L’Ouragan Harvey: le Fukushima Américain ?

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump n’a cessé de promouvoir sa doctrine de «Dominance Energétique» sur le reste du Monde.

Il aura fallu l’arrivée de l’ouragan Harvey, puis dans une moindre mesure, celle d’Irma, pour souligner la fragilité du secteur pétrolier et gazier américain ainsi que le manque de résilience du système énergétique. La région, balayée par les ouragans, est le cœur de l’industrie pétrolière et pétrochimique du pays. Ces événements soulignent que tous les œufs ont été mis dans le même panier et questionnent les choix du Gouvernement.


L’industrie pétrolière secouée par Harvey

Certes Harvey est un événement exceptionnel (pour combien de temps encore), mais en un seul passage, il aura réduit de 25% les capacités de raffinage américaines (2 millions de barils/jour), mis à l’arrêt les nombreuses plateformes pétrolières du Golfe du Mexique, ralenti les forages de schiste dans les terres texanes et stoppé une grande partie des pipelines qui convergent vers la Louisiane et le Texas.

Selon l’Agence Américaine de l’Energie, 45% de la capacité de raffinage pétrolier du pays et 51% du gaz sont localisés dans cette région. De plus, les plus grands champs de schiste, sensés participer à la renaissance énergétique du pays, se trouvent également dans cette zone de tir.

En toute logique, c’est dans cette région que l’industrie pétrochimique s’est installée. En quelques heures, 61% de la production de plastique à base d’éthylène a été mise hors service.

A grands coups de millions de dollars, 8 des 20 raffineries endommagées ont pu reprendre du service. Motiva, la plus grande unité du pays, située à Port Arthur, devrait atteindre 40% de sa capacité dans les jours à venir.

Cependant, pour combler le manque de production et très loin de la «Dominance Energétique», 40 tankers pétroliers ont été redirigés d’Europe et d’Amérique Latine en direction des USA.

 

Irma ferme les centrales nucléaires de Floride

En Floride, entre Miami et Fort Lauderdale, 36% des stations d’essence étaient à sec, malgré plus de 40 millions de litres livrés en urgence pour permettre l’évacuation des habitants. Les moyens de transports en commun inexistants, c’est en voiture que la population a dû fuir l’Etat.

Du côté électrique, les deux centrales nucléaires, Turkey Point et St. Lucie ont été mises à l’arrêt. Son propriétaire assure que les murs de protection de 6 mètres, érigés autours des réacteurs, suffisent pour faire face aux inondations.

 

Harvey et Irma : le Fukushima Américain?

Il est encore trop tôt pour évaluer les impacts de Harvey et d’Irma sur la politique énergétique du pays. Une certaine humilité et un recul pourraient être envisagés, mais pour l’administration Trump, il semble compliqué de mettre tous ces mots dans une même phrase.

Une première tendance se dégage.

Les médias n’ont pas cessé de souligner l’importance de l’augmentation de la température de l’eau dans le Golfe du Mexique et dans l’Atlantique, la rapidité de la formation des ouragans et leurs puissances démultipliées dues au réchauffement climatique.

Ce thème est en train de s’ancrer comme une évidence au sein de la population, même si le Directeur de l’Agence de l’Energie, Scott Pruit, a sobrement annoncé «Ce n’est pas le temps de parler de changement climatique !»

De son côté, le Gouverneur du Texas, Greg Abbott, farouchement opposé à l’idée d’un réchauffement, se trouve sous les feux de la rampe pour avoir privilégié la croissance à tout prix, encouragé les constructions et de n’avoir pris aucune mesure contre les inondations durant ces dernières années.

Peut-être que nous allons atteindre le point ou les dégâts seront trop sérieux pour être ignorés et que les émissions de CO2, de méthane ou de gaz à effet de serre générés par les énergies fossiles seront prises en compte dans la facture de ces dévastations.

Il reste à voir si ce jour est arrivé ou pas!

Harvey a le potentiel d’un Fukushima américain. Sous la pression des électeurs, des entreprises et des victimes, le président américain pourrait être tenté de revoir sa copie sur les ambitions énergétiques du pays et son positionnement sur les catastrophes météorologiques.

Pendant ce temps, le puissant réseau Fox News, proche du gouvernement Trump, a apporté une réponse, à sa manière, sur sa Page d’Accueil: Irma arrive, où est Dieu ?

 

Laurent Horvath

Laurent Horvath

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath, propose des analyses et des réflexions qui vont au-delà de la simple information dans le monde passionnant du pétrole, du gaz, du nucléaire, du charbon et des énergies renouvelables. Il est le fondateur du site indépendant 2000Watts.org qui n'accepte ni publicité, ni sponsors ou influence politique.

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