Energies : Tendances et Surprises à observer en 2021

Alors que nous sommes englués dans la pandémie de Corona, il est bien difficile d’imaginer ce qui va se passer durant 2021.

Au lieu de prédictions dérisoires, quelles sont les tendances à observer et les surprises qui pourraient émerger au niveau des énergies : pétrole, gaz, charbon, nucléaire, renouvelables et le climat?


Pétrole

Tendances

Au fur et à mesure que le coronavirus diminuera, la demande augmentera et pourrait passer de 90 à 96 millions de barils par jour. Les producteurs sont prêts à bondir sur leurs derricks pour ouvrir les vannes.

Les différents stimuli économiques aux USA, Asie et en Europe devraient faire remonter les cours du baril pour autant que la pandémie régresse.

Alors que la date du peak oil s’approche (soit de la demande ou de l’offre, c’est selon), l’avis général est qu’il n’est pas d’actualité pour cette année. Il devrait pointer le bout de son nez d’ici à la fin de la décennie et dès 2027 pour certains pétroliers.

La lame de fonds de la voiture électrique, dont la profondeur exclue un retour aux moteurs thermiques, devrait commencer à peser sur la demande pétrolière.

Les voyages de loisirs en avion devraient grimper alors que cette tendance pourrait encore attendre 2022 pour les voyages d’affaires.

L’OPEP n’aura plus à se soucier des tweets menaçants de Trump pour faire baisser les cours du baril.

 

Surprises

Du côté de l’OPEP, les quotas devraient perdurer durant 2021, même si de plus en plus de pays producteurs désirent extraire le maximum de pétrole, qui se trouve sous leurs pieds, sous peine de devoir le laisser là, et manquer des rentrées financières. En Arabie Saoudite, certains se demandent pourquoi le royaume devrait continuer à se sacrifier afin que les autres pays puissent encaisser des pétrodollars à leur place.

L’objectif des producteurs est de faire grimper les cours le plus haut possible pour équilibrer leurs budgets. Juste assez haut, mais pas assez pour détruire la reprise économique, telle est l’équation.

Dans quel état réel se trouve le schiste américain? Pourra-t-il rebondir? C’est la grande question de l’année.

 

 

Gaz naturel

Tendances

La Russie avance dans son tissage d’autoroutes du gaz en direction de l’Europe et de la Chine.

La construction du gazoduc Nord Stream 2, qui double les livraisons de gaz Russe à l’Allemagne, devrait se terminer. Les premiers m3 de gaz devraient couler durant l’année et ajouter 125 milliards kg CO2 dans la balance de l’Allemagne.

Au Sud de l’Europe, un nouveau gazoduc de 10 milliards m3 transite depuis l’Azerbaïdjan en passant par la Turquie.

La Turquie, Israël, Chypre et la Grèce devraient continuer à s’écharper sur le partage du gisement gazier du Léviathan en Méditerranée. On peut faire confiance au président Turc pour venir chatouiller les protagonistes et l’Europe.

 

Surprises

Promue par l’industrie gazière en tant “qu’énergie de transition“, le gaz naturel pourrait faire face à une remise en question au niveau mondial.

De nouveaux satellites ont été mis en service pour mesurer les émanations de méthane dans les gisements de gaz. Les résultats ne sont vraiment pas bons d’autant que le méthane, gaz à effet de serre, est 28 fois plus virulent que le CO2. De plus en plus de villes et de régions bannissent l’utilisation du gaz dans les bâtiments pour le chauffage et la cuisine.

Selon Wood Mackenzie, 77% des projets de gaz liquide, au niveau mondial, ne répondent pas à un objectif climatique à +2 degrés.

 

 

Nucléaire

Tendances

Les yeux vont se tourner vers Joe Biden. Il détient une clé pour la Corée du Nord ainsi que pour la remise en route de l’accord nucléaire avec l’Iran.

Si cet accord devait être remis sur la table, l’Iran pourrait arrêter l’enrichissement de son uranium à but militaire et revenir dans les limites prévues. En échange, Téhéran pourrait à nouveau exporter librement son gaz et son pétrole pour alimenter son budget. Dans le cas contraire, l’ambiance sera chaude. Dans l’autre cas, c’est l’Arabie Saoudite et Israël qui grinceront des dents car si le budget iranien augmente, le niveau de testostérone, dans la région, devrait monter de manière proportionnelle.

Comme à son habitude, la Corée du Nord et Kim Jong-un devrait nous surprendre.

Les eaux radioactives de la centrale de Fukushima sont déversées dans le Pacifique faute de place et de budgets. Quel sera l’impact sur les populations dans les mois à venir?

 

Surprises

Le “soleil artificiel” mit en service par la Chine va attirer les regards et les attentes. Un premier réacteur de fusion nucléaire a été mis en service en décembre. Les résultats sont attendus avec impatience.

 

 

Charbon

Tendances

L’Inde et la Chine dévorent le charbon. Corolaire à cette boulimie, le prix du charbon thermique a pris plus de 60% pour atteindre les 80 à 100$ selon la qualité.

La demande sera donc soutenue en 2021.

 

Surprise

Comment va répondre l’industrie du charbon face aux différentes régulations et taxations du CO2 ?

 

 

Renouvelables

Tendances

Au niveau mondial, l’énergie solaire est devenue la source d’électricité la meilleure marché. L’éolien a le vent dans le dos et de nombreux pays s’équipent. Le charbon et le gaz ne sont financièrement plus dans le coup, même s’ils restent essentiels dans la stabilisation du réseau.

Au niveau des citoyens, le partage de la production solaire entre voisins génère de l’électricité hyper locale. Cette tendance devrait progresser.

Les solutions de stockages sont financièrement de plus en plus rentables et certains pays exportent leurs électricités vertes sur des centaines / milliers de kilomètres comme Australie-Indonésie ou Allemagne-Norvège-Angleterre.  La Chine planifie l’exportation de son électricité en Europe.

Et si vous pourriez acheter votre électricité sur le modèle d’un abonnement de smartphone? Vous payez un forfait fixe par mois, qu’importe la quantité. Les plus gourmands auront droit à une option “illimitée” plus dispendieuse.

 

Surprise

Si vous pensez que l’idée précédente était incongrue, Tesla pourrait jouer le rôle de grain de poivre dans votre assiette.

Ainsi le constructeur automobile américain s’est implanté en Allemagne et en Angleterre afin de tester la communauté de partage d’électricité entre propriétaires de Tesla. Si vous avez des panneaux solaires et une Tesla, vous allez pouvoir recharger votre compte en banque électrique Tesla et l’utiliser soit pour recharger votre voiture soit pour vendre votre électricité partout en Europe. A travers le continent, les producteurs d’électricité tentent de réagir à ce changement de business modèle.

 

 

Financement des Energies

Tendances

Christine Lagarde, Directrice de la Banque Centrale Européenne, pourrait décider d’arrêter les investissements dans les obligations des grands pollueurs et les énergies fossiles. La Banque Centrale Européenne détient pour €248 milliards d’obligations d’entreprises gazières, pétrolières et charbonnières.

Si 2019 et 2020 ont lancé les prémices d’une mobilité électrique avec un Tesla en fer de lance, l’année 2021 devrait continuer sur cette tendance et voir arriver de nouveaux acteurs comme Nio. Tous deux ont crevé l’écran à la bourse.

Si les actions des entreprises actives dans l’hydrogène ont commencé à prendre l’ascenseur durant ces derniers mois, avec l’arrivée de Joe Biden et le soutient financier de la Chine pour ses champions, l’industrie pourrait être la surprise de l’année ou de la décennie.

 

Surprise

Après avoir perdu plus de 1 milliard $ dans les actions des deux fleurons américains du pétrole/gaz ExxonMobil et Chevron, la position de la Banque Nationale Suisse devient de plus en plus intenable.

Dans le cas où la Banque Centrale Européenne active son plan de désinvestissement dans les énergies fossiles, la doctrine du financement des grands pollueurs du Conseil Fédéral, des Cantons et de la BNS pourrait s’effriter.

 

 

Climat

Tendances

Après une accalmie en 2020, les émissions de CO2 et de méthane devraient remonter à des niveaux d’avant la pandémie.

L’année 2020 est l’une des 3 années les plus chaudes, qu’en sera-t-il en 2021 ?

Alors que de nombreux pays ont communiqué leurs ambitions de diminution d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, pour l’instant il s’agit essentiellement d’effets d’annonces. 2021 pourrait apporter des pistes et des propositions.

 

Surprises

Un retour des USA dans l’accord de Paris?  Même si actuellement ce document ressemble à un outil de communication, un dialogue entre la Chine, l’Europe et les USA pourrait émerger.

En novembre, la nouvelle COP26 à Glasgow pourrait accoucher sur d’autre chose que le traditionnel bide.

 

Finalement

A la sortie de la pandémie, au niveau des énergies, l’année 2021 sera-t-elle une année de transition ou de continuation?

Il est trop tôt pour le dire, mais il est fascinant de voir l’accélération des changements dans une industrie qui n’a été qu’un long fleuve tranquille durant plus de 100 ans.

 

 

Laurent Horvath

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath, propose des analyses et des réflexions dans les énergies fossiles et renouvelables avec un objectif principal: "ne pas vous dire ce que vous devez penser, mais dire ce qui se passe. A vous de vous forger votre propre opinion." En 2008, il a fondé le site indépendant 2000Watts.org, sans publicité, ni sponsors. Vous le retrouvez dans la version papier du journal Le Temps un jeudi sur trois.

10 réponses à “Energies : Tendances et Surprises à observer en 2021

  1. Il faut ajouter la France qui veut jouer à fond le nucléaire et parallèlement elle semble miser sur la pile à hydrogène (voiture, train,..). Coïncidence ? Je ne pense pas.
    La France tient à son industrie nucléaire, alors quoi de meilleures excuses pour fabriquer de l’hydrogène sans émission de CO2 tout en maintenant son industrie nucléaire. En plus il est prévu de remplacer de vieilles locomotives polluante par des trains à piles à hydrogènes, impossible avec de simple batterie (trop lourd, prend trop de place).

    Le Japon, autre fabricant de centrales nucléaires, mise depuis quelques années sur la pile à hydrogène…

    En résumé, derrière cette stratégie de véhicules à hydrogène, n’est-ce pas une volonté de créer un nouveau marché pour leurs centrales nucléaires ?

    1. La production d’électricité nucléaire est trop chère pour en faire de l’hydrogène.

      Si aujourd’hui la grande partie d’hydrogène est réalisée à base d’énergies fossiles, il y a 2 tendances :
      1) transférer la production avec les énergies propres (hydraulique, solaire ou éolien)
      2) diminuer les coûts pour atteindre $2/kg afin de concurrencer l’essence/diesel.

      Est-ce que ces 2 points se réaliseront?
      Puis-je vous donner rendez-vous dans 1 année dans les tendances 2022!

      1. Vous avez raison. Mais, il y a un paramètre important. Est-ce que les énergies propres seront en quantités suffisantes pour la demande en énergie nécessaire à la mobilité (voiture, avion, bateau, camion, …).

        Si je regarde les statistiques en Suisse, l’électricité, c’est 1/4 de la consommation d’énergie en Suisse, les produits pétroliers + gaz, c’est 60%. Déjà, il nous faut arriver à 100% d’électricité propre, ce qu’il me semble très faisable, mais pour remplacer les 60% pétrolier+gaz restant, la Suisse aura de la peine, qu’en pensez-vous ?

        En résumé, entre aujourd’hui et un monde d’énergie propre, le nucléaire ne va t’il pas devenir une source de transition dans les pays émergent comme l’Inde ?
        Le prix du démantèlement d’une centrale nucléaire est un paramètre occidentale. Ailleurs, dans les pays moins riches, moins démocratiques, une fois arrivé à son terme de fonctionnement, elle sera juste abandonnée, le coût de l’électricité en sera réduit.

        L’utilisation des seules énergies propres pour des pays à grande densité de population est un grand défi. Ainsi, la Suisse à 10, 15, 20 millions d’habitants, est-ce faisable en terme d’indépendance énergétique ?

        J’ajoute que je ne suis pas un partisan du nucléaire, oh que non, mais la nécessité d’une transition rapide sans braquer la population avec de grandes restrictions, me questionne.

        1. @MOTUS. La Suise peut réduire rapidement sa consommation d’énergie fossile dans le domaine du chauffage et de l’ECS, car il existe suffisamment de technologies propres pour ces buts (PAC, solaire thermique, isolation, chauffage au bois/pellets). Il est d’ailleurs étonnant que les autorités suisses n’ont pas déjà interdit les chauffage à mazout et au gaz pour toutes nouvelles constructions à moins d’une dérogation duement motivée.

          Sur vos 60% de consommation fossile, cela représente déjà pas mal.

          Ensuite une forte taxation des véhicules gros consommateurs d’essence ferait un bien rapide: la voiture au 2l/100 km existe, c’est la 2CV, cela ne permet pas d’atteindre 150 km/h ni d’avoir des écrans pour les passagers arrière, mais cela est entre 3 et 5 fois moins que la moyenne du parc automobile actuel. Pas besoin de centrales nucléaires pour cela.

          Nous n’avons pas besoin de rupture technologique, nous avons déjà la technologie permettant une réduction rapide de nos émissions, mais il faut passer à la vitesse supérieure au niveau des décisions et des actions. Le consensus helvétique est dans cette situation un frein.

          Nous ne choisirons donc pas notre manière de vivre, nous subirons des changements brutaux et fort désagréables qui s’imposeront d’eux-même, car nous n’aurons pas eu une vision à long terme et le courage de voir ce qu’implique les faits.

  2. Le gaz ne sera probablement pas remis en question de si tôt pour au moins 3 raisons. Il émet beaucoup moins de CO2 par kWh que le charbon dans la production électriques. Il permet donc au gros consommateurs de charbon de baisser leurs émissions à bon compte(accords de Paris, objectifs de réduction en tous genre,…).
    Les centrales électriques à gaz peuvent réagir vite ce qui en fait un atout indispensable sur des réseaux de plus en plus impactés par le solaire et surtout l’éolien, comme vous le soulignez.
    Si l’hydrogène comme alternative aux carburants pétroliers a un avenir, il passe, au moins, à court terme par le vaporeformage du méthane. Les capacités d’électrolyse à grande échelle sont quasi-inexistentes et même si elles existaient l’électricité disponible, aujourd’hui, est trop carbonnée pour que cela ait du sens.
    Par pure curiosité, quelle est la méthode de calcul du coût de l’électricité? Cela mériterait probablement un billet.

    1. Effectivement M. Joerg, si vous vous limitez au CO2, le gaz est une meilleure option climatique que le charbon. C’est cet argument que martèle l’industrie gazière.

      Cependant, si vous y ajoutez les émanations de méthane, qui est bien plus virulent pour le climat que le CO2, votre position sur le gaz naturel ne peut qu’évoluer. Les nombreuses études scientifiques actuelles le démontrent clairement. Le gaz naturel n’entre pas dans les objectifs de l’accord de Paris.

      A juste titre et à l’éclairage de ces recherches scientifiques, le gaz naturel est clairement remis en question. En Suisse, le Canton de Genève interdit l’utilisation du gaz pour les nouvelles constructions.

      Pour l’hydrogène verte, les capacités à grande échelle existe. Un projet européen a fixé la barre à 100 MW avec dans le viseur 1 GW. La production d’hydrogène suit le marché et notamment de la demande. Donc aujourd’hui, il n’y a pas la nécessité d’avoir des installations géantes. Ca devrait venir dans les années à venir.

    2. @Lj: Un des gros marché du gaz et l’approvisionnement des ménages pour le chauffage et la cuisine. Vu qu’il existe des moyens décarbonés connus de longue date pour ces 2 utilisations, je crois que les pouvoirs publiqucs vont rapidement mettre le paquet pour remplacer le gaz.

      Ensuite, le gaz, il n’y en a plus en Europe de l’Ouest, la mer du Nord est en train de décliner, donc miser sur le gaz, c’est être dépendant des Russes voire des Américains si on choisit la version liquide du gaz. Cela ne gênera pas les Allemends, mai sle sPolonais n’accepteront pas le gaz russe

      Le gaz est une solution de court terme, sauf pour les gaziers.

  3. Si je dois choisir, les 2 sujets qui sont les plus critiques à mon avis, sont

    le gaz de schiste:
    – même si le cours du baril remonte, qui va investir dans cette ressource maintenant que l’on a une expérience sur la rentabilité de cette ressource et sur son adaptation aux fluctuations du marché ?
    – si les USA n’exploitent plus cette ressource et recommence à se fournir auprès des pays arabes pour compenser le manque du gaz de schiste, quelle va être l’impact sur l’économie mondiale ?

    et le nucléaire:
    – est-ce que la France va annoncer la construction de nouvelles centrales dan sles prochaines années ?
    – est-ce que l’impact de la fin du nucléaire allemand (et suisse) est clairement compris du point du vue du marché européen de l’électricité, ceci dans un contexte où le nucléaire français pourrait ne plus jouer le rôle d’amortisseur d’ici une dizaine d’années (en prenant compte que toutes les centrales françaises existantes ne vont pouvoir voir leur durée de vie étendue et que la construction d’une nouvelle centrale demande bien 10 ans).

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