Sous l’impulsion d’Emmuel Macron, l’Europe pourrait classifier le gaz et le nucléaire comme “énergies propres”

Sous l’impulsion du président français, Emmanuel Macron, la Commission Européenne pourrait classifier le gaz naturel et le nucléaire dans le registre “des énergies propres” afin de donner accès à ces deux industries aux financements des investisseurs et des fonds européens du “Green Deal” prévu pour réduire l’impact climatique.

Les démarches ne s’appuient pas sur une considération climatique et scientifique, mais sur une tractation économique entre les pays. Ce processus suscite les craintes que Bruxelles ne se livre à un “blanchiment écologique” et à un désastre climatique.


Un enjeu financier important

Au cœur de ce tour de passe-passe se trouve la taxonomie des énergies propres débutée en 2019. Cette étiquette “d’énergies propres” permettra d’attribuer le feu vert pour les investisseurs et les fonds d’investissement dans cette catégorie. Au cours des années à venir, l’Europe planifie l’émission de plus de € 250 milliards de dettes sous forme d’obligations durables et la Banque Européenne soutiendra, de facto, les énergies désignées dans cette taxonomie.

On comprend l’empressement des lobbys pour inclure, par tous les moyens, leurs poulains.

 

La taxonomie devient un outil politique au lieu d’un outil scientifique

L’exercice a pour but de conseiller les institutions financières du monde entier afin de soutenir, ou pas, une installation énergétique sur une base climatique et scientifique.

Initialement, la proposition suggérait de déterminer les énergies “liquides” (pétrole et gaz) comme “propre” ce qui rejetait le charbon (énergie solide) dans la catégorie éliminatrice des vecteurs polluants. L’idée avait fait sourire plus d’un.

Début 2021, une proposition avait été rejetée par les pays européens car cette taxonomie n’incluait ni le gaz naturel ni le nucléaire. En effet, parmi les 27 pays membres de l’Europe, beaucoup veulent protéger leur droit d’utiliser le gaz ou le nucléaire pour remplacer le charbon dans leur stratégie de zéro émission. Ne pas figurer dans cette liste prive l’accès à des financements.

Le Financial Times révèle que le lobby du gaz est à deux doigts de réussir son coup. De plus, les deux parties : gaz et nucléaire pourraient se serrer les coudes pour faire passer la proposition*.

Cependant, certaines voix s’élèvent afin de révéler ce non-sens. Une décision devrait tomber cette semaine.

 

Coup de pouce au nucléaire français

On le comprend bien, pour certains pays, cette classification de taxonomie n’a pas l’objectif d’atteindre des diminutions de gaz à effet de serre mais à satisfaire leurs propres intérêts. Ainsi l’ambition d’Emmanuel Macron est de vendre et de financer les services d’EDF pour la construction des centrales nucléaires EPR dans les pays de l’Est.

Du côté des pays de l’Est, la sortie du charbon inquiète. L’accès au gaz russe et au nucléaire français pourraient rassurer les gouvernements. L’option du nucléaire, intimement corrélé aux possibilités de corruption qui règne dans l’industrie, est particulièrement vue d’un bon oeil.

De son côté, certains appels à utiliser les critères scientifiques afin de classifier les énergies propres. Avec ses importantes émissions de méthane, le gaz naturel est fortement décrié dans le contexte climatique.

 

Une impulsion mondiale

Le parlement Européen et les pays européens ont le pouvoir de bloquer cette taxonomie.

Si le tour de force d’Emmanuel Macron devait se concrétiser, le gaz naturel et le nucléaire pourraient également être inclus dans la taxonomie en Chine et aux USA. On saisit l’importance de la décision.

Une partie de la réponse devrait tomber cette semaine.

 

 

*Avec 6 autres présidents, Emmanuel Macron a demandé que la Commission Européenne inclue l’énergie nucléaire dans les énergies propres avec l’objectif d’utiliser les fonds financiers verts prévus par l’Europe. Les signataires sont : France (Emmanuel Macron), République Tchèque (Andrej Babiš), , Hongrie (Viktor Orban), Pologne (Mateusz Morawieck), Romanie (Florin Cîțu), Slovakie (Igor Matovič), et Slovenie (Janez Janša).

 

 

Laurent Horvath

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath, propose des analyses et des réflexions dans les énergies fossiles et renouvelables avec un objectif principal: "ne pas vous dire ce que vous devez penser, mais dire ce qui se passe. A vous de vous forger votre propre opinion." En 2008, il a fondé le site indépendant 2000Watts.org. Vous le retrouvez dans la version papier du journal Le Temps un jeudi sur trois.

25 réponses à “Sous l’impulsion d’Emmuel Macron, l’Europe pourrait classifier le gaz et le nucléaire comme “énergies propres”

  1. Ca paraît normal pour le nucléaire. Avec les déchets, et leur durée de vie de plus de 100’000 ans, on peut dire que c’est une énergie durable!

  2. Réacteur nucléaire basé sur la fission, à eau pressurisée, producteur de déchets radioactifs, même si ces derniers sont diminués d’environ 10-30%. Ce n’est pas un progrès technologique, mais une possibilité d’assurer les besoins en énergie et des rentrées monétaires. On est donc encore loin des réacteurs d’avenir que seront ceux à fusion nucléaires, mais encore en développement.

  3. Si encore on s’intéressait à développer des filières nucléaires non militaires et moins dangereuses (Th, p.ex)… Non, on veut vendre ses sales vieilleries (expression polie) et non pas chercher des solutions pour l’avenir.
    Par ailleurs, d’ici peu, le méthane sera reconnu comme aussi dangereux que le CO2, comme le montre des publications récentes, alors, c’est la dernière chance des gaziers !
    Pouvons-nous lutter ? En Suisse peut-être ?

  4. Je ne vois pas comment l’Europe pourrait, du jour au lendemain, faire sa transition en éliminant le charbon, le fuel, le gaz et le nucléaire. A un moment donné, il faut avoir les pieds sur terre et mettre des priorités. Pour pouvoir établir des priorités, il faut se fixer des objectifs. Et pour se fixer des objectifs en terme d’usage d’énergie primaire, on peut essayer d’en évaluer les risques. Il y a maintenant consensus des scientifiques pour dire que la planète se réchauffe et que ce réchauffement est en grande partie dû à la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). Eliminer le pétrole est hors d’atteinte pour l’instant puisqu’il est utilisé par tous les types de transports: mer, terre, air à plus de 95%. Le charbon est la cible principale puisqu’il a non seulement un effet de serre très important mais qu’il libère aussi énormément de particules dans l’atmosphère, particules responsables de maladies respiratoires. En ce qui concerne le gaz, le substituer au charbon dans un premier temps, ne me paraît pas une mauvaise idée puisqu’il n’émet pas de particules dans l’atmosphère et que son effet de serre est moindre comparé à celui du charbon. Et construire des centrales à gaz se fait sur un temps relativement court. Par contre, il ne faut pas perdre de vue que le gaz est une énergie fossile: on pourrait donc autoriser son financement mais pour une durée limitée dans le temps. Le nucléaire n’émet pas de CO2 pendant toute la durée de son exploitation. Le risque nucléaire existe mais jusqu’à présent, les morts dus au nucléaire civil sont très peu nombreux. Au cours du dernier accident nucléaire qui a fait grand bruit (Fukushima) il n’y a officiellement aucun mort attribué au nucléaire. 70% de l’électricité française provient du nucléaire. Condamner le nucléaire, reviendrait à condamner la France et aussi l’Europe qui devra dépendre de plus en plus du gaz russe. Parce qu’il ne faut pas se leurrer: cela va être difficile de construire un réseau électrique rien qu’avec du vent et du soleil. Les allemands qui sont à la pointe en matière de vent et de soleil l’ont bien compris : c’est pour ça qu’ ils ont besoin du gaz russe et de Nord Stream 2 étant donné qu’ ils ont pris la décision d’abandonner le nucléaire. Du point de vue énergétique, l’Europe va dépendre de plus en plus de la Russie. D’un point de vue géopolitique, c’est loin d’être l’idéal. Le risque géopolitique est aussi à prendre en considération (à mon humble avis).

    1. Votre analyse me semble correcte. Toutefois, il faut prendre en compte le méthane qui est malheureusement souvent libéré lors de l’extraction de gaz (surtout du gaz de schiste) et a un effet de serre près de 200 fois plus important que le CO2 (cf wikipedia). Si l’on en tient compte, le gaz est bien pire de le charbon – du point de vue effet de serre. Il est donc fondamental de distinguer le bon gaz du mauvais et/ou de faire très attention lors de son extraction. Quant au nucléaire, nos “vieilles techniques” d’origine militaire doivent faire place à des techniques plus propres, connues, à développer au plus vite (n’oublions pas que nous n’avons toujours pas résolu le problème des déchets des filières de l’uranium et al !). Macron fait du marketing alors qu’il nous faut de l’innovation.
      Notons paradoxalement que “sortir du nucléaire” est un slogan, pas une option, car toutes nos énergies sont d’origine nucléaire (yc le solaire et donc les fossiles). Il faudrait, ici aussi, arrêter les amalgames.

    2. La question présentée n’est pas comment effectuer la transition énergétique (vaste débat), mais la contorsion afin que le gaz et le nucléaire soient “labellisés” comme énergies propres.

      1. D’un point de vu purement climatique, il n’y a pas photo. Le nucléaire émet entre 6 et 12 g de CO2 par MWh de production , alors que le gaz lui est à 490 g de CO2 par MWh sans compter l’impact du Méthane. Le match est plié en faveur du nucléaire . Le nucléaire émet moins que le solaire (45 g) . Sans compter que le nucléaire est pilotable, on pousse le bouton et on a de l’électricité…

        1. Vous partez de l’a priori que le climat est la plus urgente des menaces. Peut-être. Mais si vous connaissez la production d’électricité vous savez bien que piloter une centrale nucléaire conventionnelle n’est pas si simple. Pour de l’énergie de ruban: oui, mais pour une énergie adaptable, pousse-bouton, il faudrait changer de filière et faire quelques progrès.

  5. L’Europe devient de plus en plus ridicule et soumise à ses lobbies.

    Et dire qu’en Suisse, certains appellent à rejoindre ce machin, qui avec la crise du Covid, a montré toute la latitude de son incompétence et inutilité.

  6. Ce n’est pas la Turquie, mais Israël, la Grèce et la République de Chypre qui seront les principaux producteurs et fournisseurs de gaz à l’Europe, compte tenu des ZEE(zones économiques exclusives) de ces Etats selon le droit international de la mer, établi par la Cour de Justice Internationale, et reconnu par les Etats-Unis, même s’ils ne l’ont pas signée.
    Voilà pourquoi la Turquie tente de remplacer la force du droit par le droit de la force, en inventant des droits qu’elle n’a absolument pas, et que l’Europe a condamné son attitude expansionniste, la France envoyant des navires de guerre pour la calmer.
    Durand, juriste en droit international public

  7. L’énergie nucléaire est devenue plus chère que les éoliennes off shore qui pourraient remplacer avantageusement le parc nucléaire existant !
    De plus EDF n’arrive pas à mettre en service ses EPR hors de prix !
    Cette filière doit être abandonnée de suite …
    Par contre , il faudra plus que 30 ans pour se débarrasser des hydrocarbures , le gaz pourrait se substituer au charbon très polluant dans une première étape …

    1. Le gaz est propre “en apparence”, càd au niveau des émissions directes. Lorsque les fuites de méthane (~80 fois plus puissant en terme de réchauffement que le C02 sur les 20 premières années) lors de l’extraction et du transport sont inclues, le bilan n’est plus très reluisant, au point que son avantage sur le charbon est discutable. Surtout si c’est du gaz de shistes ou les fuites sont importantes à l’extraction.

      Le nucléaire à bien des défauts, mais son emprunte carbone est très basse. En fait, elle peut être plus basse que le solaire si la fabrication de celui-ci utilise du charbon de manière intensive, comme en Chine.

      J’espère fortement que ce non-sens d’inclure le gaz dans les énergies vertes va capoter parce que c’est de nouveau un moyen de prendre du retard dans une transformation qui se fait urgente. Pour le nucléaire je suis plus partagé.

    2. Réponse typique d’une personne qui ne connaît absolument pas le sujet de la production d’électricité… vous ne pouvez pas remplacer un moyen pilotable (centrale nucléaire) par un moyen non pilotable (éoliennes) comment faire vous les nuits sans vent ? Allez dire au Titanic qu’il y a tout le temps du vent les nuits dans l’Atlantique Nord…

      1. Cher Monseur Aublin,
        Je ne serai pas aussi catégorique que vous et ne me permettrait pas d’affirmer que M. Giot ne connaît rien à la production d’électricité. Il n’est pas impossible qu’il en sache plus que vous! Le nucléaire présente des avantages, les éoliennes également. Là, n’est pas la question de cet article.

        La question est de savoir si le nucléaire et le gaz peuvent être traitée comme des énergies propres.

  8. Définition :
    Une énergie propre, ou énergie verte, est une source d’énergie dont l’exploitation ne produit que des quantités négligeables de polluants par rapport à d’autres sources plus répandues et considérées comme plus polluantes.

    On voit que la définition officielle est très ambiguë.
    Toute la question est donc de définir ce qui est négligeable. L’urgence absolue est d’éviter un emballement de la température dans les décennies à venir qui serait irrémédiable . De ce point de vue, les défauts du nucléaire peuvent apparaitre comme négligeable

      1. Quoi les déchets ? Les déchets HA (Haute Activités) ne représentent que 0,2 % du volume pour 95% de l’activité. Ils ne représentent que 6000 m3, soit un cube de 35 m de côté et ça depuis 60 ans de production française… donc oui, c’est loin d’être un problème face au changement climatique global en cours.

          1. Selon le document proposé, (p. 14) volume de déchets HA est de 4090 m3, ce qui représente, 0.2% du volume total, et 94.7% de la radioactivité (p. 15). Il me semble que les chiffres de Bruce sont plutôt bons.
            Quant au prétendu paradoxe, il me semble qu’une réduction de l’approvisionnement énergétique par personne est une menace largement supérieure et nettement moins hypothétique pour la santé des populations. La dernière fois que j’ai vérifié la corrélation entre énergie par personne et espérance de vie était très forte, aussi bien dans le temps que dans l’espace ; il n’est probablement même pas nécessaire d’aborder le potentiel de conflit (et donc de victimes) qu’une telle réduction recèle.
            Il n’y a pas d’énergie propre, il n’y a que l’arbitrage des nuisances et beaucoup de communication.
            Choisir de se baser sur les nouvelles énergies renouvelables est une chose, mais il vaudrait mieux le faire en connaissance de cause. Ces débats pour définir ce qui est “vert”, “propre” ou “durable” ne passent-t-ils pas à côté des véritables enjeux? A savoir, quelle quantité d’énergie pouvons-nous avoir à disposition pour quelle contrepartie.

  9. Evidemment qu’il faut faire rentrer le nucléaire dans la taxonomie, cela a été dit l’OMS constate le plus faible taux de morts pour cette façon de produire de l’energie,. Tant qu’on ne saura pas stocker massivement l’énergie électrique , et ce n’est pas demain la veille, les Energies Intermittentes soleil et vent non seulement sont un non sens mais on arrive au résultat inverse.
    Le nucléaire est plus vert que l’éolien et les panneaux photovoltaïques, les déchets: on sait ou ils sont et ce que l’on peut en faire contrairement à la combustion qui nous fait 40000 morts/an…
    Le nucléaire Français en 40 ans c’est 8000 pétroliers de 500 000t économisés, 23 années de GES France évitées , qui profite à toute l’Europe et au moins 200 000 vies économisées.
    En France aprés avoir engagé 100Md€ de subvention pour implanter 25 GW de vent et de soleil, nous n’avons pas pu baisser la production électrique venant du fossile alors qu’elle est déjà trés faible….la femeture de Fessenheim va couter 15Md€ au contribuable client Français , et sur une énergie électrique plus carbonée et moins disponibles.

    1. Votre plaidoirie ne fait pas la démonstration scientifique que le gaz naturel et le nucléaire soient traités comme des énergies propres.

      Des précisions à votre commentaire.
      L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est sous la responsabilité de l’Agence Nucléaire Internationale.
      L’électricité nucléaire française est l’une des énergies les plus subventionnées en Europe.
      Le nucléaire n’est pas plus propre que le solaire ou l’éolien et vous oubliez les déchets nucléaires.
      La France n’a pas investi 100 milliards € pour l’éolien et le solaire.

    2. Et il existe d’autre sources d’énergie nucléaire (thorium, p.ex) beaucoup moins dangereuses. Encore faut-il les développer avec un peu de recherche et développement.

  10. Voilà un exemple intéressant d’utilisation d’une com mal faite récupérée à des fins bassement lobbyistes. Car soyons clairs: cette classification à l’emporte pièce entre propre et sale est bassement de la com. Ce genre de com permet de justifier n’importe quoi et son contraire. La seule énergie totalement propre est celle que l’on ne consomme pas. Je plaide donc pour un critère moins artificiel que propre ou sale, un critère plus scientifique, donc moins facile à discerner pour le politicien moyen, un barème pondérant gaz à effet de serre en tenant compte de l’énergie grise, des pluies acides et des effets cancérigènes.
    C’est un peu comme le QI qui prétend résumer toutes les formes d’intelligence en un seul chiffre. Il y a donc derrière ces critères des compromis et une pesée d’intérêts. Par exemple, on peut augmenter le rendement des moteurs thermiques de manière significative si l’on accepte d’émettre plus d’oxyde d’azote. On n’a donc pas fini de parler de l’industrie de l’uranium fissible, la promotion de cette technologie militaire à des fins civils étant basée sur le lobbyisme et le mensonge. Il est terriblement difficile de convaincre les décideurs d’innover, mais il est horriblement difficile de les faire renoncer à de mauvaises idées.

  11. Les commentaires de cet article sont très intéressants.

    Certes à une minuscule échelle, ils mimiquent la Commission Européenne. Alors que la question est : est-ce que le gaz et le nucléaire sont les énergies propres? certains tentent de faire passer leur propre agenda avec un bel entrain. Qu’importe le climat pourvu que mon champion passe.

    Cette semaine. La Commission a proposé une nouvelle version de taxonomie sans y inclure le gaz ainsi que le nucléaire. Elle y a ajouté le bois sous la pression des pays nordiques.

    La décision est reportée à l’été.

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