Energie Solaire et Charbon : Le paradoxe chinois

Pour générer son électricité, la Chine avale 50% de la production mondiale de charbon pendant qu’elle ratisse toutes les opportunités afin de se faire livrer gaz et pétrole pour porter sa croissance économique. Depuis l’an 2000, Pékin a triplé ses émissions de CO2 pour émettre le tiers des émissions mondiales.

Paradoxalement, le pays est également le No 1 mondial dans l’énergie solaire et celle du vent. En effet, le reste du monde a donné la responsabilité à la Chine de fabriquer les panneaux solaires, les batteries et les éoliennes qui permettront à ces mêmes pays de pavoiser à la COP25.


 

L’appétit énergétique chinois est poussé par une économie qui se développe à un taux extraordinaire de 6% annuellement. Le pays se retrouve coincé entre ses besoins immédiats et son environnement futur.

Le charbon permet de générer une électricité bon marché et de garder des emplois dans le secteur des mines et des transports. Les taxes permettent également de rétrocéder des revenus aux provinces.

Pour réduire l’impact sur la pollution, plus de 80% des centrales à charbon ont été équipées de filtres ce qui permet de rendre l’air respirable et les traces de pollutions presque invisibles.

 

Les Centrales à Charbon supprimées en Europe sont remplacées en Chine

Si l’Europe, notamment l’Allemagne, tente une sortie du charbon et planche sur la fermeture d’une partie de ses 149 centrales, la Chine est en train d’installer 121 nouvelles unités. Paradoxalement, ce mix énergétique rend ainsi les voitures électriques ou à hydrogène bien plus polluantes que les modèles thermiques à essence ou diesel.

Le pays augmente également sa consommation de gaz et de pétrole. Un nouveau gazoduc vient d’être inauguré avec la Russie et l’Arabie Saoudite est devenue incontournable pour les livraisons d’or noir.

 

Comparaison des centrales à charbon.
Centrales en construction et centrales en opération.
Source: Global Energy Monitor.  Graphique FT.com

 

Renouvelable

En parallèle, Pékin a diminué de 40% ses investissements dans les énergies renouvelables depuis janvier alors que le renouvelable représente 14,3% de sa production électrique.

De part ces chiffres, il semble évident que le pays n’arrive pas à lier sa croissance économique avec une production propre d’énergie. A cet égard, il se calque sur les modèles des USA et de l’Europe.

En cette 2019, le monde a consommé des quantités record de pétrole, de gaz et de charbon.

 

Comportements compulsifs

Il est futile de pointer un doigt accusateur vers la Chine alors que nous demandons à Pékin d’assouvir nos pulsions. Les frénésies d’achats observées lors du BlackFriday dans les pays occidentaux et actuellement ceux de Nöel montrent l’interdépendance de nos comportements compulsifs et le climat.

Faudrait-il d’abord se soigner avant de pouvoir prendre soin du climat ?

 

 

 

Laurent Horvath

Laurent Horvath

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath, propose des analyses et des réflexions qui vont au-delà de la simple information dans le monde passionnant du pétrole, du gaz, du nucléaire, du charbon et des énergies renouvelables. Il est le fondateur du site indépendant 2000Watts.org qui n'accepte ni publicité, ni sponsors ou influence politique.

10 réponses à “Energie Solaire et Charbon : Le paradoxe chinois

  1. « Paradoxalement, ce mix énergétique rend ainsi les voitures électriques ou à hydrogène bien plus polluantes que les modèles thermiques à essence ou diesel. »
    Bonjour, vous avez des chiffres pour soutenir cet argument? On l’entend souvent, mais il n est jamais soutenu pas des faits. C est dommage car c est un très bon sujet.
    Christophe Ebener

  2. Laurent ! Pourquoi ne pas dire un mot sur les efforts de la Chine dans le nucléaire, qui ne produit pratiquement pas de gaz à effet de serre? La rumeur prétend qu’elle pourrait avoir plus de puissance installée que les US en 2030 !

    1. Permettez-moi de questionner “le nucléaire ne produit pratiquement pas de gaz à effet de serre”. Je vous suggère de parcourir la littérature scientifique sur ce sujet. Pas la communication des producteurs, mais des scientifiques.

      Du côté du nucléaire, il sera intéressant de voir l’impact de l’arrêt de l’accord Salt entre les USA et la Russie. L’uranium utilisé dans les centrales nucléaires civiles provient en bonne partie grâce à cet accord de désarmement militaire.

      Finalement, la rumeur n’en est pas une. Les USA ferment leurs centrales nucléaires les unes après les autres car les coûts d’exploitations ne sont plus compétitifs.

  3. Je lis avec intérêt vos articles, mais là il me semble que votre propos n’est pas rationnel. Vous semblez oublier que l’Allemagne aussi produit de l’électricité à partir de centrales à charbon. Et ce à cause de la décision stupide d’Angela Merkel de sortir complètement du nucléaire. De manière générale ces appels à une société sans aucune empreinte carbone font sourire. Les mêmes personnes prennent easyjet tous les weekends. Ce n’est pas sérieux. Quant aux Verts de chez nous, la seule chose qui les intéresse c’est une socialisation à froid de la Suisse. Vivement que les citoyen(ne)s ouvrent les yeux!

    1. Cet article se focalise sur le paradoxe électrique chinois et pas sur le comportement de l’Allemagne.

      Cependant, voici quelques données importantes:
      1) L’Allemagne va sortir du charbon en 2038 et a commencé sa transition
      2) Le nombre de centrales à charbon en construction en Chine est de 121 alors que l’Europe opère 149 centrales
      3) La quasi totalité du CO2 généré annuellement provient du Pétrole, du Gaz et du Charbon soit 36,8 milliards de tonnes pour cette année
      4) Le réchauffement climatique est activé par le CO2 et les autres gaz à effet de serre. Le niveau de CO2 n’a jamais été aussi élevé.

      Maintenant que vous avez des éléments de plus dans l’équation, vous pouvez commencer à tenter de la résoudre ou rajouter d’autres paramètres. Dans ce périmètre, vos solutions sont les bienvenues.

  4. On ne trouvera pas une solution à cette schizophrénie entre production de biens et consommation d’énergie fossile tant que l’on n’acceptera pas de taxer les produits issus de pays non-vertueux en matière de production de CO2.

    Les pays occidentaux ont délocalisé leurs productions polluantes, principalement parce qu’ils ont établis des règles strictes concernant la pollution chez eux, mais en revanche, ils ferment les yeux sur la pollution générée à l’étranger pour satisfaire leur consommation.

    Si il devient autorisé de mettre des écotaxes aux frontières sur une base établie de manière commune, alors on devrait enfin remettre les responsables devant leur choix: si les consommateurs occidentaux veulent des produits polluants, alors ils doivent payer et qu’importe la législation du pays producteur.

    Mais à l’heure actuelle, l’OMC empêche ce type de taxe, sous prétexte du libre marché, alors que la situation actuelle est contraire aux lois du libre marché: il n’y a pas d’égalité entre les pays qui imposent des règles de réduction de la production de CO2 et ceux qui n’ont aucune limite à cette pollution.

    Au final, malgré tout ce que disent les milieux écologistes, ce n’est pas le libéralisme qui pollue, car le libéralisme implique une égalité des producteurs devant les règles environnementales, mais bien la non application du libéralisme qui autorise le libre-échange entre nations ayant des règles environnementales différentes et donc un avantage indu pour les moins disants en matière de protection de l’environnement.

    Ce n’est pas la suppression de la voiture thermiqe, une société sans déchets ou une décroissance qui permettrait une réduction rapide de la pollution dans notre société, mais plutôt une application correcte du libéralisme entre pays sur la base d’une compensation des différences légales en matière de protection de l’environnement par des taxes financières.

    Devrait-on également appliquer ce principe d’égalisation des différences entre pays à la protection sociale ? Je ne pense pas, car contrairement à la dimension environnementale, la dimension sociale est le fruit d’un choix politique et sociétale. Certains diront qu’en Chine, il n’y a pas de choix, mais je pense que les Chinois sont capapbles de faire une nouvelle révolution si c’est leur choix. A un prix élevé, sans doute, mais une crise économique sévère due à une imposition des exportations chinoises pourraient faire pencher la balance vers une nouvelle ère en Chine.

    1. Car vous pensez sérieusement que l’on puisse imposer des contraintes à la Chine?
      Donald fait semblant d’essayer, mais ce n’est qu’un subterfuge pour diviser le monde en bipolaire.
      On ne l’a pas vu exiger de reprendre la production d’IPhone aux US… .

      Il n’y a encore que la pauvre Europe macronistée pour penser que l’Europe a encore son mot à dire.
      Pouvez-vous me citer un moteur/réseau social mondial européen?
      Pour le tourisme peut-être?

      Quand au reste du monde, des condamnés à manger les pissenlits par la racine 🙂

      1. La thématique de cet article est le paradoxe chinois de production d’électricité.
        Il n’aborde pas la thématique de l’imposition de contraintes à Pékin.
        Il n’aborde pas non plus les bénéfices culinaires des pissenlits.

        Par contre, il souligne la problématique énergétique de Pékin.
        Il interpelle également le comportement d’achats de chacun. Quand on veut tenter de guérir les autres, il faut d’abord commencer par soi-même.

  5. Concernant les centrales au charbon en Europe, j’ai trouvé des chiffres un peu différent dans un rapport de l’Agence internationale de l’énergie de décembre 2016.

    Selon ce rapport, en 2016, l’Europe avait 218 unités d’au moins 300 MW. Ces 218 unités représentaient 65% de la puissance installée de toutes les unités fonctionnant au charbon.

    Evidemment, tout dépends de la façon de comptabiliser les centrales. A partir de quelle puissance une centrale est-t-elle comptabilisé.

    Voilà pourquoi, on peut trouver des chiffres différents.

    Source.
    An overview of HELE technology deployment in the coal power plant fleets of China, EU, Japan and USA
    https://www.usea.org/publication/overview-hele-technology-deployment-coal-power-plant-fleets-china-eu-japan-and-usa-ccc

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