Responsabilité des entreprises : du changement en 2019 ?

La nouvelle année vient à peine de commencer et dans l’écho des turbulences européenne et international, on perçoit encore plus le besoin de réaligner le rôle des entreprises avec les Objectifs du Développement Durable (ODD) de l’Agenda 2030. En Suisse, la question de la responsabilité des entreprises occupe le devant de la scène médiatique. La visite en Zambie du conseiller fédéral Cassis à une entreprise suisse décriée pour son manque de respect des droits humains et de l’environnement a fait grand bruit. L’indignation que cette visite a soulevée donne le ton : le débat sur la responsabilité des entreprises occupera une place majeure cette année.

Au niveau politique, les membres de la Chambre Haute devront se prononcer au printemps sur l’adoption d’un contre-projet à l’initiative « pour des multinationales responsables ». Le contre-projet, tout comme l’initiative,  visent à amener les entreprises multinationales à agir de manière responsable en termes de droits humains et d’environnement, afin de prévenir toute atteinte aux personnes ou dommage. Nos voisins européens sont déjà en train de mettre en place des réglementations allant dans le même sens. Parmi eux, la France avait ouvert la voie avec sa loi sur le devoir de vigilance en 2017.

Dernière arrivée dans la course, la Finlande a lancé à l’automne dernier,  une campagne sur ce même thème, soutenue à la fois par des entreprises et par la société civile.

Mais la partie n’est pas encore gagnée en Suisse. Bien qu’on voit l’émergence d’initiatives privées encourageantes – comme Coop qui à considérablement diminué le volume de produits importés par avion et a établi un plan d’action pour poursuivre cette réduction – il manque des régulations fortes. Bien que nombreux reconnaissent le pouvoir des entreprises à résoudre certains des problèmes sociaux et environnementaux les plus importants de notre époque, la pression des grands lobbies économiques reste forte pour contrer toute tentative d’avancée – pourtant inéluctable – sur le sujet.

 

Source : Better Business, Better World, Comission des Affaires et du Développement Durable

 

L’exigence responsabilisation des entreprises ne représente pas une punition de l’activité économique. Bien au contraire, elle favorise une croissance viable et durable, valorisée par une économie fondée sur des valeurs soutenant une justice sociale et environnementale.

De plus, une centaine d’entreprises sont responsables pour 71% des émissions mondiales donc l’ampleur de la catastrophe climatique dépendra forcément de ce que feront les entreprises au cours de la prochaine décennie, que ce soit les gros donneurs d’ordre ou les PME.

Même si les lobbies économiques continuent de fermer les yeux sur le comportement des mauvais élèves sans réaliser qu’ils ont un train de retard, la discussion sur la responsabilité sociale et environnementale continuera d’aller de l’avant.

L’année 2019 sera celle du changement ! Comme l’indique Klaus Schwab, patron du World Economic Forum, il faut un retour à la morale dans l’économie, elle le doit impérativement face aux tensions populaires grandissantes partout sur le globe. Plusieurs mouvements à dimension international démontre que cela est possible, que ce soit les représentant du B Team, du Conscious Capitalism ou encore des entreprises certifiées BCorporation.

“Ce que nous faisons maintenant et dans les prochaines années affectera profondément les quelques milliers d’années à venir” déclare David Attenborough au Forum de Davos qui commence à peine.

Cette semaine nous donnera certainement des éclairages sur cette dimension cruciale qui va de pair avec les questionnements liés à la 4ème révolution industrielle. La vraie révolution est bien sociétale parce qu’il n’est que trop tard pour n’être que durable ou responsable, nous avons besoin d’un leadership porté l’ensemble des acteurs de l’économie afin de construire des modèles inclusifs, circulaires, et régénérants. Le nouveau paradigme est là et il faut y prendre part, la question aux acteurs du libre marché: est-ce qu’ils prendront le train en marche? À moins qu’ils préfèrent rester passivement sur le quai d’une station vouer à disparaître.

Jonathan Normand

Expert en innovation sociétale et gouvernance, Jonathan Normand a travaillé 12 ans au sein d’établissements internationaux avant de créer le cabinet de conseil Codethic en 2009. Spécialiste de l’amélioration de la performance globale et de la croissance durable, il se passionne pour l’évolution de l’économie et en étudie les tendances et les ruptures. Dès 2014, il participe au lancement de B Lab en Europe, qui est chargé de déployer le mouvement B Corp. Il fonde et dirige B Lab Suisse depuis 2017, une organisation d’utilité publique promouvant les outils de mesure d'impact socio-environnemental et la certification B Corp. Il est également l'architecte du programme d’engagement Swiss Triple Impact et contribue à la recherche académique pour une économie inclusive, circulaire et régénératrice. Board member de Chapter Zero Steering committee Swiss Leader Initiative Academic Fellow School of Economic University of Geneva

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