Changement de paradigme vers une économie “des parties prenantes”: comment positionner la Suisse comme leader et engager son secteur privé?

Alors que le monde est secoué par de nombreuses révoltes et protestations face à une crise climatique et sociétale, le système capitaliste “traditionnel” montre de plus en plus des signes de tressaillement. Le dénouement de la conférence de l’ONU sur le Changement climatique (COP25) la semaine dernière à Madrid démontre le manque d’efficacité des politiques publiques. Après deux semaines de négociations exceptionnellement longues, les états n’ont pas réussi à parvenir à un accord sur les règles des marchés de carbones internationaux.

Le manque d’engagement de la part des gouvernements appelle le secteur privé à accélérer ses efforts pour répondre aux défis du changement climatique et contribuer, de manière plus large, à l’Agenda 2030.

 

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C’est dans cette perspective que plus de 500 entreprises dans le monde, dont 15 entreprises suisses, ont pris l’engagement formel et public lors de la COP 25, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et d’atteindre le zéro net carbone d’ici 2030. Leur mobilisation constitue l’action climatique la plus large et la plus transformative jamais engagée  par un collectif mondial d’entreprises. (pour en savoir plus www.blab-switzerland.ch/net-zero-2030 )

Au cours des dernières décennies, les entreprises ont basé leurs modèles d’affaires sur la maximisation du profit, contraints de rendre des comptes à leurs actionnaires. Des milliers d’entreprises sont désormais en train d’expérimenter une nouvelle façon de faire des affaires en se basant sur des valeurs plus fortes et durables, et prenant en compte les besoins de toutes les populations et la planète. Elles se positionnent ainsi comme des actrices de changement, responsables – au côté des gouvernements et de la société civile – d’un avenir commun global. Ces entreprises font émerger une économie à impact positif et entraînent un profond changement des consciences. 

Le mouvement B Corp aborde ce changement de paradigme depuis plus de 10 ans et constitue une partie de la solution globale quant au rôle du secteur privé comme agent de développement. 3200 B Corp certifiées ont déployées leurs activités dans une vision de l’économie, où le succès est mesuré par le bien-être des personnes, des communautés et le respect du capital naturel. 

Par ailleurs, la vision du mouvement coïncide avec la notion de “Stakeholder Capitalism”  (capitalisme des parties prenantes) qui gagne progressivement du terrain dans l’économie mainstream. Le Forum économique mondial lance d’ailleurs un nouveau “Manifesto de Davos” qui définit et encadre les Responsabilités d’une entreprise à l’égard de ses parties prenantes. Celles-ci comprennent en dehors ses actionnaires, ses clients, ses employé-e-s, ses fournisseurs et la société au sens large. Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial le mentionne ainsi:

Les chefs d’entreprise ont donc une opportunité majeure. En donnant un sens concret au “stakeholder capitalism”, ces derniers peuvent aller au-delà de leur devoir légal et répondre aux besoins criants d’une société qui ne cesse de lancer des appels. Ils peuvent contribuer à la réalisation d’objectifs sociétaux plus larges, tels que l’Accord de Paris et les Objectifs de développement durable de l’ONU.”

 

Comment la Suisse se positionne-t-elle pour instaurer cette dynamique de changement ? 

Dans un rapport de cette année, le Conseil de l’organisation du territoire relève cinq tendances globales qui affectent la Suisse aujourd’hui: la mondialisation, la numérisation, l’individualisation, la croissance démographique majoritairement due à l’immigration et le changement climatique (COTER, 2019). Pour faire face à ces défis sociaux et environnementaux, dont certains comportent à la fois des risques et des opportunités, la Suisse doit se positionner comme leader pour renforcer et à accélérer l’engagement du secteur privé dans la réalisation des 17 objectifs de développement durable des Nations Unies. 

Dans cette perspective de changement, B Lab Suisse lance dès janvier 2020 le Swiss Triple Impact (STI), un programme d’engagement dont les solutions innovantes (telles que le B Impact Assessment et le SDG Action Manager) permettent aux entreprises du secteur privé suisse de mesurer leur impact socio-environnemental et identifier des opportunités concrètes d’améliorations. Ce programme inclusif invite les entreprises suisses de toutes tailles et tous secteurs à participer. Elles seront soutenues dans leur démarche tout au long d’un programme de trois ans en partenariat avec tous les acteurs existants dans le régions pour réaliser une transformation mesurable. 

Le STI vise à transformer l’économie en profondeur en soutenant les individus qui utilisent les affaires comme une force pour l’intérêt général. De plus, il fournira un diagnostic compréhensif de l’impact des entreprises suisses sur la société, l’environnement et l’économie.

Comment opérerons les entreprises du 21ème siècle

Relever les urgences sociales et environnementales nécessite, pour ainsi dire, une nouvelle forme de “licence pour opérer”, dépassant les obligations financières envers les actionnaires et s’étendant aux intérêts non-financiers. Le respect de normes sociales et environnementales élevées devraient permettre d’aller au-delà du “business as usual” dans une démarche de progrès. 

Oui, nous nécessitons de la réactivité et de l’action dès maintenant pour remodeler le capitalisme prenant en compte l’urgence environnementale et les pressions sociales.   

 

Jonathan Normand

Jonathan Normand

Genevois d’origine, formé en 1997 aux mathématiques et développements algorithmiques, Jonathan Normand a passé 12 années au sein d’établissements financiers internationaux avant de cofonder Codethic en 2009, société de conseil en bonne gouvernance et responsabilité sociétale. Spécialiste de la performance globale (inclusive), et de la croissance durable, il se passionne pour l’évolution de l’économie et en étudie les tendances et les ruptures, ce qui lui vaut d’intervenir régulièrement comme conférencier ainsi que de dispenser des formations régulièrement au sein d’universités en Europe. En 2013, il participe à l’établissement de l’ONG B Lab en Europe et fonde l’antenne suisse en 2017, qu’il dirige actuellement. B Lab est à l’origine du mouvement BCORP qui œuvre pour une économie consciente et inclusive. Le mouvement BCorp, qui en plus d’être une certification regroupant 2500 entreprises dans le monde, est une communauté qui œuvre pour catalyser les forces entrepreneuriales afin de conjuguer prospérité, équité et durabilité. Engagé bénévolement dans le monde associatif, il siège au comité de Sustainable Finance Geneva et préside et cofonde depuis septembre 2017 l’Association Demain Genève, qui a rencontré un large public avec son documentaire qui met en lumière positivement les acteurs de la transition écologique, énergétique et économique. En 2018 il rejoint le Conseil de Fondation Opaline qui œuvre pour valoriser les savoir-faire agricoles traditionnels, la biodiversité locale et les métiers de la terre, dans le but de participer au développement d’une agriculture durable et équitable.

8 réponses à “Changement de paradigme vers une économie “des parties prenantes”: comment positionner la Suisse comme leader et engager son secteur privé?

  1. Le capitalisme est fini, la planète n’a plus de ressources, c’est hors de portée pour vous, ça?
    Remarquez, on peut toujours vendre un bol d’air des Alpes suisses, rempli en Inde, moins cher.

    Encore un vert libéral qui pense avoir découvert la roue avec l’écologie… hahaha!

    1. Et vous, que faites vous pour répondre aux jeunes, nos enfants qui souhaitent un avenir convenable (oui eux aussi) ?
      Plus de biodiversité = plus de nourriture pour vous/nous

      1. En les encourageant à descendre dans la rue, puisque le politique ne fait rien et en étant conscient que chacun à sa part aussi et qu’il y a du boulot pour changer de paradygme.

    2. Absolument, Olivier, ce modèle socio-économique basé sur le gaspillage des ressources et la cupidité est condamné. Il devient même de plus en plus évident que l’humanité aura les plus grandes difficultés à survivre à la pollution et aux bouleversements qu’elle a provoqué avec ce système d’exploitation effréné de la nature et des êtres humains.

  2. @Olivier le vert (rouge) Ah le communiste qui n’a toujours pas accepté la chute de son idéologie mortifère et qui, à travers l’écologie, à trouver un nouveau prétexte pour nous imposer ses délires collectivistes ! Ça donne la nausée !

    1. Nous savons que le chemin est long pour faire évoluer les consciences, merci de le confirmer ceci nous donne le courage de continuer.
      Je serais intéressé à participer à une conversation avec vos proches faisant partie de la génération qui vivra dans le monde que vous semblez vouloir garder bloqué dans une idéologie néolibérale ne prenant pas en compte la science. La liberté commence où l’ignorance finit.

    2. Mon pauvre Frank, vous n’avez encore rien compris à l’écologie que vous mélangez à toutes les sauces colorimètriques. C’est rassurant de trouver des boucs émissaires, mais la planète n’en a rien à fiche.
      Sortez de vos oeillères politiques, vous rendrez service à l’humanité, à la terre et à vos enfants, si vous en avez!

      1. P.S. Si les fêtes vous laissent quelque répit, regardez l’émission “c’est à dire” sur France 5.
        Elle me parait assez bien équilibrée pour un sujet aussi complexe et l’on n’y parle que peu de politique ou des rouges, ou des verts, même pas des multicolores LGBTQI+++ dogicode qqch 🙂

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