Energies Propres : Le Luxembourg et l’Autriche montent au créneau

La taxonomie européenne sur les énergies propres propose d’inclure le gaz et le nucléaire. Le texte a été soumis aux pays européens en début d’année. Il devrait être accepté dans les mois à venir.

Cependant, deux pays marquent clairement leur désaccord. Le Luxembourg et l’Autriche menacent Bruxelles d’une action en justice si les deux énergies sont peintes en vert.  De son côté, l’Espagne pourrait choisir d’utiliser son propre règlement en excluant l’énergie nucléaire et le gaz naturel.


 

Un parcours sinueux au business as usual

Au départ, la taxonomie devait aider le secteur financier à identifier des projets, des entreprises et des technologies propres afin de donner un cadre de règles strictes destinées à lutter contre le greenwashing. Cela devait également permettre à l’Europe d’effectuer une transition énergétique propre.

Depuis 3 ans et moult palabres, les pays pro-gaz de l’Est et la France ont proposé que la technologie nucléaire et certaines formes de gaz naturel soient désignées comme des investissements durables.

Comment, l’Europe en est arrivée là?

La procédure est passée d’une identification des énergies propres à comment financer de nouvelles installations dans mon pays et qu’importe si elles sont polluantes. En trois mots: se faire financer son “business as usual”. L’important est que la non transition énergétique soit payée par des investisseurs, des fonds d’investissements et même l’Europe.

 

Une pilule verte est difficile à avaler

Droit dans ses bottes, la ministre autrichienne, Leonore Gewessler, affirme que “l’énergie nucléaire, qui a peu d’empreinte carbone, mais produit des déchets toxiques avec des risques de radiation, viole le principe de l’UE de “ne pas nuire de manière significative” à l’environnement. “Il y a un argument solide et fort pour aller devant la Cour de justice européenne si la Commission décide de poursuivre et que la taxonomie entre en vigueur. Nous devons nous assurer que les marchés financiers restent fidèles aux alternatives des énergies renouvelables.”  Voilà qui est dit. Le ministre de l’énergie du Luxembourg, Claude Turmes, confirme cette position.

Du côté des investisseurs, le groupe d’investisseurs institutionnels sur le changement climatique, avec une capacité de € 50’000 milliards, a averti que l’inclusion du gaz créerait un “mal de tête inutile” pour les investisseurs ayant des ambitions écologiques.

Pour les 6 prochains mois, la France est à la tête de l’Europe. Nul doute que le président Macron ne passera pas à côté d’une occasion de financer le développement de son parc nucléaire d’autant que la France croule sous les dettes (115% de son PIB). Le bras de fer avec la Russie qui livre 40% du gaz à l’Europe sera également intéressant à suivre du côté de l’Allemagne comme des pays de l’Est.

Un mot manque cruellement dans la taxonomie européenne: Indépendance énergétique!

 

 

Laurent Horvath

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath, propose des analyses et des réflexions dans les énergies fossiles et renouvelables avec un objectif principal: "ne pas vous dire ce que vous devez penser, mais dire ce qui se passe. A vous de vous forger votre propre opinion." En 2008, il a fondé le site indépendant 2000Watts.org. Vous le retrouvez dans la version papier du journal Le Temps un jeudi sur trois.

3 réponses à “Energies Propres : Le Luxembourg et l’Autriche montent au créneau

  1. Problème typique d’un manque de définition. Si on a clairement défini ce qu’est une énergie propre, alors le débat de savoir si le gaz naturel et le nucléaire en font partie est inutile. Le problème, c’est qu’au lieu de de définir ce qu’est une énergie propre, on préfère faire une liste d’énergies que l’on va considérer comme propres.

  2. Si l’Espagne veut exclure le gaz de la taxonomie, elle se trire une balle dans le pied, puisqu’elle besoin de ses centrales à gaz pour pouvoir utiliser son éolien !

  3. Est-ce que l’objectif est de réduire les émissions de CO2 oui ou non ? Si c’est l’objectif, alors le nucléaire est une énergie verte car produisant une très grosse quantité d’énergie sans la moindre émission de CO2.
    Le volume des déchets est ridicule: un réacteur nucléaire qui produit entre 900 et 1600 MW en continu selon les modèles utilise un volume de combustible équivalent à une petite citerne de camion et ceci pendant près de 12 années en continu (on le renouvelle par 1/3 tous les 4 ans pour maintenir la puissance nominale). A titre de comparaison, pour produire 900 MW, il faut un train entier de charbon par jour !
    Sachant qu’il n’y a aucune alternative crédible actuellement, c’est la meilleure solution.
    Merci de ne pas supprimer ce commentaire du simple fait qu’il ne soit pas en accord avec votre pensée unique.

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