Les Banques passent du green washing à la réalité

jean-studer-christian-brun1Depuis la chute des prix du baril, les compagnies pétrolières ont diminué de plus de 500 milliards $ leurs investissements. Ce montant devrait doubler d’ici à 2020 selon Wood Mackenzie, la référence américaine dans l’analyse pétrolière.

Le yoyo des prix du baril (de 100$-27$-50$) ont mis les investisseurs et les banquiers face à de lourdes pertes.

Comme un chat échaudé craint l’eau froide, le robinet financier, dans les productions les plus onéreuses et risquées comme le schiste, le offshore ou les sables bitumineux canadiens, se ferme.

 

Les Banques profitent de la crise pour changer de stratégie

Depuis la Conférence sur le Climat, COP21 de Paris, et sous la pression des actionnaires, plusieurs fonds d’investissements et certaines banques ont pris l’initiative de diminuer leurs expositions aux énergies fossiles.

Les mentalités tendent à changer au niveau des CEO des grandes banques et des institutions financières. Alors qu’elles ne misaient que sur du greenwashing pour redorer leur blason, certaines profitent de la crise pétrolière pour passer à une étape supérieure.

La Deutsche Bank, championne des financements dans le charbon de 2013 à 2015 avec de plus de 7 milliards $ a annoncé, en mars, qu’elle allait sortir des investissements et dettes dans le domaine des mines et de l’exploitation charbonnière.

Citigroup avec ses 24 milliards $ d’investissements dans l’industrie du charbon se dit «supporter la transition vers une économie allégée en carbone et de continuer ses efforts pour réduire son exposition financière dans le secteur minier».

JP Mogran Chase tenait le haut du pavé pour les financements du pétrole extrême dans le offshore, les sables bitumineux ou le schiste avec 38 milliards $ entre 2013-2015. La Banque américaine emboite le pas avec l’arrêt du financement de nouvelles exploitations minières mais tout en restant dans les anciennes. Les bonnes intentions ont certaines limites.

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Les Banques réfractaires

Quant à la Banque Nationale Suisse, elle a utilisé l’argent de ses citoyens pour injecter 3 milliards $ dans le charbon, le gaz et le pétrole de schiste aux USA. Cette politique de placement est d’autant plus surprenante qu’elle se heurte au code éthique de l’institution.

Lors de la dernière assemblée générale en avril, son président Jean Studer (photo), a préféré jouer à l’autruche en refusant de répondre aux demandes des actionnaires sur l’implication de sa banque dans les énergies dangereuses pour l’environnement. Mais les pertes abyssales de la BNS, réalisées dans ce domaine, vont être difficilement justifiables face aux cantons actionnaires en manque d’argent.

Les deux autres géants suisse que sont l’UBS et le Crédit Suisse restent toujours encrés dans le fossile, mais les performances négatives du fossile pourraient faire pencher la balance.

 

Influencer Google comme stratégie

En faisant des recherches sur Google sur l’implication de ces banques dans leurs investissements fossiles, les résultats témoignent des efforts fournis par les responsables de communication pour influencer artificiellement les moteurs de recherche.

Cette couche artificielle de vernis vert est déjà une étape mais elle sonne de plus en plus faux aux oreilles des actionnaires et de leurs clients surtout que les pertes s’accumulent même si le baril a repris 95% depuis le début de l’année.

 

La baisse des investissements va faire remonter les prix du baril

Pour l’année à venir, la production pétrolière mondiale devrait diminuer de 4% (-3,6 millions barils/jour) et annihiler le surplus actuel pour retendre les prix sur les marchés et peser sur la croissance mondiale.

En 2016, ExxonMobil ne va investir que 23 milliards $ (42,5 milliards en 2013).
Chevron suit la même tendance avec 23 milliards $ en 2016 (41.9 en 2013) et le mouvement est identique à travers le monde.

Même si les prix tutoient la barre des 50$, la sagesse va certainement pousser les majors à attendre pour voir, d’autant qu’elles ont intérêt à ce que la pénurie à venir pousse les prix vers de nouveaux sommets.

D’ici là, de plus en plus de banques devraient annoncer leur sortie du fossile à moins que la perspective de nouveaux profits les confinent à jouer avec Google.

Energies et Economie: Revue Mondiale Mai 2016

Dans cette édition de l’inventaire mondial des Energies, vous trouvez:
– Inde: Le pays avale de plus en plus de pétrole
– USA: 14 entreprises font faillites dans le schiste en avril
– USA: 1 million d’installations solaires à travers le pays
– Arabie Saoudite: changement du Ministre du Pétrole
– Brésil: Dilma Roussef éjectée pour couvrir le nouveau président?
– Monde: 383 milliards $ de dettes pour les majors pétrolières
– Nigeria: Le pays est sur le point de s’écrouler.

 

Le pétrole imite la petite bête et il monte, monte, monte!  A New York nous le retrouvons à 45.92$ le baril (45.92$ fin avril) et à Londres 48.13 $ (48.13$ à la fin avril).

L’uranium ne sait pas quoi faire. Le voilà qu’il remonte un peu et passe discrètement à 28.50$  (27.5$ à fin avril 2016).

 

Monde

Selon Graves & Co, 351’000 emplois ont disparu dans le monde pétrolier depuis juin 2014. 152’000 dans l’exploration, 80’000 dans l’extraction et 52’000 dans les forages.

Les 15 plus importantes majors pétrolières européennes et américaines accumulent 383 milliards $ de dettes à la fin mars 2016 (97 milliards $ en mars 2015).

L’Agence américaine de l’Energie  (EIA) ne voit aucune limite à la croissance. Un pareil optimisme fait plaisir à voir! Dans son Energy Outlook 2016, l’EIA prévoit une augmentation de 48% de la consommation énergétique d’ici à 2040 (par rapport à 2012). Le pétrole devrait augmenter de 35%, le gaz de 75%, charbon de 18%, le nucléaire 50% et le renouvelable +50%. L’enthousiasme de l’EIA doit être tempéré par sa capacité à fournir des estimations traditionnellement… erronées.

Dessin Chappatte

Le Vieux Continent

France

Ségolène Royal aimerait interdire les importations de gaz de schiste made in USA  ainsi que le gaz liquéfié qui contient 40% de ce gaz à l’extraction très polluante.

Le gouvernement a proposé de payer 100 millions d’euros de dédommagement à EDF pour la fermeture de la plus vieille centrale nucléaire française. EDF crie au scandale et espérait 2-3 milliards €. Le chiffre final se trouvera quelque part entre les 2. Paradoxalement, l’Etat français possède 85% d’EDF ! Donc l’Etat se versera de l’argent pour appliquer sa décision.

 

Suisse

L’assemblée de la Banque Nationale Suisse a été chahutée. La questions des investissements douteux dans le gaz de schiste, le charbon et le pétrole américain a été abordé par des actionnaires.

Démocratiquement, le président de la BNS, Jean Studer, a balayé de la main l’interpellation sans même y répondre, c’est dire si le sujet fâche! Même les Cantons Suisses, actionnaires majoritaires, n’ont pas bronché alors que plusieurs centaines de millions de francs ont été perdus dans l’aventure.

 

Angleterre

Le géant français EDF hésite toujours à investir 25 milliards € pour la construction de 2 centrales nucléaires de type EPR sur le sol anglais. Bien que le ministre Macron ait annoncé son feu vert, les syndicats et le personnel attirent l’attention sur les risques liés à la construction et aux retards possibles.

 

Hollande

Shell va couper 2’200 emplois supplémentaires. L’entreprise a besoin d’un baril à 70$ pour couvrir ses frais d’investissements (capex).

 

Allemagne

Les actions du géant de l’énergie E-on / Uniper ont chuté après que l’entreprise a annoncé qu’elle devra emprunter pour payer le traitement de ses déchets nucléaires. E-on avait provisionné 8 milliards € et devra rajouter 2 milliards supplémentaires. Les 4 grands propriétaires de centrales nucléaires allemands devront contribuer à hauteur de 23,3 milliards € et à un montant inconnu pour démanteler leurs centrales.

 

Le Nouveau Continent

USA

Un million d’installations solaires ont généré 27 GigaWh en 2015 ce qui représente le 1% de la consommation du pays. Cette année 16 GWh devraient être mis en ligne. L’objectif est de grimper à 100 GWh d’ici à 2020. Selon le prochain Président, cet objectif pourrait être ambitieux, ou pas.

Donald Trump a choisi Kevin Kramer afin de l’aider dans sa politique énergétique. Le brave homme du Dakota du Nord est connu pour ses positions contre le réchauffement climatique et un chaud partisan du pétrole et du gaz. Kramer souligne les dangers des investissements étrangers dans les actifs énergétiques américains  ainsi que les réglementations environnementales. Tout un programme !

Le hollandais Shell, l’italien Eni, le norvégien Statoil et l’américain ConocoPhillips ont renoncé à renouveler leurs licences au gouvernement US pour exécuter des forages en Arctique.

Durant les 5 à 10 prochaines années, 15 à 20 centrales nucléaires pourraient fermer aux USA pour cause de rentabilité insuffisante. Le pays en possède une centaine.

Schiste

Selon Haynes and Boone, de Dallas, en avril, 14 compagnies pétrolières ont demandé la protection du chapitre 11 sur les faillites pour des dettes dépassant les 15 milliards $. Elles étaient 7 au mois de mars pour 1,9 milliards $.

Voici une liste des faillites les plus importantes. Si vous avez des actions dans ces entreprises, well:  SandRidge Energy Inc, Swift Energy Co, Samson Resources Corp et American Eagle Energy Corp Co. Penn Virginia, une entreprise vieille de 134. Le producteur pétrolier et gazier et laisse une casserole de 1 milliard $ dans les mains des actionnaires.
Linn Energy part également en faillite avec une dette de 8,3 milliards $ et a trouvé 2,2 milliards $ de refinancement.
Si comme la Banque Nationale Suisse, vous avez parié sur Penn Virginia et Linn Energy, vous aurez fait un carton plein.

Halcon Resources Corp part également en faillite. Total de la perte : 1,8 milliards $.

Pour la route, en voici encore deux:  Pacific Exploration & Production avec 5,3 milliards $ perdus.
Osage Exploration and Development est un petit joueur avec seulement 43 millions de pertes.

Le Texas constate que les forages horizontaux fracturés par des injections de sables, eaux et produits chimiques contaminent l’eau des nappes phréatiques avec une variété de métaux lourds et de produits chimiques dont les quantités évoluent avec le temps.

Canada

Les incendies à Fort MacMurray ont retiré 1 million de barils/jour des sables bitumineux. Le réchauffement climatique (forte température, sécheresse) est le premier suspect pour expliquer cette catastrophe qui a vu l’évacuation de 90’000 personnes. La production pourrait retrouver sa cadence normale durant l’été.

 

Brésil

Dilma Rousseff a été écartée du gouvernement pour une période de 6 mois. La compagnie pétrolière nationale Petrobras se débat toujours dans une situation économique non prévue lors du choix de Rio aux Jeux Olympiques.

Le nouveau Président Temer pourrait avoir renversé Dilma afin de se protéger et de protéger son parti des problèmes de corruption avec l’entreprise pétrolière nationale PetroBras. Déjà deux ministres ont dû démissionner de son gouvernement dont le Ministre de la Corruption!

Venezuela

Le pays est sur la voie de l’effondrement et il est difficile d’envisager le maintien de la production pétrolière qui représente la quasi-totalité de son budget.

Asie

Chine

Par semaine, 83 supertankers contenants 166 millions de barils de pétrole entrent dans le pays. Cette quantité semble dépasser les besoins de la Chine et sert à remplir ses réserves stratégiques.

Pékin a de la peine à passer du gaz au charbon car le gaz coûte 3 fois plus que le charbon. Les problèmes de pollution pourraient persister.

 

Inde

L’Inde est la nouvelle Chine. Les ventes de pétrole ont augmenté de 10% en avril (en comparaison avec avril 2015). La demande de carburant a augmenté de 11% durant les 12 derniers mois.

L’Inde est sur le point de ravir au Japon la 3ème place sur le podium des plus grands importateurs de pétrole derrière les USA et la Chine avec 4,39 millions b/j.

Record de chaleur battu en Inde : 51 degrés à l’ombre. Et nous ne sommes pas encore en été.

https://youtu.be/c1JEJpWhbU4
51 degrés en Inde, le goudron fond

Moyen Orient

Arabie Saoudite

Ministre du pétrole depuis 20 ans, Ali al-Naimi a été remplacé par Khalid al Falih le CEO de l’entreprise pétrolière nationale Saudi Aramco.

Les nouvelles constructions sont en baisse de 50% dans le pays et provoquent le chômage de milliers d’employés étrangers. Pendant que le fils du Roi le Prince Mohammed, 30 ans, prend de plus en plus de place au sein du gouvernement, certains membres de la famille royale se posent des questions.

Comme les iraniens, les saoudiens font également face à l’augmentation des températures qui nécessite de plus en plus de pétrole pour pouvoir survivre durant l’été.

 

Emirats Arabes Unis

Un nouveau record va être battu à Dubaï ou une offre à 2,99$ le kWh solaire a été gagnée -15% par rapport à l’ancien record détenu par Mexico. L’installation est gigantesque avec 800 MW, mais à ce prix là, il doit y avoir pas mal de bidouillages financiers.

 

Iran

Les iraniens sont en train d’exploser les compteurs. Les exportations de pétrole pour mai atteindraient 2,1 millions b/j (+60% 1,3 million b/j en mai 2015). Les ventes pour l’Europe représentent 400’000 b/j ce qui représente la moitié des livraisons d’avant les sanctions. La rapide augmentation des exportations montre que Téhéran a trouvé des tankers qui veulent bien prendre son pétrole.

 

Irak

La production pétrolière de Basra, Sud du pays, reste constante à 3,3 millions b/j. et à 4,5 millions nb/j pour tout le pays.

L’optimiste ministre du pétrole espère augmenter la production à 6 millions b/j d’ici à 3 ans. Les coupures électriques et les conditions politiques du pays pourraient en décider autrement. Les habitants de Basra demandent de l’eau, de l’électricité et du travail. Ils ont été dispersés par les forces de sécurité en faisant des morts.

 

Koweit

Le pays planifie des investissements de 42 milliards $ d’ici à 2022 pour augmenter sa production pétrolière, améliorer ses raffineries et explorer des projets de carburants propres. Le tout est certainement pour répondre à la COP21 de Paris.

Le deuxième Etat le plus riche du Moyen-Orient répond à sa manière à la crise pétrolière en injectant du cash dans l’économie ce qui réjouirait l’économiste Keynes. Le premier ministre Anas Al-Saleh poursuit la stratégie inverse de l’Arabie Saoudite.

Afrique

Libye

Le pays fait des progrès dans l’exportation de pétrole. La National Oil Company peut utiliser le port de al-Hariga et espère ouvrir le port de Ras Lanuf et Es Sider. Les exportations pourraient passer de 100’000 à 300’000 b/j.

 

Nigeria

Avec le Venezuela, le Nigeria fait figure d’épouvantail parmi les pays producteur de pétrole de l’OPEP et leurs productions pourraient s’écrouler.

Les attaques du groupe Niger Delta Avengers contre les installations pétrolières sont devenues quotidiennes. L’objectif est de stopper la production pétrolière dans le pays qui touchait les 1,6 million b/j. Les barges en haute mer, qui représentent le 50% de l’exploitation, ne sont pas touchées.

Les pénuries d’essence continuent et l’Etat doit importer la quasi-totalité de sa consommation, ce qui est paradoxal pour le plus grand producteur de pétrole d’Afrique.

 

Phrases du mois

Il est clair que les véhicules électriques sont le futur. Une transition du pétrole est une évolution naturelle et c’est notre objectif de l’encourager le plus rapidement possible” Simon Bridges, New Zealand’s Energy and Transport Minister

Bruce Zagaris, Berliner, Corcoran & Rowe, Washington: “Les comptes financiers offshore américains sont bien plus important que l’imagine les gens. Les USA sont déjà la plus grande place offshore du monde. Ils ont réalisé un excellent travail pour annuler la compétition des banques suisses.”

Sources: avec Tom Whipple de Resilience.org, FT.com, Thomas Veuillet Investir.ch et toutes les informations récoltées dans différents médias à travers le monde. Pour lire la revue complète