Y a-t-il un Federer pour l’UBS et la BNS ?

Décidément, la jeune génération possède un certain talent pour faire déplacer des montagnes avec de petits riens. Tel le Colosse aux pieds d’argile, cette simplicité fait voler en éclat les vétustes schémas.

Il y a une année, des jeunes manifestaient avec des pancartes “Fuck de Planet” et jouaient avec la version allemande du logo (FDP) du Parti Libéral Suisse. Il n’avait fallu que quelques jours aux pontes du parti pour passer de noir pétrole à vert bleu ciel. Bien que le FDP existe depuis des lustres, l’association de mots était restée invisible jusque-là.

 

Manifestation des jeunes pour le climat, Zurich, 2019

 

Rebelote avec le Crédit Suisse. Au lieu de passer en force, comme leurs contemporains, notre jeunesse a réussi à faire plier une institution bancaire via son ambassadeur : Roger Federer ! Chirurgical, simple et efficace.

Ainsi les 12 jeunes, qui ont occupé une succursale du Crédit Suisse sans autorisation, ont été innocentés. Cette manière de dénoncer les 57 milliards $ d’investissements de la banque dans les énergies fossiles n’a rien à envier aux stratégies des lobbies.

 

Le Pavillon Suisse flotte sur les énergies fossiles

A l’image de ses paysages, la Suisse tente de donner une image de propreté. Cependant, ses institutions financières jouent dans un registre nettement moins reluisant.

Bien que la directive des investissements de la BNS interdise les participations dans des entreprises “qui peuvent nuire à l’environnement”, la Banque Nationale Suisse collectionne les actions des champions américains de schiste, de gaz, de pétrole, de charbon, des forages en haute mer, du nucléaire et des sables bitumineux.

Depuis 2014, ses actifs sales sont passés de 1,5 à 6,5 milliards $.

On pourrait penser que les bénéfices de ces placements justifient cette entorse au code éthique de la banque. Il n’en est rien. Selon mes estimations, jamais démenties par le service de presse de la BNS, depuis 2014 les pertes s’élèvent à plus de 1,5 milliard $.

Pourquoi transvaser ces pertes dans son bilan? A cette question, la banque n’y répond pas.
Pourquoi, le monde politique ne s’insurge pas ?  Les 2 milliards distribués chaque année aident à fermer les yeux. En Helvétie, la politique est à ce prix.

 


Total des investissements dans les énergies fossiles par les banques: 2016-2018
Source: Banktrack

 

De son côté, l’Union de Banques Suisses, UBS, porte également très haut le pavillon à croix un peu moins blanche avec un portfolio de 25,7 milliards $ dans le pétrole de schiste, le charbon, le gaz liquide, les pipelines, les sables bitumineux et dans les forages en Arctique.

Même si le montant est deux fois inférieur à celui du Crédit Suisse, la prouesse mérite d’être soulignée.

 

Tout réside dans l’Argile

A chaque fois que ces pratiques sont questionnées, le même clairon est activé. Hier, la réponse du Crédit Suisse sonne plus comme une bonne vanne de Nathanaël Rochat que celle d’une institution responsable: «Le réchauffement climatique est un fait et doit être combattu».

Une constatation. Pour raisonner les institutions bancaires, une stratégie frontale avec un bulldozer ne fonctionne pas.

La solution réside dans l’argile du Colosse. A ce jeu, il faut relever le talent, l’imagination et le savoir-faire de la nouvelle génération.

Vive les casse-pieds !

 

 

Laurent Horvath

Laurent Horvath

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath, propose des analyses et des réflexions qui vont au-delà de la simple information dans le monde passionnant du pétrole, du gaz, du nucléaire, du charbon et des énergies renouvelables. Il est le fondateur du site indépendant 2000Watts.org qui n'accepte ni publicité, ni sponsors ou influence politique.

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