Israël – Emirats Arabes Unis: un accord de Paix et Energétique

“Israël et les Emirats Arabes Unis ont conclu un accord de paix négocié sous l’égide des Etats-Unis censé conduire à une normalisation complète des relations diplomatiques entre les deux pays.” Ca, c’est pour le communiqué de presse.

Mais stratégiquement, le rapprochement des deux pays ouvre des opportunités énergétiques et économiques.

Traditionnellement, les grandes monarchies pétrolières ont toujours refusé de livrer leur pétrole à Israël. Même l’Arabie Saoudite, proche des USA, a appliqué cette règle. Alors que la région regorge d’hydrocarbures, Israël semblait se trouver du mauvais côté du puits.


 

Recherche complémentarité

Depuis 2010, le Léviathan, un substantiel gisement de gaz dans le bassin Levantin, a été découvert. Il s’étire des côtes d’Israël à la Grèce en passant par Chypre. Cette nappe a propulsé l’état hébreu au rang de nouvelle puissance énergétique même si les quantités extraites ne le qualifie pas d’exportateur majeur.

Cependant, Israël doit toujours trouver un peu plus de 250’000 barils de pétrole par jour pour alimenter son armée, ses entreprises et ses citoyens.

Ainsi pour le pays, la source de pétrole la plus proche, hors monarchie arabe, se trouve du côté Kurdes en Irak. Cependant, ce pétrole transite par la Turquie et en ce moment, l’ambiance entre la Turquie et Israël est aussi chaude que le climat. Du côté de l’Irak, l’Iran tire certaines ficelles. Le filon kurde ne tient qu’à un fil d’où la nécessité de trouver un fournisseur libre de contrainte.

Actuellement, Israël importe son pétrole majoritairement des anciennes provinces russes comme le Kazakhstan, le Turkménistan, et l’Azerbaïdjan. Le rapprochement avec les Emirats offre un nouveau débouché.

Du côté des Emirats Arabes Unis, la compagnie pétrolière nationale, Adnoc, recherche de nouveaux clients afin de compenser la baisse de la consommation mondiale. Israël pourrait être un client bienvenu. Ce premier pas pourrait également encourager Oman à ouvrir la porte de ses hydrocarbures.

 

Assurer son approvisionnement en pétrole

En Libye, auprès du Général Haftar, Tel-Aviv et Abu Dhabi sont également main dans la main face à la Turquie. La présence turque en Libye repose principalement dans la possibilité de retracer les frontières maritimes afin d’accéder au gaz méditerranéen. Le président Turc vise éventuellement le pétrole libyen, même si “ce détail” doit être approuvé par Moscou.

On comprend mieux les haut-cris de la Turquie à l’annonce de ce rapprochement.

Au-delà de l’accord sur la paix, on voit la nécessité grandissante pour les pays de se garantir l’accès à l’énergie et particulièrement au pétrole qui tend à disparaître.

Les muscles montrés par la Turquie, couplé à l’apathie de l’Europe et des USA, poussent les pays du Moyen-Orient à redéfinir leurs partenariats stratégiques face à la plus forte armée régionale et les envies de grandeurs de Recep Tayyip Erdoğan.

 

Echanges technologiques et financiers

Finalement, les start-up israéliennes, largement financées par l’armée, possèdent une expertise exceptionnelle dans le domaine du management et de l’efficience de l’énergie, de la gestion de l’eau dans des conditions arides, de la mobilité, des voitures électriques ainsi que du smart city et de la surveillance militaire des citoyens.

Toutes ces applications peuvent apporter les technologies nécessaires aux Emirats Arabes Unis et de nouveaux débouchés pour les pétrodollars de la monarchie.

Un accord qui va bien au-delà des apparences.

Tesla : de la voiture à fournisseur d’électricité

En complément à ses voitures électriques, Tesla Motors utilise son savoir-faire dans les batteries et la production de tuiles solaires pour entrer dans le monde hermétique mais lucratif de la distribution d’électricité avec sa division Tesla Energy.

Le géant américain a toutes les cartes dans les mains pour faire exploser le business model des fournisseurs européens d’électricité ainsi que les pétroliers.

Depuis plusieurs années, Tesla a utilisé l’Australie comme terrain de jeu pour son tester son dispositif Autobidder qui permet d’agréger la production de tous les producteurs privés d’énergie solaire Tesla et de leur livrer, au meilleur prix et à la carte, de l’électricité 100% verte. Ce système est prêt pour l’Europe. Les portes d’entrées se trouvent en Angleterre et en Allemagne.


 

Les fabricants de voitures dans le business des électriciens

La stratégie de Tesla est aussi logique que brillante. Elle permet aux propriétaires de voitures électriques de boucler la boucle: produire son électricité et l’injecter dans son véhicule.

Dans la pratique, le propriétaire d’une voiture électrique utilise son automobile durant la journée alors que ses panneaux solaires produisent de l’électricité à la maison. A cause de cette distorsion de temps et de lieu, il ne peut pas recharger son automobile avec sa propre énergie.

Tesla propose d’agréger, de stocker, de partager cette électricité dans la communauté Tesla et de faire le plein quand le propriétaire retourne à sa maison. Il est même possible de créer un compte virtuel et d’utiliser ses crédits à la maison, en vacances ou en déplacements. Tesla Energy propose également ses solutions de panneaux solaires (tuiles) et, cerise sur le gâteau, le financement.

A l’avenir, l’électricité et l’hydrogène permettront de réaliser ce qui était impossible avec le pétrole et le gaz. Permettre à un fabricant de voitures de gérer l’entier de la chaîne de valeur de la mobilité privée: du carburant à la voiture. Le Graal pour l’industrie de l’automobile.

 

Nouveau marché

Dans ce nouveau marché, il sera intéressant de voir la réaction des pétroliers comme BP, Total, Shell, ExxonMobil, Eni, etc. Se lanceront-ils dans cette transition? Pour l’instant, Shell et Total se sont timidement aventurés dans ce segment. Mais l’image de “pollueur” risque de coller à la peau des pétroliers d’autant qu’ils se tournent sur le gaz pour générer de l’électricité.

Il n’est pas exclu de voir des alliances entre les fabricants de voitures pour contrer Tesla. Les Allemands et les Chinois partent avec le plus de cartes dans les mains. BMW avait déjà fait quelques pas dans cette direction avec une application proactive pour les automobilistes électriques.

Du côté des producteurs d’électricité, leur lourdeur, leur incapacité à innover, leurs outils de productions peu flexibles et une visibilité réduite des prix futurs de l’électricité représentent un handicap qui les paralyse.

 

GB et Allemagne

L’Angleterre, qui possède un marché de l’électricité entièrement privatisé avec des tarifs élevés et l’Allemagne, leader dans le partage d’électricité d’autoconsommation, sont les premiers marchés cibles européens pour Tesla.

En Suisse, la loi est également très avancée dans ce domaine, mais les fournisseurs d’électricité ont gardé le monopole du dernier km. Tant que ce bouchon tient, il est peu probable que Tesla ou les autres fabricants puissent y trouver leurs comptes.

Pour la France du “tout nucléaire”, le dictionnaire n’a pas encore intégré le mot autoconsommation.

 

Coopératives

Cependant, le concept de Tesla pose la même problématique et stratégique que les utilisateurs de Mac d’Apple. Une fois pris dans les mailles du filet, une certaine dose de courage ou de folie est nécessaire pour en sortir.

Ainsi, les systèmes de stockages, de voitures, de batteries, de financement n’ont qu’une stratégie: rendre le client dépendant.

Une alternative locale et «open source» à Tesla et aux prochaines offres des fabricants de voitures est possible: les coopératives d’autoconsommation.

En toute transparence, ce système permet de s’échanger/vendre de l’électricité entre voisins avec la garantie que l’électricité est 100% renouvelable et locale.

Est-ce que les producteurs d’électricité européens sauront s’adapter à cette attaque des fabricants de voitures et des pétroliers ?
En tout cas, l’arrivée de Tesla sonne comme un réveil.