Chronique d’une maman ordinaire en période de Coronavirus

Le parcours semé d’embuches d’une maman ordinaire, divorcée, qui travaille et cherche des solutions pour assurer la prise en charge de ses enfants de 6 et 8 ans durant la crise du Coronavirus.

Vendredi 13 mars – superstitieux s’abstenir

Vendredi 13 à 14h00… le couperet tombe ! Le Conseil fédéral annonce en conférence de presse que la Suisse passe en situation particulière selon la loi sur les épidémies. Dans la foulée, les autorités cantonales neuchâteloises annoncent la fermeture des écoles de tous niveaux jusqu’au 30 avril.

La ministre de l’éducation du canton se veut rassurante dans la presse. “Tous les parents auront une solution de garde“, assure Monika Maire-Hefti. Dans l’interview que la ministre donne à la presse (ArcInfo, 13 mars 2020) elle précise “Mais d’ici là [lundi 16 mars], chaque parent aura été averti des dispositions prises et se sera renseigné sur les solutions d’accueil qui s’offrent à leurs enfants. Pour les familles qui n’ont pas de solution, un accueil minimal est organisé dans chaque centre scolaire. Nous les dépannerons, le temps que tout le monde puisse s’organiser et que les conditions d’accueil soient définies.

Tous les parents auront une solution de garde. Monika Maire-Hefti, Conseillère d’Etat

Une circulaire adressée le jour-même aux parents indique : “Pour les élèves de la scolarité obligatoire, un service d’accueil scolaire, dans le cadre des horaires habituels, et extrascolaire minimal sera mis sur pied pour les enfants dont les parents ne disposent d’aucune possibilité de les garder eux-mêmes, ni de les faire garder.

Lundi 16 mars – à l’épreuve de la réalité

Une nouvelle circulaire est adressée aux parents lundi 16 mars le matin. Des changements notables sont intervenus depuis vendredi : “Pour les élèves des années 1 à 8, seuls les élèves dont les parents sont actifs professionnellement (pour les deux parents ou en situation monoparentale) dans les domaines des soins, des secours et de la sécurité pourront y être accueillis selon l’horaire habituel.” Plus aucune mention de parents qui ne disposent d’aucune possibilité de les garder eux-mêmes, ni de les faire garder.

La maman que je suis est soudainement prise d’un accès d’adrénaline ! Mes enfants ont 6 ans et demi et 8 ans, ils sont en 3e et 4e année Harmos dans une école de Neuchâtel. Divorcée, avec une garde partagée, je travaille à 80% à Berne alors que le père de mes enfants travaille à 60% dans le canton. Nous pouvons donc être présents pour nos enfants trois jours sur cinq. En temps normal les deux autres jours sont assurés par les grands-parents et la structure parascolaire. Alors que faire lorsque ni la structure d’accueil ni les grands-parents ne sont disponibles ?

La cour d’école est vide et les portes sont fermées à clé

Au vu des circonstances, j’annule mes séances de travail à Berne lundi matin et m’organise pour travailler depuis le domicile, en télétravail. A défaut d’informations sur les possibilités de garde pour mes enfants, je décide de me rendre à l’école avec mes enfants pour obtenir des informations. Nous arrivons à 8h15 tapante, la sonnerie retentit. Par un magnifique temps ensoleillé de printemps, la cour d’école est désespérément vide. Aucun enfant, parent ni enseignant à l’horizon. Etonnant et inquiétant à la fois !

Je me dirige vers la porte du collège de la classe de mon fils. Elle est fermée à clé ! Je fais le tour du collège, toutes les autres portes sont aussi verrouillées. Aucune information n’est affichée. Pas de numéro de téléphone à appeler, ni d’adresse e-mail à contacter. Absolument rien. Je réalise que

Même pour les parents travaillant dans la santé ou la sécurité il n’y a aucune solution dans ce collège ce jour-là.

C’est absolument dramatique en pareille circonstance !

Serions-nous invisibles ?

Un peu déboussolée je l’avoue… je reste quelques instants incrédule dans cette cour. Mes enfants m’observent, sentent mon stress et attendent une réaction de ma part. Je reprends mes esprits et me dirige vers un autre bâtiment du collège, celui de la classe de ma fille. La porte n’est pas verrouillée cette fois-ci, alors nous entrons à l’intérieur. Nous montons les escaliers, des voix témoignent d’une présence. Je me sens soulagée. Lorsque nous arrivons à l’étage de la classe de ma fille, son instituteur est là et nous accueille gentiment. Il nous guide vers un groupe d’instituteurs et institutrices qui écoutent un briefing de leur directrice. Je regarde aux alentours, aucun autre enfant ou parent. J’écoute les informations… et au bout de quelques minutes, je me risque à prendre la parole pour demander ce qui est prévu pour la prise en charge des enfants dont les parents n’ont d’autre solution de garde que les grands-parents ou la structure d’accueil fermée. La réponse de la directrice est sans appel : “Comme c’est marqué dans la circulaire de ce matin, il n’y a rien qui soit organisé“. Elle poursuit ses explications à ses enseignants et ajoute, en ma présence et celle de mes enfants :

C’est bon, il n’y a aucun enfant qui est venu ce matin à l’école. Directrice adjointe du cycle 1

Je suis stupéfaite, la situation est complètement surréaliste !

Réponse des autorités

Après cet épisode perturbant, je rentre avec mes enfants à la maison. Je décide d’écrire un courriel au cercle scolaire pour demander quelle solution est prévue dans ma situation. Je reçois la réponse automatique suivante :

Bonjour, Compte tenu de la situation sanitaire actuelle, merci de vous référer aux indications que vous recevrez par les voies de communications officielles. Nous ne pourrons répondre à vos messages à ce sujet. Merci de vous adresser à nous seulement en cas d’extrême urgence. Merci de votre compréhension

Nous ne pourrons répondre à vos messages à ce sujet. Cercle scolaire

Je réponds à ce message en expliquant que je n’ai pas de solution de garde autre que les grands-parents de plus de 65 ans et la structure d’accueil fermée. J’ajoute qu’en l’absence de solution de leur part, je me verrai dans l’obligation de solliciter les grands-parents dès le lendemain. En fin de matinée, je reçois une réponse personnalisée du cercle scolaire :

Chers parents, Votre courriel a retenu toute notre attention. Nous vous remettons les directives validées par la Ville et le canton de Neuchâtel concernant cette situation de crise. En cas de difficultés de garde pour vos enfants, vous pouvez vous adresser à votre structure d’accueil. Nous vous adressons nos cordiales salutations.”

Une lueur d’espoir… vite douchée

Sur la base de la réponse du cercle scolaire, je décide de m’adresser à ma structure d’accueil. La directrice, aimable et réactive, me répond dans l’heure qui suit :

… Étant donné la situation, j’ai envoyé votre mail au canton afin de savoir si je peux ouvrir pour accueillir vos enfants. Dès que j’ai une réponse du canton, je vous recontacterai...”

Peu après, la réponse tombe :

Rebonjour Madame, J’ai téléphoné à l’OSAE suite à votre demande d’accueillir vos 2 enfants. Étant donné que vous ne travaillez ni dans le domaine de la santé, ni dans la sécurité, vous devez vous adresser à votre commune de domicile …

Tout le monde se renvoie la balle – les parents sont sur le carreau !

La commune autorise : “vous pouvez vous adresser à votre structure d’accueil

La structure d’accueil demande l’autorisation au canton.

Le canton refuse : “Étant donné que vous ne travaillez ni dans le domaine de la santé, ni dans la sécurité, vous devez vous adresser à votre commune de domicile.

La maman est sur le carreau… Un vrai casse-tête chinois !

Nous voilà mercredi soir, trois jours ouvrables après la fermeture des écoles et des structures d’accueil. Et aucun dispositif n’a pu être mis en place pour les parents dans ma situation. Je me sens totalement abandonnée par les autorités. Je suis démunie dans cette situation.

Je réécris donc au cercle scolaire mercredi en fin d’après-midi en transmettant la réponse de la structure d’accueil et du canton pour demander de l’aide :

A ce jour, je n’ai pas de solution. Je me sens complètement abandonnée par les autorités et je ne sais pas comment faire pour assurer la prise en charge de mes enfants de 6,5 et 8 ans. J’ai pris congé lundi, j’ai engagé une baby-sitter privée toute la journée mardi (à 130.- la journée), j’ai fait du télétravail mercredi. Le père des enfants va les prendre jeudi et vendredi. Je suis au bout de mes ressources et de mes possibilités. J’ai besoin d’aide. Sans solution de la part des autorités communales et cantonales à ma demande de prise en charge de mes enfants, je me vois dans l’obligation de recourir aux grands-parents dès le lundi 23 mars.”

Jeudi en fin  de journée, soit quatre jours ouvrables après la fermeture des écoles et des structures d’accueil, la réponse de la commune est sans équivoque… et sans solution non plus :

L’accueil d’urgence dans les écoles, dans les structures d’accueil privées subventionnées ou les structures d’accueil communales est destiné uniquement aux enfants dont les deux parents travaillent dans la santé, les soins et la sécurité. Avec ces directives, vous comprendrez que nous ne sommes pas en mesure de répondre positivement à votre demande malgré le contexte vous concernant.”

En vous souhaitant de trouver des solutions, nous vous adressons, Madame, nos cordiaux messages. Anne-Françoise Loup, Conseillère communale

Agir pour ne pas se laisser déborder par l’angoisse

Je travaille dans la politique nationale de la formation et la jeunesse à Berne. Les deux sphères, professionnelle et privée, se rejoignent aujourd’hui. Mes rôles de secrétaire politique et de maman sont sollicités. Je suis convaincue que beaucoup d’autres parents se sentent démunis et abandonnés dans cette situation. Certes, il y a des actions de solidarité via les réseaux sociaux, des réseaux de parents qui s’entraident. Mais cela ne suffit pas. Il est de la responsabilité des autorités de répondre aux besoins légitimes de la population en matière d’accueil des enfants d’âge scolaire.

Je suis à la fois inquiète, démunie et révoltée face à cette situation. J’ai donc décidé de partager mon expérience sur mon blog avec vous. Parce que l’éducation est mon domaine de cœur et que mes enfants sont dans mon cœur !

Vos témoignages sont les bienvenus

Vous souhaitez partager vos expériences avec la prise en charge de vos enfants durant cette période de Coronavirus ? Alors commentez cet article et je relaie vos témoignages dans une intention clairement positive de susciter la prise de conscience et de trouver des solutions.

Laura Perret

Laura Perret

Première secrétaire adjointe de l’Union syndicale suisse, Laura Perret travaille depuis une quinzaine d’années dans le domaine de la formation. Elle allie sa passion pour la politique et sa vocation pour la formation afin d’aider les personnes les plus démunies à se former, trouver un travail convenable et vivre décemment avec leur famille. Elle est aussi superviseur-coach et formatrice d’adultes. Le site de l'USS : www.uss.ch

2 réponses à “Chronique d’une maman ordinaire en période de Coronavirus

  1. Bonjour, tout d’abord bonne chance et bon courage.
    Je ne suis pas exactement dans votre situation car mes enfants sont adolescents, mais ce que je peux dire, c’est que le stress est aussi bien présent : Les rassurer (tant au niveau général que pour leur scolarité mise entre parenthèse), prévoir les repas (ils ne peuvent pas aller faire les courses en transports publics), organiser les journées pour éviter des situations conflictuelles entre eux (centre sportif habituel fermé), etc…
    Du coup, bien que ça ne serve à plus rien, j’ai quant même envie de vous poser cette question : Pendant plusieurs semaines, le CF a clairement indiqué que fermer les écoles n’étaient pas la bonne solution car forcément ce seront les grand-parents qui s’occuperaient des enfants… Pourquoi avoir changé d’avis ??? Les enfants entre eux ne risquaient rien. En rentrant à la maison, au pire ils contaminaient des adultes de moins de 65 ans donc pas à risque. Maintenant, on a terriblement augmenté le stress de tout le monde : Les grands-parents culpabilisent de ne pas pouvoir aider leurs enfants, les parents stressent pour leur propre job et pour leurs enfants, les enfants ont peur pour eux et sont tristes d’être des poids pour leurs parents, bref, PERSONNE n’y gagne.
    Voilà, c’était mon coup de g… de ce matin. Merci de m’avoir lue et encore une fois, bon courage.

    1. Bonjour Madame, Je vous remercie de votre partage et je suis d’accord avec vous que la situation avec des adolescents n’est guère plus simple qu’avec des jeunes enfants 🙂 A mon tour de vous souhaiter le meilleur dans cette situation, qui, je l’espère, durera le moins possible. S’agissant de votre interrogation parfaitement légitime, je pense que l’école était un lieu favorisation la transmission du virus par la proximité des enfants, qui, bien que peu touchés, sont un vecteur. C’est dans une optique de limitation de la propagation que je comprends cette décision. Vous avez raison que cela perturbe tout le monde. Mon souhait, c’est que chacun joue sa part de la partition afin que de concert, nous arrivions ensemble à endiguer a plus vite cette épidémie et que nous puissions bientôt reprendre une vie normale, voire meilleure de par les enseignements que nous en aurons tirés. Bien à vous, Laura Perret

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