Aviron, leçon de vie n°2 : La résistance à l’effort n’est pas innée, elle s’apprend.

Photo ©Benjamin Maillefer

« Mais qu’est-ce que tu as fait à tes mains ? ». Le coussinet sous chaque doigt recouvert de cloques, la chaire à vif, les plaies infectées…  Les mains abîmées sont l’un des signes distinctifs du rameur. Mais les contraintes de l’aviron sur le corps ne s’arrêtent pas là. Je peux par exemple mentionner les redoutables entraînements de février, où malgré toutes les couches textiles, les pieds se transforment en glaçons. Ou la violence d’une course d’aviron de huit minutes (c’est long, huit minutes !) : les jambes brûlent, les avant-bras tétanisent et l’esprit se bat pour rester lucide. Ou encore les courbatures bien senties après une séance de machine à ramer qui t’empêchent de t’assoir.  Ces douleurs, loin de décourager les adeptes, sont plutôt des sources de fierté (je suis un Warrior !) et les signes tangibles que les limites personnelles ont été repoussées. Quel que soit l’optique dans laquelle on fait de l’aviron, on apprend à apprivoiser la douleur.

Mais au-delà du corps, l’aviron peut aussi provoquer un autre type de souffrance. Il y a par exemple la brûlure de la défaite, dans une course où l’on pensait gagner. La frustration de la blessure qui empêche de participer à une compétition ou une randonnée. L’incompréhension d’une décision de l’entraîneur perçue comme arbitraire. La déception de ne pas atteindre ses objectifs, que ce soit une qualification aux JO ou la régularité des entraînements.

Clairement, les lignes que vous venez de lire transpirent le masochisme. Alors comment en arrive-t-on non seulement à supporter cela, mais à se l’infliger volontairement ?

Pour ce qui est de l’effort physique, on se rend compte qu’il est souvent récompensé par la progression et ça, c’est gratifiant. A dire vrai, les longues séances de musculation en équipe, qui brûlent les cuisses et laissent des courbatures, on finit même par y prendre goût : est-ce qu’on ne se sent pas vivre plus intensément ? Est-ce que chaque douleur ne rapproche pas de l’objectif ?

Quant aux remises en question morales, il faut relativiser et accepter qu’elles sont indissociables d’une activité qui tient réellement à cœur. Mises sur la balance, les expériences inoubliables et les émotions intenses valent bien le risque de souffrir un peu au passage.

Et, à mon avis, c’est pareil dans la vraie vie: monter la boîte de ses rêves amène son lot de doutes et d’heures supplémentaires. Avoir des enfants implique un changement de vie radical et des heures de sommeil en moins (à ce qu’on m’a dit). Faire survivre des amitiés exige de la persévérance et de l’attention. Peut-être que, dans ces moments-là, garder en tête à la fois les moments difficiles déjà traversés ainsi que le but à long terme permet de serrer les dents et de rester serein.

Alors se faire souffrir un peu, complètement insensé? Si je parle de mon expérience, de moi enfant, j’étais plutôt une gamine flemmarde et un peu douillette, rechignant au moindre effort. Mais plusieurs années plus tard, dans les moments de difficulté, je me rappelle mes mains cloquées, mes pieds gelés, mes larmes de défaite. Et alors, même si je fais 1m60, je me mets en mode guerrière et j’ai l’impression de pouvoir enjamber n’importe quel obstacle.

Cet article fait partie de la série : Les dix leçons de vie que m’a apporté l’aviron. Si vous voulez commencer par le début de la série, RDV sur le premier article : https://blogs.letemps.ch/juliette-jeannet/2019/01/10/laviron-mon-ecole-de-vie/

 

Juliette Jeannet

Juliette Jeannet

Juliette hérite de sa passion du sport de son grand-père, ancien rameur olympique. Grâce à un esprit de club stimulant, elle s’engage dans la compétition internationale en aviron (2011 à 2013). Très active au sein du LS aviron, elle pratique et côtoie une multitude d’autres sports. En parallèle, elle vulgarise et promeut des thématiques de la transition écologique à travers des vidéos pour la Fondation Zoein.

2 réponses à “Aviron, leçon de vie n°2 : La résistance à l’effort n’est pas innée, elle s’apprend.

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