Stocks de gaz en Europe? La réalité dépasse la fiction

Dans le bras de fer avec la Russie, la Commission Européenne veut obliger chaque pays européen à remplir ses réserves de gaz à “au moins 80%” de leurs capacités d’ici au 1er novembre 2022 puis à 90% avant chaque hiver dès 2023.

Là, le quidam se dit que “si les réserves sont pleines, l’hiver est assuré.” Ouf ! Car un hiver sans chauffage, ça risque de chauffer. Et bien, tout cru patate crue! Dans une stratégie qui aurait bien pu sortir des classeurs de nos amis consultants de McKinsey, très cher à Ursula von der Leyen et encore plus chers au Président Macron, la réalité diffère légèrement.


 

France et Allemagne: les champions du stockage qu’il faut remplir 4 fois par an!

La France et l’Allemagne possèdent les plus grandes capacités de stockage de gaz en Europe. Ces capacité représentent 25% de leur consommation.

L’Allemagne héberge les plus grands réservoirs en Europe avec 24,5 milliards m³. Il y a quelques jours, les stocks étaient à 40% de leur capacité, soit assez pour 7 jours de températures polaires selon le Ministère de l’Economie et du Climat Allemand.

Jusqu’ici, le gouvernement d’Olaf Scholz avait affirmé que “l’approvisionnement est assuré et il n’y a pas de risque de pénurie.”  Grâce à une météo clémente, il n’a pas été désavoué.

Du côté de Paris, la capacité de stockage représente également le 25% de la consommation annuelle selon Storengy.  Depuis 2018, la loi française exige que le niveau de remplissage des capacités souscrites atteigne 85% au 1er novembre.

Mais il y a un mais! La France et l’Allemagne doivent remplir au moins 4 fois leurs stocks durant l’année et 2 fois durant l’hiver. Traduire: les stocks de novembre disparaissent en janvier-février.

Ensuite? Là se complique les ambitions de Bruxelles de se passer au plus vite du gaz Russe.

 

Suisse, Belgique, Luxembourg: le bon moment pour sortir du gaz?

Du côté du Luxembourg, les capacités de stockage de gaz suffisent pour 4 jours.

En Belgique, elle représente un peu moins de 5% de la consommation annuelle du pays.

La Suisse? Il n’y a pratiquement pas de stockage de gaz sur son territoire. Le lobby du gaz a déjà annoncé qu’il avait sécurisé l’approvisionnement gazier pour l’hiver 2022/2023. Mais s’il n’y a pas de capacité de stockage où se trouve ce gaz?

Dans la pratique, l’industrie du gaz a déjà passé ses commandes à l’international avec l’espoir de se faire livrer au goutte à goutte en temps voulu. La Suisse et six autres pays européens ont signé une déclaration internationale afin d’assurer l’approvisionnement en gaz durant l’hiver. Les installations de stockage doivent pouvoir être utilisées au-delà des frontières peut-on lire.

Cependant, l’histoire nous apprend qu’en cas de pénurie, le mot solidarité a souvent tendance à sortir par une porte dérobée.

Dans cette ombre, il y a une bonne nouvelle. Si vous vous chauffez au gaz, vous avez tout l’été pour vous en débarrasser et changer! Bon ça fait 10 ans qu’on le dit. Là, il sera difficile de trouver une meilleure excuse pour ne pas faire le pas.

 

 

 

Laurent Horvath

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath, propose des analyses et des réflexions dans les énergies fossiles et renouvelables avec un objectif principal: "ne pas vous dire ce que vous devez penser, mais dire ce qui se passe. A vous de vous forger votre propre opinion." En 2008, il a fondé le site indépendant 2000Watts.org. Vous le retrouvez dans la version papier du journal Le Temps un jeudi sur trois.

8 réponses à “Stocks de gaz en Europe? La réalité dépasse la fiction

  1. Une neutralisation rapide (mise à l’écart) des dirigeants actuels du Kremlin ne permettrait elle pas de résoudre cette équation gazière à plusieurs inconnues ?

    1. C’est marrant, je me posais la même question avec les dirigeants de l’autre bord. Remarquez que ce serait plus simple: les installations existent déjà.

    2. Il faudrait remplacer le pouvoir actuel pour un autre. Une occupation serait intenable, et pour trouver un groupe de Russes qui soient fiables, je crains qu’il faille chercher encore un peu.

      1. Bonsoir Monsieur, votre billet du jour, tout comme vos régulières contributions très documentées en matière d’énergies, me donne paradoxalement du courage: je crois ne pas exagérer en soulignant ici que vous êtes vraisemblablement le seul “journaliste” à exercer aujourd’hui un point de vue “dialectique”. Non, votre humour ne relève pas du cynisme, hélas trop répandu alentours. Manger, boire, se chauffer en hiver, rester en bonne santé, n’en déplaise aux réactionnaires de tout bord, y compris au moment d’élections déterminantes, constituent des droits fondamentaux, signés ONU, OMS et FAO… par exemple. (Les cancres ne se sont- ils pas toujours épanouis près du radiateur?) Mais en temps de pénurie, qui va payer pour que l’eau chaude circule dans les tuyaux? En vous remerciant, et avec mes cordiaux messages.

  2. Entre la réalité technique et la volonté politique, il y a toujours un écart ! c’est celui du temps de la réflexion et de la stratégie à moyen et long terme . Dans le cas du gaz, un certain nombre de pays européens ont politiquement et techniquement eu tort . On en paye le prix aujourd’hui . Les réactions européennes sont illusoires et ne font suite qu’à une urgence due à leur aveuglement précédant . De plus, ils n’ont aucune autorité sur les états pour leur imposer leurs choix énergétiques tant dans le choix des énergies que du stockage de celles-ci . Il font plus de mal qu’autre chose à l’idée européenne .

  3. Monsieur Horvat,
    Enfin une analyse réaliste et cohérante. Comme vous avez raison malgré l’endoctrinement de vos détracteurs.
    Merci.

  4. Vous sortez du charbon, du pétrole, du gaz fossile (dit naturel),du nucléaire. très bien !
    vous les remplacez par des énergies renouvelables aléatoires, variables non pilotables avec une emprise sur le foncier énorme. avec de l’hydroélectricité tant que les glaciers réguleront le débit des rivières. Taux de CO² toujours croissant 418.81ppm (chiffre de mars (gml.noaa.gov)) avec une dynamique de progression à faire pâlir notre bon vieux taux de croissance du PIB (D’accord ils sont corrélés) (Sans parler du méthane). et la nécessité d’électrifier le plus possible la production d’énergie. Comment faites vous ? (et Comment fait on ?)

Les commentaires sont clos.