Nouveaux marchés : quels pays feront la fortune de la Suisse ?

La Suisse a toujours eu le don de dépendre des autres. Des montres de luxe, aux services bancaires sur mesure, en passant par les sex-toys en fourrure vendus aux nazis pendant la guerre – si finement décrits dans le film Bienvenue en Suisse – nous avons en permanence eu le flair de nous faire une place à l’ombre pour mieux profiter du soleil. Seulement voilà, depuis une certaine décision de la BNS en janvier dernier, nos fines stratégies sont mises à rude épreuve. Comme si le programme US ne nous avait pas suffit. Les industries d’exportations helvétiques – qui faisaient les bonnes affaires du pays – ont pris un joli coup dans le ventre. Les mille et une PME qui basaient leurs commerces sur la demande étrangère font face à des défis qu’elles n’avaient pas anticipés, les effets du franc fort commencent à lourdement peser sur notre économie qui semblait pourtant si robuste. Est-ce la fin d’une utopie ? Certainement pas. Manquer notre réinvention serait rompre une habitude devenue tradition. La Suisse de demain affichera donc probablement un autre visage que celui des dernières décennies. Mais avant de changer de casquette, ne suffirait-il pas de changer d’horizon ? C’est une des pistes qu’exploite la Swiss Global Enterprise (S-GE) – mandatée par le gouvernement suisse – pour tenter d’apporter des réponses au défi qu’on appellera simplement « demain ». La question est maintenant de savoir vers qui nous allons donc nous tourner. Une idée ?

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La « Rising Middle Class »

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Joseph Stiglitz nous l’a dit et redit, les inégalités de revenus sont un véritable piège pour l’économie mondiale. Une économie saine doit baser sa croissance sur la classe moyenne. Pas étonnant donc que l’Asie fasse parler d’elle. Un rapport de l’OCDE estime que la population de la classe moyenne de l’Asie de l’est passera d’ici à 2030 de 28 à 66% de la population de la classe moyenne mondiale. En terme de dépense, la proportion passera de 23 à 59%. Certes, les marchés financiers chinois ne traversent pas la période la plus glorieuse de leur histoire, mais les perspectives de contribution de la classe moyenne asiatique à la bonne marche de l’économie mondiale n’en sont pas moins impressionnantes. Peut-être suffirait-il de tendre la main à cette vague asiatique qui s’apprête à déferler sur l’Occident. Au vu de nos bonnes relations avec la Chine, le secteur du luxe helvétique a en tout cas un gros coup à jouer. Mais ce n’est pas le seul : la Swiss Global Enterprise établit les cinq secteurs qui selon elle seront les plus porteurs au près de la classe moyenne :

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1. Santé et medtechs

Les dépenses dans le domaine de la santé vont augmenter de 9% par année jusqu’à 2019 dans les 10 marchés ayant les classes moyennes à plus forte croissance.

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2. Transport et automobile

La Chine est en passe de devenir le plus gros marché de véhicules au monde d’ici à 2020, suivie par l’Inde et le Brésil.

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3. Technologies digitales

80% des ventes globales de smartphones seront générées dans les pays émergents ou en développement.

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4. Loisirs et culture

Les dépenses culturelles et en loisirs vont connaître une forte croissance de par l’accessibilité croissante de la classe moyenne à ce genre de services. On prévoit même une croissance de 6.1% par année jusqu’en 2050 en Indonésie et de 8.4% aux Philippines !

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5. Alimentation

Ce n’est pas qu’une mode Instagram, les dépenses en alimentation dans les 10 marchés ayant les classes moyennes à plus forte croissance vont augmenter de 9% par année jusqu’à 2019.

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Le dossier ouvert par la S-GE sur la classe moyenne émergente ne fait que dessiner les contours des possibilités qui s’offrent à la Suisse pour se repositionner. D’autres marchés que le marché asiatique méritent notre attention. On pense notamment à l’Afrique qui est en train d’être soulevée par un vent d’entrepreneuriat envenimant des pays comme le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Ouganda, le Kenya, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Rwanda ou encore l’Angola. On pense aussi à l’Iran qui vient de signer un traité mettant fin à l’embargo commercial pesant sur son économie depuis presque cinq ans. De nombreux entrepreneurs suisses se sont d’ailleurs rendus à la conférence organisée par la S-GE à Zurich portant sur le très prometteur marché iranien.

Il est évident que la Suisse doit se questionner sur les fondements de son succès. L’excitation qu’a pu provoquer le couteau suisse ou le Toblerone ces dernières décennies est peut-être passée. « Swiss made » devra être synonyme d’autre chose, reste à savoir de quoi. Mais avant de se poser cette question – et c’est bien toute la démarche de la S-GE – répondons d’abord à la plus essentielle : avec qui ?

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J.G.

Julien Grange

Julien Grange

Julien Grange a fait ses études d’économie entre HEC Lausanne et la Stern School of Business de NYU, New York. Il vit aujourd’hui à Londres et travaille pour une entreprise active dans le développement et le financement de projets immobiliers en Europe. Il se passionne pour le devenir du monde et celui de ses habitants. En tête de sa liste pour le Père Noël chaque année : une boule de crystal. Elle n'est pas encore arrivée, mais elle ne saurait tarder.

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