La Banque Nationale Suisse empêtrée dans le schiste américain

Swiss_National_Bank_200Dans un communiqué laconique, la Banque nationale Suisse a annoncé une perte de 23,3 milliards de francs pour l’exercice 2015. L’institution, dont le manque de transparence devrait inquiéter ses actionnaires, a trouvé dans ses investissements en monnaies étrangères un coupable tout désigné.

Le communiqué de presse passe sous silence ses pertes de plus de 1,2 milliards dollars dans ses actifs de pétrole de schiste aux USA. Avec le nombre de faillites qui explosent, l’hémorragie de BNS va en s’amplifiant. Comment en est-on arrivé là?

 

Investissement dans le tissu industriel américain

La stabilisation du Francs Suisse face à l’Euro est d’une importance stratégique nationale dévolue à la BNS. Cependant, c’est en épluchant les données officielles divulguées par la Banque Fédérale Américaine, que l’on découvre que l’institution Suisse injecte plus de 38 milliards $ dans l’économie américaine. Au demeurant, on est en droit de se demander l’impact du support financier aux entreprises de l’Oncle Sam sur les cours Euro/Francs Suisse.

 

Le schiste américain creuse un trou abyssal
Ainsi, c’est en analysant cette liste de plus de 2’640 entreprises que le pot aux roses des investissements pétrolier, gazier et charbonnier est apparu au grand jour. Prise la main dans le sac, la BNS avait botté en touche. C’était il y une année.

Ce qui aurait dû être une opération discrète éclate avec la chute des cours du pétrole qui entraîne le secteur du schiste américain dans une spirale de faillites et démultiplie les pertes financières pour la Banque Nationale Suisse.  Il serait étonnant que les actionnaires comme les Cantons Suisses ne s’inquiètent de ce fiasco et n’envisagent pas une sortie honorable de cet engrenage.

 

Une stratégie à l’encontre de sa charte éthique
En se basant sur les documents trimestriels fournis par le gendarme américain des investissements, il est possible de tenter de reconstruire le scénario des 18 derniers mois, pour tenter de s’approcher de la réalité et soumettre des hypothèses, vu que la Banque préfère ne pas s’étendre sur le sujet.

Se faisant fi de sa charte éthique qui bannit “les investissements dans des entreprises qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement“, la Banque a intégralement arrosé l’industrie du schiste américain et soutient les acteurs du charbon, du pétrole, des infrastructures ou des sables bitumineux.

 

Alors que les investisseurs se délestent des actions de schiste, la BNS en achète!

Au-delà de la légitimité éthique de ces investissements, des faits troublants apparaissent.

A l’apogée du schiste américain, en juin 2014, la BNS avait déjà envahi le secteur avec un portefeuille d’actions d’une valeur de 2’215 milliards de dollars. Depuis les cours du baril ont débuté une impressionnante dégringolade.

Une année plus tard, en juin 2015, il était devenu évident que «l’attaque pétrolière» de l’Arabie Saoudite allait occasionner des dégâts irréversibles dans le schiste américain. Les mois suivants n’ont fait que soutenir cette tendance et les premiers signes de faillites ont définitivement repoussé les nouveaux investisseurs.

 

La BNS transfère des actions chancelantes dans ses comptes. Pourquoi?

De son côté la BNS a fait le choix d’une stratégie surprenante. Contre toute logique financière, et après avoir déjà perdu plusieurs centaines de millions de dollars, la BNS a continué d’acheter des actions dans ce secteur sinistré et, encore plus surprenant, d’acheter des actions dans des entreprises chancelantes.

Toujours en se basant sur les données de la FED et de manière mathématique, depuis juin 2014, la Banque Nationale Suisse aurait acheté des actions dans le schiste, le charbon, le pétrole et le gaz américain à hauteur de 3,319 milliards $.

La chute des cours pétroliers a fait diminuer la valeur de ces actions pour un montant de  1,104 milliard $ et les pertes suites aux faillites s’élèveraient à 91,5 millions $. La Banque n’a pas commenté, infirmé ou corrigé ces chiffres.

Aujourd’hui, une hypothèse non validée reste sans réponse : Est-ce plausible que la BNS transfère dans ses comptes des actions pourries d’entreprises proche de la faillites et dont plus personne n’en veut? Est-il possible que les cantons suisses, in fine les citoyens, prennent en charge les pertes financières de l’industrie de schiste?  A ces hypothèses, nous n’avons pas les réponses.

 

 

Denbury_Resources_IncAlors que l’action est passée de 17$ à 2$  la BNS a acheté 150’000 actions!
L’entreprise a été mise en probation

Contango Oil & Gas

Contango_Oil_GasL’action passe de 47$ à 7$ dans une descente infernale et la BNS
rachète 3’600 actions. L’entreprise est sous probation.

Denbury Resources Inc

Denbury_Resources_Inc

Pendant que le cours dévisse et l’entreprise se dirige vers la faillite
la BNS achète 67’100 actions supplémentaires! L’entreprise est sous probation

 

Laurent Horvath

Laurent Horvath

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath, propose des analyses et des réflexions qui vont au-delà de la simple information dans le monde passionnant du pétrole, du gaz, du nucléaire, du charbon et des énergies renouvelables. Il est le fondateur du site indépendant 2000Watts.org qui n’accepte ni publicité, ni sponsors ou influence politique.

3 réponses à “La Banque Nationale Suisse empêtrée dans le schiste américain

  1. Le mal français qui consiste à remplacer des dirigeants compétents et patiemment formés aux grandeurs et servitudes de leur métier par des hommes certes brillants, mais incompétents et nommés avec des appuis politiques semble gagner l’Helvétie dont la richesse tient pourtant essentiellement à l’excellence de ses structures d’apprentissage. Ainsi les banquiers ne savent plus quel est leur métier d’origine : financer les besoins de l’industrie et du commerce de leur pays avec les dépôts rémunérés (directement par un rendement ou indirectement par des services) de leurs déposants. Ils ne savent même plus faire ce métier. Le personnel passe son temps à constituer des dossiers paperassiers que les clients signataires ne lisent pas. Les dirigeants, souvent sur le conseil d’experts ou de consultants extérieurs de préférences américains ou au moins formés outre-atlantique, se lancent dans des opérations hasardeuses mettant en péril les résultats de leur entreprise, voire l’épargne de leurs déposants (à moins qu’ils ne réussissent au jeu de la chaise musicale visant à passer la mauvaise affaire à un plus naïf).
    On dit souvent que le poisson pourrit par la tête, l’affaire de la BNS devrait faire réfléchir et peut-être convaincre s’il en et encore temps quelques banquiers ou leurs actionnaires de corriger la mauvaise tendance actuelle.

  2. On est en droit de se demander si nous ne sommes pas aussi devenus une nouvelle colonie américaine. Il est grand temps que les Suisses se rendent compte de ce qu’il leur arrive. Lecture incontournable: JOHN PERKINS, “Les confessions d’un assassin économique”. A diffuser largement!
    Er merci à ceux qui nous informent…

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