Pic Pétrolier ou Pic Climatique : quel sera le seuil de douleur ?

Alors que l’on peut ressentir une certaine impression que cet été climatique part en vrille entre les chaleurs de 49 degrés en Californie et Canada ensuite suivi par des incendies de forêts. L’Allemagne, le Benelux et la Suisse noyés sous l’eau. La Russie enregistre des températures records ainsi que des incendies en Sibérie. Pour compléter le tableau, des inondations monstrueuses en Chine.

Bref dans cette ambiance, où le manque d’eau et aussi dévastateur que le trop d’eau, BP et l’agence pétrolière norvégienne Rystad Energy ont publié leurs prévisions énergétiques et pétrolières.


BP : d’une perception de pénurie à l’abondance pétrolière

BP souligne la baisse de 2020 de la consommation énergétique mondiale due à la pandémie. Cependant, il faut compter avec un rattrapage du temps perdu dans les mois à venir. Dans une nouvelle étude de 20 pages, les deux partenaires pensent que nous allons passer d’une “perception de pénurie” actuelle à une situation “d’abondance pétrolière“. L’étude balaye de la main le peak oil de la demande et pense que les pays, qui extraient un pétrole bon marché, vont privilégier le concept de  “diminution des volumes pour vendre à un prix élevé” au lieu du “volume important et vendre à un prix bas“.

On apportera un bémol causé par le penchant des deux acteurs à apprécier l’odeur du pétrole.

 

Rystad : Les réserves pétrolières diminuent

De son côté Rystad Energy a fortement réduit ses estimations des réserves pétrolières mondiales à 1’725 milliards de barils contre 1’903 milliards l’année dernière.

Pour un pétrole, financièrement accessible à 50$, il y en aurait pour 1’300 milliards de barils sous nos pieds. Au rythme actuel, cela représente 35 années d’extraction. Avec la diminution de la demande, il y aurait assez de pétrole jusqu’en 2100.

 

Pic énergétique et Pic climatique

Pour le climat, cela veut dire que le potentiel d’augmenter les quantités de CO2, de méthane et de gaz à effet de serre est encore très important d’autant que le trio: pétrole, gaz naturel et charbon règnent en maître.

A la vue des événements climatiques de ces derniers mois, la question est de savoir quel sera le seuil de douleur climatique nécessaire afin d’engager le pic d’émissions de CO2 / Méthane.

Les conditions climatiques exécrables aux USA, le déversement d’eau sur l’Allemagne, les incendies en Sibérie et les inondations en Chine touchent justement les acteurs clés. Est-ce qu’une porte s’ouvrira ?

L’Algérie pense à son après pétrole et gaz

Alors que le Président Macron a balayé d’un revers de main toute transition énergétique et que le Suisse en a fait de même, du côté des pays producteurs de pétrole et de gaz, il souffle un vent de changement et d’urgence.

Après des années de vaches grasses, la baisse de la demande pétrolière et gazière, suite au Coronavirus, impacte les budgets des gouvernements. Ainsi, l’Algérie se découvre une nouvelle ambition avec une envie d’entrer dans la production et la distribution d’hydrogène à partir d’énergie solaire.


 

A cet effet, l’Algérie a créé un ministère de la transition énergétique afin d’explorer cette opportunité et a placé Chams Eddine Chitour à sa tête. Le professeur cible 2030 pour ajouter l’hydrogène dans le mix énergétique.

 

Utiliser les réseaux de gaz actuels

L’idée est intéressante, car le maillage de gazoducs, qui achemine le gaz, pourrait être modifié afin de livrer de l’hydrogène aux pays européens et l’incontournable France. Mais avant d’y arriver, l’Algérie fait face à certains obstacles.

Le premier réside dans l’inertie du pays et de sa corruption. Les pontes du pétrole et du gaz, de l’entreprise nationale Sonatrach contrôle le pays grâce aux pétrodollars. Il est vrai que ce membre de l’OPEP compte presque entièrement sur les rentrées en pétrodollars pour son budget.

Il faut avouer que la Sonatrach (Société nationale pour la recherche, la production, le transport, la transformation, et la commercialisation des hydrocarbures) n’est pas le couteau le plus aiguisé de la cuisine lorsqu’il faut insuffler un vent d’innovation dans le pays.

 

Energie Solaire

Bien que l’Algérie soit baignée par le soleil, cette source représente à peine 1% de l’énergie produite sur les 15,6 gigawatts consommés.

Dans les faits, le gaz règne en maître. Depuis 60 ans, Alger se suffit des découvertes pétrolières et gazières du Sahara.

La crise du Covid et la chute des prix auront bousculé les certitudes d’autant que la demande intérieure en électricité explose. Fortement subventionné, le gouvernement doit réserver une partie toujours plus grande de son budget pour répondre à

la boulimie électrique de ses habitants alors que les rentrées financières se sont réduites. Cette tendance est désastreuse et une transition vers l’hydrogène semble être une diversification nécessaire du business model afin de diversifier les sources revenus.

 

Trouver des financements et éviter la Chine

Le pays va devoir trouver des fonds tant pour financer les actifs ainsi que pour compenser le décalage entre les coûts d’installations et les retours futurs.

Dans ce contexte, une lueur d’espoir brille. Dans les 5 années à venir, le prix du pétrole et du gaz devraient se maintenir à des prix élevés. Alger pourrait utiliser une partie cette plus-value afin d’assurer, étape après étape, son avenir.

Selon McKinsey, l’Algérie a le potentiel de livrer par bateau, à l’Allemagne, de l’hydrogène à moins de 2$ le kilo. A ce prix, l’hydrogène est presque compétitif avec l’essence. De plus, l’Algérie possède une grande expérience dans la livraison d’énergie. Elle pourra s’appuyer sur ce sérieux et sa fiabilité pour convaincre.

Finalement, la jeunesse demande des emplois et la diversification hors du pétrole et du gaz, pour autant que ces emplois ne sont pas confiés à la Chine, pourrait être une option.

 

La transition énergétique hors du pétrole et du gaz semble bien plus urgente pour les pays exportateurs de pétrole et de gaz. Le réveille des pays consommateurs pourrait être intéressant.

Une explosion de Gaz enflamme l’océan du Golfe du Mexique

Un orage pourrait avoir provoqué l’explosion dans un gazoduc sous-marin de l’entreprise mexicaine Pemex le vendredi 2 juillet 2021.

Les impressionnantes images filmées d’un hélicoptère montrent des flammes jaillir de l’eau comme de la lave en fusion. Le gisement se situe dans la péninsule du Yucatan, au large de la bien nommée ville de Tabasco dans la baie de Campeche, Golfe du Mexique.

Le feu a pris naissance dans un oléoduc sous-marin qui se raccorde à une plateforme du gisement pétrolier et gazier “Ku Maloob Zaap.


 

Pemex a réussi a éteindre l’incendie en 5 heures et a confirmé que  “Les turbomachines des installations de production actives de Ku Maloob Zaap ont été touchées par un orage“. Par contre, le mix  d’hydrocarbures en flamme n’est pas connu.

Les employés ont utilisé de l’azote pour maîtriser le feu. Aucun blessé n’a été signalé et la production n’a pas été perturbée par la fuite de gaz qui s’est déclenchée vers 5 h 15, heure locale. Elle a été colmatée vers 10h30. Cependant, il faudra attendre quelques jours pour voir l’étendue des dégâts et si l’amalgames de plateformes pétrolières à proximité pourront continuer les extractions.

 

L’Etat financier de Pemex est désespéré

Le complexe offshore de Ku Maloob Zaap (KMZ) produit du pétrole ainsi que du gaz depuis 1980. Il est entré dans une phase de déclin depuis 2015.

De 800’000 barils par jour, l’extraction a reculé à 640’000  l’année dernière. KMZ est l’un des gisements les plus lucratif pour l’entreprise et représente 40% de la production du pays, c’est dire son importance et cet incident n’est pas la meilleure nouvelle pour l’Etat mexicain.

En effet, Pemex cumule plus de $ 105 milliards de dettes et se trouve en quasi faillite. La remontée actuelle des cours du baril à 76$ avec une prévision à 80 dollars est une bénédiction pour l’entreprise nationale, mais on est encore loin de pouvoir crier victoire.