Simonetta Sommaruga reçue pour une visite présidentielle en Ukraine

La Présidente suisse a honoré l’invitation reçue à Davos de son homologue ukrainien Volodymyr Zelenskyy. Après la Pologne et l’Autriche en janvier, cette visite présidentielle est le premier déplacement officiel à l’étranger depuis l’apparition du coronavirus sur le continent européen. Retour sur ces trois jours de visite intenses qui ont permis de montrer l’importance des relations Suisse – Ukraine.

Le Président de l’Ukraine, Volodymyr Zelenskyy, a accueilli avec les honneurs militaires à Kiev Simonetta Sommaruga, Présidente de la Confédération suisse. Il s’agissait de la première visite d’un président suisse en fonction dans “le grenier à blé de l’Europe”. Durant les entretiens officiels entre les deux chefs d’Etat au Palais Mariinsky, ils ont mis en avant le potentiel économique qu’offre l’Ukraine pour les entreprises helvétiques. La Suisse est aujourd’hui pour l’Ukraine le cinquième donateur et le cinquième investisseur privé. Simonetta Sommaruga s’est aussi réjoui de voir l’Ukraine œuvrer en faveur du respect de l’Etat de droit et de la lutte contre la corruption. Berne organisera d’ailleurs en 2022 une conférence sur les réformes lancées par les autorités ukrainiennes (gouvernance, santé, développement durable, économie, etc.). Nos entreprises sont prêtes à investir mais il leur faut une sécurité juridique garantie. Avant de s’entretenir avec le Premier ministre Denys Shmyhal ainsi qu’avec des représentants de la société civile, elle a tenu à rappeler et à juste titre le point de vue de la Suisse sur l’annexion de la Crimée. Celle-ci est une violation claire du droit international.

Sommaruga et Zelenskyy dans le Donbass

Au troisième et dernier jour de sa visite, la Présidente Sommaruga s’est rendue avec le Président Zelenskyy à l’est de l’Ukraine. Cette région est en proie à des violences depuis 2014, elles opposent le pouvoir central (Kiev) à des séparatistes pro-russes soutenus par Moscou. La Suisse, à travers la mission de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), participe activement à trouver une solution durable et acceptable par les deux parties en conflit. Simonetta Sommaruga tenait à “visiter” le Donbass pour voir de ses propres yeux la souffrance des habitants de cette partie du pays en guerre. Elle a également assisté à la livraison par un convoi suisse d’aide humanitaire de matériel pour le traitement de l’eau potable. Particulièrement important en ces temps de coronavirus. J’espère sincèrement que Kiev et Moscou ou Moscou et Kiev, principe de neutralité oblige, trouveront une solution sur le long terme à ce conflit qui a déjà fait 10’000 morts et 1,7 millions de déplacés.

Après la Russie en 2019, l’Ukraine en 2020

Les mauvaises langues diront que la Russie de Vladimir Poutine pourrait remettre en cause la neutralité helvétique. L’argument avancé : la visite présidentielle de Simonetta Sommaruga en Ukraine. Et que c’est vrai, il n’y a eu pour l’heure aucun échange téléphonique entre Berne et Moscou. Ces mêmes mauvaises langues oublient que la dernière rencontre bilatérale Suisse – Russie remonte à seulement huit mois. En novembre dernier, après des entretiens exceptionnels avec des “grands” chefs d’Etat (Jair Bolsonaro, Xi Jinping, Donald Trump, Shinzo Abe ou encore deux monarques du Golfe), Ueli Maurer avait terminé son année présidentielle en se rendant à Moscou. Il y avait rencontré le maître du Kremlin, Vladimir Poutine, et ensemble ils avaient parlé des échanges commerciaux mais aussi de l’engagement de la Suisse en faveur de la paix dans le Donbass. Ainsi, personne ne pourra remettre en cause le respect de la neutralité suisse par le Conseil fédéral. Maurer à Moscou en 2019, Sommaruga à Kiev cette année. A chaque présidente ou président suisse ses sensibilités et ses valeurs, non?

Le Président russe Vladimir Poutine a visité en compagnie du Conseiller fédéral Ueli Maurer le quartier général de la délégation suisse au JO d’hiver en Russie, Sotchi, 15 février 2014. Photo : Copyright: House of Switzerland

Quelle différence entre “visite d’Etat” et “visite présidentielle”?

Une présidente / un président suisse se rend-t-il en “visite d’Etat” ou en “visite présidentielle”? Peut-elle ou peut-il être reçu(e) en visite d’Etat? J’ai lu et entendu cette semaine dans la presse que par exemple “Simonetta Sommaruga effectuait une visite officielle en Ukraine”. Ce terme de “visite officielle” est faux, la Présidente suisse était bel et bien en visite présidentielle en Ukraine. Afin de comprendre le pourquoi du comment, je vous propose de lire ou relire la définition d’une visite d’Etat et/ou d’une visite présidentielle, selon les termes de la Confédération.

Comment la Suisse doit jongler entre la Chine et Hong Kong

L’inquiétude monte à Hong Kong, après l’adoption par les autorités chinoises d’une loi sur la sécurité nationale. Cette loi, entrée en vigueur le 1er juillet dernier, a déjà fait ses premiers effets avec l’interpellation de plusieurs opposants. Au nom des libertés et sans pour autant rompre les relations avec la Chine, la Suisse doit hausser le ton.

Le 1er juillet 1997, le Prince Charles de Galles, le Premier ministre Tony Blair et le dernier Gouverneur de l’ex-colonie britannique Chris Patten, rétrocédaient Hong Kong au Président chinois Jiang Zemin. La promesse faite à l’époque était de maintenir le système politique en place au moins jusqu’en 2047. Promesse manifestement non tenue puisqu’une nouvelle loi permet à la Chine de s’immiscer dans les affaires hongkongaises et d’emprisonner à vie n’importe quel Hongkongais qui défendrait la démocratie.

Cérémonie de rétrocession de Hong Kong à la Chine, Hong Kong, 1er juillet 1997. Photo : scannée à partir de “Post Impressions”, 2004, South China Morning Post Publishing Ltd, Hong Kong.

Que signifie cette loi pour Hong Kong?

Cette loi permet à l’Etat chinois de réprimer durement quatre sortes de crimes qui affaibliraient la sécurité de la Chine : “la subversion, le séparatisme, le terrorisme et les ingérences étrangères”. Par exemple, une citoyenne ou un citoyen de Hong Kong qui critiquerait le Gouvernement hongkongais et/ou chinois ou qui serait en faveur de l’indépendance de Hong Kong sera désormais puni. On parle de 10 ans d’emprisonnement jusqu’à la prison à vie. Avec cette loi, l’objectif principal de la Chine est d’étouffer purement et simplement tout mouvement de révolte. Que la Chine ait mis en place cette loi est une honte! Elle bafoue des valeurs (respect de l’Etat de droit, des minorités, de la liberté de la presse ou de la religion, etc.) chères aux Suisses, aux Européens et à d’autres pays démocratiques dans le monde. Dans le cas de Hong Kong, je suis attaché au respect de son autonomie et de ses libertés. Le principe “un pays, deux systèmes” doit prévaloir. La Suisse a tout intérêt à apporter son soutien aux citoyens de Hong Kong car ce territoire indépendant est la porte d’entrée pour les exportations de produits suisses vers la Chine continentale.

La Chine, premier client de la Suisse en Asie

Cette année, Berne et Pékin célèbrent 70 ans de relations bilatérales. Certes, la République populaire de Chine est notre principal partenaire commercial en Asie. Il faut poursuivre les relations économiques avec ce pays, il est juste indispensable dans l’économie mondiale. La principale organisation faîtière de l’économie helvétique, economiesuisse, rappelait en 2016 l’importance de la Chine pour les exportations suisses. La Chine “est aujourd’hui le troisième partenaire commercial de notre pays, derrière l’Union européenne et les Etats-Unis. Avec un volume des échanges commerciaux de plus de 21 milliards de francs, l’Empire du Milieu est le principal partenaire commercial de la Suisse en Asie”. La Suisse est d’ailleurs la seule nation européenne à disposer, depuis juillet 2014, d’un accord bilatéral de libre-échange avec la Chine.

La Présidente de la Confédération suisse Doris Leuthard et son homologue chinois Xi Jinping au WEF, Davos, 17 janvier 2017. Photo : Copyright by World Economic Forum / your name

Ne pas opposer “relations bilatérales” et “défense des libertés”

Tant mieux si les relations entre la Suisse et la Chine sont excellentes. Cependant, la Suisse ne doit pas s’asseoir sur la défense des libertés individuelles et de la démocratie. Bien au contraire. J’attends de Madame la Présidente de la Confédération suisse, Simonetta Sommaruga, un coup de téléphone ou un déplacement à Pékin (l’occasion de marquer 70 ans de relations avec cet immense pays) pour un entretien face à face avec son homologue Xi Jinping. Parler du développement des relations bilatérales ou de la défense du multilatéralisme, oui. Mais aussi et surtout je dirais de montrer que la Suisse attache une GRANDE importance au principe “un pays, deux systèmes” et de condamner fermement l’ingérence de Pékin dans les affaires de Hong Kong. Aussi, une intervention militaire de la Chine à Taïwan, si c’était le cas prochainement, devrait signifier pour moi la fin des relations avec Pékin. Pour comprendre un peu mieux les tensions entre la Chine et Taïwan, je vous recommande l’émission du 3 mars 2019 de la RTS et TV5 Monde, Géopolitis.

 

Jean Castex, de l’ombre à la lumière

Au matin du vendredi 3 juillet dernier, Jean Castex était encore un inconnu dans l’arène politique française. Au soir, le voilà qui était propulsé Premier ministre suite à la démission plutôt attendue d’Edouard Philippe. Une bonne nouvelle pour Emmanuel Macron qui cherche à regagner la place de numéro 1.

Il est 17h30 précise quand l’ancien et le nouveau Premier ministre, respectivement Edouard Philippe et Jean Castex, se rencontrent. C’est en plein cœur de Paris, à l’Hôtel de Matignon, que se déroule la passation de pouvoir. C’est donc un homme âgé de 55 ans, issu de la droite modérée, ancien collaborateur du Président Nicolas Sarkozy (2007-2012) et tout récemment en charge du déconfinement sur le territoire français qui a pris les rênes du deuxième gouvernement d’Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron déjà en marche pour 2022

Emmanuel Macron a fait un choix très inattendu. Les commentateurs politiques avaient plutôt parié sur une femme ou sur une personnalité de gauche. Rien de tout cela. Pour les deux dernières années de son mandat, le Président Macron a opté pour un homme de droite. Ce n’est pas surprenant car s’il se considérait comme centriste à son arrivée au pouvoir en 2017, il a depuis plutôt viré vers la droite. Sécurité, lutte contre le communautarisme ou encore immigration, Macron sait que la prochaine élection présidentielle se jouera sur les sujets régaliens. Avec cette nomination, Emmanuel Macron ne doit pas oublier l’électorat de centre-gauche, indispensable pour la prochaine présidentielle. En effet, il pense déjà à 2022 et à sa réélection.

Le Président français Emmanuel Macron au Palais de l’Elysée, Paris, 6 juillet 2017. Photo : Ibrahim Ajaja / World Bank

Une nomination à l’Intérieur qui fait grincer des dents

Le locataire de l’Elysée a besoin d’un Premier ministre qui ne lui fasse aucune ombre, ce qui était le cas avec Edouard Philippe. Très impopulaire lors de la crise des Gilets jaunes, il était redevenu populaire ces derniers mois au plus fort de la crise du coronavirus. Sur la stratégie de déconfinement national, il y avait quand même des divergences entre Macron et Philippe. Le rôle du Président est plus important que celui du Premier ministre. Emmanuel Macron n’avait d’autre choix que de se séparer d’Edouard Philippe. Ainsi va le système semi-présidentiel français (exécutif à deux têtes). Quant à Jean Castex, la rentrée sera chargée avec la crise sociale et économique qui s’annonce. Sur son bureau, il y a les dossiers de la réforme des retraites tant voulue par Emmanuel Macron ou encore celui sensible des violences policières. Aussi, l’arrivée de Gérald Darmanin à l’Intérieur a fait couler beaucoup d’encre. Celui-ci est contesté par les féministes à cause d’une plainte pour viol qui a été déposée contre lui. Un choix que le nouveau Premier ministre assume entièrement, il l’a répété mercredi dernier face à Jean-Jacques Bourdin sur RMC.

Bon à l’extérieur, mauvais à l’intérieur

Avec ce choix, Emmanuel Macron joue sa réélection. Il a besoin de toute la place pour montrer aux électrices et électeurs français qu’il a tenu le cap et ses promesses. Il a besoin de flatter son égo et de montrer qui dirige la France. Sur le plan européen et international, il a été et reste très apprécié (relations avec Trump ou Poutine, Sahel, etc.). Il l’est moins sur le plan intérieur (augmentation du prix des carburants ou réforme des retraites). S’il veut éviter de voir l’extrême-droite au pouvoir en 2022, alors il doit impérativement tenir compte de trois choses : ressouder sa base électorale, être moins clivant et hautain (éviter les phrases du genre “je traverse la rue, je vous trouve un travail”) et surtout se montrer prêt au dialogue concernant les réformes impopulaires auprès des citoyennes et citoyens français.

Les Présidents français et américain Emmanuel Macron et Donald Trump en pleine discussion bilatérale, Londres, 3 décembre 2019. Photo : Army Staff Sgt. Nicole Mejia

Une Alémanique et un Romand en Suisse, un nordiste et un sudiste en France

Il y a actuellement un point commun, intéressant et plutôt drôle à relever, entre la Suisse et la France concernant la répartition géographique des postes importants. En Suisse, le Conseil fédéral in corpore incarne le rôle de chef d’Etat mais retenons la présidence et la vice-présidence. C’est actuellement la germanophone Simonetta Sommaruga qui est Présidente et le francophone Guy Parmelin qui est Vice-Président. En 2021, l’UDC vaudois deviendra Président et l’italophone Ignazio Cassis deviendra Vice-Président. Chez nos voisins français, Emmanuel Macron, né à Amiens (région Hauts-de-France, département Somme), a choisi Jean Castex, né à Vic-Fezensac (région Occitanie, département Gers). Pour résumer, la France a un Président “nordiste” et un Premier ministre “sudiste”, accent d’ailleurs très sympa à écouter. Cette diversité géographique est une belle manière de représenter l’Etat français.