Aviation: Cette impression que les vols bon marché ne polluent pas

L’Office Fédéral de la Statistique Suisse a publié les tendances de la mobilité des Helvètes. En moyenne en 2015, le Suisse a parcouru la moitié de la terre avec 24’850 km dont le tiers, 8’986 km, en avion. Le reste se partage entre la voiture, le train ou le vélo de plus en plus électrique.

L’augmentation du nombre de km effectués en avion a augmenté de 50% depuis les années 2000 pour devenir l’un des postes principal de la consommation énergétique des ménages.

Si le Suisse fait des efforts pour diminuer son empreinte carbone, les tarifs très bas de certaines compagnies procurent le sentiment que pour 50 euros, un avion ne pollue pas ou peu.


En 30 ans, le voyage en avion est passé du stade de luxe à celui de produit jetable. Mais à contrario de ses concurrents comme le train ou la voiture, sa technologie peine à évoluer et ses innovations se focalisent sur l’entassement des passagers ou l’utilisation de matériaux plus légers.

Aucune révolution n’est en vue, mais si l’aviation n’arrive pas à s’émanciper du pétrole, cette dépendance pourrait lui couter la vie.

Repas dans un avion en 1950

Innovation ne rime pas encore avec aviation

A part une brève incartade du Concorde, la vitesse moyenne des avions n’a pratiquement pas évolué depuis les années 70.

Si dans les années 50, les passagers empruntaient l’avion avec la sensation et l’envie de côtoyer de près le progrès technique, aujourd’hui c’est la sensation de liberté et de vacance qui déclenchent l’acte d’achat.

La consommation moyenne de carburant baisse pour s’établir en 2013 à 3,7 litres par passager pour 100 kilomètres contre 4,02 litres en 2007. Cette frugalité est en grande partie due à l’augmentation du nombre de sièges par avion et à la diminution de l’espace à disposition par passager.

Dès 2001, 200 millions d’heures supplémentaires annuellement sont nécessaires pour passer les contrôles de sécurité dans les aéroports alors que dans la majeure partie des incidents, il s’agissait du défaut de design de l’accès au cockpit.

L’utilisation de nouveaux matériaux plus légers a permis d’alléger ces grands oiseaux. Les sièges des passagers ont perdu en moyenne 8 kg.


Pour avoir le même espace qu’en 1977, aujourd’hui, il faut ajouter en moyenne 55€ de plus sur son billet. En comparaison avec 1950, les tarifs actuels sont, en moyenne, 4 fois moins chers. Cependant, les coûts supplémentaires pour les bagages en soute, les repas ou la réservation des sièges tendent à réduire la différence.

Si le confort diminue, par contre, les possibilités d’amusement ont été démultipliées. A la place du seul film, le passager bénéficie aujourd’hui d’un divertissement individualisé.

Point commun avec les années 50, les ordinateurs personnels n’ont plus droits de citer sur certains vols.

Finalement, la plus grande révolution de l’aviation est l’instauration de billets électroniques!

Recherche des Bertrand Piccard

Le fait de payer un tarif infime pour un billet procure la perception que la pollution est négligeable, donc pardonnable. A contrario, un billet à 1’000 € déclenche une culpabilité qui nécessite le besoin d’acquérir des bons de CO2. Cependant le réflexe de compenser ses émissions diminue dans les classes affaires et first class.

Cerise sur le gâteau, alors que l’essence est taxée, le kérosène est mondialement exonéré comme s’il s’agissait d’un produit inoffensif pour la planète.

Un Boeing 747-400 consomme 12’788 litres par heure. Un airbus A320-200 consomme 3’025 litres/h, de kérosène. De son côté, le plus grand avion du monde, l’Airbus A380 consomme 15’000 lt/h soit 110’000 litres pour un vol Paris New-York.

L’aviation a cruellement besoin de nouveaux Bertrand Piccard pour se réinventer. Le temps presse, les réserves de pétrole diminuent, tout comme l’espace pour nos jambes!

Laurent Horvath

Laurent Horvath

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath, propose des analyses et des réflexions qui vont au-delà de la simple information dans le monde passionnant du pétrole, du gaz, du nucléaire, du charbon et des énergies renouvelables. Il est le fondateur du site indépendant 2000Watts.org qui n'accepte ni publicité, ni sponsors ou influence politique.

5 réponses à “Aviation: Cette impression que les vols bon marché ne polluent pas

  1. Merci pour ces informations !
    Cela fait du bien d’avoir des échelles de valeurs et un peu d’objectivité pour éclairer notre consommation …
    A quand une appli open source alimentée par les fournisseurs, contrôlée par les pouvoirs publiques et les associations pour informer du coût réel énergétique (…) de nos biens de consommation et service ?

  2. Le prix très compétitif des avions vient surtout du fait qu’ils n’ont pas besoins de routes, de rails, de ponts ou de tunnels extrémement oneuureux pour la construction et l’entretien. En plus les avions modernes sont énergetiquement plus favorables que train, bus et voiture en utilisant entre 1.5 et 2 l de kekérosène par 100 km et par passager

  3. Bonjour Monsieur Horvath

    Votre article est très intéressant puisque je rencontre les mêmes craintes et constats que vous. Je ne suis donc pas seul à penser que lorsque je vais en Amérique du Sud, je fragilise encore plus cette planète d’autant plus que les locaux, et j’en connais sur place, préfèrent utiliser l’avion plutôt que le bus lors de leurs et donc nos déplacements ce qui alourdit encore le bilan.
    Je ne puis cependant que vous inviter à regarder la consommation des nouveaux moteurs comme le CFM Leap (Boeing MAX et famile A320) qui consomme 15 % de moins que la génération précédente, des CFM 56. Il en va de même, peu ou prou, pour les A330 NEO comparés aux plus anciens.
    Et puis ne pouvons-nous pas comparer la consommation par passager et par 100 km d’un B707 avec un A320 NEO ? En cinquante années, les progrès sont réels et ne sont pas dus qu’aux seuls moteurs : par exemple l’ajout d’ailettes marginales (winglets) en bout d’aile à fait gagner quelques pour cents…
    Je ne parlerai pas de l’usage des composites et autres améliorations comme les commandes de vols électriques, de la mécanique et du câble en moins…
    Quant à la vitesse, les lois de la physique, de la résistance de l’air par exemple, étant ce qu’elles sont, tout gain de vitesse se termine par une consommation plus importante…
    Alors échanger le pétrole contre de l’hydrogène par exemple ? Les dirigeables nous ont montré que ce n’était pas si simple et les militaires qui ont utilisé ce carburant pour des torpilles par exemple l’ont mis, pour l’instant ? de coté.
    A contrario, les vols très longues distances, s’ils permettent au passagers d’éviter une correspondance et donc de gagner du temps, ne sont pas excellents pour cette brave planète. Il faut remplir l’avion de dizaines de tonnes de carburant qu’il faut monter, eh oui !, à 10’000 ou 11’000 mètres ce qui engendre une augmentation de ladite consommation. J’ai lu, où ?, que l’idéal serait de parcourir des distances de 5’000 kilomètres, de se poser et de repartir afin d’éviter ce surcroît de carburant à transporter. Bien entendu, cette solution ne vaut que si nous n’avons pas un océan à traverser. Mais même dans ce cas, des vols comme Paris – Tokyo pourraient faire escale en Alaska ou en Sibérie comme dans les années 60…
    Je parle de mémoire et ne m’en veuillez pas si une erreur j’ai commise. Je ne suis pas issu du monde de l’aéronautique mais très intéressé par celle-ci.
    Plaisir.
    G.L.

  4. Vous soulevez des questions aussi intéressantes que salutaires. Votre constat est néanmoins un peu sévère. De gros progrès ont malgré tout été accomplis et les derniers réacteurs en développement comme le GE9X sont beaucoup plus avancés que leurs ancêtres.
    Si la vitesse moyenne n’a pas augmenté en 40 ans, c’est parce qu’on ne peut pas aller contre les lois de la physique. La résistance de l’air augmente proportionnellement au carré de la vitesse. Les avions ont été affinés, lissés, optimisés. On a redessiné les ailes. Mais l’accélération demande beaucoup d’énergie. Vous citez Concorde: c’était un gouffre à kérosène.
    En revanche, je ne comprends pas votre passage sur la sûreté et le design de l’accès au cockpit.

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