de lire vos articles, non par plaisir mais pour prendre conscience à temps des bonnes intentions des intégristes écologistes et agir en conséquence. Il s’agit d’abord de ne pas partager votre ivresse sur la haute branche où vous êtes assis, mais je reste optimiste, le tronc tiendra le coup.

        1. Assis sur une haute branche, mais les pieds sur terre. Ma femme m’a toujours dit que mes jambes étaient trop longues.
          Merci pour votre apport positif et constructif dans la discussion, cela me fait grandir.

        2. Bonjour Dominic,

          Il serait intéressant pour nous autres pauvres lecteurs, que vous puissiez nous pondre une analyse qui sort un peu des sentiers de l’obscurantisme, car, voyez-vous, les peuples, par les fausses croyances soutenues et l’État par le suivi aveugle des dogmatiques, sont déjà tombés dans le piège du fameux “syndrome de Stokholm”. Pourquoi alors cette pensée “mainstream” se refuse-elle toujours à faire un voyage dans le temps et l’espace? Puisque les dernières crises (financière; économique; sanitaire; climatique; énergétique) nous scotchent toujours à cet obscurantisme qui prévalait aux 16ème et 17ème siècles, alors même que le Clergé endossait le rôle de l’État d’aujourd’hui et que les hétérodoxes à l’instar de Copernic et Galilée faisaient déjà face aux doctrines de Ptolémée! Un obscurantisme qui, au 21ème siècle, à l’ère des changements de paradigme, semble avoir re-gagné ses lettres de noblesse totalement perdues lors du passage au siècle des Lumières. Avons-nous tellement vite oublié les leçons de l’histoire? Toujours est-il si j’en reviens à Galilée – en 1610 – la Papauté lui avait interdit l’enseignement de ses travaux jugés “subversifs” par l’idéologie dominante et les lois de l’Église (l’inquisition) avant son transfert – en 1633 – devant son tribunal: “la Sacrée Congrégation du Saint-Office”. Le siècle des Lumières (1900) mettra fin à des siècles d’obscurantisme et validera les travaux unanimement reconnus des “hétérodoxes” de l’époque que furent Galilée et Copernic. Que de temps perdu!

          Ainsi, à la lecture des enrichissantes chroniques de l’économiste hétérodoxe Laurent Horvath – en dehors des clivages – je perçois en lui cette volonté à défendre l’Intérêt général et le bien commun. Et pour les attaques ad personam lui étant adressées sans fondement, malheureusement, Dominic, vos valeurs semblent se mesurer au temps de l’inquisition.

  6. Je tempère ce fait sans cesse ressassé que la privatisation du marché de l’énergie en Europe a conduit à la situation actuelle. L’Europe de l’énergie manque de stratégie à long terme, les privatisations n’ont pas aidé, mais les Etats n’ont guère fait mieux. La France via EDF n’a construit qu’une seule centrale nucléaire ces 20 dernières années sans anticiper le renouvellement de sa flotte de centrales actuelles, si bine qu’à moins de commencer à construire une centrale nucléaire par an à partir de maintenant, il sera impossible à ce pays de maintenir sa capacité de production nucléaire actuelle. L’Allemagne a visé le tout gaz sans se poser la question de l’approvisionnement du gaz, tant de sa provenance que de sa disponibilité dans le futur, aucun pays européen n’a entrepris une réduction drastique de sa consommation pétrolière alors qu’il y a désormais suffisamment d’indices que la production pétrolière ne pourra que diminuer dans une la prochaine décennie (cf. étude du Shift project).

    Les Etats, les entreprises privées et les population européens sont anesthésiés dans leur certitude que leur pouvoir d’achat va pouvoir garantir l’approvisionnement en énergie, quitte à ce que cela pèse un peu plus sur le budget.

    Notre stratégie d’adaptation ne nous permet pas d’anticiper correctement les changement à faire pour éviter les expériences désagréables, nous devons vivre ces moments désagréables pour pouvoir initier les changements.

    1. Je vous invite à regarder de manière géostratégique et de l’accès à l’énergie pour un pays. C’est d’ailleurs la vision des USA ou de la Chine.

      Pendant que Bruxelles forçait ses énergéticiens à ne plus signer de contrat à long terme (ex gaz) pour des raisons de libre marché et de non concurrence, la Chine, l’Inde et autres pays ont préféré assurer leur futur pour les 10 à 20 années à venir. Pourquoi l’Europe ne trouve pas de gaz au Qatar? Parce que la production est réservée pour d’autres pays. L’Iran a signé un accord de 25 ans avec la Chine pour la livraison de pétrole. Bruxelles a laissé partir la production de panneaux solaires à la Chine et l’industrie éolienne Européenne subit le même sort détruit par les subventions de Pékin envers ses champions.

      Quelle est la logique de forcer les grands énergéticiens, comme EDF, à vendre à leurs concurrents de l’électricité à prix bradés? En Angleterre et en Allemagne, tous les petits acteurs artificiellement mis en place par la vision Européenne ont déjà fait faillites.

      La stratégie énergétique d’un pays doit rester dans les mains de son gouvernement car chaque pays à sa spécificité. La situation chaotique de l’Europe est un bon exemple. Les USA, l’Amérique Latine et l’Asie ne vont pas affronter des pénuries. Une augmentation des prix, oui, mais pas de pénuries et d’un blackout. On peut arguer de la guerre en Ukraine, mais elle n’est pas la mère de tous les maux. Elle surligne le manque de la compréhension mondiale des énergies de la part de Bruxelles.

      1. Les faits que vous rappelez ici constitue la plus terrible condamnation de ce système dysfonctionnel qu’est l’Union Européenne. De fait, par sa politique à rebours du bon sens et purement idéologique, l’Union Européenne contraint ses pays membres à travailler contre leurs propres intérêts. Et l’UE elle-même applique des politiques qui sont contraires à l’intérêt de l’Europe elle-même, dans son ensemble, considérée comme un grand marché. Et tout ce que nous dit M. Horvath ne sont que des constats factuels, pas une critique idéologique. Seulement des faits.

        Question: quelle est l’utilité de l’Union Européenne?

        1. Bonjour HELVETICUS,
          L’UE était déjà dysfonctionnelle à sa conception car elle ne répondait pas aux critères d’une Zone Monétaire Optimale (ZMO). Théorie développée dans les années 1960 par l’économiste canadien, Robert MUNDELL. Par ailleurs, sa monnaie unique qui fut calquée sur l’euromark annonçait déjà un pilotage ordolibéral (via cette fausse locomotive économique allemande) qui ne manquera pas de procéder à des dévaluations salariales compétitives au travers de ses mesures Hartz (les mini-jobs). Une orthodoxie allemande qui, par ailleurs, ne conduira ses propres réformes structurelles (avec pourtant de sérieux problèmes démographiques) faute d’investissements suffisants. Le résultat fut très vite constaté avec la crise des dettes souveraines (2010) qui succédera à la conflagration financière (2008) venue des USA (crise du subprime). Ensuite, l’austérité budgétaire mortifère (en lieu et place d’une relance budgétaire contracyclique en pleine crise) doublée d’un déséquilibre systématique des balances commerciales dans l’Union européenne auront des conséquences dévastatrices. Les technocrates ayant oublié qu’en économie, les excédents des uns (pays du nord) ont pour corollaire les déficits des autres (pays du sud).

      2. @Mr Horvath. J’adopte justement une vision géostratégique: en quoi le fait que Bruxelles interdise ou non les contrats à long terme aurait changé à la situation actuelle en Europe ? Rien. On aurait simplement des contrats à long terme avec la Russie et non le Qatar, car le gaz qatari est plus cher, demande des infrastructures plus lourdes (ports spéciaux pour méthanier, système de regazéification, moins bon pour l’environnement via un EROI plus faible (la liquéfaction requiert plus d’énergie que le pompage),…).

        Pour éviter la solution actuelle, il faudrait avoir une vision plus stratégique, comme celle de multiplier les sources d’approvisionnement, malgré le surcoût que cela implique, ou alors en finir avec la politique des flux tendus qui vise à éviter tout stockage. Ces stratégies ne sont pas les bienvenues du point de vue économique, car elles impliquent un surcoût pour des événements peu probables, que tout le monde évalue comme ayant un impact faible jusqu’au moment où l’événement arrive et où on peut mesurer l’impact réel, toujours plus élevé. Rien qu’appliquer un de ces 2 stratégies demandent de nager à contre-courant des principes économiques et sociales actuelles.

        Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, est-ce que le maintien de la stratégie énergétique dans les main des gouvernements nous auraient éviter la situation actuelle, je maintiens que non. Parce que si un Etat européen avait réellement une stratégie cohérente du point de énergétique, alors le chauffage des maisons particulières avec des énergies fossiles ne seraient plus autorisé, le transport routier longue distance serait interdit au profit du ferroutage, le prix de l’énergie serait plus élevé, les SUV seraient interdits et uniquement des véhicules légers et peu gourmands circuleraient sur les routes…
        Le fait que la gestion de la politique énergétique soit au main d’entreprises privées ou des gouvernements ne change rien au problème actuel: tant les entreprises privées que les gouvernements n’ont pas assimilé le fait que les énergies fossiles sont des ressources finies. Si on assimile cette réalité, alors on devrait se poser la question de savoir jusqu’à quand ces ressources seront disponibles sans restriction et agir en conséquences. Connaissez-vous comment de pays qui ont établis une feuille de route officielle qui indique une date même floue de la fin du pétrole et gaz bon marché ? De l’uranium et du charbon bon marché ? Combien de pays ont une vision pour leur économie entre maintenant et la fin des énergies fossiles ?

        Mon argument est que cela ne sert à rien de passer des contrats avec le Qatar pour les 50 prochaines années si le Qatar ne peut plus fournir du gaz dans 10 ou 20 ans. Cela ne sert à rien de mettre entre les mains d’un gouvernement toutes les unités de production d’électricité à base de gaz naturel ou d’uranium si on n’a pas une idée claire de la disponibilité de ces ressources dans le futur. Il faut bien comprendre qu’on ne change pas le principe d’une économie en 5 ou en 10 ans. Il faut 20 à 40 ans pour pouvoir modifier le moteur d’une économie.

        Et je en parle même de climat ici. Je parle uniquement de disponibilité de ressources connues comme étant finies.

        Les Etats, au vue des mesures prises pour le climat et de la manière dont la gestion des déchets et des ressources est faite, n’auront pas pu éviter et n’éviteront pas une crise énergétique, tout simplement parce qu’ils n’ont pas compris l’enjeu. Ce n’est pas la géopolitque, la real politic, la stratégie étatique qui changeront cela.

        En résumé, si on veut avoir une stratégie énergétique, alors la fin des énergies fossiles aurait dû être mise en place après 2018 lorsqu’il est a été annoncé par l’agence internationale de l’énergie que le pic du pétrole conventionnel était passé en 2008. Quatres ans tard, on en est encore à faire des annonces de la neutralité carbone en 2040 ou 2050, alors que la consommation d’énergies fossiles ne diminue guère, hors variation du PIB.

        1. RAYMOND
          2 février 2021 à 14 h 20 min
          Partie 1.4. Les lobbies restent, les pions s’échangent, la partie continue

          (…) Indépendamment des couleurs politiques, pour la survie de notre espèce, en tirant des leçons de l’histoire, il est fondamental d’aborder la vision de notre monde réel sous un angle plus global et non par le truchement d’un prisme dont les particularités auront pour conséquences à dévier et décomposer l’éclairage que l’on s’en fait avec quelques longueurs de mandats idéologiques. Si la pandémie mondiale que certains qualifient de « cygne noir », pour reprendre le titre de l’ouvrage de l’ancien trader et professeur à l’Université de New York, Nassim Nicholas Taleb, auteur « The Black Swan: The Impact of the Highly Improbable », dans les faits et fondamentalement, l’imprévisible n’en est rien puisque à proprement parler cet événement majeur (Pandémie Covid-19) était quelque chose de l’ordre du prévisible, pour peu que « l’on ait regardé complètement les conséquences de la mondialisation ». Pour ce philosophe et statisticien américano-libanais, « le problème, c’est que les gens regardent les choses sans les effets secondaires, et ce virus, c’est l’effet secondaire de la globalisation ».

          Pourtant, sous l’angle de la « Théorie des choix publics », on peut dire qu’il n’est de pire aveugle que celui qui s’obstine à ne pas voir, comme ce fut le cas en 2004, notamment, après trois décennies de croissance économique et démographique exponentielle, les auteurs d’une nouvelle édition du rapport Meadows – dont la version initiale paru en 1972 à la demande du Club de Rome, de jeunes chercheurs américains rédigent un rapport, « The Limits to Growth » qui crée le scandale : nous sommes à la veille du premier choc pétrolier et pour beaucoup le credo de la croissance économique ne saurait être remis en question – confirment leur premier diagnostic et alertent les acteurs politiques et économiques en proposant différents scénarios de transition vers un développement « soutenable ». Désormais le concept même de « développement durable » paraît complètement obsolète pour Dennis Meadows : « C’est trop tard » répétera-t-il à Paris en 2012, avec un grand sourire un peu désabusé, « nous avons dépassé les limites depuis déjà longtemps ». Ce phénomène met aussi à néant la notion de « l’homo œconomicus » (John Stuart Mill) qui n’a dans les faits rien de rationnel. Et ce n’est pas l’exubérance-irrationnelle (Shiller / Akerlof / Thaler) – ou « Nos esprits animaux » pour paraphraser l’expression de John Maynard Keynes dans son œuvre centrale – caractérisée de 2006 qui annonçait déjà la conflagration de 2008 qui contredira cet autre état de fait, tout comme l’irrationalité des dogmes économiques qui ont attaqué nos systèmes publics durant plusieurs décennies pour finalement meurtrir profondément nos capacités de réponse au coronavirus dès 2020 (…)

          …et à présent, en 2022 – dans l’urgence encore une fois – vers les scenarii de la transition énergétique/climatique où la guerre en Ukraine, à l’instar du coronavirus, n’est finalement que le révélateur des effets secondaires d’un mal plus profond identifié de longue date. Pourtant, la Suisse s’est aussi offert le luxe de rejeter la loi sur le CO2 alors que notre pays n’a déjà pas été en mesure de remplir ses objectifs climatiques durant ces 30 dernières années.

    2. Le problème d’une libéralisation dans le domaine de l’énergie est le même que celle dans le domaine de la santé : un marché captif ne peut être libre. Le marché est captif dans le sens que ces produits sont essentiels pour leurs consommateurs. Pour certaines entreprises, leur seule liberté consiste à fermer la porte. A noter que les fournisseurs d’énergie ne portent pas le risque d’une stratégie ratée. Celui-ci est 100% porté par leurs consommateurs. Classique exemple de création de rente pour le privé avec une socialisation des pertes si les choses partent en cacahuètes.

      Au final, la libéralisation du marché européen à atteint les objectifs suivants :
      1) Prix plus élevés (au lieu d’une baisse)
      2) Pas de stratégie à long terme
      3) Déferrement des investissement lourds autant que possible (cf. point 2)

      C’est le même problème que la santé ou le système est libéralisé mais obligatoire. Ça ne peut pas marcher.

      1. BONJOUR JACKSON HOWARD,

        Je suis d’accord avec votre analyse en précisant toutefois ceci:

        Le saint-patron des économistes mainstream, en 1970, Milton Friedman – monétariste et père spirituel de l’idéologie néolibérale – publiait dans The New York Times Magazine un texte qui suscita beaucoup d’opposition à l’époque mais qui, dès lors, fut diaboliquement considéré et encore de nos jours comme un leitmotiv à penser. Un “Pense-bête!”. Ce mantra du 13 septembre 1970 avait comme sous-titre: “La responsabilité sociale de l’entreprise est d’accroître ses profits.”

        https://www.nytimes.com/1970/09/13/archives/a-friedman-doctrine-the-social-responsibility-of-business-is-to.html

        Pour Milton Friedman, le dirigeant d’une entreprise est l’agent des actionnaires privés et doit ainsi se conformer à leur objectif tout en respectant “les règles de base” de la société. “Dans un système de libre entreprise et de propriété privée, un dirigeant d’entreprise est l’employé des propriétaires de l’entreprise (c’est-à-dire les actionnaires privés). Il est directement responsable devant ses employeurs (toujours devant les actionnaires privés qui détiennent par l’entremise des titres, des droits patrimoniaux et sociaux). Cette responsabilité est de mener l’entreprise en accord avec leurs désirs (aussi irrationnels soient-ils), qui en général doivent être de gagner autant d’argent que possible tout en se conformant aux règles de base de la société, à la fois celles représentées par la loi et celles représentées par la coutume éthique (dont nous voyons bien qu’elles s’étiolent depuis des décennies). Bien sûr, dans certains cas ses employeurs peuvent avoir un objectif différent. Un groupe de personnes peut créer une entreprise dans un but charitable – par exemple, un hôpital ou une école. Le gérant d’une telle entreprise n’aura pas le profit pécuniaire comme objectif, mais de rendre certains services” (ben voyons!!!)”.

        Enfin, si l’on ne peut – au sens sociétal et moral – raisonnablement admettre l’hôpital comme une entreprise “charitable”, mais que cette dernière entre effectivement dans un contrat économique “mainstream ” à pilotage néolibéral – dont les responsables politiques (les gouvernements) ont adopté les statuts depuis des décennies également – alors le principe de rationalité et compression des coûts figure dans l’équation propre à la profitabilité (l’efficience diront les économistes orthodoxes). Preuve en est maintenant avec la pandémie comme révélateur (où foncièrement parlant, la recherche de cette pseudo efficience de l’économie marchande n’est qu’un mythe, à contrario du transfert des richesses du bas vers le haut) et les nombreuses conséquences que rencontrent à présent les milieux hospitaliers, à l’instar de la France par exemple, avec un système de santé proche de la faillite. D’ailleurs, avant la conflagration financière de 2008, l’endettement de la France n’était-il pas à hauteur de 60% du PIB? Quand va-t-on enfin comprendre que l’État ne peut continuellement socialiser les pertes de la financiarisation qui vont à l’encontre de l’Intérêt général doublé du détricotement du bien commun. Pourtant, le monétariste Milton Friedman avait annoncé la couleur dans le combat qu’il menait il y a cinquante ans: “La responsabilité sociale de l’entreprise est d’accroître ses profits”.

        En effet, la nationalisation complète de l’énergéticien EDF est estimée à 8 milliards d’euros, une énième prime de risque de la financiarisation reportée sur une très large majorité d’administrés qui devra supporter le poids de la dette. Encore une malheureuse rançon d’un État s’étant fourvoyé dans les mirages de l’économie de marché au détriment des fondamentaux et des responsabilités régaliennes qu’il a laissé choir. L’État à le devoir d’être un garde-fou, mais n’a pas d’obligation à revêtir l’habit du spéculateur devant l’éternel. Quoique qu’on en pense, l’État a un rôle crucial à jouer dans la transition énergétique, qu’il revienne donc au plus vite dans les clous!

  7. Et pourquoi ne stoppe-t-on pas tout simplement ces sanctions absurdes qui renforcent la Russie et ruinent le monde libre?

    ll serait temps de redevenir rationnels.

    1. Parce que dans 10 ans, la Russie va perdre la moitié de sa production de pétrole que la production de gaz va suivre dans la décennie suivante. Le Shift project a analysé les chiffres des production des pays pétroliers (lien: https://theshiftproject.org/article/nouveau-rapport-approvisionnement-petrolier-europe/) et les pays exportateurs de pétrole qui alimentent principalement l’Europe sont pratiquement tous dans une phase de baisse de leur production.

      Oubliez la guerre en Ukraine et la Russie, oubliez le changement climatique et retenez ceci: les énergies fossiles sont des matières finies qui ne se renouvellent pas et on approche de moment où la quantité de pétrole et de gaz qui resteront ne pourront plus suffire à tout le monde.

      Et à ce moment-là croyez-vous que la Russie va restreindre l’accès de sa population au pétrole et au gaz russe pour les beaux yeux des Européens ?

  8. Le résultat actuel est dû à une absence de vision stratégique, soit l’indépendance. Il n’y a pas d’excuses tant le problème était évident, la guerre de l’Ukraine et ses conséquences ont accéléré les choses.
    Maintenant, il faut voir le bon côté, l’indépendance énergétique est devenu prioritaire. Mais, il n’y a pas que ça qui change, par exemple, la fabrication des panneaux solaire devrait reprendre en Europe après sa chute suite à une concurrence déloyale de la Chine avec une Europe passive et surtout naïve.
    Comme prévu, c’est le retour du nucléaire, parce la frugalité volontaire, ce n’est pas dans les gènes de l’humain sauf pour les moines et les militants.

    Et le prochain hiver ? Il y aura peut-être des problèmes, et alors ? Il y aura une petite période transitoire, mais ce n’est ni la peste, ni la famine. Ce n’est pas la fin du monde.

    1. “le prochain hiver ?”
      Je partage votre point de vue, mais vous pensez a quelle action à mettre en œuvre pour que le problème ne se répète pas l’hiver suivant ? et le suivant ?

  9. Question: est-ce qu’en Suisse on ne pourrait pas construire quelque part une nouvelle Grande Dixence?

    Evidemment les intégristes verts s’y opposeraient, mais il faudrait passer outre, car ils seraient de mauvaise foi en s’opposant à la solution la plus écologique possible.

    1. Si l’on ne veut pas faire de nouveaux barrages, alors on n’y coupe pas: on sera obligés de revenir au nucléaire. Sans ça, la conséquence ne sera pas seulement que les ménages suisses grelotteront dans leurs appartements, mais tout simplement le collapse général de notre économie. C’est ce qu’a très bien compris Mme Martullo Blocher, car elle, au moins, elle sait de quoi elle parle et elle a le sens des réalités. Ce n’est pas comme Mme Sommaruga et toutes ces marionnettes qu’on a dans la politique suisse. Il faut sortir Mme Sommaruga du CF et mettre Mme Martullo à sa place.

    2. La Dixence peut tourner à 100% de sa capacité pendant une dizaine de jours. Or il faut plus que 10 jours de réserve pour garantir l’approvisionnement de la Suisse pendant les mois d’hiver et plus particulièrement ceux de janvier et février.

      Les barrages ne sont pas prévu pour faire de la production en continu durant plusieurs jours.

      Le stockage inter-saisons (stocker en été pour disposer d’énergie en hiver) requiert une nouvelle technologie, la plus mature reste l’hydrogène, voire le méthane via réaction de Sabatier avec l’hydrogène, car stocker du méthane est plus simple que stocker de l’hydrogène.

      Aucune centrale nucléaire, même en faisant sauter tous les recours, ne pourrait être construite en moins de 10 ans, donc même si on revenait sur la décision de l’abandon du nucléaire, on est coincé pour les 10 prochaines années. Et il faut espérer que les centrales actuelles tiennent encore 10 ans.

      Une nouvelle centrale nucléaire ne pourrait que remplacer une centrale existante, car dans 10 ans, il est fort à parier que l’on devra fermer une centrale (la Suisse possède les plus vieilles centrales nucléaires d’Europe (Beznau 1 : 1969, Beznau 2: 1971)). Pour augmenter la capacité de production nucléaire de la Suisse, il faut prévoir 3 nouvelles centrales dans les 5-10 prochaines années: 2 pour remplacer les 2 réacteurs de Beznau et 1 pour augmenter la capacité de production électrique du nucléaire. Or la centrale de Gösgen a été mise en service en 1979: il faudrait donc prévoir déjà une quatrième centrale dans le 10-15 ans.

      Quatres nouvelles centrales à construire en 15 ans voire 20 ans si on a un peu de chance. Reste à trouver 40 milliards, c.-à-d. la moitié du budget de la Confédération.

      1. Bonjour CRERAT,

        Pourquoi le “quidam” se refuse-il systématiquement à voir l’essentiel alors que les moyens de financement existent? En voici un de taille avec développement!

        La double dynamique de libéralisation des échanges de biens et services, des mouvements de capitaux et de personnes, et d’intégration de nos économies intégrées depuis le début des années 1990, a contribué à accroître la concurrence fiscale sur notre planète. Or, dès la financiarisation exacerbée de nos économies “globalisées” (avec sa captation des richesses au sein d’un océan de serfs), la fiscalité est apparue alors comme l’un des derniers outils à la disposition des gouvernements pour stimuler l’activité économique en renforçant la compétitivité des entreprises et l’attractivité des territoires. Mais à défaut d’un ruissellement suffisant (d’ailleurs la Trickle down Theory fût désavouée par l’OCDE et le FMI en 2014/2015) cette politique s’est assimilée à la maxime qui postule à déshabiller Pierre pour habiller Paul; c’est-à-dire une injustice fiscale menée pour le plus grand profit d’une minorité au détriment d’une majorité. Une dichotomie dans la taxation des flux par rapport aux biens à une période (dès 1980) où les marchés financiers s’étaient empressés d’embrasser le mouvement de libéralisation des taux d’intérêt des dettes publiques, respectivement des emprunts souverains (la financiarisation de nos économies intégrées). René Tourenq (1912 – 2005) avait dédié les 25 dernières années de sa vie à étudier la fiscalité française et à tenter de faire comprendre et adopter une sorte de révolution fiscale qu’il a appelée la Taxe sur les Mouvements de Fonds, TAMF. Un impôt léger et juste, très peu couteux, adapté aux techniques modernes et permettant à court terme de diminuer de façon radicale, voire de supprimer la plupart des multiples taxes et impôts existants. Sa grande idée fiscale (prémisse au projet du micro-impôt helvétique) repose sur une taxe sur tous les mouvements de fonds, c’est-à-dire les flux (en particulier tels qu’ils sont saisis par les compensations interbancaires) et dépasse nettement l’intérêt du solidarisme français. Elle a une portée européenne et pourrait bien permettre de repenser dans ses fondements toute fiscalité, de combattre efficacement l’arrogance insolente de la finance de marché, de la contrôler tout en lui faisant jouer un rôle direct dans la collecte de l’impôt et surtout de permettre divers financements d’Intérêt général. Pourtant, “l’oeuf de Colomb” de René Tourenq n’aura malheureusement pas séduit les politiques de droite comme de gauche, bien que plusieurs laquais de la médiocratie néolibérale lui ont assuré que son idée était excellente

        À contrario de la France, pour bénéficier d’un nouvel ordre et ainsi saisir ses débouchés, la Suisse a ce précieux sésame qui lui permet donc de renverser la table par voix démocratique, pourtant rien ni fait alors qu’avec la révolution de nos systèmes économiques, monétaires, sociaux et sociétaux, le monde de l’argent a encore trouvé une parade en dépassant l’écueil des taux nuls, voir négatifs. Et si son appât du gain s’est fait au détriment des classes moyennes (et du prolétariat) – tout comme le volet fiscal – qu’il a gonflé de nouvelles bulles (actif/crypto-actif/produits dérivés/patrimoine immobilier) et dévoyé la théorie économique qui veut que des taux d’intérêts à de tels niveaux doivent logiquement profiter aux acteurs économiques; dans les faits, les mécanismes de transmission monétaire ont été déroutés pour transformer les marchés boursiers en machines à sous avec la bénédiction des “politiciens 2.0”, c’est-à-dire ces détenteurs de rentes de situation ayant laissé choir le bien commun et l’Intérêt général (Public Choice theory).

        À l’heure actuelle, la notion même de gestion du risque – censée privilégier les marchés obligataires sécuritaires aux bourses nettement plus spéculatives – s’est estompée. Inversement, l’escalade de la prime de risque – c’est-à-dire la rémunération offerte au détenteur d’action en contrepartie du risque assumé – atteint de tels niveaux que les détenteurs de cash (les fonds de pension, les gros investisseurs, les fonds souverains, etc…) ne jurent plus que par des marchés boursiers éconduits ayant comme avantage considérable de payer des dividendes (en hypothéquant la création de richesses futures) alors que la conjoncture économique reste déprimée depuis plus d’une décennie, ne l’oublions jamais. Que les politiciens de droite freinent des quatre fers à cette révolution fiscale? Ça tombe sous le sens de la “Public Choice Theory” et ceci demeure d’autant plus difficile de mordre la main qui nourrit. Pourquoi instaurer un micro-impôt sur les flux financiers quand le “dindon de la farce” ne perçoit correctement ni les enjeux actuels, ni ceux de demain? Selon une enquête réalisée en 2019 par PwC, cette dernière plaçait encore la Suisse parmi les pays appliquant les taux d’imposition des multinationales les plus bas sur la scène internationale; nous pouvons tout aussi bien, et raisonnablement, en déduire que le frein à l’endettement public s’est implicitement exercé grâce au levier de la concurrence fiscale au détriment de l’Intérêt général. Bien évidemment que le postulat qui tend à “déshabiller Pierre pour habiller Paul” aura laissé des traces sur les petites et moyennes entreprises. Comme sur l’état de certains biens communs (hôpitaux publics, programmes d’anticipation et gestion des risques, transition énergétique…).

        Qu’est-ce qui motive donc “le quidam” à se tirer systématiquement une balle dans le pied et voter majoritairement contre ses intérêts; les propos du milliardaire Kevin O’Leary? Lorsqu’il affirmait que les inégalités sont une “nouvelle fantastique”, car elles motivent “le pauvre à regarder en haut vers les 1% et à se dire : je veux faire partie de ces gens”. Pour revenir à nos moutons, “le quidam” a-t-il seulement conscience que d’après les chiffres hebdomadaires de SIX Trade Repository, pour certaines semaines de fin 2020, les dérivés sur actions s’élevaient, en valeur notionnelle, à environ 19 millions de milliards de francs de positions ouvertes? “C’est de l’ordre de 26 000 fois le PIB de la Suisse et devrait générer un énorme volume de transactions”, comme le relevait le professeur en finance de l’Université de Zurich, Marc Chesney. Ce dernier n’a pas manqué – également – de faire savoir qu’il s’est heurté au manque de données sur les transferts en compte courant entre les banques et la BNS, que cette dernière ne déclare plus depuis courant 2013, mais qu’elle mesurait pour 2012 à environ 65 000 milliards de francs. Les transactions interbancaires, selon les chiffres SIC (Swiss Interbank Clearing), s’élèvent à 43 000 milliards. Pour les devises (Forex), le chiffre s’élève à environ 40 000 milliards. Le micro-impôt – visant à taxer les flux financiers – est aussi légitimé par les aides massives des banques centrales, convient le chercheur en finance, Marc Chesney. La Banque centrale américaine a d’ailleurs acheté pour 4 000 milliards de dollars de titres en 2020, qui ont dopé les portefeuilles des “investisseurs à court terme” du monde entier. Nous voyons déjà qui sont les preneurs d’otages et qui devra se débarrasser du “syndrome de Stokholm” à l’heure des changements de paradigme.

        Enfin, pour ce qui a trait à présent aux dépenses extraordinaires des plus nantis et cette crainte qu’ils ne contournent le micro-impôt sur les flux financiers en honorant leurs dépenses en cash (alors que les sociétés sans cash seront l’illustration de notre avenir), ils s’exposent aux exigences contraignantes, ainsi que leurs intermédiaires financiers, à la Loi fédérale concernant la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LBA/18.02.2020). Concernant la crainte d’une délocalisation des activités du “high frequency trading”, elle peut être appréhendée d’une manière relative et constructive puisque la “disparition” de cette activité prédatrice (notamment via le recours des ordres “flash”) est souhaitable pour l’économie réelle à moyen/long terme. D’ailleurs, la baisse des recettes pourrait être compensée en rehaussant légèrement le micro-impôt sur les flux financiers dans la fourchette prévue.

        1. @Raymond, je suis ingénieur, pas financier ni politique, je vous laisse aller à votre pêche au milliards qui trainent par terre et qu’il suffit de se baisser pour les ramasser.

          Je vous laisse méditer sur les sanctions envers la Russie pour comprendre que mettre des taxes et interdire certains types de commerce sont rarement très efficaces.

          Il y a sans doute quelques dizaines ou centaines de millions à gratter, mais éviter de parler de milliards qui sont accessibles en 2 clics.

          Et une fois que vous aurez 40 milliards, il faudra trouver les ingénieurs et les entreprises capables de construire une centrale nucléaire. En Europe, cela ne court pas les rues. En bref, même si on avait l’argent, on ne pourrait pas réitérer l’exploit technologique et organisationnel de nos grand parents qui ont construit les centrales actuelles.

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