La Suisse, pays de cheveux blancs : une bonne nouvelle pour son avenir

42 ans, c’est l’âge médian de la population helvétique. Ce chiffre nous place au 23ème rang mondial des populations les plus âgées. Chez Google, on nous aurait virés depuis longtemps. Grâce à papa et maman les baby-boomers, cet âge ne va d’ailleurs pas aller en décroissant. En rentrant à Genève, on ne verra donc bientôt plus que des cheveux blancs.

En quête de sensations fortes

Difficile à qualifier de problème, ce phénomène n’en fait pas moins fuir les jeunes adultes helvétiques qui préfèrent souvent le défi d’une grande ville. Des capitales économiques et culturelles comme New York, Londres, San Francisco, Berlin, Hong Kong et Singapour regorgent donc de jeunes expats suisses en quête de sensations fortes qui sont partis en courant de leurs pays simplement parce qu’au final, ils «s’ennuyaient à mourir chez eux».

Education universitaire quasiment gratuite, taux d’emploi parmi les plus élevés d’Europe, la Suisse a tout pour garder ses jeunes. Pourtant, leur fuite vers les grandes villes semble inévitable. Bien évidemment, l’amélioration des moyens de transport et de communication ont eu un grand rôle à jouer dans ce déplacement de population, mais en parlant avec la plupart d’entre eux, la raison principale qui pousse les jeunes à s’envoler vers de nouveaux sommets est simplement: «ohhfff… J’avais besoin de voir autre chose.»

Un chauffeur de taxi désespérant

Je suis rentré de Londres dernièrement pour y passer quelques jours et je dois dire que l’arrivée en ville de Genève m’a franchement marqué. Mon chauffeur de taxi était à un mois de la retraite. En le lançant sur le sujet d’Uber, la réponse que j’ai reçue fut: «Internet c’est pour les pds et les socialos, alors j’y touche pas.» Je lui demande ensuite si il y a du monde à Genève ces jours-ci. Il me répond: «Oui il y a encore ces Arabes qui squattent la rive droite pour les fêtes de Genève…»

J’étais littéralement scotché sur le siège arrière de cette vieille Merco des années 80, assommé par les propos de mon chauffeur. Certes, je suis probablement tombé sur un des rares chauffeurs de taxi raciste-homophobe-fermé d’esprit de la ville, mais toujours est-il que ce fut ma première impression de Genève depuis que j’avais touché le sol suisse. Pour la suite de ce post, appelons ce gars-là Robert.

Le manque de conscience citoyenne et d’ouverture de Robert m’a non seulement choqué mais aussi désespéré. Genève était-elle condamnée à sombrer dans l’ignorance et la fermeture d’esprit? J’en suis venu à la conclusion que Robert est un peu ce qui pousse nos jeunes à s’établir, à se former ailleurs.

C’est à cause de Robert si la Suisse manque de vrais lieux culturels de rencontre. C’est à cause de Robert si l’innovation culturelle du pays est à la traîne. C’est à cause de Robert si entre 20 et 30 ans, on est mieux à New York.

Ces jeunes romands partis à l’étranger

 

Sam Grandchamp

Samuel Grandchamp, 25 ans

Samuel a fait des études d’Economie Politique à HEC Lausanne avant de partir à la NYU Tisch School of the Arts pour y faire son Master en cinéma, plus précisément en « Fine Arts in Directing ». Son dernier film Le Barrage a connu un succès fulgurant puisqu’il a remporté un Léopard d’Or au Festival international du film de Locarno pour « meilleur court-métrage suisse ». Samuel vit actuellement toujours à New York.

« J’ai quitté la Suisse pour voir un autre marché. Bien qu’existant, le marché du cinéma helvétique est incomparable à celui de New York. Les opportunités y sont certainement plus nombreuses et surtout, la philosophie y est bien différente. »

François Rivet

 

François Rivest, 26 ans

François a fait son Bachelor à l’EPFL en Sciences et Technologies du vivant avant d’y obtenir son Master en Bioingénierie. Sa deuxième année de Master, il la passe à l’Université de Berkeley en Californie où il décide de commencer un doctorat en collaboration avec l’EPFL. Il travaille sur le développement d’un appareil basé sur la microfluidique permettant d’analyser de tout petits échantillons de cellules. Cela permettrait de faciliter le diagnostique de cancers ou d’améliorer la recherche sur les cellules souches.

« J‘ai quitté la Suisse pour découvrir et m’imprégner d’une culture plus dynamique et entrepreneuriale par rapport aux nouvelles technologies. En Suisse, on a encore trop peur de la prise de risque. » 

Nico de Toledo Nicolas de Toledo, 25 ans

Nicolas a quitté la Suisse après sa maturité pour la Chine. Après deux ans d’apprentissage du Chinois, il part faire son bachelor en Sciences Politiques et études d’Asie de l’est à l’Université de McGill à Montréal. Il monte ensuite sa propre entreprise en Chine et à Hong Kong – ICL (Integrate Chinese Life) – active dans le recrutement et le repositionnement d’expatriés.

« J’ai quitté la Suisse parce que j’avais envie de découvrir autre chose. Les opportunités pour les entrepreneurs ici en Chine sont sans fin. Il me semble que les jeunes gens dynamiques et ambitieux devraient aussi partir quelques années. »

Margaux Margaux Stepczynski, 23 ans

Margaux a fait son bachelor à HEC Lausanne avant de partir à Londres pour y suivre sa passion et y faire l’école de cuisine Le Cordon Bleu. Après une rencontre imprévue avec le fameux chef étoilé Gordon Ramsay dans la cour d’un hôtel, elle travaille aujourd’hui dans un de ses meilleurs restaurants londoniens, Maze.

« J’ai quitté la Suisse car la cuisine est un métier dans lequel on a besoin d’inspiration, j’avais besoin d’un cadre dynamique et innovant. » 

 

Cette situation peut fâcher, énerver, désespérer notre jeune génération qui a soif de nouvelles aventures ; mais il y a un bon côté à tout et cette fois, il y a de quoi se réjouir. Fuir l’ennui a en fait eu l’effet positif de faire découvrir le monde aux jeunes. C’est exactement grâce à cette situation qu’Alex – le fils de Robert – parle quatre fois plus de langues que son père, a visité quatre fois plus de pays que lui et s’est imbibé de cultures qu’il n’aurait probablement jamais découvertes si la Suisse était un eldorado de dynamisme.

Le déni d’évolution du bon vieux Robert aura forcé une génération entière à faire ses valises et à découvrir le monde, en tout cas pour un moment. La plupart des jeunes expats sont d’accords sur un point : « La Suisse, c’est très bien quand tu as 35 ans et que tu veux élever tes enfants. »

Fort de ce constat, projetons-nous dans 10 ans. Je fais le pari de dire qu’à ce moment-là, la volée 1990 – 2000 sera de retour à la maison pour changer la face du pays. Elle se sera inspirée de tous ces pays visités et aura su prendre le bon de chacun d’eux. La Suisse aura retrouvé ses talents perdus qui reviendront plus forts de leurs expériences. Elle affichera un tout nouveau visage fait de nouvelles idées.

Je souris d’ailleurs déjà à l’idée que Robert doive se rendre à l’évidence qu’en ignorant Internet, son job aura disparu. Dans 10 ans, des jeunes Indiens habiteront à Genève pour étudier la médecine, des jeunes Américains habiteront à Lausanne parce que l’EPFL devancera le MIT et tous les jeunes d’Europe rêveront de s’installer en Suisse, ce pays où tout se passe. Robert, sans en avoir la moindre intention, aura poussé son pays à se réinventer. Volontaire, en tout cas pas, mais bonne nouvelle, certainement.

J.G.

Julien Grange

Julien Grange

Julien Grange a fait ses études d’économie entre HEC Lausanne et la Stern School of Business de NYU, New York. Il vit aujourd’hui à Londres et travaille pour une entreprise active dans le développement et le financement de projets immobiliers en Europe. Il se passionne pour le devenir du monde et celui de ses habitants. En tête de sa liste pour le Père Noël chaque année : une boule de crystal. Elle n'est pas encore arrivée, mais elle ne saurait tarder.

3 réponses à “La Suisse, pays de cheveux blancs : une bonne nouvelle pour son avenir

  1. C’est marrant…

    Moi j’ai quitté la Suisse en 2013 pour les Pays-Bas parce qu’en 10 ans d’activité professionelle dans le négoce genevois, je n’ai jamais réussi à accumuler suffisamment d’économie pour atteindre les fameux 20% de fonds propre et acheter un appartement / maison à moins de 60 minutes de mon lieu de travail et que l’arrivée d’un deuxième enfant allait nous transformer en working-poor à cause des frais de crèche et d’assurance maladie (et pourtant ma femme et moi touchions un slaire brut > 250CHF/an).

    A Amsterdam, nous avons un meilleurs niveau de vie, ma femme a pu s’arreter de travailler et nous attendons un troisème enfant. Nous avons acheté une maison à 20 minute en vélo de mon lieu de travail et elle sera remboursée en moins de 10 ans. Notre capacité d’épargne à augmenté et je me suis repositionné sur le hub naturel du négoce en Europe.

    En Suisse, nous vivions en-dessous d’un couple hollandais au forfait… C’est notre tour de profiter du tax-ruling hollandais jusqu’en 2020.

    J’avais 36 ans en 2013 et mon épouse 30 ans. Bien en-dessous de la médiane.

    Il faut arreter. Les gens ne font pas d’enfants en Suisse et parte les faire ailleurs parce que le système suisse les décourage de faire autrement. Ca coute tellement moins cher d’importer la main d’oeuvre. Et après ca la gauche bobo pleure sur le vote du 9 février. LOL.

    Mais rassuré vous, on compte revenir pour profiter du système universitaire suisse lorsque les enfants auront grandi… et accessoirement pour qu’ils fassent leur service militaire.

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