Le verre à énergie positive (EPoG), une nouvelle référence dans le domaine de la construction

Face à l’urgence climatique, le développement des technologies solaires offre des perspectives inouïes pour la transition énergétique. Pour les acteurs du projet Européen Be-Smart, l’avenir est à une vaste intégration d’éléments de construction producteurs d’énergie dans les bâtiments. En bref, des murs et des toits producteurs d’énergie. La technologie EPoG, pour « energy positive glazing » est au centre de cette dynamique soutenue par l’Union européenne. EPoG est un verre multifonctionnel, contenant des cellules solaires et dont la taille est modulable. Cette technologie est déjà aboutie, fiable, peu coûteuse, et génératrice d’une énorme valeur ajoutée. EPoG se profile comme une nouvelle référence aussi bien dans le milieu de l’architecture que de la construction. Cependant, due à l’évolution rapide des technologies solaires ces dernières années, elle demeure encore méconnue, et surtout confondues avec les fonctionnalités et les usages des panneaux solaires standards conçus pour les centrales solaires classiques. Be-Smart vise donc à encourager un changement de paradigme: l’essor des technologies solaires n’est plus tant l’affaire des ingénieurs que des architectes.

Depuis plusieurs mois en Europe, des dizaines de milliers de jeunes et moins jeunes manifestent, dans l’espoir que des actions politiques fortes soient engagées contre les changements climatiques. Dans cette transition urgente vers la durabilité, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, dont 80% proviennent des énergies fossiles en Suisse, et l’augmentation de la production d’énergie renouvelable, représentent deux enjeux majeurs. Un large éventail de solutions techniques existe déjà. Parmi elles, le déploiement de la technologie solaire est fondamental afin d’atteindre les objectifs fixés. Dans cette perspective, deux voies complémentaires doivent être poursuivies. D’un côté, l’installation à grande échelle de centrales solaires doit être multipliée, en parallèle à l’installation de centrales éoliennes et hydrauliques. Les panneaux solaires standards, disponibles sur le marché ont été optimisés pour permettre cette implémentation massive telle que les centrales que l’on trouvent sur les toits plats industriels. D’un autre côté, l’intégration à large échelle dans les bâtiments, d’éléments de construction producteurs d’énergie doit s’accélérer. Cette perspective prometteuse est aujourd’hui possible grâce à l’avancée de la recherche scientifique et des efforts industriels qui ont permis une maximisation de l’efficacité des cellules solaires et une réduction des coûts de production. Aujourd’hui déjà, il est possible de construire des toitures ou des façades entièrement actives et de grande valeur architecturale.

EPoG pour « energy positive glazing », est le nom de cette technologie qui se profile comme une nouvelle référence dans le domaine de l’architecture. Son originalité est de donner une fonction architecturale à la technologie photovoltaïque. A la différence d’un panneau solaire classique, EPoG est un élément de construction appartenant à la famille des verres intelligents. Plus précisément, il s’agit d’un verre feuilleté contenant des cellules solaires intercalées, et pouvant se décliner dans différentes couleurs. Il se substitue donc à d’autres éléments de constructions tel que la tuile ou la plaque d’Alucobond. Son utilisation n’est pas différente de celui d’un verre traditionnel. Mais en plus d’assurer des fonctions d’étanchéité, d’isolation, de protection solaire et esthétique, il produit de l’énergie. Par conséquent, il produit de la valeur pour le propriétaire du bâtiment et peut être rentabilisé en une dizaine d’années s’il est installé en façade, et en quelques années seulement s’il est installé en toiture (selon la performance: orientation, couleur, etc.). Cette technologie est aujourd’hui mature et elle continuera à être optimisée pour en diminuer encore les coûts.

Pourtant, EPoG demeure encore méconnue, tant son développement a été rapide ces dix dernières années. Les technologies solaires sont encore trop souvent perçues à travers les fonctionnalités et les usages des panneaux solaires classiques: c’est à dire comme des éléments peu fiables et chers, produisant uniquement de l’énergie, et que que l’on appose après coup sur un édifice.
L’essor d’EPoG implique donc un changement de paradigme. Pour autant qu’ils le souhaitent, les architectes et les métiers de la construction peuvent aujourd’hui déjà concevoir et construire des maisons solaires sans panneaux classiques. Pour cela, l’architecte et le constructeur doivent intégrer EPoG au début de leur projet, et non pas considérer les technologies solaires a posteriori comme des ajouts inesthétiques au bâtiment.

Le défi de Be-Smart est de faire connaître EPoG aux spécialistes et au grand public et de faciliter son appropriation, concrètement, dans le travail des architectes et des entreprises de construction. Des bâtiments « modèles » seront présentés pour démontrer la faisabilité et les étapes de tels projets, mais aussi pour initier le grand public aux nouvelles formes que prendront les bâtiments dans le futur. La production de cette technologie par des industries locales sera également encouragée pour faciliter les chaînes de production et de recyclage courtes et circulaires. Les potentialités d’intégration d’EPoG dans les édifices sont inouïes et réduire la communication à des arguments purement techniques serait trop réducteur. Imaginez Notre-Dame habillée d’une nouvelle toiture active, fournissant de l’énergie à la Ville de Paris ! Tout est possible. Faire connaître EPoG passe donc inévitablement par la créativité et l’émotion!

Pour en savoir plus sur le projet européen Be-Smart: www.thebesmartproject.eu

Laure-Emmanuelle Perret, Nicolas Derungs

Laure-Emmanuelle Perret-Aebi

Laure-Emmanuelle Perret-Aebi

Laure-Emmanuelle Perret-Aebi est experte des technologies photovoltaïques pour l’intégration au bâtiment et Fondatrice de COMPÁZ. Elle se considère comme une chercheuse passionnée et engagée. Les questions liées aux implications des technologies dans notre société sont autant d'inspirations qui alimentent ses projets, scientifiques et artistiques.

4 réponses à “Le verre à énergie positive (EPoG), une nouvelle référence dans le domaine de la construction

  1. IEEE Switzerland et Italy organisent le 1 octobre 2019 le Volta IEEE Day à Como, Lombardie, où on parlera d’applications novatrices de batteries et systèmes photovoltaïques, dans le cadre général « Decentralized offgrid power systems ».
    Une occasion de présenter le programme Be-Smart et surtout les panneaux coloriés.
    La Lombardie est un centre important du design industriel et de l’environnement domestique et architectural, à proximité de l’Accademia di Architettura di Mendrisio,
    fondée par Mario Botta.
    Hugo Wyss, Chair LMAG, IEEE Switzerland,

  2. Bon, mais Norman Foster connait-il votre technique vert/verre positif? car ça changerait beaucoup à son projet “tulipe”.

    Oui, en ce qui concerne Notre Dame, on espère qu’il n’y aura pas trop de vieux rétrogrades à un projet vaiment novateur, mais le ciel le dira?

    Et après le plafond de verre, pourquoi pas une cathédrale de vert
    🙂

    1. Norman Foster est même un des pionnier de l’architecture solaire! 😉 et pour le citer car il avait bien raison ” Solar power is not about fashion, its about survival”!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *