Un peu de douceur dans ce monde de brutes

À l’heure où les fêtards [1] dorment encore et les travailleurs du dimanche sont déjà derrières leurs comptoirs et autres fourneaux, j’ai pris l’habitude de prendre un temps calme pour me retrouver avec moi-même.

Ce matin, je souhaite partager ce rituel dominical avec vous. J’adapte ci-après un texte de Guy Gilbert, dit le prêtre des loubards. Il est l’auteur, entre autres magnifiques textes, d’un ouvrage qui m’a profondément marquée: ” Prends le temps de vivre : Et goûte à la beauté du monde”. Voici le texte qui m’a nourrie ce matin et qui vous parlera peut-être :

Heureux les doux…

Ceux qui traverseront le mieux l’épreuve présente, ceux qui porteront le plus fermement le poids des menaces et des violences et sauront aider les autres à ne pas céder sous le fardeau, ne sont pas les durs, les costauds, les malins. Ce sont les doux et, avec eux, les cœurs purs, les miséricordieux, ceux qui pleurent…

Heureux les doux…Pas les nouilles, les esprits timorés, les mous. La douceur est force de caractère, elle est souplesse face à la brutalité des événements et des hommes, capacité d’encaisser les mauvais coups sans se laisser décontenancer ni briser. Elle s’oppose à l’orgueil, aux certitudes dures et cassantes qui ne savent pas se plier aux exigences concrètes de la vie.

Les doux ne sont pas raidis devant l’inévitable, endurcis par la morne répétition du mal, habitués à la répétition de la violence. Ce sont les patients, les tenaces, ils ne sont pas facilement choqués quand les autres ne font pas comme eux, ils ne désespèrent pas dans les désastres, ils pensent que rien n’est jamais perdu tout à fait.

Ils résistent sans bruit, ne crient pas tout le temps, ne parlent pas beaucoup, on ne les rencontre guère sur le devant de la scène, ils sont attentifs à voir et à écouter, ils n’éteignent pas la mèche qui fume encore.

Ils ne sont pas des théoriciens de la non-violence, des partisans systématiques de l’amour des ennemis et de la joue gauche après la joue droite. Ils savent se montrer à l’école de la vie.

Évidemment, cette douceur ne conduit pas au pouvoir. Elle n’est pas une vertu politique. Elle n’entre pas dans le programme d’un parti, pas même dans le projet d’une Église, d’une Mosquée ou d’un Ashram. Elle est la réponse personnelle de celui qui, à la fois croit en l’être humain et à la puissance de la Vie.

 

 

[1] L’utilisation du genre masculin a été adoptée afin de faciliter la lecture et n’a aucune intention discriminatoire. Le choix a été fait de privilégier le masculin car la douceur est traditionnellement rarement attribuée au genre masculin. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, l’utilisation du genre féminin sera adoptée dans le prochain article afin de faciliter la lecture et n’aura aucune intention discriminatoire.  

Le Temps laisse à la libre appréciation des auteurs de publier ou supprimer les commentaires reçus. Aujourd’hui, je ne publierai aucun commentaire reçu suite à cet article, repos oblige! 

Laure Kaeser

Née d’une mère institutrice jurassienne et d’un père pasteur bernois, Laure Kaeser a grandi à Marseille jusqu’à 18 ans. La sociologie et la psychologie lui ont permis de casser certains codes sans renier ses racines. Docteure en socioéconomie et insatiable observatrice de la société depuis plus de 30 ans, son blog retranscrit ce que ses lectures, rencontres et réflexions lui ont apporté.

15 réponses à “Un peu de douceur dans ce monde de brutes

  1. Merci pour ce message de Guy Gilbert que je ne soupçonnais pas de savoir si bien parler de la paix. J’y repenserai dans cinq mois et deux jours…

  2. Vous me paraissez une chic fille idéaliste, chère Laure.
    En plus, nous avons un point commun, le Jura.

    Mais ne vous laissez pas enfûmer, pas comme moi qui ai mis cinquante ans avant de voir que mon frère et ma soeur étaient des malhonnêtes, comme le reste du monde, pas brillant, je vous l’accorde.
    Le monde est plutôt noir que blanc et éventuellement un peu gris.

    Donc restez vigileante, ici et ailleurs, et qui sait, même à la Fête des Vignerons 🙂
    Bonne chance et bons blogs, le monde a besoin d’idéalistes, mais pas naïfs, suerte

  3. @ Olivier

    Je vais apporter mon grain de sel, ce n’est pas nouveau. Je pense quand même qu’il y a des idéalistes, à qui l’on répondait que leurs rêves étaient impossibles, et qui ont réussi… un peu ! Et les suivants ajouteront encore un peu, et ainsi de suite pour qu’on puisse continuer à espérer rejoindre un monde meilleur. Difficile de mesurer la part de naïveté, parce qu’elle est aussi identifiée en rapport des expériences faites qui ne sont pas toujours entièrement applicable dans le présent. Et on peut être parfois déjà traité de naïf parce qu’on ne fait pas partie des durs. Un jour… Je me suis brouillé en plein restaurant avec un fiduciaire fumeur de gros cigares, et je n’ai pas oublié sa réplique : « Vous êtes ce que je déteste le plus ! Du genre assistant social naïf et imbécile que je paye avec mes impôts !.. » Cet homme a fait fortune en commençant par racheter et négocier des actes de défaut de bien. Ni imbécile ni naïf il s’en félicite !

    1. Bah, ami Dominic, vous et moi sommes déjà des vieux cons.

      D’ailleurs, par expérience, on ne devrait jamais donner de conseil à personne, c’est pour ça que nous sommes (encore) des vieux cons, hahahah.

      Bon, blague à part, Il me semble que le monde n’évolue pas.

      A l’homme seul il appartient d’évoluer, dans une succession de vies, jusqu’à être parfait et mériter le ciel, c’est ainsi que je vois Dieu et que je n’ai pas peur de la mort, mais peut-être est-ce naïf?

      1. D’ailleurs, vous me connaissez un peu, après nos échanges et je vais faire un tit looping avec vous en Pilatus entre les dents acérées du Midi…

        Avec tous les potes de blogs, j’ai nommé le Sieur Haldy, Delaplanète, Giot et bla (j’en oublie avec mon alzheimer), le Temps devrait nous offrir l’abo gratis pro Deo!

        Oui, nos conneries sont, non seulement une mine précieuse pour leurs journaleux, mais une promo exquise pour leur média.

        Résultat des courses… vol au-dessus d’un nid de coucou
        🙂

        1. Bon ami Dominic, il vous faudra un jour faire votre “coming out” et vous afficher avec votre vrai nom sur ces blogs, ce serait sympa… 🙂

          (pour tous les potes-euses et autres chieurs-blogeurs, oui, si, vous pouvez, osez,
          ça c’est mieux qu’une pilatothérapie sur un nid de coucou)
          🙂

          1. Mon pseudo est bien mon prénom. Le nom de famille n’est essentiel que pour les fonctionnaires des impôts. J’ai de bons copains à qui je n’ai jamais songé à leur demander leur nom de famille, certains même je n’en ai pris connaissance qu’au moment de l’avis mortuaire…

      2. Cette succession de vies jusqu’à devenir meilleur (pas parfait, il faut être politicien pour croire que c’est possible dans la vie) me plaît. Et puisque vous parlez de comment vous voyez Dieu, je pense que s’il existe il n’accueillera pas moins bien les naïfs (que l’on dit ignorants). C’est ce que j’ai répondu à un ami prêtre orthodoxe qui m’a dit : « Dominic, tu es… un peu croyant ». Je lui ai répondu : « Pas plus que les sauvages d’Amazonie, pas moins que les catholiques orthodoxes, Dieu est là pour tout le monde, même ceux qui n’ont aucune religion ! Alors dis-moi qui sont ceux qui croient un peu ? Ceux qui ne t’écoutent pas assez… Ceux qui n’écoutent pas assez le Sage qui demande l’aide des esprits… » Et lui : « Mais… Alors tu me dis être croyant ? Ou pas du tout ?.. » Moi : « Tu ne le sauras jamais ».

        Ah, cela ne me réconforte pas de vous entendre dire souvent que nous sommes des vieux cons… C’est quand même pas mal de ne pas l’avoir été dès le début quand on était beau et jeune, mais est-ce que c’était un réel avantage pour trouver l’amour ? Je pense que les couples qui sont restés ensemble toute la vie, quand ils regardent l’album de photos de leurs vingt ans, ils peuvent certainement penser : « Nous étions jeunes et beaux… » Mais est-ce qu’ils auraient l’idée de penser : « Et pas encore cons… » Non, s’ils s’aiment, aucun des deux n’est con pour l’autre, et ce que le monde peut penser ils s’en fichent… Alors moi, même que je suis seul pour réfléchir en silence à ce que je suis, je veux croire je ne suis pas con dans mon cœur. Et vous aussi, au cas où vous ne seriez plus avec la femme que vous aimiez pour toujours.

  4. Olivier et Dominic, j’aime beaucoup vos retours sur mes articles et vos échanges. Je peux être votre amie de blog aussi?
    Et moi je ne vous trouve ni vieux (car comme dirait Bourdieu, la jeunesse n’est qu’un mot…) ni cons 😉

    1. Il est trop con ce … Bourdieu, c’est un ami à vous?

      P.S. Bon, si j’arrive à vendre ma cam dans ce pays génial qu’est l’Uruguay, on fera ptêt le deal avec Dom et on prendra Lor sur nott Boaaatttt on to the Med Sea, we never know…
      🙂

      1. Ahahaha! Vous allez fâcher plus d’un-e sociologue! Pierre Bourdieu, grand sociologue mais incapable de vulgariser ses écrits…genre 1 phrase fait un paragraphe dans ses bouquins qui font…style 1000 pages des fois!

        Et oui, qui vivra verra, on ferait une sacrée équipe, suis sûre! Bon allez, trêve de rêve, le travail m’appelle!

        PS: je poste en mode incognito et m’en vais m’auto-modérer, mouhahaha!

        1. pfff, bon courage, moi ça fait quinze ans que je rumine sans pouvoir travailler, alors la philosophie pour les nuls, je m’y attaque bit.

          Vous avez une tête sympa et vous écrivez sympa, bravo et sans sous-entendu 🙂

  5. Très beau texte, merci. Au delà de l’idéalisme, ce qui est important ce n’est pas d’être doux ou dur, bon ou méchant, mais c’est d’être intègre avec soi et les autres et d’en attendre autant en retour, ainsi la naïveté est chassée 😉

    1. C’est le profil idéal pour qui veut grader à l’armée. Mais dans la vie de tous les jours et ses multiples situations découvertes dans l’espace public, à son travail, avec ses amis, en famille, à l’école… c’est autre chose.

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