YES : une démarche innovante pour former les entrepreneurs de demain

Young Enterprise Switzerland (YES) développe des programmes de formation économique afin de connecter l’économie et l’école. Des élèves de 16 à 18 ans ont ainsi l’opportunité de créer leur mini-entreprise. L’initiative lancée en Suisse alémanique en 2006 se développe en Suisse romande depuis 2014.

Pour l’édition 2019-2020, sur un total de quelques 200 mini-entreprises au plan suisse, seules six étaient romandes, dont deux neuchâteloises. L’Ecole supérieure de commerce du Lycée Jean-Piaget à Neuchâtel a été pionnier en tant que première école romande à participer à ce projet en 2014.

Comment débute un projet YES ?

Selon le témoignage recueilli auprès de Pascal Debély, enseignant d’économie et coach d’équipe YES au Lycée Jean-Piaget à Neuchâtel, l’activité est présentée au mois de mai de la première année auprès de 50 à 70 élèves. Les personnes intéressées sont invitées à adresser une postulation d’une demi-page qui décrit leur motivation. Vingt personnes environ sont sélectionnées sur la base de l’énergie qui se dégage de chaque personne et pas de ses notes. Puis, les candidats passent un entretien individuel de dix minutes. Au final, douze personnes sont retenues, qui sont par la suite réparties dans deux équipes de six, selon les profils et les affinités. Les deux équipes sont alors invitées à une séance pour leur expliquer le déroulement du projet et ce qu’elles auront à faire durant les vacances d’été. Il s’agit d’une part de trouver un projet concret, et, d’autre part, de répartir entre les participants les domaines de Direction, Administration, IT, Marketing, Finances, Production et Ventes. Au mois de juin, les équipes sont constituées.

L’équipe de BÂCH&CO lors du concours suisse en mai 2019. Photo : Lycée Jean-Piaget

Et ensuite ?

A la rentrée en deuxième année, les deux équipes sont invitées à une rencontre. Les projets choisis sont discutés et le cadre de travail est fixé. Les équipes doivent ensuite définir un produit, choisir son nom, concevoir son logo, mettre en place sa production et en assurer la commercialisation. En septembre, cette étape doit être terminée. Mi-octobre, le prototype est présenté lors de la cérémonie d’ouverture YES à l’école. A cette occasion, les équipes lèvent des fonds à hauteur de 3000 francs au maximum sous forme de bons de participation de 15 francs des parents et amis présents. Cet «actionnariat» leur permet de financer la fondation de leur entreprise et de poursuivre leur projet. La production et la distribution démarrent ensuite avec des ventes dans les marchés de Noël. Le plan d’affaires doit être livré à YES en janvier. Le concours régional YES se déroule en mars à Neuchâtel, l’européen en avril et le national en mai à Zurich. Pour chacun de ces concours, les deux mini-entreprises conçoivent un stand à l’image de leur produit. Le rapport de gestion doit être transmis à YES en mai. Puis, les équipes procèdent au bouclement des comptes et à la liquidation des stocks. En juin, le projet se termine par la cérémonie de clôture à l’école avec les «actionnaires». A la fin de cette deuxième année, les élèves reçoivent leur note de travail de maturité, évalué sur des critères tels que le comportement en équipe, la motivation, l’attitude face aux problèmes ou l’implication dans le projet.

Rôle des coaches

Les coaches sont des enseignants qui accompagnent les équipes YES. A l’instar de Pascal Debély, ils apprécient de diversifier leur enseignement. Ils y voient une opportunité d’innovation et de challenge stimulante. Leur rôle est d’accompagner, encourager et guider les équipes. Ils ne leur disent pas ce qu’elles doivent faire mais leur laissent beaucoup de liberté. Ils aident les participants à faire le lien entre ce qu’ils veulent transmettre et leur marché potentiel. Les coaches doivent surtout leur dire ce qu’il n’est pas possible de pas faire sur la base de l’expérience des projets antérieurs, comme un projet trop compliqué ou des produits trop chers. C’est en quelque sorte un rôle de garde-fou.

Pascal Debély, enseignant et coach YES. Photo: Laura Perret

Motivation et bénéfices pour les jeunes

Pour les participants, c’est l’occasion de mettre en pratique leurs acquis de formation et de prendre de véritables responsabilités dans un projet innovant. Ils rêvent de créer leur propre entreprise et ils apprécient le travail en équipe. Grâce à ce projet, ils découvrent par eux-mêmes toutes les étapes, les joies et les difficultés de la création et de la gestion d’une petite entreprise, ainsi que la commercialisation d’un produit. Ils touchent à beaucoup de domaines professionnels comme l’économie, la commercialisation, la communication, l’informatique, le droit ou les finances. Ils vivent une expérience humaine unique de collaboration au sein d’une équipe. Ils présentent leurs réalisations à Zurich et en Europe dans des langues étrangères. Ils apprennent à parler aux médias et en public. Ils réussissent chaque année, et sans aide, à trouver une personnalité pour leur concept marketing, par exemple Bastian Baker ou Didier Cuche. Les participants développent également leur réseau, en cherchant des informations, des ressources et de l’aide, auprès de parents, d’amis ou de chefs d’entreprises. Par la suite, ils feront partie du réseau d’alumni YES international.

« Si le bénéfice ne figure pas forcément dans le compte d’exploitation, il est en tous les cas dans la tête et dans les acquis de ces douze étudiants ! A la cérémonie de clôture, ces jeunes ont grandi, mûri et gagné en assurance. » Pascal Debély, enseignant et coach YES

Tout est rose ?

Ce serait illusoire de croire que tout est rose. Il peut y avoir des problèmes avec les fournisseurs. En Chine par exemple, les coûts de production sont bas, mais la qualité et les délais laissent à désirer et il n’y a pas de contact personnel direct. La vente n’est pas facile non plus. Les équipes participent à des foires commerciales ou des marchés de Noël. Enfin, les délais à tenir sont stricts. Ces difficultés font partie de l’expérience et sont bénéfiques en termes d’apprentissage.

Exemples de mini-entreprises YES du Lycée Jean-Piaget

En 2016, le projet Cook’easy a produit un récipient pour réaliser diverses recettes de cuisine. L’équipe a gagné le premier prix du concours régional et le 2e prix du concours national à Zurich, parmi 220 teams. En 2017, le projet Movie’t a réalisé un mini-rétroprojecteur pour smartphone en bois et sans électricité. L’équipe a gagné le concours régional; elle s’est classée dans les 22 meilleures formations de Suisse au concours national et a participé au concours européen en Lituanie. En 2019, Drink’eat a commercialisé des pailles comestibles et aromatisées. Arrivée dans le top 22 au classement suisse, l’équipe a remporté le prix YES Media Award 2019 attribué par des professionnels alémaniques de la publicité. Ce prix consiste en une publicité professionnelle télévisée réalisée en studio qui passera à l’antenne sur deux chaînes zurichoises. Enfin, avec ses sacs banane en bâche de bateau recyclée, l’entreprise BÂCH&CO est arrivée dans les huit premières équipes suisses au concours national.

L’équipe de Drink’eat lors du concours suisse en mai 2019. Photo : Lycée Jean-Piaget

Et après ?

Certains projets tels que Cook’easy et Drink’eat continuent au moins une année. Une fois leur cursus terminé, les équipes se dispersent et les chemins se séparent. L’expérience reste cependant très utile sur un C.V., à l’image de cette alumni YES du Lycée Jean Piaget qui a poursuivi sa formation à Saint-Gall et qui a été engagée par un employeur, lui aussi ex-participant YES.

Références

Young Enterprise Switzerland YES

YES du Lycée Jean Piaget à Neuchâtel

Sélectivité sociale: quand la formation aggrave les inégalités sociales

En Suisse, il est possible de prédire avec une grande précision les voies de formation suivies en se basant sur les ressources socioéconomiques, le niveau de formation des parents et le genre. Ce phénomène s’appelle la sélectivité sociale.

Mauvaise nouvelle ! Si vous pensiez que la formation augmente les chances sur le marché de l’emploi, le revenu, la situation personnelle et sociale ainsi que la mobilité, alors vous serez déçu-e ! Un récent rapport du Conseil suisse de la science (CSS) sur la sélectivité sociale [référence] nous apprend qu’il suffit de connaître la situation socioéconomique, le niveau de formation des parents et le genre pour prédire à l’avance et de manière précise le parcours de formation des individus.

Cela signifie que quelles que soient leurs aptitudes et leurs efforts, tous les citoyens ne sont pas égaux concernant l’accès à la formation, la réussite des études et l’obtention d’un diplôme. Les chances de réussite dépendent du niveau socioéconomique, de l’origine migratoire, du niveau de formation des parents et du genre. Ces facteurs, qui font partie de la donne de départ et ne dépendent en rien des individus eux-mêmes, ont des conséquences durables sur la vie professionnelle et la retraite.

Quels facteurs sont en jeu ?

La sélectivité sociale commence dès le plus jeune âge, avant même l’entrée dans le système de formation, et s’amplifie à chaque transition vers un niveau supérieur de formation. Elle se produit à tous les niveaux de formation et dans toutes les transitions.

Avec les mêmes aptitudes et motivations, les jeunes issus de milieux sociaux défavorisés choisiront les voies les moins exigeantes et les moins risquées, et délaisseront tendanciellement les études supérieures. Ils se décideront souvent pour une formation courte et bon marché en raison de la pression financière et des chances de réussite estimées plus faibles.

Les jeunes issus de la migration choisiront pour leur part plus facilement la maturité gymnasiale et les études universitaires en raison notamment du manque de connaissance des parents de la formation professionnelle et de la crainte de la discrimination sur le marché du travail en cas de faible niveau de qualification.

Un manque de places d’apprentissage est aussi à déplorer pour les jeunes issus de milieux défavorisés ou de la migration. C’est une forme de discrimination.

Les enfants de parents avec une formation académique ont 7 fois plus de chances d’aller au gymnase et 5 fois plus de chances de suivre une formation académique que ceux dont les parents ont un faible niveau de formation. Alors que les jeunes dont les parents ont un faible niveau de qualification ont plus de chances de suivre une formation professionnelle.

Constat d’échec cinglant

La sélectivité sociale a une incidence négative sur le parcours de formation individuel, le système de formation, l’économie, et la société. Le système de formation non seulement reproduit les inégalités sociales, mais les accentue. C’est un constat d’échec absolument dramatique !

La sélectivité sociale est en contradiction directe avec le principe d’égalité inscrit dans la Constitution fédérale. En effet, le système de formation devrait garantir une égalité des chances équitables lors du passage à un niveau supérieur de formation, indépendamment de l’origine et du statut socioéconomique des parents.

Or, il n’existe pas de politique sociale visant à éliminer les inégalités sociales en Suisse, que ce soit au plan fédéral ou au plan cantonal. L’efficience du système de formation suisse est clairement insuffisante.

Il est urgent d’agir !

Pour renverser cette tendance, il est impératif de provoquer une prise de conscience collective et rapide de l’ampleur du problème afin qu’il devienne une priorité politique. Chaque acteur doit se sentir responsable, faire sa propre analyse et assumer sa part du travail : la Confédération, les cantons, les partenaires sociaux, les partis politiques, les organisations du monde du travail, les entreprises formatrices, les institutions de formation, etc.

Un objectif politique d’égalité de chances doit être défini et ancré dans les bases légales, notamment, mais pas seulement, dans les lois qui régissent la formation. Comme l’argent est le nerf de la guerre, il faut se donner les moyens financiers pour atteindre cet objectif. L’égalité des chances doit devenir un thème prioritaire dans la préparation du prochain message Formation, Recherche et Innovation 2021-2024.

Recommandations du Conseil suisse de la science

Le CSS émet les recommandations suivantes :

  • Prendre des mesures contre la discrimination due à l’origine sociale et assurer la coordination entre la Confédération et les cantons ;
  • Intégrer l’objectif d’égalité des chances dans le Message FRI 2021-2024. Celle-ci devrait déjà être réalisée avant l’entrée dans le système de formation. Par conséquent, il faut encourager l’éducation de la petite enfance ;
  • Encourager de manière ciblée l’acquisition des langues chez les enfants socialement défavorisés ;
  • Sensibiliser les enseignants à la problématique de la sélectivité sociale ;
  • Examiner les procédures de sélection et les passages à un niveau de formation supérieur sous l’angle de la sélectivité sociale ;
  • Encourager l’égalité des chances via un soutien organisationnel (plateformes, réseaux) et des subventions ;
  • Encourager la recherche d’accompagnement de mesures visant à réduire la sélectivité sociale et effectuer un monitoring.

Le CSS propose également de réduire les coûts de formation (supprimer les taxes d’études) et informer intensivement sur la valeur de la formation supérieure pour les individus, la politique, l’économie et la société. Il propose aussi d’organiser des séances d’informations ciblées sur les jeunes des milieux défavorisés et prendre des mesures pour compenser les désavantages liés à l’origine sociale.

Références

Rapport sur la « Sélectivité sociale » rédigé par les experts Rolf Becker et Jürg Schoch sur mandat du Conseil suisse de la science (CSS). Publication en décembre 2018.

 

 

Nouvelle année, nouveaux défis ! Et si vous vous lanciez dans une formation continue ?

Nous voilà en 2019 ! Vous avez eu quelques jours de repos pour les fêtes de fin d’année et partagé de bons moments en famille ou avec des amis. Vous avez fait le bilan de l’année écoulée et pris des bonnes résolutions pour l’année à venir. Vous avez peut-être pris le temps de regarder votre parcours, d’observer les évolutions dans votre domaine, d’écouter les expériences de vos amis ou des membres de votre famille, de réfléchir à votre avenir professionnel. Vous vous dites qu’il serait opportun d’actualiser vos connaissances et d’acquérir de nouvelles compétences pour faire face aux défis qui vous attendent.

Et si vous vous lanciez dans une formation continue ?

Voilà une bonne idée. Mais alors, vous vous demandez peut-être quelles sont les possibilités dans votre domaine professionnel ? Ou dans un autre domaine vers lequel vous aimeriez évoluer ? Combien coûte une formation continue ? Combien de temps elle dure ? Quelles sont les sources de financement possible ? Qu’est-ce qu’elle peut vous apporter ? Je vous propose d’explorer ensemble quelques-unes de ces questions plus que légitimes.

Kesako ? Définitions

Commençons par la base. Qu’est-ce qu’on appelle formation continue ? Voilà quelques définitions utiles pour se repérer. Vous pouvez aussi consulter le schéma du système éducatif suisse ici :

Système éducatif suisse, SEFRI

Formation formelle

On appelle formation formelle la formation réglementée par l’Etat qui est :

  1. au degré primaire et secondaire I : l’école obligatoire ;
  2. au degré secondaire II : la formation professionnelle initiale (CFC ou AFP), l’école de culture générale (certificat de culture générale), la maturité (gymnasiale, professionnelle ou spécialisée) ;
  3. au degré tertiaire : la formation professionnelle supérieure (brevet, maîtrise ou diplôme fédéral, diplôme d’école supérieure) ou la haute école (Bachelor, Master, Doctorat).
  4. diplôme constituant la condition à l’exercice d’une activité professionnelle réglementée par l’État, comme architecte, fiduciaire ou opticien; la liste des professions réglementées en Suisse se trouve ici.

Formation continue

La formation continue, aussi appelée formation non formelle, est la formation structurée en dehors de la formation formelle. La formation structurée est la formation dispensée notamment dans des cours organisés, basés sur des programmes d’enseignement et une relation enseignant-apprenant définie. Voici quelques exemples de formations continues : fiscalité des PME, Information and Communication Technologies, Marketing horloger, sécurité embarquée, systèmes de gestion d’entreprise, etc. Il existe diverses titres ou certificats dans la formation continue. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, mais regroupe quelques termes qui reviennent fréquemment :

  • CAS : Certificate of advanced studies
  • DAS : Diploma of advanced studies
  • MAS : Master of advanced studies
  • MBA : Master of business administration
  • MPA : Master of public administration
  • EPD ES : études postdiplôme pour diplômé-e-s d’école supérieure

Attention aux confusions ! Même si les titres ci-dessus contiennent le terme « Master » et que les formations y relatives sont parfois dispensées par une haute école, ils n’ont rien à voir avec le « Master » au sens du système de Bologne (Bachelor, Master, Doctorat). Un MAS, MBA ou MPA relèvent bel et bien de la formation continue et pas de la formation formelle.

Formation informelle

Enfin, la formation informelle regroupe les compétences acquises en dehors de la formation structurée, par exemple la gestion d’un budget en tant que trésorier-ère bénévole d’une association culturelle ou d’un club sportif.

La formation continue en Suisse, faits et chiffres

La formation continue en Suisse est très hétérogène et diversifiée. La Fédération suisse pour la formation continue (FSEA), est la fédération faîtière nationale qui s’engage pour la formation continue en Suisse. Elle donne une multitude d’informations utiles à ce sujet. L’éducation en Suisse – rapport 2018, publié en avril 2018 par le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE), contient également des analyses et des données scientifiques sur la formation continue. La formation continue y est décrite comme un apprentissage structuré en dehors de la formation formelle. Elle est dispensée dans un cadre organisé et ordonné, sur le lieu de travail ou hors de celui-ci. Elle se déroule sous forme de cours, de séminaires, d’ateliers ou de leçons particulières. Elle débouche sur des certificats, mais pas des titres formels. L’Office fédéral de la statistique (OFS) publie également des données sur la formation continue en Suisse.

Participation à la formation continue selon le niveau de formation, OFS

De nombreux prestataires, privés (80% des offres) et publics (20% des offres) opèrent sur ce marché considérable. Selon une estimation de 2014 (Schläfli/Sgier, 2014), le nombre total de prestataires de formation continue en Suisse est de l’ordre de 3’000 institutions. Le chiffre d’affaires réalisé en 2007 était déjà estimé à 5,3 milliards de francs, soit 1% du PIB suisse. En 2013, le PIB étant passé à 646,2 milliards, le chiffre d’affaires a certainement encore augmenté, dépassant probablement les 6 milliards. En 2016, la participation à au moins une formation continue est de 63% dans l’ensemble de la population suisse âgée de 15 à 75 ans selon l’OFS. La majeure partie des personnes suivent une formation continue pour des raisons purement professionnelles (33.6%). Le contenu concernait principalement les domaines «économie et travail» (30%), «science et technique» (20%) et «santé» (16%). La participation à la formation continue varie selon l’âge (76% pour les 25-34 ans contre 57% pour les 55-64 ans) et le niveau de formation (40% avec école obligatoire, 56% avec diplôme du secondaire II et 81% avec diplôme tertiaire). S’agissant de la durée, 46% des personnes ayant suivi une ou plusieurs formations continues y ont consacré au total plus de 40 heures.

Pourquoi suivre une formation continue ?

Outre l’envie de se former, la formation continue est utile pour au moins trois raisons selon l’éducation en Suisse – rapport 2018. Premièrement, elle permet aux personnes qui n’ont pas de formation après l’école obligatoire ou aux personnes d’origine migratoire qui sont arrivées tardivement en Suisse de combler leurs lacunes de formation. Cela favorise leur intégration sur le marché du travail. La deuxième raison est liée au fait que les compétences perdent leur valeur au fil du temps et qu’il est donc indispensable de les actualiser. La troisième raison provient des développements technologiques et économiques qui touchent toutes les personnes professionnellement actives. En effet, l’automatisation, la numérisation, l’industrie 4.0 impliquent des changements dans les métiers, les activités, les processus.

Où trouver les offres de formation continue ?

La FSEA propose un portail avec une liste, non exhaustive, des offres de formation continue.

Orientation.ch, le portail officiel suisse d’information de l’orientation professionnelle, universitaire et de carrière, propose également des informations sur la formation continue et un outil de recherche des offres.

La majeure partie des institutions de formation offre des formations continues directement sur leur propre site Internet.

Combien de temps dure une formation continue ?

Une formation continue a une durée variable. Elle peut aller de 2-3 heures pour un petit cours à 2-3 ans pour un programme structuré complet. La formation peut avoir lieu en cours d’emploi selon des horaires compatibles avec le travail (le soir ou le week-end). Selon L’éducation en Suisse – rapport 2018, la durée médiane de formation continue en 2016 est de 36 heures par an et varie selon le niveau de formation.

Combien coûte la formation continue ?

Là aussi, cela varie fortement selon le type de formation, sa durée, l’institution qui la propose, les formateurs qui la dispensent. Cela peut aller de 21.- francs de l’heure à 85’000.- francs pour le programme MBA de l’IMD à Lausanne, voire plus. Selon L’éducation en Suisse – rapport 2018, les participants à la formation continue dépensent eux-mêmes chaque année 700.- francs (valeur médiane) pour les cours de formation continue. La médiane des coûts d’une heure de formation continue est de 21.- francs.

Quelles sont les possibilités de financement ?

Employeur

Selon L’éducation en Suisse – rapport 2018, plus de 80% des entreprises suisses soutiennent la formation continue de leurs collaborateurs. Le soutien des entreprises associe souvent une contribution aux coûts et un allégement des heures de travail. Les entreprises sélectionnent généralement les collaborateurs qu’ils soutiennent en se fondant sur le degré de qualification, la situation dans la profession, la fonction et les performances potentielles. Par ailleurs, 90% des personnes qui suivent une formation continue professionnelle bénéficient d’un soutien de l’employeur.

État

La Confédération a lancé récemment une initiative pour soutenir l’acquisition des compétences de base sur la place de travail. Les compétences de base regroupent la lecture, l’écriture, les mathématiques et l’informatique. Les entreprises peuvent obtenir un soutien financier pour organiser des cours de formation continue portant sur les compétences de base pour leurs collaborateurs. Une base de données permet de retrouver les cours disponibles par domaine et canton de résidence. Les information sur cette initiative se trouvent ici.

Depuis 2017, les personnes qui suivent des cours pour se préparer à un examen de brevet ou de diplôme fédéral passé en 2018 ou après peuvent se faire rembourser 50% des coûts de formation après avoir passé l’examen (sans nécessairement le réussir) jusqu’à un montant maximal de 9’500.- francs pour un brevet et de 10’500.- francs pour un diplôme. Les informations y relatives se trouvent ici.

Fonds

Il existe différents types de fonds qui soutiennent la formation : fonds en faveur de la formation professionnelle, fonds de conventions collectives de travail (CCT) en faveur de la formation professionnelle (service CCT d’Unia), fonds cantonaux en faveur de la formation professionnelle dans les cantons de Fribourg, Genève, Jura, Neuchâtel, Tessin, Vaud, Valais et Zurich (exemple pour le canton de Vaud) ou fonds de branche (exemple pour la branche fiduciaire et immobilière).

Impôts

Enfin, les coûts de formation continue peuvent être déduits des impôts jusqu’à concurrence de 12’000.- par année et par personne depuis 2016.

C’est la rentrée ! Le système de formation vous paraît compliqué ? Décryptage !

Ca y est, c’est la rentrée ! Après quelques six semaines de vacances d’été, il est temps de se préparer à reprendre une vie « normale ». La rentrée scolaire s’accompagne souvent de nouveautés… nouvelle classe, nouvelle école, nouveaux copains, nouvel horaire, nouveaux enseignants, nouvelles matières, nouveau matériel, et j’en passe. Vous vous sentez parfois perdu-e face à toutes ces nouveautés ? Or, il paraît que notre système de formation est le meilleur au monde. De nombreuses délégations étrangères viennent le découvrir chaque année. Les Etats-Unis et la France prévoient même de s’en inspirer pour leurs propres réformes. Mais avez-vous déjà essayé de le déchiffrer ? En tant que parents, vous avez surement dû vous y mettre… C’est alors que vous vous êtes heurté à des termes aussi insolites que HarmoS, cycle 1, 2, 3, formation professionnelle initiale, brevet, diplôme, études postdiplômes, Bachelor, Master, doctorat, CAS, DAS, MAS, etc. Et vous vous êtes dit : suis-je le/la seul-e à ne pas connaître ce jargon ? Vais-je paraître ridicule si je pose la question ? Eh bien rassurez-vous ! Vous faites partie de l’immense majorité pour qui notre système de formation est un véritable casse-tête chinois, voire un rubik’s cube à 12 faces.

Schéma du système de formation

Voici une représentation du système suisse de formation proposée par le Centre suisse de services Formation professionnelle, orientation professionnelle, universitaire et de carrière (CSFO) : https://www.orientation.ch/dyn/show/2800.

Source image : orientation.ch consulté en juillet 2018

Cela pourrait faire peur de prime abord… Et si on essayait de le découvrir ensemble, pas à pas ? Je vous emmène ! Première escale de notre visite guidée : l’école obligatoire.

Harmonisation de la scolarité obligatoire

L’école obligatoire est sous la responsabilité des cantons. Dans notre système fédéraliste, c’est la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP), http://www.edk.ch/dyn/11926.php, qui est chargée de coordonner l’école obligatoire.

Le terme « HarmoS », http://www.edk.ch/dyn/11737.php, représente l’accord intercantonal sur l’harmonisation de la scolarité obligatoire. Introduit par la CDIP en 2009, il définit l’âge d’entrée à l’école et la durée de la scolarité obligatoire, la durée et les objectifs des degrés scolaires, l’enseignement des langues ainsi que des horaires blocs et les structures de jour.

C’est clair ? Pas complètement… alors reprenons :

  • L’école obligatoire commence à 4 ans et se termine à 15 ans
  • La durée de la scolarité obligatoire est de 11 ans
  • Le degré primaire, qui inclut l’école enfantine, dure 8 ans, soit de 4 à 12 ans
  • Le degré secondaire I dure 3 ans, soit de 12 à 15 ans
  • Les 11 ans d’école obligatoire sont découpés en 3 cycles :
    • le cycle 1 va de 4 à 8 ans
    • le cycle 2 va de 8 à 12 ans
    • le cycle 3 va de 12 à 15 ans

Plan d’étude pour la Suisse romande et le Tessin

A la fin de chaque cycle (1, 2 ou 3), le niveau de l’élève est évalué par rapport aux objectifs définis dans le plan d’étude romand (PER). Ah, voilà un nouveau terme ! Le PER, https://www.plandetudes.ch/, définit les objectifs de l’enseignement et en particulier les attentes fondamentales de fin de cycle. Adopté en 2010 sous l’égide de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) http://www.ciip.ch/, le PER s’applique donc à tous les cantons romands plus le Tessin.

C’est un peu abstrait, je vous l’accorde. Alors voici deux exemples concrets de ce qu’un-e élève de 8 ans doit être capable de faire à la fin du cycle 1 :

  • L1 13-14 pour le français : l’élève repère les personnages et la suite des événements dans un récit entendu
  • MSN 13, domaine Mathématiques, opérations : à la fin du premier cycle (donc à 8 ans, en fin de 4e année), l’élève utilise des procédures de calcul réfléchi pour effectuer de manière efficace une addition de deux termes dont la somme est inférieure à 100 sans échanges unités-dizaine et une soustraction dont chaque terme est inférieur à 100 sans échanges dizaine-unités (12+65; 24+13; 30+20; 48–6; 53–20,…)

Vous voulez en savoir plus ? Alors vous pouvez consulter tous les domaines définis dans le PER ici https://www.plandetudes.ch/web/guest/PG2-domaines_disciplinaires :

  • Langues : le français comme langue de scolarisation (langue 1 = L1), l’allemand (L 2) et l’anglais (L 3) comme langues étrangères
  • Mathématiques et Sciences de la nature : les mathématiques, la modélisation, les phénomènes naturels et techniques, le corps humain, la diversité du vivant
  • Sciences humaines et sociales : l’histoire, la géographie et la citoyenneté
  • Arts : activités créatrices et manuelles, les arts visuels et la musique
  • Corps et mouvement : l’éducation physique (comprenant l’expression corporelle) et l’éducation nutritionnelle

Plan d’étude pour la Suisse alémanique

Nos voisins alémaniques ont également introduit un plan d’étude nommé Lehrplan21 (plan d’étude 21) sous l’égide de la Deutschschweizer Erziehungsdirektoren-Konferenz (D-EDK), c’est-à-dire la CDIP de la Suisse alémanique https://www.d-edk.ch/lehrplan-21 . Vous pouvez le consulter ici : https://www.lehrplan.ch/ .

Quelque chiffres

Selon l’Office fédéral de la statistique, il y avait 936 550 élèves à l’école obligatoire durant l’année scolaire 2016/2017 : https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/education-science/personnes-formation/ecole-obligatoire.html. Ils se répartissent en 48.5 % de filles et 51.5 % de garçons.

  • 18 % étaient à l’école enfantine (4 à 6 ans, cycle 1)
  • 52 % à l’école primaire (6 à 12 ans, cycle 1 sans l’école enfantine et cycle 2)
  • 26 % à l’école secondaire (12 à 15 ans, cycle 3)
  • Près de 3 % suivaient un programme d’enseignement spécial, destiné aux élèves qui ne sont pas capables de suivre le programme normal, y compris les classes pour élèves de langue étrangère

Prochaine escale ?

J’espère que cette première escale, consacrée à la scolarité obligatoire, vous a permis d’y voir un peu plus clair. Nous continuerons notre visite guidée lors d’un prochain article avec le degré secondaire II. Je me réjouis de vous y retrouver ! D’ici-là bonne rentrée à toutes les petites têtes blondes et leurs familles !

Jobs d’été, jobs de vacances, jobs d’étudiant… que faut-il savoir ?

Votre fils, votre nièce ou votre filleul va commencer son premier job d’été ? Comme pour de nombreux écoliers, gymnasiens et étudiants, ces petits boulots lui permettront de se faire un peu d’argent de poche, d’en mettre de côté pour les prochaines vacances, de payer son permis de conduire et, très souvent, de financer ses études. Vous aimeriez que cette première expérience de travail se passe au mieux ? Vous vous posez plein de questions et ne savez pas exactement comment l’aider ? Alors voici quelques aspects à prendre en considération.

A partir de quel âge peut-on travailler ?

On ne peut heureusement pas faire travailler les enfants à partir de n’importe quel âge. La loi sur le travail ne l’autorise qu’à partir de 15 ans, 13 ans pour les travaux légers, voire moins de 13 ans pour les manifestations sportives et culturelles, à des conditions spécifiques et sur autorisation d’une autorité cantonale. Dans tous les cas, les moins de 18 ans ont besoin de l’accord de leurs parents avant de signer un contrat de travail.

Dans quelles branches ?

Il est interdit d’employer les jeunes à des travaux dangereux et d’employer des jeunes au service de clients dans les entreprises de divertissement telles que les cabarets, boîtes de nuit, dancings, discothèques et bars. Il est également interdit d’employer des jeunes de moins de 16 ans au service de clients dans les hôtels, restaurants et cafés, sauf si c’est dans le cadre d’un apprentissage ou de l’orientation professionnelle.

Avec quels horaires ?

Le travail dominical n’est autorisé que pour les jeunes ayant achevé leur scolarité obligatoire, au maximum un dimanche sur deux et uniquement dans la restauration (où ne peuvent être employés que les plus de 16 ans), la garde d’animaux et les boulangeries. Dans les zones touristiques, le travail dominical est possible dans les entreprises répondant aux besoins des touristes pendant toute la durée des vacances d’été. Le soir, les moins de 16 ans ne peuvent être employés que jusqu’à 20h00, les 16 à 18 ans jusqu’à 22h00. Quant au travail de nuit, il est interdit aux moins de 18 ans en dehors d’une formation professionnelle.

Et quelle durée ?

La durée de travail des moins de 13 ans ne peut pas excéder trois heures par jour et neuf heures par semaine. Les jeunes de plus de 13 ans n’ayant pas terminé leur scolarité obligatoire peuvent travailler jusqu’à 8 heures par jour (40 heures par semaine) pendant la moitié de la durée des vacances scolaires, entre 6h00 et 18h00, avec une pause d’au moins une demi-heure pour toute plage de travail de 5 heures et plus. Pour tous les jeunes, la durée du travail ne dépassera pas celle des autres employés de l’entreprise (maximum 9 heures par jour) et leur travail doit être compris dans une période de 12 heures. Ils ont droit à un repos quotidien d’au moins 12 heures consécutives.

Pour quel salaire ?

À ce jour, il n’existe pas de salaire minimum légal en Suisse. L’employeur est obligé de respecter les conventions collectives de travail (CCT) et les contrats-type de travail (CTT). Pour les petits boulots de vacances les CCT de l’hôtellerie-restauration, du bâtiment, du nettoyage, des entreprises du commerce de détail, du travail temporaire et de l’agriculture sont les plus importantes.

Recommandations salariales de l’Union syndicale suisse (USS)

L’USS recommande un salaire minimum de 22 francs de l’heure. La plupart des salaires minimums conventionnés sont accessibles sous www.service-cct.ch. S’il n’existe pas de CCT ou CTT fixant des salaires minimums, les employeurs sont tenus de respecter les salaires d’usage de la branche et de la région. Les salaires d’usage peuvent être consultés sur www.salaire-uss.ch.

Faut-il être assuré ?

Tous les travailleurs et travailleuses, quel que soit leur âge, doivent être obligatoirement assurés à l’assurance-accidents par leur employeur. S’ils travaillent moins de 8 heures par semaine chez le même employeur, cette assurance ne couvre que les accidents professionnels. En travaillant 8 heures par semaine et plus, tous les accidents sont couverts. En cas d’accident, l’employeur doit avertir les parents. Pour les rapports de travail de moins de 3 mois, il n’y a pas d’obligation de payer le salaire en cas de maladie. Les autres cotisations sociales (AVS/AI/APG) ne sont obligatoires qu’à partir de l’année où l’on atteint 18 ans. Si l’employeur ne paie pas ses cotisations, il s’agit de travail au noir et cela entraîne des sanctions.

Attention, danger !

Le risque d’accident de travail est très élevé lors du premier emploi, surtout pendant les premiers jours. Même si l’on est engagé pour une durée très courte, il faut donc particulièrement faire attention aux prescriptions de sécurité. Avant de commencer, il faudra être attentif aux instructions de l’employeur et les respecter scrupuleusement, même si elles paraissent de prime abord inutiles ou exagérées. En cas de danger ou de doute, il faut oser dire STOP et demander l’aide d’un collègue expérimenté car les accidents, parfois, ne pardonnent pas.

Et les vacances alors ?

Il ne faut pas oublier les vacances auxquelles chaque travailleur et chaque travailleuse a droit, même pour un job de vacances. Si le salaire est payé à l’heure, un supplément de salaire de 10,64 % pour les moins de 20 ans et de 8,33 % pour les plus de 20 ans doit être payé en plus du salaire. Ce supplément doit être mentionné explicitement sur le décompte de salaire.

Vous avez encore des questions ?

C’est normal ! Ce blog n’a pas la prétention de répondre à tout !

La Commission jeunesse de l’USS met à disposition des jeunes et de leurs proches une brochure contenant toutes les informations utiles sur le droit du travail. Celle-ci peut être consultée sur le site : www.jeunesse-syndicale.ch.

L’USS vous donne également des informations sur le travail, la formation et la jeunesse sur le site : www.uss.ch.

Enfin, pour les plus motivés, voici les bases légales :

Loi fédérale sur le travail dans l’industrie, l’artisanat et le commerce (LTr)

Ordonnance sur la protection des jeunes travailleurs (OLT 5)

Merci de votre lecture et plein succès et de plaisir aux jeunes pour leur job d’été !