Vladimir, Guy et Joe

Le mercredi 16 juin 2021 restera comme l’une des journées les plus importantes de l’année pour la diplomatie suisse et mondiale. Les Présidents américain et russe Joe Biden et Vladimir Poutine se sont rencontrés face à face à l’occasion d’un sommet historique à Genève. Plusieurs sujets d’intérêts communs et de tensions comme par exemple le désarmement nucléaire, le climat ou la situation de l’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny ont été passés en revue par les deux délégations. Plusieurs observateurs des relations russo-américaines entendus à la radio avaient redouté de grandes avancées. Et pourtant, à la fin de la rencontre, les deux hommes ont émis une volonté de restaurer le dialogue et de travailler ensemble. Un des points importants de ce sommet à retenir est le retour en fonction à Washington de l’ambassadeur russe et à Moscou de l’ambassadeur américain. D’ailleurs, Anatoli Antonov, ambassadeur de Russie aux Etats-Unis, s’est envolé aujourd’hui pour Washington. Après les quatre années de haine déversée par Donald Trump contre les institutions internationales, Genève a-t-elle retrouvée sa place de plateforme de dialogue entre les grands de ce monde?

Un premier sommet Etats-Unis – Russie déjà en 1985

Il s’est passé 35 ans depuis la dernière rencontre Russie (URSS à l’époque) – Etats-Unis. C’était en novembre 1985 à Genève également, avec les leaders américain et soviétique Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. Les Russes ont donc accepté l’offre des Américains de se rencontrer en présentiel en territoire neutre. Chapeau pour la diplomatie suisse car elle s’est activée en coulisse pour vanter les atouts de Genève. Depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, injustement condamnée par les Occidentaux, Washington et Moscou ne se parlait quasiment plus. Outre ce dossier chaud, l’avenir de Bachar al-Assad en Syrie ou celui d’Alexandre Loukachenko en Biélorusse sont aussi des sujets où Poutine et Biden analysent la situation différemment. Ce n’est pas cela qu’on devrait retenir mais plutôt la volonté des deux hommes de rétablir un canal de communication respectueux. Si les Américains et les Russes ne se parlent plus, alors le monde ne pourra jamais aller mieux. Depuis 1985, le monde a bien changé. A l’époque, il y avait d’un côté le camp communiste (Etats liés à l’URSS) et de l’autre le camp occidental (Etats liés aux Etats-Unis). Aujourd’hui, il y a des puissances qui ont un poids considérable autour du globe soit par leur économie puissante soit par leur arsenal militaire (Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Etats-Unis). Mais il y aussi eu ces dernières années une émergence de puissances dites régionales qui ont une certaine importance mais relative (Brésil, Japon, Allemagne, Pologne, Turquie, Israël, Australie, Inde, Indonésie, Thaïlande, Nigeria, Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Ethiopie ou encore l’Algérie). Les Etats-Unis et la Russie continueront à s’affronter idéologiquement mais davantage par le biais de leur alliés, les puissances régionales.

La Suisse, puissance ni économique ni militaire mais diplomatique

La Suisse en accueillant ce sommet a mis les petits plats dans les grands. Côté protocole, accueil des deux chefs d’Etat et sécurité, tout s’est bien passé. Joe Biden a eu un droit à un accueil à l’aéroport mais pas Vladimir Poutine. On dit qu’il n’aime pas trop ce côté protocolaire mais plutôt qu’il veut aller droit au but. Aucun incident n’est survenu pendant le sommet. On peut remercier ainsi toutes les personnes qui ont travaillé pour ce sommet et qui ont permis la tenue de cette rencontre. La Suisse a la particularité de parler à tout le monde, c’est-à-dire à des régimes démocratiques comme à des régimes semi-autoritaires. Notre Président Guy Parmelin a parfaitement endossé son costume de président, il a été au top. Il s’est entretenu le jour avant le sommet avec Joe Biden et le jour du sommet avec Vladimir Poutine. En ce qui concerne les relations Suisse – Etats-Unis et Suisse – Russie, il existe une volonté d’approfondir les relations bilatérales qui sont déjà très bonnes. Quand un Président de la Confédération rencontre un grand de ce monde, c’est toujours une marque d’estime. Enfin, je ne cache pas ma joie d’avoir vu Air Force One sur le tarmac de l’aéroport de Genève ou les cortèges de voitures américaines et russes circuler en ville de Genève. C’est toujours impressionnant de voir peut-être 30 ou 40 véhicules assurer la sécurité d’un chef d’Etat russe ou américain. En Suisse, on est tellement loin de ce “show”. Mais si j’étais Président suisse, probablement que je demanderais à Fedpol ou au SRC que le cortège présidentiel suisse soit plus imposant pour le public. Il faut montrer qui est le boss!

La Genève internationale, plateforme de dialogue indispensable

Genève est une ville connue dans le monde entier. Ce sommet a permis de remettre cette ville au cœur de la diplomatie mondiale. En gros, il y a un conflit ou une crise entre deux pays, les dirigeants devraient immédiatement penser à Genève. Un futur sommet Etats-Unis – Chine / Etats-Unis – Corée du Nord / Etats-Unis – Cuba / Etats-Unis – Iran, Genève est prête! Les années Trump et la crise du Covid-19 ont été un cauchemar pour la Genève internationale. Certes, Joe Biden reste un président américain qui défend d’abord ses intérêts mais quand un locataire de la Maison Blanche dit que le multilatéralisme a une importance, alors ses mots résonnent dans le monde entier. La Suisse doit continuer et elle le fera à soutenir la Genève internationale et le multilatéralisme. Face aux armes, le dialogue pour trouver des solutions sera toujours plus fort.

Pas d’accord-cadre entre la Suisse et l’UE

Retour à la case départ pour les relations entre Berne et Bruxelles. Après sept ans de négociations, le Conseil fédéral a annoncé mercredi 26 mai dernier la fin des discussions sur l’accord-cadre. Il n’y aura donc pas d’accord général encadrant les liens et fixant les règles du jeu dans l’importante relation qui lie la Suisse à l’UE. La Commission européenne par la voie de son porte-parole Eric Mamer en a pris acte à regret : “notre accord commercial avec la Suisse a presque cinquante ans d’âge. Nos paquets d’accord sectoriels ont plus de vingt ans d’âge et il est évident que la législation européenne continue à évoluer. Dès lors que nous n’avons pas d’accord-cadre, tous ces accord ne vont pas évoluer et il y aura un décalage de plus en plus grand. Et ce sont des opportunités perdues pour les opérateurs suisses qui opèrent dans l’UE”. La Suisse craignait pour la protection de ses salaires, plus élevés que dans l’UE. Elle redoutait aussi un accès sans restriction des ressortissants européens à ses prestations sociales. Les négociations n’en finissaient plus de piétiner. Parmi les quatre grands partis politiques du pays, l’UDC et le PS étaient contre cet accord institutionnel mais pour des raisons différentes. Quant au Centre et au PLR, ils le soutenaient bien qu’ils demandaient quelques clarifications techniques. L’accord-cadre Suisse-UE est mort. Alors après cet abandon, quelle suite notre pays voudrait-il donner à sa relation avec son principal partenaire commercial?

Le Conseil fédéral en stoppant les négociations a commis une erreur. Certes, cet accord-cadre devait encore être discuté et ajusté avant une signature définitive. La Suisse était en droit d’obtenir les clarifications souhaitées, c’est-à-dire sur la protection des salaires, la directive sur la libre circulation des citoyens de l’Union et les aides d’Etat. Mais venir devant la presse et annoncer que les négociations s’arrêtent là sans avoir discuté d’un plan B au préalable est dangereux pour notre pays. On sait que l’économie n’aime pas l’incertitude. Pourtant, le Conseil fédéral en ne souhaitant pas poursuivre la discussion avec l’UE plonge notre pays et son économie dans une grande incertitude. Pas de nouvelles dates de rencontres dans les prochaines semaines. Le Conseil fédéral a juste fait savoir qu’il souhaite néanmoins sauvegarder la voie bilatérale. Pauvre réponse! Avec cet accord-cadre, on aurait eu plus à gagner qu’à perdre (échanges économiques, recherche, électricité, observation spatiale, santé, échanges académiques, etc.), soit un large panel de domaines. L’Union européenne fait partie du top trois de nos partenaires commerciaux aux côtés des Etats-Unis et de la Chine. A l’inverse, la Suisse est le quatrième partenaire commercial de l’UE. Environ 52% de nos exportations vont vers l’UE alors qu’environ 70% de nos importations proviennent de l’UE. Tout est dit ou presque.

Que faire alors ces prochaines semaines pour assurer nos relations avec l’UE? J’ai beaucoup entendu ces derniers jours parler ou reparler d’une adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen (EEE), refusé à 50,3% en 1992. A titre personnel, je crois à cette solution et elle nous permettrait de garder un accès au marché intérieure européen comme le Liechtenstein, la Norvège et l’Islande, trois pays riches et qui s’en sortent bien. Ces pays n’ont pas perdu leur souveraineté, on ne la perdrait pas non plus. Les socialistes proposent une adhésion de la Suisse à l’UE, cela ne marchera jamais. Les Verts libéraux proposent une adhésion de la Suisse à l’EEE comme “alternative valable”, cette idée me plaît et devrait être soutenue. Le PLR rejette et l’adhésion de la Suisse dans l’UE et l’adhésion dans l’EEE, privilégiant la voie bilatérale. Trop réfléchir tue parfois les bonnes idées.

Pas de lueur d’espoir pour le peuple biélorusse

L’autoritaire président biélorusse Alexandre Loukachenko est un homme plus que jamais isolé sur la scène internationale. Trois jours après le détournement d’un avion de ligne européen pour arrêter Roman Protassevitch, un opposant politique, le Président de la Biélorussie est passé à l’offensive. Ce dernier a martelé que “nos adversaires de l’étranger et à l’intérieur du pays ont changé leur méthode pour attaquer notre Etat. Ils sont passés de l’organisation d’émeutes à une politique d’étranglement”. Il y a une semaine exactement, un avion de chasse biélorusse a prétexté une alerte à la bombe pour détourner vers la capitale Minsk un vol commercial reliant Athènes (Grèce) à Vilnius (Lituanie) avec 170 passagers à bord. L’objectif était d’arrêter l’opposant et sa compagne. Outré, les 27 dirigeants européens ont fermé leur espace aérien à la compagnie aérienne Belavia. Depuis, Roman Protassevitch, le jeune journaliste arrêté, et sa compagne, sont apparus dans des vidéos diffusées par le pouvoir biélorusse. “Je reconnais avoir joué un rôle dans des manifestations à Minsk”, a déclaré l’opposant. Mais Svetlana Tikhanovskaïa, la figure de proue de l’opposition de ce pays de 9,5 millions d’habitants, et les proches dénoncent des déclarations sous la contrainte. Face à ce régime dictatorial, allié fidèle mais encombrant de la Russie, l’Union européenne ne cesse de renforcer au fil des années les sanctions, notamment économiques. Mais de l’aveu même d’Emmanuel Macron, cela ne suffit plus : “Aussi bien sur la Biélorussie que la Russie, aujourd’hui nous sommes à la limite des politiques de sanctions”. Alors les Européens peuvent-ils faire plier Alexandre Loukachenko à coup de sanctions? L’absence de condamnation de Vladimir Poutine laisse-t-elle présager de nouvelles tensions avec l’Union européenne?

Alexandre Loukachenko se maintient au pouvoir grâce au soutien du voisin russe. Face à la perte d’influence dans son arrière-cour, les pays de l’Asie centrale ou ceux du Caucase du Sud, le Kremlin a absolument besoin d’un pays allié et tampon qui sépare la Russie de l’UE. Vladimir Poutine a déjà “perdu” l’Ukraine en 2014, il ne veut revivre un tel scénario avec la Biélorussie. Arrivé au pouvoir en 1994, Alexandre Loukachenko s’est proclamé vainqueur l’été passé d’une énième élection présidentielle truquée et dénoncée par la société civile. Plusieurs villes du pays dont la capitale Minsk ont vu défiler des milliers de manifestants dénonçant les pratiques du régime de Loukachenko. On aurait pu croire à un renouveau politique dans le pays mais hélas l’autoritaire président en a décidé autrement. Il a envoyé ses sbires réprimer brutalement toute opposition, et avec l’aide évidente de la Russie. Au-delà de ces tragiques événements pour la démocratie et l’Etat de droit dans ce pays, je ne crois pas ou plus à une politique de sanctions. Elle est d’un autre temps. Cela fait des années que l’Union européenne sanctionne la Biélorussie mais Alexandre Loukachenko a toujours réussi à se maintenir au pouvoir. Idem pour Bachar al-Assad et ses proches en Syrie. On croyait à sa chute en 2011 et voilà qui vient d’être réélu pour un quatrième mandat. Les sanctions n’ont pas d’effet car des pays comme la Chine ou la Russie soutiennent financièrement ce type de régimes politiques. Alors quid d’une intervention militaire pour faire tomber Alexandre Loukachenko? Celle-ci serait trop risquée et aucun pays de l’UE voudrait affronter la Russie qui répliquerait sans doute. Je crois aux vertus du dialogue mais celui-ci doit être ferme avec Alexandre Loukachenko. Bien que je regrette et déplore qu’aucun des sept membres du Conseil fédéral n’ait reçu officiellement Svetlana Tikhanovskaïa lors de sa venue en Suisse en mars dernier, la Suisse a une carte à jouer. Elle peut et doit servir d’intermédiaire dans les échanges UE – Biélorussie/Russie car elle est un pays neutre qui discute avec tout le monde. Lors du sommet Biden-Poutine à Genève le 16 juin prochain, j’espère que ce dossier sera aussi au menu des discussions entre les deux grandes puissances. Si ce n’est pas le cas, alors il faut impérativement que la Genève internationale organise un sommet sur la Biélorussie avec la présence de tous les acteurs du conflit.

Lors de sa visite en Suisse en mars de cette année, Svetlana Tikhanovskaïa a appelé le Gouvernement suisse à imposer des sanctions ciblées contre le régime de Loukachenko. Photo : ATS

La première chose que les Européens et les Suisses doivent exiger auprès de Minsk est la libération immédiate et sans conditions de tous les opposants politiques. La société civile biélorusse a exigé et continue d’exiger une transition politique après des années de Loukachenko au pouvoir. Faute sinon de voir à mon avis le pays sombrer dans une guerre civile. Pour obtenir des concessions de la Biélorussie, il faut commencer par renouer le dialogue avec Vladimir Poutine sans lui cracher des sanctions au visage. On sait tous que Vladimir Poutine a les cartes en main pour débloquer la situation. Non seulement dans le dossier biélorusse mais aussi sur les dossiers syrien ou libyen par exemple. C’est un acteur indispensable dans bien des conflits et nous avons besoin de lui comme lui a besoin de nous. Cessons d’abord de sanctionner la Russie et peut-être que le Kremlin se montrera prêt à être à l’écoute de nos attentes et de nos craintes. Si l’UE continue à isoler la Russie des grands sujets internationaux, les résolutions de conflit ne verront jamais le jour.

Il faut sauver le dossier européen

Rien ne va plus au sein du Conseil fédéral. Le Nouvelliste nous apprenait vendredi qu’une majorité parmi les sept Conseillers fédéraux songerait à tout simplement cesser les discussions en cours depuis 2014 sur l’accord-cadre entre la Suisse et l’Union européenne. Parallèlement, un sondage de l’institut gfs.bern révélait quelques jours plutôt qu’une majorité de citoyens suisses soutiendrait cet accord institutionnel, avec près de deux Suisses sur trois pour un tel accord. Une dégradation de nos relations avec l’UE voire une résiliation complète de l’ensemble des accords déjà en vigueur serait une catastrophe pour notre pays. Le Gouvernement fédéral serait-il devenu sourd face à la volonté du peuple suisse de poursuivre les négociations?

Le Président de la Confédération Guy Parmelin était à Bruxelles le 23 avril dernier pour une rencontre officielle avec la Présidente de la puissante Commission européenne Ursula von der Leyen. Après quelques mois de négociations techniques, cette rencontre politique aurait du mettre un point final aux discussions. Guy Parmelin avait deux heures pour convaincre et clarifier les points encore ouverts. Hélas, après déjà une heure d’entretien, les deux présidents sont arrivés à la conclusion que chaque camp restait sur ses positions initiales. Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire. “Avec la Présidente de la Commission européenne, nous avons constaté que les divergences qui subsistent entre nos positions sont importantes” a dit le Président helvète devant les journalistes présents à l’ambassade de Suisse en Belgique. Ce voyage a été une perte de temps et n’a servi à rien pour faire avancer ce dossier complexe, il faut oser le dire. Un coup de téléphone de 10 minutes aurait suffit à mon avis. Les relations entre la Suisse et l’Union européenne sont vitales pour notre pays. Plusieurs domaines sont directement ou indirectement concernés : les banques, les transports, la culture, la recherche, les relations avec les pays tiers (hors Suisse et UE), la défense ou encore la coopération policière. J’appuie la signature de cet accord entre Berne et Bruxelles au plus vite pour les raisons suivantes : primo la Suisse compte parmi ses trois principaux partenaires commerciaux l’UE mais aussi les Etats-Unis et la Chine. 52% des exportations suisses vont vers l’UE et 70% des importations proviennent de l’UE. Enfin, 315’000 frontaliers français, allemands, italiens et autrichiens viennent chaque jour travailler en Suisse, notamment dans les hôpitaux, sur les chantiers, dans nos centres de recherche scientifique ou encore dans nos cafés-restaurants et hôtels. Renoncer à tout cela signifierait la mort lente de notre économie, ou certainement une perte de confiance de la part d’investisseurs étrangers.

Les sept sages doivent absolument prendre connaissance de ce sondage. La Suisse et certains de ses Cantons sont tournés vers l’exportation et ont évidemment besoin de stabilité dans les relations Suisse – UE. Les relations avec les Etats-Unis et la Chine risquent de se compliquer dans les mois à venir pour des raisons différentes. Certes, la Suisse ne fait pas partie de l’Union européenne mais dans son histoire et dans sa culture, elle est très proche des cultures française, allemande, italienne ou encore autrichienne. Le Conseil fédéral a le choix de signer cet accord et de normaliser ses relations commerciales ou de rejeter l’accord et de se mordre les doigts dans les années à venir. C’est à prendre ou à laisser!

PS : Tout comprendre sur l’accord-cadre… https://www.rts.ch/info/suisse/10262336-laccordcadre-pour-les-nuls-trois-fois-deux-minutes-pour-tout-comprendre.html

Peut-on et doit-on rire de tout?

A la suite d’un sketch des deux Vincent moquant le monde du théâtre et d’une vidéo de l’humoriste Claude-Inga Barbey dans la peau d’une personne transgenre, le débat sur le droit de rire de tout est réapparu ces derniers jours. Haine, insultes et même menaces de mort, à l’heure actuelle oser s’attaquer à certains sujets de façon humoristique comme par exemple la maladie, la religion ou les LGBT signifie prendre de gros risques. Hier, le célèbre sketch d’Elie Semoun et de Dieudonné, Cohen et Bokassa, passait sans problème. Aujourd’hui, le même sketch serait inimaginable. En 2021, peut-on encore rire de tout?

Depuis une année, la Suisse, l’Europe et le reste du monde vit au ralenti. La pandémie de Covid-19 a complètement remis en cause nos manières de vivre : plus de sorties culturelles (musées, théâtre, cinémas), plus de dégustation de bons petits plats au restaurant, plus le droit de s’embrasser, etc. Dans ce contexte, le temps de la rigolade ou des gags n’est pas forcément la priorité des gens. Et pourtant, je pense qu’au contraire un peu de légèreté ne nous ferait pas de mal. Face aux incertitudes économiques, à la méfiance des vaccins, au ras-le-bol des mesures, une bonne dose d’humour est plus que bienvenue. J’avoue n’avoir pas très bien compris les deux récentes polémiques sur les sketches évoqués précédemment. Je les ai regardés et n’ai pas trouvé quelque chose d’offensant. Dans nos démocraties libérales, je crois sincèrement au besoin de rire, de caricaturer, de moquer dans un esprit bon enfant et respectueux. Les artistes de scène, les humoristes, les youtubeurs sont là pour divertir nos esprits, déjà mis à rude épreuve quotidiennement par le travail, la vie de famille et depuis une année par le coronavirus. Quand j’ai entendu les propos de Jacopo Ograbek (Collectif radical d’Action Queer et avocat) et de Dominique Ziegler (auteur et metteur en scène) l’autre soir sur le plateau d’Infrarouge, ils étaient à mon goût déplacés voire agressifs. Au point de se demander s’il arrive à ces deux messieurs de rigoler de temps à autre, tellement ils ont remis en cause le travail d’une comédienne comme Claude-Inga Barbey.

Nous pouvons et devons rire de tout mais sans jamais entrer dans la haine ni l’exclusion d’un groupe de personnes voire d’une minorité. Rigoler des blancs, des métisses, des noirs, du christianisme, du bouddhisme, de l’hindouisme, de l’islam, du judaïsme, des politiciens, des stars a toujours existé. Je n’ai trouvé aucune trace de propos violents ou déplacés dans le sketch des deux Vincent ni dans le sketch de Claude-Inga Barbey. Les actrices et acteurs du monde culturel doivent bénéficier d’une certaine liberté dans leur performance artistique tout comme les dessinateurs de presse. Attention au risque de vouloir tout ou trop censurer, on finira par poser les jalons d’un régime dictatorial où rigoler vaudra la peine de mort.

Bachar Al-Assad, lui ou le chaos

Il y a 10 ans, lors des Printemps arabes, les jours du Président syrien Bachar Al-Assad semblaient comptés. Avec l’appui de son armée, il a pu dans les premières années du conflit résister aux mouvements de contestation de la rue. Face la progression des groupes djihadistes comme l’Etat islamique, Bachar Al-Assad s’est présenté et à juste titre comme un rempart contre le terrorisme. “Aucune solution ne peut être trouvée contre le terrorisme, exceptée de réprimer avec une main de fer”, disait-il en 2011. Soutenu militairement par la Russie et l’Iran pour des raisons stratégiques différentes, le Président Al-Assad est accusé d’avoir plongé son pays dans le chaos. Le conflit en chiffres fait froid dans le dos : 400’000 morts, 12 millions d’exilés et de déplacés. Aujourd’hui, il ne dirige plus que les 3/4 de son pays, la Syrie est ruinée après des années de conflit et l’été prochain, Bachar Al-Assad devrait être réélu à la tête du pays pour un quatrième mandat. Les Etats-Unis, la France et l’Union européenne qui exigeaient son départ il y a quelques années, demandent à présent une sortie de crise négociée. Comment nous Occidentaux devons envisager notre future relation avec la Syrie? Qui de la Russie ou de l’Iran peut vraiment faire pression sur Bachar Al-Assad pour obtenir des résultats? Après les interventions militaires catastrophiques des Occidentaux en Irak et en Libye, n’est-il pas préférable de laisser en place des dirigeants autoritaires au nom de la stabilité?

Pour répondre à ma première question, je crois qu’il faudrait réinstaurer des contacts diplomatiques avec la capitale syrienne. Washington, Paris, Bruxelles et la Genève internationale doivent accepter la présence de l’actuel président à la tête de la Syrie. Je ne vois pas d’alternative à Bachar Al-Assad, pour le moment. Certes, les relations ne pourront pas être tout de suite à haut niveau, mais elle le redeviendront au fil des années. Je crois aux vertus du dialogue, même ferme, et aux échanges, pas aux armes ni aux bombes.

Pour répondre à ma deuxième question, c’est clairement la Russie qui tient le destin du Président syrien entre ses mains. La Russie et l’Iran sont deux pays sous sanctions mais le premier est une puissance internationale et militaire qui compte sur la scène internationale. Le deuxième est une aussi une puissance mais sur un plan régional. Depuis 2015, la Russie s’est beaucoup investie pour soutenir l’intégrité territoriale de la Syrie ainsi que son Président. Mais un soutien ne va pas sans conditions. Le chef de l’Etat russe Vladimir Poutine commence à s’exaspérer de voir la situation toujours instable malgré l’intervention de son pays pour stabiliser la Syrie. Et il attend bien-sûr un retour sur investissement de la part de son homologue syrien. Un peu comme le Président français Emmanuel Macron dans la région du Sahel.

Les Présidents russe et syrien, Vladimir Poutine (à droite) et Bachar Al-Assad (à gauche) en pleine discussion lors d’une rencontre officielle à Sotchi en mai 2018. Photo : GreekMan Socks

Pour répondre à ma troisième et dernière question, les interventions militaires en Irak en 2003 et en Libye en 2011 ont été catastrophiques non seulement pour ces peuples mais aussi pour le Moyen-Orient et l’Europe. Autrefois, la Syrie était un pays culturellement riche. Des communautés Arabes chiites et sunnites, des Juifs ainsi que des Chrétiens vivaient en parfaite harmonie. Mon professeur d’histoire au gymnase du soir s’était rendu en Syrie en 1997. Il nous avait expliqué ce patchwork multiconfessionnel. Aujourd’hui, c’est un pays abîmé par des années de guerre et par la présence de terroristes islamistes, notamment de jeunes Européens. Les puissances occidentales devraient s’abstenir de toute intervention militaire musclée pour faire renverser des dirigeants. On intervient toujours pour amener la démocratie mais cela se traduit très souvent par davantage de violence et de chaos. On ne peut pas simplement calquer nos modèles de démocratie sur ces “jeunes” pays.

https://www.youtube.com/watch?v=FfgU1NWuWBc

En conclusion, la population syrienne continue de payer un lourd tribut. L’ONU estime à environ 5,6 millions le nombre de Syriennes et Syriens ayant fui le conflit pour trouver refuge en Turquie, au Liban, en Jordanie et bien-sûr chez nous en Europe. Les résultats des interventions militaires en Irak et en Libye ont été contre-productifs. Deux pays toujours instables et dont on n’arrive pas à trouver une solution qui permettrait de faire taire les armes. C’est pourquoi face à l’envie de changement de régime de la part des Occidentaux dans certains pays, je préfère dialoguer avec des dirigeants comme Vladimir Poutine en Russie, Recep Tayyip Erdogan en Turquie ou encore Abdel Fattah Al-Sissi en Egypte car ils défendent peut-être moins les principes de démocratie et de respect de l’Etat de droit mais ils assurent une stabilité aux portes de notre continent européen. Et n’oublions pas que bien des leaders arabes sont laïques et nous sont utiles dans notre lutte contre le terrorisme islamiste et l’islam politique.

Biden – Harris : peuvent-ils relever l’Amérique?

Mercredi dernier, le 46ème Président des Etats-Unis d’Amérique, Joe Biden, a officiellement prêté serment au Capitole. C’est devant les anciens chefs d’Etat Bill Clinton (1993-2001), George W. Bush (2001-2009) et Barack Obama (2009-2017) ainsi que le Vice-Président sortant Mike Pence que Joe Biden a promis de réunifier un pays divisé. Comme l’avait annoncé Donald Trump sur son compte Twitter avant que celui-ci ne soit supprimé, il n’a pas souhaité assister à la cérémonie d’investiture. Une première dans l’histoire récente des Etats-Unis. A cette occasion, la capitale Washington, D.C. avait été placée sous haute protection, par peur de nouveaux heurts. Deux semaines avant, le 6 janvier, des partisans de l’ex-Président avaient envahi illégalement et de manière violente le Capitole, symbole de la démocratie aux Etats-Unis et dans le monde. Le Démocrate de 78 ans aura ces quatre prochaines années beaucoup de travail pour réconcilier deux Amériques qui ne se comprennent plus. Quels seront ses grands chantiers? Arrivera-t-il a replacer les Etats-Unis dans le concert des nations?

Tourner la page des années Trump

A peine investi, Joe Biden a pris possession de la 1600 Pennsylvania Avenue, là où se situe la célèbre Maison Blanche. Le Président démocrate a prévenu sur son compte Twitter qu’il n’y avait “pas de temps à perdre pour s’attaquer aux crises” qui frappent durement les Etats-Unis. Après une gestion chaotique de la pandémie par son prédécesseur, il a promis une stratégie nationale pour lutter contre le Covid-19. Joe Biden a aussi annulé le retrait de son pays de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il va également relancer une économie essoufflée, réintégrer l’accord de Paris sur le climat (décret présidentiel signé le 20 janvier) ou encore réformer la justice. C’est un programme ambitieux pour un pays qui est par moment au bord de la guerre civile, il n’y a qu’à voir les paroles des partisans les plus extrêmes de Donald Trump. Joe Biden devra convaincre Démocrates, Républicains et surtout les citoyens de le soutenir pour arriver à atteindre ses objectifs. Je crois qu’il n’a pas le choix s’il veut montrer qu’il est le candidat qui aura réussi à remettre le pays sur de bonnes rails.

Le retour de l’Amérique

Sur le plan international, Joe Biden devra “réparer” l’image des Etats-Unis dans le monde, notamment après quatre années de bouleversement géopolitique voulu par son prédécesseur. Par exemple, rétablir une relation apaisée avec l’Union européenne ou défendre les principes du multilatéralisme. Donald Trump en osant lancer une guerre commerciale avec la Chine, en retirant des troupes stationnées au Moyen-Orient ou en déplaçant l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem n’avait pas tort de s’y atteler. La façon de le faire aurait pu être plus diplomatique. Je pense sincèrement que Joe Biden arrivera à relancer des contacts au niveau international et à replacer son pays dans le concert des nations. Mais ce ne sera pas sa priorité car il a déjà beaucoup à faire au niveau intérieur. Personne n’est dupe, le Président démocrate aura toujours en tête de défendre les intérêts américains d’abord. Simplement que le ton pour s’adresser aux autres dirigeants sera plus courtois et respectueux. Quid des futures relations Suisse – Etats-Unis? Elles sont déjà excellentes et les Etats-Unis ont besoin de nous dans les dossiers compliqués de l’Iran ou du Venezuela. Joe Biden connaît bien la Suisse, il est venu plusieurs fois au WEF de Davos. En février 2014, il s’était même entretenu avec le Président suisse Didier Burkhalter à Washington, D.C.

Le Président de la Confédération Didier Burkhalter (à gauche) lors d’un entretien avec l’ancien Vice-Président Joe Biden (à droite) dans la capitale fédérale américaine en février 2014. Menu de la discussion : l’Ukraine. Photo : OSCE

Joe et Kamala, unis pour réconcilier

Joe Biden est un vieux routier de la politique américaine. Elu au Sénat à 30 ans, Vice-Président sous les deux mandats de Barack Obama, apprécié chez les Démocrates comme chez les Républicains, il a toutes les cartes en main pour user de ses talents de négociateur. Je ne crois pas qu’il sera bloqué dans ses ambitions, il saura convaincre ses adversaires en leur faisant des concessions sur certains dossiers. Joe Biden en choisissant comme Vice-Présidente Kamala Harris a fait un excellent choix pour mettre en avant la diversité au sein de son cabinet. Le duo Biden-Harris peut relever l’Amérique des années Trump mais il ne devra pas se contenter de gouverner depuis la capitale. Voyager à travers les 50 Etats, y compris ceux dit “républicains” parait primordial pour montrer qu’ils sont capables de réconcilier deux peuples et de faire avancer le pays. God bless Joe & Kamala!

“Get Brexit done”

S’il fallait retenir un seul évènement des fêtes de fin d’année passées, ce serait sans aucun doute l’accord sur le Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Les négociateurs des deux camps ont réussi à se mettre d’accord sur les dernières modalités encore ouvertes. Cet accord conclu la veille de Noël permet d’entériner définitivement le Brexit. Autrement dit, le divorce entre Bruxelles et Londres est scellé. Tant du côté du 10 Downing Street (résidence officielle et lieu de travail du Premier ministre britannique) que du côté de Berlaymont et Europa (respectivement les bâtiments de la Commission européenne et du Conseil européen), on s’est réjoui de cet accord in extremis. Une situation sans accord aurait eu des conséquences dangereuses sur l’économie européenne et britannique, déjà ébranlées par la pandémie du coronavirus. Mais au fait, quel est le contenu de l’accord? Qu’est-ce qui va changer pour les résidents britanniques établis dans l’UE et pour les Européens au Royaume-Uni?

Un accord en 1246 pages

Le texte de l’accord sur le Brexit entre Londres et Bruxelles se décortique en 1246 pages. Il permet de fixer le cadre des relations économiques et commerciales au 1er janvier 2021. Je ne pourrai pas m’arrêter sur chaque point négocié mais dans les grandes lignes, cet accord fixe des règles dans les domaines suivants : les biens, la concurrence, les différends, la pêche, les transports ou encore la coopération judiciaire. Le texte complet, pour les motivés, peut être téléchargé ici. Les droits des 4,2 millions de citoyens européens établis au Royaume-Uni et qui ont fait une demande de statut de résidence l’automne passé seront protégés. Les Européens qui souhaiteraient s’établir au Royaume-Uni après le 1er janvier 2021 seront soumis à des conditions plus drastiques. L’âge, la maîtrise de l’anglais, le niveau d’études et les finances seront pris en compte pour obtenir un visa, valable 5 ans.

Quant aux Britanniques déjà domiciliés en Europe continentale avant 2020, ils conserveront leurs droits. Et pour les Britanniques qui voudraient s’établir sous le soleil espagnol ou croate, ils seront soumis aux mêmes contraintes (capital financier, exigences linguistiques, assurance santé, etc.) que les ressortissants de pays tiers.

Le trio gagnant du Brexit

L’Union européenne, le Royaume-Uni et la Suisse mais indirectement concernée peuvent se réjouir de l’accord trouvé et signé au sujet du Brexit. S’il n’y avait pas eu d’accord, les échanges économiques entre Londres et l’UE se seraient passés selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est-à-dire avec des droits de douane, des quotas et une plus grande bureaucratie aux frontières. Un scénario d’horreur qui voulait être évité des deux côtés de la Manche. D’ailleurs, on a tous vu ces embouteillages montrant des camions voulant se rendre soit sur le continent soit au Royaume-Uni. Il aura fallu quatre ans et demi pour parvenir au bout des difficiles négociations, entamées dès 2016 par l’ancienne Première ministre britannique Theresa May. Le “no deal” a été évité et le duo Ursula von der Leyen et Charles Michel comme Boris Johnson sont tous les trois gagnants au final. Personne n’a perdu la face, même pendant les heures les plus dures des négociations. Une future relation actée et même signée de la main de Sa Majesté La Reine.

PS : quid de la future relation entre la Suisse et le Royaume-Uni? La Suisse s’était évidemment préparée autant que possible à la sortie britannique du club européen. Elle a signé plusieurs accords bilatéraux en ce qui concerne les transports, les assurances, le commerce ou encore la migration. Notre future relation est assurée, ouf! Le Président de la Confédération cette année Guy Parmelin a même salué la signature du traité commercial entre le Royaume-Uni et l’UE. La seule chose que l’ont peut regretter est l’absence de tout contact au sommet de l’Etat entre la Suisse et le Royaume-Uni. Depuis 2016, pas une seule rencontre officielle à Berne ou à Londres entre, côté suisse Johann Schneider-Ammann (2016) / Doris Leuthard (2017) / Alain Berset (2018) / Ueli Maurer (2019) ou Simonetta Sommaruga (2020), et côté britannique Theresa May (2016-2019) ou Boris Johnson. Seuls deux faits à retenir : une rencontre bilatérale entre Doris Leuthard et Theresa May à New York en marge de la 72e Assemblée générale de l’ONU. Et un entretien bilatéral entre Alain Berset et Theresa May à Davos en marge du WEF.

Guy Parmelin rencontrera-t-il cette année le Premier ministre britannique Boris Johnson? Photo : Peter Klaunzer | Keystone-ATS

Entre Israël et les nations arabes, une paix plus que bienvenue

Le 13 août dernier, Donald Trump annonçait sur son compte Twitter la reconnaissance réciproque entre Israël et deux monarchies du Golfe. Autrement dit, l’établissement de relations diplomatiques entre l’Etat hébreu et deux pétro-monarchies: les Emirats arabes unis et Bahreïn. Deux mois plus tard, c’est le Soudan qui annonçait à son tour une normalisation des relations avec Jérusalem. Enfin, au début de ce mois, le Royaume du Maroc devenait la sixième nation arabe à officialiser ses relations avec Israël. Après l’Egypte (1979) et la Jordanie (1994), quatre nouveaux pays musulmans s’apprêtent à ouvrir des ambassades et développer des relations économiques dans des secteurs comme le tourisme, la technologie (y compris militaire) et l’énergie. Pourquoi les Etats-Unis voulaient-ils absolument ces accords? Face aux critiques des Palestiniens et de certains pays européens, n’est-il pas réjouissant de voir deux peuples, l’un juif et l’autre arabe, faire la paix?

De droite à gauche: le Président Donald Trump, le Ministre des affaires étrangères bahreïnien, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le Ministre des affaires étrangères émirati descendent les marches pour aller signer les accords d’Abraham, Washington DC, 15 septembre 2020. Photo: The White House

Passer le relais à des puissances régionales

Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, Donald Trump a complètement dynamité les relations internationales établies depuis 1945. Lors d’un précédent article en date du 1er novembre dernier, j’avais déjà expliqué ma position. Je ne suis pas tout à fait en désaccord avec la politique étrangère de Donald Trump. Il fallait bouger un peu les lignes suite à des années d’immobilisme. Après des années de présence dans cette région du monde, il est temps à mon avis que d’autres puissances, internationales avec la Russie ou la Chine, ou régionales avec la Turquie ou les Emirats arabes unis, prennent le relais quant à assurer la stabilité là-bas. Ces pays sont des alliés et on peut compter dessus. Le retrait de l’ensemble des troupes américaines doit se poursuivre.

L’Iran, ennemi de tous

Le premier but recherché à travers cette normalisation est d’appeler les nations arabes à isoler et étouffer économiquement la République islamique d’Iran. L’autre objectif est de vendre du matériel de défense américano-israélien aux pays de la Ligue arabe. Qui sont les soutiens et les ennemis de l’Iran? Je vous recommande cet article du Figaro qui explique les relations entre l’Iran et chacun des pays ci-après. Pour résumer, les “amis” de Téhéran sont: la Syrie, le Liban, l’Irak et le Yémen. Les ennemis sont composés de l’Arabie saoudite, du Bahreïn, du Soudan et d’Israël. Il y a trois pays qui sont plutôt défavorables à l’Iran bien qu’ils entretiennent des relations bilatérales: les Emirats arabes unis, la Jordanie et l’Egypte. Enfin, il y a les pays médiateurs avec le Qatar, Oman, la Turquie et le Koweït. Donald Trump avait promis un retour des sanctions contre l’Iran, c’est presque chose faite. On doit aussi beaucoup à la Suisse pour son rôle primordial dans la désescalade des tensions récurrentes entre Washington et Téhéran.

Une paix sur le long terme

Je suis personnellement satisfait de voir un pays comme Israël chercher la paix avec ses voisins arabes. Une nouvelle page se dessine dans cette région du monde, habituée aux conflits et aux guerres sans fin. Ces accords de paix seront bénéfiques pour l’ensemble de la région et ici en Europe. Je crois sincèrement qu’une paix peut durer dans cette région du Moyen-Orient. La création d’un Etat palestinien ou le sort des réfugiés palestiniens sont discutés depuis des années sans vraiment de grandes avancées. Cette question commence à ennuyer les monarchies du Golfe elles-mêmes. Le temps a passé, l’ennemi a changé. J’espère que l’Arabie saoudite sera le prochain pays à normaliser ses relations avec Israël. Cependant, attention aux Palestiniens, ils ne doivent pas être oubliés mais faire partie d’une quelconque solution.

Guy Parmelin: Président de la Confédération suisse en 2021

L’UDC Guy Parmelin présidera la Confédération suisse pour la première fois dès le 1er janvier 2021. L’Assemblée fédérale (Conseil national et Conseil des Etats réunis) l’a élu mercredi 9 décembre dernier avec un joli score de 188 voix sur 202 bulletins valables. L’actuelle Présidente Simonetta Sommaruga lui remet les clés du pays sur fond de crise du coronavirus. De grands défis économiques et sociaux attendent l’UDC vaudois.

“Est élu avec 188 voix, Monsieur Guy Parmelin”. Il est midi ce mercredi 9 décembre 2020 quand le Président de l’Assemblée fédérale Andreas Aebi prononce cette phrase. L’UDC vaudois Guy Parmelin succède à la socialiste bernoise Simonetta Sommaruga à la présidence de la Confédération suisse. Son entrée en fonction est prévue pour le 1er janvier 2021. Si toutes les transitions de pouvoir pouvaient être aussi simples et courtoises que chez nous, il y aurait moins de conflits politiques à l’étranger. N’est-ce pas Monsieur le Président des Etats-Unis d’Amérique, cher Donald Trump? C’est un joli score qu’a réalisé le Vaudois de 61 ans, avec 188 voix sur 202 bulletins valables. Pandémie de coronavirus oblige, Guy Parmelin n’aura pas le droit à la traditionnelle fête, ni même au déplacement en train jusque dans son Canton d’origine.

Le paysan devenu Président suisse

Même si aujourd’hui Guy Parmelin est un homme d’Etat, il n’oublie pas ses origines du monde paysan. Comme le rappelait d’ailleurs plusieurs de ses amis d’enfance dans le 24 heures de ce week-end. L’UDC vaudois arrive au sommet du pouvoir aussi un 9 décembre, mais en 2015. Décidemment, il porte le 9 dans son cœur. Il permet ainsi au Canton de Vaud de lui offrir son 15ème Conseiller fédéral. Il a succédé à Eveline Widmer-Schlumpf, la PBD grisonne, détestée et rejetée par son ancien parti l’UDC. Avant de diriger le Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), Guy Parmelin a été pendant 3 ans à la tête du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS). Son prochain combat sera rude: convaincre les Suisses du bien fondé de “l’Accord de partenariat économique de large portée entre les Etats de l’AELE et l’Indonésie”. Verdict le 7 mars prochain.

A l’occasion de la journée de découverte des métiers de la terre, le Conseiller fédéral Guy Parmelin renoue avec son métier de base. Rencontre sympathique avec une participante à la Fête des vignerons, Puidoux, juin 2019. Photo: Keystone

Une année 2021 avec beaucoup de défis

Les premiers mois de sa présidence seront très scrutés par ses collègues, les Parlementaires et la population. Guy Parmelin devra essayer de sortir la Suisse de la crise du Covid-19. Ce sera le gros challenge de son année présidentielle. Arrivera-t-il à faire entendre les préoccupations vaudoises au sein du Conseil fédéral? Bilan dans une année. Sur le plan européen et/ou international, il ira représenter la Suisse à l’étranger. Un voyage est déjà programmé en Autriche le mois prochain, c’est un déplacement traditionnel que font tous les Présidents suisses élus. En vue de la votation du 7 mars prochain (voir paragraphe ci-dessus), probablement qu’il se rendra entre janvier et février en Indonésie, si les conditions sanitaires le permettent. Et ce n’est pas impossible qu’en cas de solution trouvée entre Berne et Bruxelles sur l’accord-cadre, il doivent se rendre dans la capitale belge et signer le texte. Comment réagira son parti l’UDC quand on sait qu’ils sont fermement opposés cet accord? Il ne recevra pas que des compliments et subira probablement beaucoup de pression de l’aile zurichoise. Mérite à sa collègue Simonetta Sommaruga d’avoir relancé les contacts avec la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour faire le point sur les relations Suisse – UE.

Une seconde année présidentielle sur fond de crise mondiale

La seconde année présidentielle de Simonetta Sommaruga restera comme unique dans l’histoire suisse. En temps normal, l’agenda d’un(e) Président(e) suisse consiste à voyager dans les Cantons, inaugurer des expositions, faire des discours, recevoir des chefs d’Etat et évidemment gérer son propre département. A l’étranger, il/elle représente la Suisse dans le monde lors de voyages officiels. Avec la pandémie, tout cela a plus ou moins été annulé ou s’est transformé en rencontre virtuelle. Simonetta Sommaruga aurait de quoi être un peu fâchée car depuis le début de la pandémie, on a beaucoup vu sur le devant de la scène médiatique ses collègues Alain Berset, Guy Parmelin et Ueli Maurer. Une année présidentielle, même si le pouvoir est limité en Suisse, c’est l’occasion de se faire connaître un peu plus et de laisser une trace personnelle. Simonetta Sommaruga n’a pas de chance car elle a déjà été présidente en 2015 et cette année-là avait été marquée par une vague d’attentats terroristes en Europe et la crise migratoire qui a fortement divisé les pays européens.

Le Conseil fédéral doit jongler entre intérêts économiques, défendus par Guy Parmelin, et intérêts sanitaires, défendus par Alain Berset. Photo: KEYSTONE/Alessandro della Valle

Clap de fin pour la “56e femme la plus puissante du monde”

Un troisième mandat présidentiel en 2027? Je ne le pense pas car en général un(e) Conseiller(ère) fédéral(e) reste au pouvoir entre 10 et 15 ans. Simonetta Sommaruga a été élue au Conseil fédéral en 2010, cela fait donc déjà 10 ans de pouvoir. Elle va sûrement rester jusqu’à la fin de la législature en 2023, et ensuite elle donnera sans surprise sa démission du Conseil fédéral. En attendant, on peut la féliciter pour deux choses: primo d’avoir affrontée cette crise sanitaire tout en gardant une certaine humilité et un calme, contrairement à d’autres chefs d’Etat. Secundo de s’être classé à la 56e position des femmes les plus puissantes du monde. Classement organisé par le célèbre magazine Forbes. Belle récompense pour une clap de fin!

 

PS: aux fous et intéressés comme moi des relations Suisse – monde…

Voyages de Simonetta Sommaruga en 2020: Autriche, Ukraine et Italie.

Réceptions officielles par Simonetta Sommaruga à Berne en 2020: Nauru, Ghana et Autriche.

Entretiens téléphoniques de Simonetta Sommaruga en 2020: Ukraine, Géorgie, Italie, UE, Allemagne, Cameroun, Iran, Suède, Ghana, Jordanie, Espagne, Corée du Sud, Ethiopie, Israël, Singapour, Tunisie, Népal, Pérou, Roumanie, Portugal, Finlande, Belgique et France.