Comment Emmanuel Macron a retourné sa veste

Il y a une semaine tout juste, les Français découvraient les nouvelles contraintes sanitaires imposées par leur président. Emmanuel Macron qui s’exprimait à l’occasion d’un discours télévisé a annoncé rendre le vaccin obligatoire pour les soignants et étendre le pass sanitaire à des nouveaux lieux de loisirs. Pour résumer, toute personne qui refusera le vaccin se verra privé ou de salaire ou de sortie au restaurant. Mesures drastiques voire arbitraires vue de Suisse. Alors que le Président français était opposé à la vaccination obligatoire en décembre dernier, le voilà qu’il a retourné sa veste. Cette énième mesure déjà décriée par plusieurs partis politiques dont le Rassemblement national de Marine Le Pen pourrait-elle entraver la réélection d’Emmanuel Macron s’il se représentait lors de l’élection présidentielle de 2022?

“Je suis pour le communisme. Je suis pour le socialisme. Et pour le capitalisme. Parce que je suis opportuniste” chantait Jacques Dutronc dans “L’opportuniste”, sa célèbre chanson sortie à la fin des années 60. On pourrait appliquer ces paroles à l’actuel président français, vue sa manière de gouverner de manière opportuniste. Emmanuel Macron a donc finalement décidé de rendre le vaccin obligatoire pour les soignantes et soignants et dans le même temps d’étendre le pass sanitaire. Ces deux mesures doivent permettre de poursuivre la lutte contre le Covid-19. “Ils auront jusqu’au 19 septembre pour se faire vacciner”, a déclaré le Président français. Au-delà de cette date, des sanctions tomberont comme par exemple ne plus pouvoir travailler et ne plus être payé. Le ton est ferme et martial. Quant au pass sanitaire, il entrera en vigueur pour les lieux de culture et de loisirs qui rassemblent plus de 50 personnes. Les cafés et restaurants, les centres commerciaux ou encore les transports sont concernés. Dans nos démocraties occidentales, je doute qu’imposer des décisions comme celle de la vaccination obligatoire puisse fonctionner et plaire à tout le monde. A titre personnel, je ne suis pas opposé aux vaccins puisque j’ai reçu mes deux doses Moderna. Mais je respecte totalement l’avis des anti-vaccins quant à leurs doutes qui sont légitimes. Un vaccin développé en aussi peu de temps peut amener quelques questions sur l’efficacité. En Suisse, en France ou ailleurs en Europe, c’est un droit de ne pas se faire vacciner. Interdire les personnes n’ayant pas reçu de vaccin de fréquenter certains endroits est contraire à la liberté de mouvement. J’ai la conviction profonde que cela créerait une sorte d’apartheid entre ceux qui sont vaccinés et ceux qui ne le sont pas. Cela diviserait encore plus la société. Emmanuel Macron prend un gros risque à moins d’une année de la prochaine échéance électorale nationale. Ces deux mesures pourraient lui coûter sa place. A sa place, j’essaierais plutôt de sensibiliser ou de répondre aux craintes que suscitent les vaccins. Mais toujours en laissant la liberté de se faire vacciner ou non. Le Président français aime ainsi rappeler à ses homologues chinois et russe, respectivement Xi Jinping et Vladimir Poutine, l’importance de respecter les libertés individuelles et les droits de l’Homme. Obliger une personne travaillant dans le secteur de la santé à se faire vacciner en la menaçant de ne plus la payer est pour moi contraire au respect des choix individuels. Vladimir Poutine ou Xi Jinping seraient en droit de retourner la morale sur la démocratie à Emmanuel Macron.

La décision du chef de l’Etat français pose quelques questions quant aux libertés et au droit de ne pas faire comme les autres. Les mesures annoncées pourraient coûter cher à Emmanuel Macron et à son parti. Ses adversaires peuvent s’adonner à cœur joie de l’attaquer sur ces mesures décriées et si délicates. S’il veut faire un deuxième mandat, il doit impérativement revenir sur ses mesures et opter pour la sensibilisation, faute de quoi il devra rendre les clés de l’Elysée l’an prochain.

 

 

 

Valéry Giscard d’Estaing : 1926-2020

L’ancien Président de la République française, Valéry Giscard d’Estaing, est décédé mercredi dernier des suites du Covid-19. L’ensemble de la classe politique française, de gauche à droite, ont rendu hommage au plus jeune chef d’Etat de la Ve République lors de son élection en 1974. VGE restera comme un Président qui a permis à la France post mai 68 de se moderniser et de s’imposer sur la scène politique européenne comme internationale grâce notamment à une nouvelle sorte de communication politique.

“Valéry Giscard d’Estaing possédait un sincère sens de l’intérêt général, et a su, parfois contre sa propre famille politique, engager des réformes dont chacun mesure aujourd’hui l’impact”. Ce sont les quelques mots sortis de la bouche de l’ancien Ministre de la culture Jack Lang, pour rendre hommage à Valéry Giscard d’Estaing ou VGE, décédé mercredi dernier. Si l’ancien Président de la République française avait été suisse, il aurait pu endosser l’habit de Conseiller fédéral sans aucun problème. Je me permets cette comparaison avec la Suisse car dans ce pays aussi les membres du Conseil fédéral prennent parfois des décisions qui vont à l’encontre de leur parti politique respectif. Valéry Giscard d’Estaing était un homme qui travaillait dans l’intérêt des Françaises et des Français et se considérait volontiers comme quelqu’un proche du peuple. A mon avis, la qualité d’un chef d’Etat c’est d’abord de comprendre les soucis de la population, et par la suite de proposer des améliorations via des réformes ou des nouvelles lois. La présidence Giscard d’Estaing aura été marquée par de grandes réformes économico-sociales dont notamment l’abaissement du droit de vote à 18 ans ou la création du G7.

Première grande réforme pour VGE

C’est au début de son septennat que Valéry Giscard d’Estaing abaisse l’âge de la majorité à 18 ans. Après les événements de mai 68, VGE avait compris qu’il était temps de sortir de l’immobilisme des années de Gaulle et que des réformes sociétales étaient indispensables. Permettre à des jeunes Français de participer à la vie politique ou d’exprimer leurs opinions dès 18 ans était une manière de montrer que celui qui dirigeait la France comprenait les attentes d’une partie de la jeunesse. La loi, votée à l’Assemblée nationale à l’unanimité, est promulguée en juillet 1974. Pour rappel, depuis 1848, l’âge de la majorité sur le territoire français était fixé à 21 ans. En Suisse, l’âge de la majorité était fixé à 20 ans depuis 1848 et la création de l’Etat fédéral. C’est en 1991 que l’âge pour le droit de vote et d’éligibilité passe de 20 à 18 ans. 

VGE, un révolutionnaire dans la communication politique

Valéry Giscard d’Estaing a su non seulement parler aux jeunes mais a aussi révolutionné les codes de la communication politique. Sous la présidence de Charles de Gaulle (1959-1969) et de Georges Pompidou (1969-1974), la communication de l’Elysée était plutôt cadenassée. VGE a senti qu’il fallait casser les codes établis et moderniser la façon de s’exprimer devant le peuple français. Un peu à la manière de John Fitzgerald Kennedy aux Etats-Unis, il sera même nommé le “Kennedy français”. VGE n’a aucun mal à mettre en scène sa vie privée, il veut montrer l’image d’un chef d’Etat jeune et dynamique, en opposition totale avec ses prédécesseurs. Durant son unique mandat, on le verra en maillot de bain sur une plage, au ski avec sa famille ou encore s’invitant chez les Français pour dîner avec eux. Une véritable révolution pour la présidence française dans sa façon de communiquer de se rapprocher des petites gens. VGE restera comme le Président qui a permis de montrer aux citoyens qu’au fond il est comme tout le monde.

Les Présidents français et américain, Valéry Giscard d’Estaing (à gauche) et Gerald Ford (au centre), à l’occasion d’un sommet France – Etats-Unis en 1977. Un Président français qui embrasse le changement et la modernité. Photo : AFP

Le G7, une initiative française

On doit la création du G7 à Valéry Giscard d’Estaing (Groupe des 7, formé de l’Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni), les 7 pays les plus riches et industrialisés de la planète. Il n’a jamais caché son goût pour les affaires du monde. Les 7 chefs d’Etat et de Gouvernement ont décidé au lancement de ce groupe de se réunir annuellement, avec une présidence tournante afin de discuter des grands sujets économiques et financiers. Sur le plan européen, il est celui qui a mis en route le moteur franco-allemand, travaillant étroitement avec le Chancelier fédéral allemand d’alors Helmut Schmidt. VGE avait une relation spéciale avec le voisin allemand. Il parlait allemand et il était né à Coblence en 1926, dans une Rhénanie alors occupée par les Français. Un axe Paris-Berlin qui fait aujourd’hui encore ses preuves avec le couple Merkel-Macron. à l’image des deux images ci-dessous.

 

Le fameux “au revoir” de VGE en 1981

La première image de VGE qui vient à l’esprit de tous, c’est son fameux “au revoir”. On est en 1981 et VGE vient de perdre l’élection présidentielle contre le socialiste François Mitterand. La claque! VGE ne s’y attendait pas et c’est sur La Marseillaise qu’il se lève et qu’il quitte le salon présidentiel élyséen, écœuré. Au revoir, Monsieur le Président de la République française.

 

Sebastian Kurz, un ami autrichien qui nous veut du bien

Après la visite officielle de la Présidente Simonetta Sommaruga à Vienne en début d’année, une impressionnante délégation du Conseil fédéral a accueilli avec honneurs militaires et hymnes nationaux le Chancelier autrichien Sebastian Kurz. Les deux pays ont fait le point sur la situation sanitaire, les relations entre la Suisse et l’UE ainsi que plusieurs dossiers internationaux. Cette visite souligne les relations diplomatiques exceptionnelles qu’entretiennent la Suisse et l’Autriche. Jean-Yves Le Drian, Ministre français des affaires étrangères, était attendu à Berne le même jour mais a dû annuler sa visite pour une raison inconnue.

Le jeune Chancelier fédéral de la République d’Autriche, Sebastian Kurz, a été accueilli vendredi à Berne pour une visite officielle. La Présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, lui a déroulé le tapis rouge au domaine du Lohn. Il s’agit d’un des trois bâtiments prestigieux avec la Maison Béatrice de Watteville et l’hôtel Bellevue Palace que le Conseil fédéral utilise pour recevoir les chefs d’Etats et de Gouvernement. Durant les entretiens officiels entre les deux délégations, Simonetta Sommaruga et Sebastian Kurz ont abordé plusieurs sujets : la gestion de la crise sanitaire dans leur pays respectif, la protection des Alpes, les relations entre la Suisse et l’Autriche et entre la Suisse et l’Union européenne ainsi que quelques dossiers internationaux. Dommage que les deux dirigeants n’ont pas évoqué le fameux accord-cadre. Le soir, Sebastian Kurz a rencontré brièvement Gerhard Pfister, par ailleurs président de mon parti le PDC, dans les jardins de l’Ambassade autrichienne. Le Parti populaire autrichien (ÖVP) et le Parti démocrate-chrétien (PDC) sont proches puisque les deux partis ont une orientation chrétienne-démocrate et libérale-conservatrice.

La Présidente suisse Simonetta Sommaruga et le Chancelier autrichien Sebastian Kurz en pleine discussion au domaine du Lohn, lors de la visite officielle de ce dernier à Berne, le 18 septembre 2020.

De solides relations bilatérales entre Berne et Vienne

Les relations ente Berne et Vienne sont plus qu’excellentes. A l’image de la relation spéciale entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni, la Suisse aussi a sa relation spéciale avec l’Autriche. La récente visite du Chancelier Kurz en témoigne. Ce n’est pas moins de cinq Conseillers fédéraux qui étaient présents autour de la table. Outre évidemment la Présidente Sommaruga, Alain Berset, Karin Keller-Sutter, Ignazio Cassis et Ueli Maurer ont pu échanger avec la délégation autrichienne. La coopération économique entre les deux pays se chiffre à plus de 20 milliards d’euros selon le DFAE. On est en droit de se demander pourquoi Guy Parmelin, Ministre en charge de l’économie, n’était pas présent au Lohn. Probablement parce qu’il est membre de l’UDC et donc de facto, il est contre tout ce qui vient de l’UE. La visite de Sebastian Kurz en Suisse est un renvoi d’ascenseur. Simonetta Sommaruga s’était rendue en visite officielle en Autriche en début d’année. Elle y avait rencontrée le Chancelier conservateur Sebastian Kurz mais aussi son homologue, le Président écologiste Alexander van der Bellen. Une tradition de longue date veut que la ou le président(e) suisse en fonction effectue sa première visite dans la capitale autrichienne.

La Président suisse Simonetta Sommaruga est accueillie par son homologue autrichien Alexander van der Bellen au Palais Hofburg, Vienne, le 30 janvier 2020. Photo : compte Twitter officiel de la présidence autrichienne.

Une visite annule passée malheureusement inaperçue 

La capitale fédérale aurait dû vivre une intense journée diplomatique vendredi. En plus de la visite officielle du Chancelier fédéral autrichien, la Présidente Simonetta Sommaruga et le chef du DFAE Ignazio Cassis devaient s’entretenir avec le Ministre français de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Sa visite avait été annoncée dans la presse mais pour une raison inconnue, il n’est pas venu à Berne. En faisant quelques recherches sur Google, je suis tombé sur un article de Bote der Urschweiz. Celui-ci nous apprend l’annulation de la visite de Le Drian en Suisse. Je suis surpris que les principaux médias romands n’ont pas évoqué ou cherché à comprendre le pourquoi du comment. A ce stade, je suppose une volonté de Berne comme de Paris de reprogrammer cette visite manquée. Aussi, j’espère une rencontre tout bientôt entre Simonetta Sommaruga et Emmanuel Macron à Berne ou à Paris.

Liban : une tragédie de plus pour un pays déjà à terre

Les deux explosions au port de Beyrouth qui ont détruit plusieurs quartiers de la capitale libanaise ont fait au moins une centaine de morts et plusieurs milliers de blessés, selon les derniers chiffres de la Croix-Rouge libanaise. Plusieurs pays, dont la France, ancienne puissance mandataire, ont envoyé de l’aide sur place. Dans un pays miné par les crises politiques, existe-t-il une solution pour sortir le pays de l’impasse? Et si le modèle helvétique, à travers le fonctionnement du Conseil fédéral, était transposable dans le système politique libanais?

Des centaines de morts, des milliers de blessés et de nombreuses personnes disparues : les Libanaises et les Libanais sont encore sous le choc. En cette fin d’après-midi du mardi 4 août dernier, deux explosions ont ravagé le port et plusieurs quartiers de la capitale libanaise. Les premières analyses ont conclu que l’origine du problème venait des près de 2’700 tonnes de nitrate d’ammonium stockées depuis six ans dans un entrepôt vétuste. Les images ou vidéos circulant sur les réseaux sociaux montraient une ville plongée malgré elle dans une sorte de chaos voire d’apocalypse. Quelques jours après ce terrible drame et faute de moyens mis en place par le Gouvernement libanais, plusieurs habitants ont pris les devants. Ils commençaient, seulement quelques heures après les deux explosions, à déblayer les rues et à accueillir ceux qui n’avaient plus de toit. Une manière de voir que les Libanais n’attendent plus rien de leurs dirigeants.

Enorme explosion au port de Beyrouth, Liban, jeudi 6 août 2020. Photo : Bedros Sakabedoyan

Aide internationale bienvenue

Plusieurs pays ont répondu présent pour apporter leur aide médicale, sanitaire ou encore logistique. Parmi ceux-ci, évidemment la France mais aussi la Russie, l’Iran, l’Arabie saoudite ou encore la Suisse. Berne a dépêché  sur place une “équipe de spécialistes composés d’ingénieurs civils et d’experts en logistique”. Un vrai élan de solidarité qu’on aimerait voir plus souvent. Le Président français Emmanuel Macron a été le premier chef d’Etat à se rendre sur place pour constater les dégâts. Il s’est également entretenu avec plusieurs responsables politiques en leur demandant un “profond changement”, dans un pays ruiné par les crises politique, économique et sociale ainsi que la corruption.

La France accusée d’ingérence dans les affaires internes du Liban

Avec cette visite sur le terrain, je conteste ceux qui disent que le Président Macron se permet de faire de l’ingérence dans les affaires intérieures du Liban. La France est l’ancienne puissance mandataire, c’est donc normal que les liens entre les deux pays soient très importants. Emmanuel Macron ne s’est pas comporté comme un nouveau colon mais plutôt comme un vrai Président, soucieux de voir un pays ami de la France s’enfoncer dans des crises à répétition. La déclaration du locataire de l’Elysée ne peut être plus claire : “pas de réformes, pas d’argent”. Aujourd’hui, plusieurs chefs d’Etat et de Gouvernement ainsi que des organisations internationales échangeront pour organiser et coordonner l’aide au Liban.

Emmanuel Macron recevant son homologue libanais Michel Aoun au Palais de l’Elysée, Paris, 25 septembre 2017. Photo : Présidence de la République française

Liban, de la richesse à la déliquescence

Le Liban, appelé autrefois la “Suisse du Moyen-Orient”, fait déjà face à une grave crise économique et à des années de corruption de l’élite politique. Le drame survenu mardi à Beyrouth est la goutte qui a fait déborder le vase. La population libanaise est en colère et n’espère plus un redressement économique du pays. L’automne passé, le Liban avait déjà connu des mouvements de protestation contre l’incapacité de la classe politique à redresser l’économie du pays. Selon le FMI, le Liban est aujourd’hui la 3ème dette mondiale derrière le Japon et la Grèce. La dette publique libanaise est estimée à plus de 86 milliards d’euros, soit 151% du PIB. Effarant! Alors, existe-t-il un modèle politique alternatif? Le modèle politique suisse, à travers la composition et le fonctionnement du Conseil fédéral, pourrait-il être transposable pour remplacer l’organisation actuelle du Gouvernement libanais?

Quel modèle politique dans le pays du Cèdre?

Le Liban est une république parlementaire, à l’image de l’Allemagne ou de l’Italie. C’est-à-dire que le rôle du Président de la République est essentiellement honorifique. Le poste dit “important” est celui du Président du Conseil des ministres, l’équivalent de Premier ministre dans d’autres pays. Le Liban se caractérise par un important pluralisme confessionnel, avec des chrétiens, des musulmans et une petite communauté juive. La répartition du pouvoir entre communautés religieuses a été définie ainsi : le chef de l’Etat est un chrétien maronite, le chef du Gouvernement est un sunnite et le Président du Parlement (système unicaméral) est un chiite. Le nouveau Gouvernement libanais, comme je l’imagine, serait basé sur le modèle du Conseil fédéral en Suisse. C’est-à-dire sept ou huit ministères contre dix-neuf aujourd’hui. Il devrait être composé de chrétiens et de musulmans sunnites et chiites. Le Gouvernement devrait travailler dans l’intérêt général du pays et non pour son propre égo. Les décisions devraient se prendre à l’unanimité. Plus de corruption et de clientélisme, on met une croix dessus. La durée de mandat d’un Président du Conseil des ministres ne devrait pas dépasser une année. Cela permettrait aux trois confessions religieuses principales d’occuper le poste de chef du Gouvernement à tour de rôle. Et donc il y aurait tous les trois ans des élections législatives. Je ne sais pas si cela marcherait au Liban, mais c’est une piste de réflexion pour proposer quelque chose de nouveau.

Alain Berset en visite présidentielle au Liban en 2018

La dernière visite présidentielle d’un chef d’Etat suisse au Liban remonte à 2018. Cette année-là, Alain Berset s’était rendu pendant deux jours dans le pays du Cèdre. Il s’était entretenu avec son homologue Michel Aoun et le Président du Conseil des ministres d’alors Saad Hariri. Les relations entre la Suisse et le Liban sont excellentes, fondées notamment sur des valeurs communes comme la défense de la démocratie, de l’Etat de droit ou encore de la langue française. A voir si la Confédération déroulera le tapis rouge pour le chef de l’Etat ou celui du Gouvernement cette année. Ce serait un juste renvoi d’ascenseur, deux ans après un accueil d’Etat pour la Suisse à Beyrouth.

Jean Castex, de l’ombre à la lumière

Au matin du vendredi 3 juillet dernier, Jean Castex était encore un inconnu dans l’arène politique française. Au soir, le voilà qui était propulsé Premier ministre suite à la démission plutôt attendue d’Edouard Philippe. Une bonne nouvelle pour Emmanuel Macron qui cherche à regagner la place de numéro 1.

Il est 17h30 précise quand l’ancien et le nouveau Premier ministre, respectivement Edouard Philippe et Jean Castex, se rencontrent. C’est en plein cœur de Paris, à l’Hôtel de Matignon, que se déroule la passation de pouvoir. C’est donc un homme âgé de 55 ans, issu de la droite modérée, ancien collaborateur du Président Nicolas Sarkozy (2007-2012) et tout récemment en charge du déconfinement sur le territoire français qui a pris les rênes du deuxième gouvernement d’Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron déjà en marche pour 2022

Emmanuel Macron a fait un choix très inattendu. Les commentateurs politiques avaient plutôt parié sur une femme ou sur une personnalité de gauche. Rien de tout cela. Pour les deux dernières années de son mandat, le Président Macron a opté pour un homme de droite. Ce n’est pas surprenant car s’il se considérait comme centriste à son arrivée au pouvoir en 2017, il a depuis plutôt viré vers la droite. Sécurité, lutte contre le communautarisme ou encore immigration, Macron sait que la prochaine élection présidentielle se jouera sur les sujets régaliens. Avec cette nomination, Emmanuel Macron ne doit pas oublier l’électorat de centre-gauche, indispensable pour la prochaine présidentielle. En effet, il pense déjà à 2022 et à sa réélection.

Le Président français Emmanuel Macron au Palais de l’Elysée, Paris, 6 juillet 2017. Photo : Ibrahim Ajaja / World Bank

Une nomination à l’Intérieur qui fait grincer des dents

Le locataire de l’Elysée a besoin d’un Premier ministre qui ne lui fasse aucune ombre, ce qui était le cas avec Edouard Philippe. Très impopulaire lors de la crise des Gilets jaunes, il était redevenu populaire ces derniers mois au plus fort de la crise du coronavirus. Sur la stratégie de déconfinement national, il y avait quand même des divergences entre Macron et Philippe. Le rôle du Président est plus important que celui du Premier ministre. Emmanuel Macron n’avait d’autre choix que de se séparer d’Edouard Philippe. Ainsi va le système semi-présidentiel français (exécutif à deux têtes). Quant à Jean Castex, la rentrée sera chargée avec la crise sociale et économique qui s’annonce. Sur son bureau, il y a les dossiers de la réforme des retraites tant voulue par Emmanuel Macron ou encore celui sensible des violences policières. Aussi, l’arrivée de Gérald Darmanin à l’Intérieur a fait couler beaucoup d’encre. Celui-ci est contesté par les féministes à cause d’une plainte pour viol qui a été déposée contre lui. Un choix que le nouveau Premier ministre assume entièrement, il l’a répété mercredi dernier face à Jean-Jacques Bourdin sur RMC.

Bon à l’extérieur, mauvais à l’intérieur

Avec ce choix, Emmanuel Macron joue sa réélection. Il a besoin de toute la place pour montrer aux électrices et électeurs français qu’il a tenu le cap et ses promesses. Il a besoin de flatter son égo et de montrer qui dirige la France. Sur le plan européen et international, il a été et reste très apprécié (relations avec Trump ou Poutine, Sahel, etc.). Il l’est moins sur le plan intérieur (augmentation du prix des carburants ou réforme des retraites). S’il veut éviter de voir l’extrême-droite au pouvoir en 2022, alors il doit impérativement tenir compte de trois choses : ressouder sa base électorale, être moins clivant et hautain (éviter les phrases du genre “je traverse la rue, je vous trouve un travail”) et surtout se montrer prêt au dialogue concernant les réformes impopulaires auprès des citoyennes et citoyens français.

Les Présidents français et américain Emmanuel Macron et Donald Trump en pleine discussion bilatérale, Londres, 3 décembre 2019. Photo : Army Staff Sgt. Nicole Mejia

Une Alémanique et un Romand en Suisse, un nordiste et un sudiste en France

Il y a actuellement un point commun, intéressant et plutôt drôle à relever, entre la Suisse et la France concernant la répartition géographique des postes importants. En Suisse, le Conseil fédéral in corpore incarne le rôle de chef d’Etat mais retenons la présidence et la vice-présidence. C’est actuellement la germanophone Simonetta Sommaruga qui est Présidente et le francophone Guy Parmelin qui est Vice-Président. En 2021, l’UDC vaudois deviendra Président et l’italophone Ignazio Cassis deviendra Vice-Président. Chez nos voisins français, Emmanuel Macron, né à Amiens (région Hauts-de-France, département Somme), a choisi Jean Castex, né à Vic-Fezensac (région Occitanie, département Gers). Pour résumer, la France a un Président “nordiste” et un Premier ministre “sudiste”, accent d’ailleurs très sympa à écouter. Cette diversité géographique est une belle manière de représenter l’Etat français.