Repenser le leadership, c’est agir pour construire une nouvelle réalité (économie)

La crise que nous traversons nous a donné une leçon cruciale sur le fonctionnement de nos sociétés : nous sommes interdépendants et vulnérables. Individuellement et collectivement, nos modes de vie dépendent des écosystèmes qui nous entourent : un tissu économique résilient, des denrées alimentaires locales, un réseau communautaire solidaire, et un environnement naturel sain. Mais avons-nous retenu la leçon ?

La réalité est que notre système économique actuel met en danger ces écosystèmes. Le management fondé sur la rentabilité à tout prix, la croissance sans limites, et la poursuite envers et contre tout de la valeur financière nous aveuglent et nous affaiblissent. Alors que nous abordons la question de la reprise économique, il est opportun de s’interroger sur la pertinence de faire redémarrer une machine qui nous assure une succession de crises potentiellement fatales.

À la place, un changement radical est nécessaire pour adresser la crise climatique (et de biodiversité) tout en transformant les modèles économiques exclusifs pour qu’ils deviennent inclusifs.  Dans l’esprit des Lumières, soyons à l’écoute de la science et de ses avertissements. Nous devons agir dès aujourd’hui pour accélérer les comportements et actions qui promeuvent un monde vivable et viable où chacun disposera des mêmes droits. Ce ne sont ni les gouvernements ni les ONG qui pourront permettre cette accélération, mais bien les entreprises et les citoyen.nes.

Pour construire, dans notre monde globalisé, des sociétés résilientes et durables, nous avons besoin d’un leadership à la fois structuré par des valeurs morales et porteur de confiance et d’inspiration pour le futur. Les dirigeants devront répondre à des attentes plus fortes que jamais en matière de stratégie environnementale et sociétale pérenne, développer une pensée systémique en devient le pilier central.

Pour les leaders de demain, celles et ceux qui sont prêt.e.s à s’engager pour l’avènement d’une économie durable, pérenne et juste, je propose ci-dessous quelques pistes de réflexion et des leviers d’action, fruits de mon expérience au sein d’un fabuleux écosystème d’hommes et de femmes qui construisent cette nouvelle réalité.

La clé : soigner nos interdépendances et accepter notre vulnérabilité

1. Les qualités du leadership de demain (savoir-être)

Ce ne sont pas les paroles, mais bien les actions qui font le leader. Des attitudes (savoir-être) soutenues par des aptitudes (savoir-faire), voici les deux axes qu’il sont à suivre pour transformer notre réalité.

  • Passion : Un enthousiasme intense qui augmente l’engagement, l’efficacité, la productivité et le succès d’équipe.
  • Persévérance : Les leaders du « nouveau normal » devront persévérer pour faire face à des temps difficiles.
  • Honnêteté intellectuelle : Les leaders sont garants de la confiance, ils doivent fournir des informations correctes et utiles. La transparence et l’honnêteté sont au cœur de la collaboration.
  • Pensée systémique : Il est indispensable de comprendre comment fonctionne la situation dans son ensemble. Tout est connecté. Les systèmes commerciaux sont une combinaison d’éléments qui dépasse la somme de ses parties.
  • Humilité intellectuelle :  Le leader est au service de son équipe, il l’aide à exprimer et développer pleinement son potentiel. Il favorise la conscience de soi des partenaires dans la mesure de leurs connaissances.
  • Empathie :  Les leaders doivent être bienveillant.e.s, humain.e.s et empathiques, dignes de confiance, respectueux.ses et respecté.e.s.

 

2. Quelques actions radicales pour un leadership conscient (savoir-faire) 

Le leadership n’est pas un concept, mais un ensemble de moyens, de pratiques et de comportements structurés. Il s’agit d’initier la transformation au plus haut niveau de gouvernance, en commençant par :

  • Promulguer dans les statuts juridiques de l’entreprise (but & articles d’association) la prise en compte des parties prenantes (y inclus l’environnement) afin d’avoir un impact positif matériel sur la société et les communautés.
  • Mettre en œuvre la formation et le dialogue nécessaires avec les administrateurs et membres de la direction afin d’intégrer pleinement la durabilité dans les processus de décision et l’allocation de ressources.
  • Promulguer une politique de rémunération des dirigeants et membres du conseil liée aux objectifs ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).
  • Créer un devoir de transparence sur les impacts ESG liés aux activités au moyen de la publication externe d’un rapport annuel incluant les objectifs d’améliorations en cours.
  • Créer une équipe transverse, sans prédominance des rôles hiérarchique, permettant de faire émerger des transformations et adaptations durables, que ce soit à travers l’innovation ou les opérations et stratégies

3. Quelques initiatives collectives pour stimuler le leadership collectif :

Quelles que soient les actions prises individuellement, seule la dynamique collective leur donnera pleinement corps. Il est donc crucial que nous nous engagions collectivement aux côtés du leadership afin de permettre et d’accélérer le changement, de passer de l’”ego” à l’”éco” -système.

  • Signer et s’engager avec la charte #Swiss Leaders (lien).
  • Participer au Swiss Triple Impact, un parcours créé pour et par l’écosystème (lien).
  • Évaluer ses pratiques durables grâce au baromètre Swiss Sustainability Benchmark (lien).
  • Rejoindre le mouvement international BCorp (lien).
  • Participer et cocréer des projets avec le One Planet Lab (WWF) (lien).

L’action en conscience est un levier puissant, une force positive qui transcende la cohésion, le dialogue et la collaboration, une nouvelle narration qui nous permet, ensemble, de construire la réalité d’un nouveau monde sur une planète aux ressources limitées. Si nous avons retenu la leçon de cette énième crise, nous saurons agir à tous les niveaux pour promouvoir ce nouveau monde. Et vous, allez-vous vous contenter d’observer de loin, de suivre le mouvement ? Ou êtes-vous l’un des leaders de notre avenir ?

 

Jonathan Normand

Jonathan Normand

Genevois d’origine, formé en 1997 aux mathématiques et développements algorithmiques, Jonathan Normand a passé 12 années au sein d’établissements financiers internationaux avant de cofonder Codethic en 2009, société de conseil en bonne gouvernance et responsabilité sociétale. Spécialiste de la performance globale (inclusive), et de la croissance durable, il se passionne pour l’évolution de l’économie et en étudie les tendances et les ruptures, ce qui lui vaut d’intervenir régulièrement comme conférencier ainsi que de dispenser des formations régulièrement au sein d’universités en Europe. En 2013, il participe à l’établissement de l’ONG B Lab en Europe et fonde l’antenne suisse en 2017, qu’il dirige actuellement. B Lab est à l’origine du mouvement B, qui œuvre pour une économie consciente, régénérative et inclusive. Au delà des entreprises certifiées BCorp, qui regroupent 3300 entreprises dans le monde, c'est surtout une communauté qui œuvre pour catalyser les forces entrepreneuriales afin de conjuguer prospérité, équité et durabilité. Engagé bénévolement dans le monde associatif, il siège aux comité de Sustainable Finance Geneva et préside et cofonde depuis septembre 2017 l’Association Demain Genève, qui a rencontré un large public avec son documentaire qui met en lumière positivement les acteurs de la transition écologique, énergétique et économique. En 2018 il rejoint le Conseil de Fondation Opaline qui œuvre pour valoriser les savoir-faire agricoles traditionnels, la biodiversité locale et les métiers de la terre, dans le but de participer au développement d’une agriculture durable et équitable.

3 réponses à “Repenser le leadership, c’est agir pour construire une nouvelle réalité (économie)

  1. Merci pour cet article, qui fait du bien. La lutte contre le réchauffement climatique exige de repenser intégralement le fonctionnement de notre économie et de notre société. Il faut pour cela des femmes et des hommes visionnaires et humanistes, capables de s’engager pour la collectivité. Il faudra probablement les recruter hors du “vivier” des filières actuelles formatées par des décennies de néolibéralisme. Car le “management by culture” ou la pensée systémique n’y étaient jusqu’ici guère enseignés ou recherchés…

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