Bachar Al-Assad, lui ou le chaos

Il y a 10 ans, lors des Printemps arabes, les jours du Président syrien Bachar Al-Assad semblaient comptés. Avec l’appui de son armée, il a pu dans les premières années du conflit résister aux mouvements de contestation de la rue. Face la progression des groupes djihadistes comme l’Etat islamique, Bachar Al-Assad s’est présenté et à juste titre comme un rempart contre le terrorisme. “Aucune solution ne peut être trouvée contre le terrorisme, exceptée de réprimer avec une main de fer”, disait-il en 2011. Soutenu militairement par la Russie et l’Iran pour des raisons stratégiques différentes, le Président Al-Assad est accusé d’avoir plongé son pays dans le chaos. Le conflit en chiffres fait froid dans le dos : 400’000 morts, 12 millions d’exilés et de déplacés. Aujourd’hui, il ne dirige plus que les 3/4 de son pays, la Syrie est ruinée après des années de conflit et l’été prochain, Bachar Al-Assad devrait être réélu à la tête du pays pour un quatrième mandat. Les Etats-Unis, la France et l’Union européenne qui exigeaient son départ il y a quelques années, demandent à présent une sortie de crise négociée. Comment nous Occidentaux devons envisager notre future relation avec la Syrie? Qui de la Russie ou de l’Iran peut vraiment faire pression sur Bachar Al-Assad pour obtenir des résultats? Après les interventions militaires catastrophiques des Occidentaux en Irak et en Libye, n’est-il pas préférable de laisser en place des dirigeants autoritaires au nom de la stabilité?

Pour répondre à ma première question, je crois qu’il faudrait réinstaurer des contacts diplomatiques avec la capitale syrienne. Washington, Paris, Bruxelles et la Genève internationale doivent accepter la présence de l’actuel président à la tête de la Syrie. Je ne vois pas d’alternative à Bachar Al-Assad, pour le moment. Certes, les relations ne pourront pas être tout de suite à haut niveau, mais elle le redeviendront au fil des années. Je crois aux vertus du dialogue, même ferme, et aux échanges, pas aux armes ni aux bombes.

Pour répondre à ma deuxième question, c’est clairement la Russie qui tient le destin du Président syrien entre ses mains. La Russie et l’Iran sont deux pays sous sanctions mais le premier est une puissance internationale et militaire qui compte sur la scène internationale. Le deuxième est une aussi une puissance mais sur un plan régional. Depuis 2015, la Russie s’est beaucoup investie pour soutenir l’intégrité territoriale de la Syrie ainsi que son Président. Mais un soutien ne va pas sans conditions. Le chef de l’Etat russe Vladimir Poutine commence à s’exaspérer de voir la situation toujours instable malgré l’intervention de son pays pour stabiliser la Syrie. Et il attend bien-sûr un retour sur investissement de la part de son homologue syrien. Un peu comme le Président français Emmanuel Macron dans la région du Sahel.

Les Présidents russe et syrien, Vladimir Poutine (à droite) et Bachar Al-Assad (à gauche) en pleine discussion lors d’une rencontre officielle à Sotchi en mai 2018. Photo : GreekMan Socks

Pour répondre à ma troisième et dernière question, les interventions militaires en Irak en 2003 et en Libye en 2011 ont été catastrophiques non seulement pour ces peuples mais aussi pour le Moyen-Orient et l’Europe. Autrefois, la Syrie était un pays culturellement riche. Des communautés Arabes chiites et sunnites, des Juifs ainsi que des Chrétiens vivaient en parfaite harmonie. Mon professeur d’histoire au gymnase du soir s’était rendu en Syrie en 1997. Il nous avait expliqué ce patchwork multiconfessionnel. Aujourd’hui, c’est un pays abîmé par des années de guerre et par la présence de terroristes islamistes, notamment de jeunes Européens. Les puissances occidentales devraient s’abstenir de toute intervention militaire musclée pour faire renverser des dirigeants. On intervient toujours pour amener la démocratie mais cela se traduit très souvent par davantage de violence et de chaos. On ne peut pas simplement calquer nos modèles de démocratie sur ces “jeunes” pays.

https://www.youtube.com/watch?v=FfgU1NWuWBc

En conclusion, la population syrienne continue de payer un lourd tribut. L’ONU estime à environ 5,6 millions le nombre de Syriennes et Syriens ayant fui le conflit pour trouver refuge en Turquie, au Liban, en Jordanie et bien-sûr chez nous en Europe. Les résultats des interventions militaires en Irak et en Libye ont été contre-productifs. Deux pays toujours instables et dont on n’arrive pas à trouver une solution qui permettrait de faire taire les armes. C’est pourquoi face à l’envie de changement de régime de la part des Occidentaux dans certains pays, je préfère dialoguer avec des dirigeants comme Vladimir Poutine en Russie, Recep Tayyip Erdogan en Turquie ou encore Abdel Fattah Al-Sissi en Egypte car ils défendent peut-être moins les principes de démocratie et de respect de l’Etat de droit mais ils assurent une stabilité aux portes de notre continent européen. Et n’oublions pas que bien des leaders arabes sont laïques et nous sont utiles dans notre lutte contre le terrorisme islamiste et l’islam politique.

Biden – Harris : peuvent-ils relever l’Amérique?

Mercredi dernier, le 46ème Président des Etats-Unis d’Amérique, Joe Biden, a officiellement prêté serment au Capitole. C’est devant les anciens chefs d’Etat Bill Clinton (1993-2001), George W. Bush (2001-2009) et Barack Obama (2009-2017) ainsi que le Vice-Président sortant Mike Pence que Joe Biden a promis de réunifier un pays divisé. Comme l’avait annoncé Donald Trump sur son compte Twitter avant que celui-ci ne soit supprimé, il n’a pas souhaité assister à la cérémonie d’investiture. Une première dans l’histoire récente des Etats-Unis. A cette occasion, la capitale Washington, D.C. avait été placée sous haute protection, par peur de nouveaux heurts. Deux semaines avant, le 6 janvier, des partisans de l’ex-Président avaient envahi illégalement et de manière violente le Capitole, symbole de la démocratie aux Etats-Unis et dans le monde. Le Démocrate de 78 ans aura ces quatre prochaines années beaucoup de travail pour réconcilier deux Amériques qui ne se comprennent plus. Quels seront ses grands chantiers? Arrivera-t-il a replacer les Etats-Unis dans le concert des nations?

Tourner la page des années Trump

A peine investi, Joe Biden a pris possession de la 1600 Pennsylvania Avenue, là où se situe la célèbre Maison Blanche. Le Président démocrate a prévenu sur son compte Twitter qu’il n’y avait “pas de temps à perdre pour s’attaquer aux crises” qui frappent durement les Etats-Unis. Après une gestion chaotique de la pandémie par son prédécesseur, il a promis une stratégie nationale pour lutter contre le Covid-19. Joe Biden a aussi annulé le retrait de son pays de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il va également relancer une économie essoufflée, réintégrer l’accord de Paris sur le climat (décret présidentiel signé le 20 janvier) ou encore réformer la justice. C’est un programme ambitieux pour un pays qui est par moment au bord de la guerre civile, il n’y a qu’à voir les paroles des partisans les plus extrêmes de Donald Trump. Joe Biden devra convaincre Démocrates, Républicains et surtout les citoyens de le soutenir pour arriver à atteindre ses objectifs. Je crois qu’il n’a pas le choix s’il veut montrer qu’il est le candidat qui aura réussi à remettre le pays sur de bonnes rails.

Le retour de l’Amérique

Sur le plan international, Joe Biden devra “réparer” l’image des Etats-Unis dans le monde, notamment après quatre années de bouleversement géopolitique voulu par son prédécesseur. Par exemple, rétablir une relation apaisée avec l’Union européenne ou défendre les principes du multilatéralisme. Donald Trump en osant lancer une guerre commerciale avec la Chine, en retirant des troupes stationnées au Moyen-Orient ou en déplaçant l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem n’avait pas tort de s’y atteler. La façon de le faire aurait pu être plus diplomatique. Je pense sincèrement que Joe Biden arrivera à relancer des contacts au niveau international et à replacer son pays dans le concert des nations. Mais ce ne sera pas sa priorité car il a déjà beaucoup à faire au niveau intérieur. Personne n’est dupe, le Président démocrate aura toujours en tête de défendre les intérêts américains d’abord. Simplement que le ton pour s’adresser aux autres dirigeants sera plus courtois et respectueux. Quid des futures relations Suisse – Etats-Unis? Elles sont déjà excellentes et les Etats-Unis ont besoin de nous dans les dossiers compliqués de l’Iran ou du Venezuela. Joe Biden connaît bien la Suisse, il est venu plusieurs fois au WEF de Davos. En février 2014, il s’était même entretenu avec le Président suisse Didier Burkhalter à Washington, D.C.

Le Président de la Confédération Didier Burkhalter (à gauche) lors d’un entretien avec l’ancien Vice-Président Joe Biden (à droite) dans la capitale fédérale américaine en février 2014. Menu de la discussion : l’Ukraine. Photo : OSCE

Joe et Kamala, unis pour réconcilier

Joe Biden est un vieux routier de la politique américaine. Elu au Sénat à 30 ans, Vice-Président sous les deux mandats de Barack Obama, apprécié chez les Démocrates comme chez les Républicains, il a toutes les cartes en main pour user de ses talents de négociateur. Je ne crois pas qu’il sera bloqué dans ses ambitions, il saura convaincre ses adversaires en leur faisant des concessions sur certains dossiers. Joe Biden en choisissant comme Vice-Présidente Kamala Harris a fait un excellent choix pour mettre en avant la diversité au sein de son cabinet. Le duo Biden-Harris peut relever l’Amérique des années Trump mais il ne devra pas se contenter de gouverner depuis la capitale. Voyager à travers les 50 Etats, y compris ceux dit “républicains” parait primordial pour montrer qu’ils sont capables de réconcilier deux peuples et de faire avancer le pays. God bless Joe & Kamala!

“Get Brexit done”

S’il fallait retenir un seul évènement des fêtes de fin d’année passées, ce serait sans aucun doute l’accord sur le Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Les négociateurs des deux camps ont réussi à se mettre d’accord sur les dernières modalités encore ouvertes. Cet accord conclu la veille de Noël permet d’entériner définitivement le Brexit. Autrement dit, le divorce entre Bruxelles et Londres est scellé. Tant du côté du 10 Downing Street (résidence officielle et lieu de travail du Premier ministre britannique) que du côté de Berlaymont et Europa (respectivement les bâtiments de la Commission européenne et du Conseil européen), on s’est réjoui de cet accord in extremis. Une situation sans accord aurait eu des conséquences dangereuses sur l’économie européenne et britannique, déjà ébranlées par la pandémie du coronavirus. Mais au fait, quel est le contenu de l’accord? Qu’est-ce qui va changer pour les résidents britanniques établis dans l’UE et pour les Européens au Royaume-Uni?

Un accord en 1246 pages

Le texte de l’accord sur le Brexit entre Londres et Bruxelles se décortique en 1246 pages. Il permet de fixer le cadre des relations économiques et commerciales au 1er janvier 2021. Je ne pourrai pas m’arrêter sur chaque point négocié mais dans les grandes lignes, cet accord fixe des règles dans les domaines suivants : les biens, la concurrence, les différends, la pêche, les transports ou encore la coopération judiciaire. Le texte complet, pour les motivés, peut être téléchargé ici. Les droits des 4,2 millions de citoyens européens établis au Royaume-Uni et qui ont fait une demande de statut de résidence l’automne passé seront protégés. Les Européens qui souhaiteraient s’établir au Royaume-Uni après le 1er janvier 2021 seront soumis à des conditions plus drastiques. L’âge, la maîtrise de l’anglais, le niveau d’études et les finances seront pris en compte pour obtenir un visa, valable 5 ans.

Quant aux Britanniques déjà domiciliés en Europe continentale avant 2020, ils conserveront leurs droits. Et pour les Britanniques qui voudraient s’établir sous le soleil espagnol ou croate, ils seront soumis aux mêmes contraintes (capital financier, exigences linguistiques, assurance santé, etc.) que les ressortissants de pays tiers.

Le trio gagnant du Brexit

L’Union européenne, le Royaume-Uni et la Suisse mais indirectement concernée peuvent se réjouir de l’accord trouvé et signé au sujet du Brexit. S’il n’y avait pas eu d’accord, les échanges économiques entre Londres et l’UE se seraient passés selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est-à-dire avec des droits de douane, des quotas et une plus grande bureaucratie aux frontières. Un scénario d’horreur qui voulait être évité des deux côtés de la Manche. D’ailleurs, on a tous vu ces embouteillages montrant des camions voulant se rendre soit sur le continent soit au Royaume-Uni. Il aura fallu quatre ans et demi pour parvenir au bout des difficiles négociations, entamées dès 2016 par l’ancienne Première ministre britannique Theresa May. Le “no deal” a été évité et le duo Ursula von der Leyen et Charles Michel comme Boris Johnson sont tous les trois gagnants au final. Personne n’a perdu la face, même pendant les heures les plus dures des négociations. Une future relation actée et même signée de la main de Sa Majesté La Reine.

PS : quid de la future relation entre la Suisse et le Royaume-Uni? La Suisse s’était évidemment préparée autant que possible à la sortie britannique du club européen. Elle a signé plusieurs accords bilatéraux en ce qui concerne les transports, les assurances, le commerce ou encore la migration. Notre future relation est assurée, ouf! Le Président de la Confédération cette année Guy Parmelin a même salué la signature du traité commercial entre le Royaume-Uni et l’UE. La seule chose que l’ont peut regretter est l’absence de tout contact au sommet de l’Etat entre la Suisse et le Royaume-Uni. Depuis 2016, pas une seule rencontre officielle à Berne ou à Londres entre, côté suisse Johann Schneider-Ammann (2016) / Doris Leuthard (2017) / Alain Berset (2018) / Ueli Maurer (2019) ou Simonetta Sommaruga (2020), et côté britannique Theresa May (2016-2019) ou Boris Johnson. Seuls deux faits à retenir : une rencontre bilatérale entre Doris Leuthard et Theresa May à New York en marge de la 72e Assemblée générale de l’ONU. Et un entretien bilatéral entre Alain Berset et Theresa May à Davos en marge du WEF.

Guy Parmelin rencontrera-t-il cette année le Premier ministre britannique Boris Johnson? Photo : Peter Klaunzer | Keystone-ATS

Entre Israël et les nations arabes, une paix plus que bienvenue

Le 13 août dernier, Donald Trump annonçait sur son compte Twitter la reconnaissance réciproque entre Israël et deux monarchies du Golfe. Autrement dit, l’établissement de relations diplomatiques entre l’Etat hébreu et deux pétro-monarchies: les Emirats arabes unis et Bahreïn. Deux mois plus tard, c’est le Soudan qui annonçait à son tour une normalisation des relations avec Jérusalem. Enfin, au début de ce mois, le Royaume du Maroc devenait la sixième nation arabe à officialiser ses relations avec Israël. Après l’Egypte (1979) et la Jordanie (1994), quatre nouveaux pays musulmans s’apprêtent à ouvrir des ambassades et développer des relations économiques dans des secteurs comme le tourisme, la technologie (y compris militaire) et l’énergie. Pourquoi les Etats-Unis voulaient-ils absolument ces accords? Face aux critiques des Palestiniens et de certains pays européens, n’est-il pas réjouissant de voir deux peuples, l’un juif et l’autre arabe, faire la paix?

De droite à gauche: le Président Donald Trump, le Ministre des affaires étrangères bahreïnien, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le Ministre des affaires étrangères émirati descendent les marches pour aller signer les accords d’Abraham, Washington DC, 15 septembre 2020. Photo: The White House

Passer le relais à des puissances régionales

Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, Donald Trump a complètement dynamité les relations internationales établies depuis 1945. Lors d’un précédent article en date du 1er novembre dernier, j’avais déjà expliqué ma position. Je ne suis pas tout à fait en désaccord avec la politique étrangère de Donald Trump. Il fallait bouger un peu les lignes suite à des années d’immobilisme. Après des années de présence dans cette région du monde, il est temps à mon avis que d’autres puissances, internationales avec la Russie ou la Chine, ou régionales avec la Turquie ou les Emirats arabes unis, prennent le relais quant à assurer la stabilité là-bas. Ces pays sont des alliés et on peut compter dessus. Le retrait de l’ensemble des troupes américaines doit se poursuivre.

L’Iran, ennemi de tous

Le premier but recherché à travers cette normalisation est d’appeler les nations arabes à isoler et étouffer économiquement la République islamique d’Iran. L’autre objectif est de vendre du matériel de défense américano-israélien aux pays de la Ligue arabe. Qui sont les soutiens et les ennemis de l’Iran? Je vous recommande cet article du Figaro qui explique les relations entre l’Iran et chacun des pays ci-après. Pour résumer, les “amis” de Téhéran sont: la Syrie, le Liban, l’Irak et le Yémen. Les ennemis sont composés de l’Arabie saoudite, du Bahreïn, du Soudan et d’Israël. Il y a trois pays qui sont plutôt défavorables à l’Iran bien qu’ils entretiennent des relations bilatérales: les Emirats arabes unis, la Jordanie et l’Egypte. Enfin, il y a les pays médiateurs avec le Qatar, Oman, la Turquie et le Koweït. Donald Trump avait promis un retour des sanctions contre l’Iran, c’est presque chose faite. On doit aussi beaucoup à la Suisse pour son rôle primordial dans la désescalade des tensions récurrentes entre Washington et Téhéran.

Une paix sur le long terme

Je suis personnellement satisfait de voir un pays comme Israël chercher la paix avec ses voisins arabes. Une nouvelle page se dessine dans cette région du monde, habituée aux conflits et aux guerres sans fin. Ces accords de paix seront bénéfiques pour l’ensemble de la région et ici en Europe. Je crois sincèrement qu’une paix peut durer dans cette région du Moyen-Orient. La création d’un Etat palestinien ou le sort des réfugiés palestiniens sont discutés depuis des années sans vraiment de grandes avancées. Cette question commence à ennuyer les monarchies du Golfe elles-mêmes. Le temps a passé, l’ennemi a changé. J’espère que l’Arabie saoudite sera le prochain pays à normaliser ses relations avec Israël. Cependant, attention aux Palestiniens, ils ne doivent pas être oubliés mais faire partie d’une quelconque solution.

Guy Parmelin: Président de la Confédération suisse en 2021

L’UDC Guy Parmelin présidera la Confédération suisse pour la première fois dès le 1er janvier 2021. L’Assemblée fédérale (Conseil national et Conseil des Etats réunis) l’a élu mercredi 9 décembre dernier avec un joli score de 188 voix sur 202 bulletins valables. L’actuelle Présidente Simonetta Sommaruga lui remet les clés du pays sur fond de crise du coronavirus. De grands défis économiques et sociaux attendent l’UDC vaudois.

“Est élu avec 188 voix, Monsieur Guy Parmelin”. Il est midi ce mercredi 9 décembre 2020 quand le Président de l’Assemblée fédérale Andreas Aebi prononce cette phrase. L’UDC vaudois Guy Parmelin succède à la socialiste bernoise Simonetta Sommaruga à la présidence de la Confédération suisse. Son entrée en fonction est prévue pour le 1er janvier 2021. Si toutes les transitions de pouvoir pouvaient être aussi simples et courtoises que chez nous, il y aurait moins de conflits politiques à l’étranger. N’est-ce pas Monsieur le Président des Etats-Unis d’Amérique, cher Donald Trump? C’est un joli score qu’a réalisé le Vaudois de 61 ans, avec 188 voix sur 202 bulletins valables. Pandémie de coronavirus oblige, Guy Parmelin n’aura pas le droit à la traditionnelle fête, ni même au déplacement en train jusque dans son Canton d’origine.

Le paysan devenu Président suisse

Même si aujourd’hui Guy Parmelin est un homme d’Etat, il n’oublie pas ses origines du monde paysan. Comme le rappelait d’ailleurs plusieurs de ses amis d’enfance dans le 24 heures de ce week-end. L’UDC vaudois arrive au sommet du pouvoir aussi un 9 décembre, mais en 2015. Décidemment, il porte le 9 dans son cœur. Il permet ainsi au Canton de Vaud de lui offrir son 15ème Conseiller fédéral. Il a succédé à Eveline Widmer-Schlumpf, la PBD grisonne, détestée et rejetée par son ancien parti l’UDC. Avant de diriger le Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), Guy Parmelin a été pendant 3 ans à la tête du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS). Son prochain combat sera rude: convaincre les Suisses du bien fondé de “l’Accord de partenariat économique de large portée entre les Etats de l’AELE et l’Indonésie”. Verdict le 7 mars prochain.

A l’occasion de la journée de découverte des métiers de la terre, le Conseiller fédéral Guy Parmelin renoue avec son métier de base. Rencontre sympathique avec une participante à la Fête des vignerons, Puidoux, juin 2019. Photo: Keystone

Une année 2021 avec beaucoup de défis

Les premiers mois de sa présidence seront très scrutés par ses collègues, les Parlementaires et la population. Guy Parmelin devra essayer de sortir la Suisse de la crise du Covid-19. Ce sera le gros challenge de son année présidentielle. Arrivera-t-il à faire entendre les préoccupations vaudoises au sein du Conseil fédéral? Bilan dans une année. Sur le plan européen et/ou international, il ira représenter la Suisse à l’étranger. Un voyage est déjà programmé en Autriche le mois prochain, c’est un déplacement traditionnel que font tous les Présidents suisses élus. En vue de la votation du 7 mars prochain (voir paragraphe ci-dessus), probablement qu’il se rendra entre janvier et février en Indonésie, si les conditions sanitaires le permettent. Et ce n’est pas impossible qu’en cas de solution trouvée entre Berne et Bruxelles sur l’accord-cadre, il doivent se rendre dans la capitale belge et signer le texte. Comment réagira son parti l’UDC quand on sait qu’ils sont fermement opposés cet accord? Il ne recevra pas que des compliments et subira probablement beaucoup de pression de l’aile zurichoise. Mérite à sa collègue Simonetta Sommaruga d’avoir relancé les contacts avec la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour faire le point sur les relations Suisse – UE.

Une seconde année présidentielle sur fond de crise mondiale

La seconde année présidentielle de Simonetta Sommaruga restera comme unique dans l’histoire suisse. En temps normal, l’agenda d’un(e) Président(e) suisse consiste à voyager dans les Cantons, inaugurer des expositions, faire des discours, recevoir des chefs d’Etat et évidemment gérer son propre département. A l’étranger, il/elle représente la Suisse dans le monde lors de voyages officiels. Avec la pandémie, tout cela a plus ou moins été annulé ou s’est transformé en rencontre virtuelle. Simonetta Sommaruga aurait de quoi être un peu fâchée car depuis le début de la pandémie, on a beaucoup vu sur le devant de la scène médiatique ses collègues Alain Berset, Guy Parmelin et Ueli Maurer. Une année présidentielle, même si le pouvoir est limité en Suisse, c’est l’occasion de se faire connaître un peu plus et de laisser une trace personnelle. Simonetta Sommaruga n’a pas de chance car elle a déjà été présidente en 2015 et cette année-là avait été marquée par une vague d’attentats terroristes en Europe et la crise migratoire qui a fortement divisé les pays européens.

Le Conseil fédéral doit jongler entre intérêts économiques, défendus par Guy Parmelin, et intérêts sanitaires, défendus par Alain Berset. Photo: KEYSTONE/Alessandro della Valle

Clap de fin pour la “56e femme la plus puissante du monde”

Un troisième mandat présidentiel en 2027? Je ne le pense pas car en général un(e) Conseiller(ère) fédéral(e) reste au pouvoir entre 10 et 15 ans. Simonetta Sommaruga a été élue au Conseil fédéral en 2010, cela fait donc déjà 10 ans de pouvoir. Elle va sûrement rester jusqu’à la fin de la législature en 2023, et ensuite elle donnera sans surprise sa démission du Conseil fédéral. En attendant, on peut la féliciter pour deux choses: primo d’avoir affrontée cette crise sanitaire tout en gardant une certaine humilité et un calme, contrairement à d’autres chefs d’Etat. Secundo de s’être classé à la 56e position des femmes les plus puissantes du monde. Classement organisé par le célèbre magazine Forbes. Belle récompense pour une clap de fin!

 

PS: aux fous et intéressés comme moi des relations Suisse – monde…

Voyages de Simonetta Sommaruga en 2020: Autriche, Ukraine et Italie.

Réceptions officielles par Simonetta Sommaruga à Berne en 2020: Nauru, Ghana et Autriche.

Entretiens téléphoniques de Simonetta Sommaruga en 2020: Ukraine, Géorgie, Italie, UE, Allemagne, Cameroun, Iran, Suède, Ghana, Jordanie, Espagne, Corée du Sud, Ethiopie, Israël, Singapour, Tunisie, Népal, Pérou, Roumanie, Portugal, Finlande, Belgique et France.

Valéry Giscard d’Estaing : 1926-2020

L’ancien Président de la République française, Valéry Giscard d’Estaing, est décédé mercredi dernier des suites du Covid-19. L’ensemble de la classe politique française, de gauche à droite, ont rendu hommage au plus jeune chef d’Etat de la Ve République lors de son élection en 1974. VGE restera comme un Président qui a permis à la France post mai 68 de se moderniser et de s’imposer sur la scène politique européenne comme internationale grâce notamment à une nouvelle sorte de communication politique.

“Valéry Giscard d’Estaing possédait un sincère sens de l’intérêt général, et a su, parfois contre sa propre famille politique, engager des réformes dont chacun mesure aujourd’hui l’impact”. Ce sont les quelques mots sortis de la bouche de l’ancien Ministre de la culture Jack Lang, pour rendre hommage à Valéry Giscard d’Estaing ou VGE, décédé mercredi dernier. Si l’ancien Président de la République française avait été suisse, il aurait pu endosser l’habit de Conseiller fédéral sans aucun problème. Je me permets cette comparaison avec la Suisse car dans ce pays aussi les membres du Conseil fédéral prennent parfois des décisions qui vont à l’encontre de leur parti politique respectif. Valéry Giscard d’Estaing était un homme qui travaillait dans l’intérêt des Françaises et des Français et se considérait volontiers comme quelqu’un proche du peuple. A mon avis, la qualité d’un chef d’Etat c’est d’abord de comprendre les soucis de la population, et par la suite de proposer des améliorations via des réformes ou des nouvelles lois. La présidence Giscard d’Estaing aura été marquée par de grandes réformes économico-sociales dont notamment l’abaissement du droit de vote à 18 ans ou la création du G7.

Première grande réforme pour VGE

C’est au début de son septennat que Valéry Giscard d’Estaing abaisse l’âge de la majorité à 18 ans. Après les événements de mai 68, VGE avait compris qu’il était temps de sortir de l’immobilisme des années de Gaulle et que des réformes sociétales étaient indispensables. Permettre à des jeunes Français de participer à la vie politique ou d’exprimer leurs opinions dès 18 ans était une manière de montrer que celui qui dirigeait la France comprenait les attentes d’une partie de la jeunesse. La loi, votée à l’Assemblée nationale à l’unanimité, est promulguée en juillet 1974. Pour rappel, depuis 1848, l’âge de la majorité sur le territoire français était fixé à 21 ans. En Suisse, l’âge de la majorité était fixé à 20 ans depuis 1848 et la création de l’Etat fédéral. C’est en 1991 que l’âge pour le droit de vote et d’éligibilité passe de 20 à 18 ans. 

VGE, un révolutionnaire dans la communication politique

Valéry Giscard d’Estaing a su non seulement parler aux jeunes mais a aussi révolutionné les codes de la communication politique. Sous la présidence de Charles de Gaulle (1959-1969) et de Georges Pompidou (1969-1974), la communication de l’Elysée était plutôt cadenassée. VGE a senti qu’il fallait casser les codes établis et moderniser la façon de s’exprimer devant le peuple français. Un peu à la manière de John Fitzgerald Kennedy aux Etats-Unis, il sera même nommé le “Kennedy français”. VGE n’a aucun mal à mettre en scène sa vie privée, il veut montrer l’image d’un chef d’Etat jeune et dynamique, en opposition totale avec ses prédécesseurs. Durant son unique mandat, on le verra en maillot de bain sur une plage, au ski avec sa famille ou encore s’invitant chez les Français pour dîner avec eux. Une véritable révolution pour la présidence française dans sa façon de communiquer de se rapprocher des petites gens. VGE restera comme le Président qui a permis de montrer aux citoyens qu’au fond il est comme tout le monde.

Les Présidents français et américain, Valéry Giscard d’Estaing (à gauche) et Gerald Ford (au centre), à l’occasion d’un sommet France – Etats-Unis en 1977. Un Président français qui embrasse le changement et la modernité. Photo : AFP

Le G7, une initiative française

On doit la création du G7 à Valéry Giscard d’Estaing (Groupe des 7, formé de l’Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni), les 7 pays les plus riches et industrialisés de la planète. Il n’a jamais caché son goût pour les affaires du monde. Les 7 chefs d’Etat et de Gouvernement ont décidé au lancement de ce groupe de se réunir annuellement, avec une présidence tournante afin de discuter des grands sujets économiques et financiers. Sur le plan européen, il est celui qui a mis en route le moteur franco-allemand, travaillant étroitement avec le Chancelier fédéral allemand d’alors Helmut Schmidt. VGE avait une relation spéciale avec le voisin allemand. Il parlait allemand et il était né à Coblence en 1926, dans une Rhénanie alors occupée par les Français. Un axe Paris-Berlin qui fait aujourd’hui encore ses preuves avec le couple Merkel-Macron. à l’image des deux images ci-dessous.

 

Le fameux “au revoir” de VGE en 1981

La première image de VGE qui vient à l’esprit de tous, c’est son fameux “au revoir”. On est en 1981 et VGE vient de perdre l’élection présidentielle contre le socialiste François Mitterand. La claque! VGE ne s’y attendait pas et c’est sur La Marseillaise qu’il se lève et qu’il quitte le salon présidentiel élyséen, écœuré. Au revoir, Monsieur le Président de la République française.

 

Europe de l’Est vs Europe de l’Ouest : doivent-elles forcément partager les mêmes valeurs?

Le vote du budget annuel européen est bloqué à cause de certains pays membres de l’Union européenne : la Hongrie de Viktor Orbán, la Pologne de Mateusz Morawiecki et la Slovénie de Janez Janša. Les trois Premiers ministres refusent le plan de relance économique qui est censé profiter directement aux entreprises européennes et indirectement à l’économie suisse. Ce blocage peut-il creuser davantage les divisions Est-Ouest?

“Nous l’avons fait. L’Europe est solide. L’Europe est robuste et surtout l’Europe est rassemblée”, disait en juillet dernier Charles Michel, le Président du Conseil européen. Cet ambitieux plan de relance européen ne verra peut-être pas le jour à cause de la Hongrie, de la Pologne et de la Slovénie. Ces trois pays de l’Europe de l’Est refusent pour le moment d’approuver le plan proposé par Bruxelles à cause d’une clause : celle-ci stipule que pour toucher les aides financières, les pays membres doivent respecter l’Etat de droit. Ces dernières années, la Commission européenne tout comme le Conseil européen ont rappelé à l’ordre Budapest et Varsovie car ils les accusent de saboter l’indépendance de la justice et de porter atteinte à la liberté de la presse, à coup de réformes pas vraiment démocratiques. Deux valeurs pourtant essentielles aux yeux de l’Union européenne.

La Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Président du Conseil européen Charles Michel, contents du plan de relance accepté, après 4 jours de tractations, par les 27 Etats-membres, Bruxelles, juillet 2020. Photo : KEYSTONE/EPA/STEPHANIE LECOCQ

Hier europhiles, aujourd’hui europhobes

La Hongrie, la Pologne et la Slovénie ont rejoint l’UE au printemps 2004. Au moment de leur adhésion, les trois Etats ont signé une charte quant au respect des valeurs fondamentales, à savoir le respect de l’indépendance de la justice et de l’existence de médias d’opposition. Entre 2004 et aujourd’hui, on est passé de gouvernements europhiles à gouvernements europhobes. Europhiles quand il s’agit de recevoir de l’argent des pays riches d’Europe occidentale mais europhobes quand on leur demande d’aider l’Italie ou la Grèce en acceptant d’accueillir des migrants. Bien que Budapest, Varsovie et Ljubljana soient contre les valeurs libérales défendues ici en Occident, ces trois Etats restent européens par leur culture et leur mode de vie. Ils ont leur place au sein de la communauté européenne. Mais être membre d’un club signifie avant tout accepter et appliquer des règles communes.

Le 1er mai 2004, l’Union européenne voyait l’arrivée “chez elle” de dix nouveaux pays : Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Tchéquie, Slovaquie et Slovénie. Un véritable défi tant les mentalités Est-Ouest sont différentes sur de nombreux sujets. Photo : picture-alliance/dpa

La question des personnes trans en Suisse

“Il y a une seule image de l’Europe qui est réussie, c’est la Suisse” dixit Jean d’Ormesson face à l’ex-star du 19h30 Darius Rochebin. Les Cantons suisses ou les Etats-membres de l’UE, entre eux, peuvent avoir des positions différentes sur le mariage pour tous ou les droits des LGBT. Exemple en Suisse. Dans certaines régions comme en Valais, à Fribourg ou en Suisse centrale, ces Cantons sont peut-être moins enclins à accepter les personnes trans. Alors qu’ailleurs ceux-ci peuvent se fondre dans la masse sans trop de problèmes. A titre personnel, sur la question transsexuelle, je sais que mon avis est différent de la majorité. L’importance est que sur les questions relatives au domaine public (indépendance de la justice ou liberté de la presse), tous les Cantons / Etats-membres doivent les respecter sans condition. Et pour celles du domaine privé, les sensibilités peuvent varier mais elles doivent être entendues. Ce n’est pas parce que le Portugal ou l’Autriche acceptent largement le mariage entre deux personnes de même sexe que l’Union européenne doit imposer de même à la Roumanie ou à la Hongrie.

Un plan de relance qui profitera surtout aux pays de l’Est

Jacques Rupnik, politologue et spécialiste de l’Europe de l’Est, rappelait jeudi dernier dans l’émission 28 minutes d’Arte : “Qui a demandé de rentrer dans l’Union européenne? C’est les pays d’Europe centrale. C’est pas l’Union européenne qui est parti à la conquête”. Bruxelles veut se doter d’un plan de relance de 750 milliards d’euros pour soulager son économie de la crise du COVID-19. La Suisse tirera aussi bénéfice, de manière plus indirecte, de ce plan de relance puisque l’UE est dans le top 3 de nos principaux partenaires commerciaux, aux côtés des Etats-Unis et de la Chine. La Pologne bloque le plan de relance alors qu’elle est le pays qui va recevoir le plus d’argent de ces 750 milliards d’euros. Tout comme la Hongrie qui est aussi bénéficiaire de ces fonds de solidarité. Je vois deux options à l’avenir pour éviter de paralyser économiquement un continent : bannir le principe d’unanimité pour prendre des décisions. 14 voix sur 27 devrait être la règle pour qu’une proposition ou loi puisse être acceptée. Lier les aides financières au respect de la démocratie et de l’Etat de droit me parait faire sens. Autrement dit, tu ne veux pas respecter, tu ne recevras rien! Si Ursula von der Leyen et Charles Michel ne haussent pas le ton face à la Hongrie, à la Pologne et à la Slovénie, le risque à l’avenir est d’avoir encore plus de divisions à l’intérieur de l’Union européenne entre ceux qui défendent une Europe libérale et les autres qui mettent en avant l’Europe illibérale.

 

Entreprises responsables : se donner bonne conscience, oui mais à quel prix?

En cette année de pandémie, l’économie va mal. Elle est en difficulté non seulement en Suisse mais également à l’étranger. Cette incertitude économique pèse lourdement sur nos entreprises indépendamment de leur taille. Je constate parmi mon entourage direct ou indirect ainsi qu’en lisant la presse que le nombre de jeunes s’inscrivant dans une université ou une Haute école a bondi cette année. Faute de places de travail ou de perspectives économiques réjouissantes, les jeunes comme moi choisissent la reconversion professionnelle ou reprennent des études. Quant à l’apprentissage, le marché des places est stable mais stabilité ne signifie pas sécurité.

Souverainisme vs interventionnisme 

Ce que demande l’initiative pour des entreprises responsables est fort louable, c’est incontournable. Cependant, il serait dangereux d’accepter ce texte pour la raison suivante : les jeunes vont dans quelques années chercher un travail. Or, accepter cette initiative c’est imposer encore plus de bureaucratie aux entreprises avec un renforcement des contrôles à faire sur le terrain. Et si elles décidaient de partir à cause de cette initiative? Le résultat serait moins de places de travail pour les jeunes et une crise socio-économique à la française type Gilets jaunes. De plus, ce n’est pas la “petite Suisse”, sans passé colonial comme le Royaume-Uni ou la France, qui va pouvoir aller dans des pays en Afrique, en Amérique du Sud ou encore en Asie imposer des lois pour faire respecter les droits humains et/ou environnementaux. Pour reprendre des propos du Président français Emmanuel Macron : “je crois à la souveraineté des Etats. Et donc, de la même façon que je n’accepte qu’aucun autre dirigeant me donne des leçons sur la manière de gouverner mon pays, je n’en donne pas aux autres”. Tout est dit!

Et la Suisse était confrontée à un mouvement de gilets jaunes comme chez son voisin français? Samedi de mobilisation des Gilets jaunes couplé à la grève contre la réforme des retraites, Paris, janvier 2020. Photo : Olivier R

Loi extraterritoriale suisse, non merci!

L’excellent Philippe Revaz du 19h30 de la RTS recevait lundi dernier l’ancienne Présidente de la Confédération et Ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey (2003-2011) à propos de cette initiative. Le présentateur évoquait avec elle l’extraterritorialité du droit américain, en référence notamment aux entreprises suisses et européennes qui ont interdiction de commercer avec “les ennemis de l’Amérique” à cause des sanctions en place. Le comité d’initiative vise une “application extraterritoriale du droit suisse”, dénonçait Avenir Suisse dans un article du Temps en 2019. Je condamne d’ailleurs cette loi américaine qui est simplement inacceptable. Alors pourquoi devrait-on faire la même chose que les Etats-Unis? Pourquoi la Suisse devrait aller dire à d’autres pays quoi faire ou comment faire en matière de respect des normes humaines ou environnementales? Il est préférable de sensibiliser ou de privilégier un dialogue avec les pays concernés mais pas d’imposer. Je rejette ce texte au nom du souverainisme de chaque Etat et condamne toute intervention d’un Etat occidental ailleurs. Nous avons vu les résultats catastrophiques en Irak, en Libye ou encore en Syrie quand on essaie d’imposer une idée sous d’autres latitudes.

Palais des Nations à Genève. Photo : Samuel Jr

Carte blanche à Aditya Yellepeddi

Nous pourrions toutes et tous être d’accord pour dire que la solution idéale aurait été d’organiser l’équivalent des “Accords de Paris” sur la responsabilités des entreprises. Elle aurait pu proposer aux gouvernements, aux entreprises et ONGs de tous les pays de se réunir, virtuellement, pour adhérer à une liste de valeurs communes. Toutes les entreprises seraient ainsi mises sur un pied d’égalité et la situation des droits humains et environnementaux en serait bien améliorée. D’autant plus que la Suisse, grâce à notre neutralité et notre capacité à trouver des consensus, aurait pu accueillir ce sommet en affirmant notre attachement au multilatéralisme, au dialogue et aux solutions pragmatiques.

Malheureusement, l’initiative “entreprises responsables” va exactement dans le sens contraire: elle s’attaque unilatéralement aux entreprises suisses, elle refuse le dialogue pour privilégier les batailles judiciaires et elle crée une usine à gaz bureaucratique au lieu de favoriser des mesures efficaces sur le terrain. Son objectif est d’exporter notre justice en utilisant notre économie comme moyen de transport. Changer notre Constitution (!) pour ensuite débattre d’une loi d’application est disproportionné pour répondre à quelques incidents liés à quelques filiales basées à l’étranger de quelques entreprises suisses. Du gaspillage de ressources.

En refusant cette initiative, le contre-projet entrerait en vigueur de suite pour s’attaquer notamment au travail des enfants, et ce dispositif pourrait être facilement adapté en fonction de la situation dans les pays concernés. Cette approche laisserait la possibilité à la Suisse de soutenir les efforts des autorités locales pour combattre ces violations, respectant ainsi leurs souverainetés tout en favorisant la coopération internationale.

J’ai envie de croire que la Suisse peut être pionnière de l’évolution dans le monde des entreprises, mais elle ne doit pas l’être au détriment de ses propres entreprises, cela ne serait tout simplement pas…responsable.

Je remercie Jonathan Luget pour m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer sur son blog.

Aditya Yellepeddi (2ème vice-Président et Conseiller communal à Chavornay). Twitter : @AYPOLITIQUE

 

 

 

 

 

Trump et les relations internationales : pourquoi était-ce nécessaire de les bouleverser?

Ne devrait-on pas considérer Donald Trump comme un faiseur de paix, notamment avec la Corée du Nord? Trump a-t-il tenu ses promesses de campagne sur l’accord nucléaire avec l’Iran? Donald Trump n’est-il pas le nouveau pacificateur au Moyen-Orient entre l’Etat hébreu et les monarchies arabes du Golfe? Que pense Trump de notre pays la Suisse? Et Donald Trump n’a-t-il pas raison de secouer les pays européens pour qu’ils augmentent leurs contributions dans l’OTAN? Autant de pays et autant de questions. A deux jours d’un scrutin présidentiel hors norme, j’ai choisi de porter un regard personnel sur le premier mandat présidentiel de Trump, mettant l’accent sur ses relations avec quatre pays dont la Suisse et une organisation militaire. 

Trump et la Corée du Nord

Donald Trump restera dans l’histoire des Etats-Unis comme le premier Président à avoir rencontré de près le dirigeant suprême nord-coréen Kim Jong-un. Rappelez-vous, au début de son mandat, Trump était très hostile envers la Corée du Nord. En août 2017, il avait promis carrément “le feu et la fureur” si ce pays émettait encore des menaces contre les Etats-Unis. Pourtant, entre 2018 et 2019, les déclarations de guerre entre les leaders américain et nord-coréen vont se fondre pour laisser place à des discussions plus constructives. Durant cette période, Donald Trump et Kim Jong-un se rencontrent à trois reprises. Le 12 juin 2018 à Singapour, le 27 février 2019 à Hanoï et le 30 juin de la même année dans la Zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corées. Les images sont fortes voire irréelles alors que Washington et Pyongyang se menaçaient mutuellement de destruction en 2017. Seule ombre au tableau pour le locataire de la Maison Blanche, il n’est pas parvenu à obtenir un accord signé par son homologue nord-coréen pour renoncer aux armes atomiques. Le 45ème Président des Etats-Unis se définit souvent comme “un génie” et à juste titre dans cet exemple. Il est l’ARTISAN du grand rapprochement entre son pays et la Corée du Nord.

Le Président américain Donald Trump aux côtés du leader nord-coréen Kim Jong-un, lors de leur première rencontre à Singapour en juin 2018. Image exceptionnelle pour deux nations qui se menaçaient de représailles en 2017. Photo : Intell News

Trump et l’Iran

Au printemps 2018, Donald Trump annonce que son pays va se retirer unilatéralement de l’accord nucléaire avec l’Iran. Un texte négocié en partie en Suisse, sur les rives du lac Léman. La Confédération suisse joue un rôle de messager entre Washington et Téhéran. Berne représente les intérêts américains en Iran et les intérêts iraniens aux Etats-Unis depuis 1980. Les sanctions contre la République islamique d’Iran seront “les plus dures de l’histoire”, a promis le Président américain. Il a annoncé qu’il s’attaquerait à toutes les entreprises internationales qui continueraient de commercer avec l’Iran. Les Etats-Unis ont le droit de ne pas souhaiter des échanges économiques avec l’Iran. Par contre, il est inacceptable qu’ils imposent au reste du monde de faire de même. Chaque pays doit choisir souverainement les relations qu’il veut avec un pays. L’objectif de Trump sur l’Iran est clair: étrangler le régime des mollahs, le forcer à renégocier un accord nucléaire et lui interdire de développer ses missiles balistiques. Le retrait des Etats-Unis de cet accord était une promesse de campagne. Promesse tenue! Une manière pour lui de montrer à sa base qu’il dit ce qu’il fait et qu’il fait ce qu’il dit.

Trump et Israël

Le 14 mai 2018, les Etats-Unis inaugurent leur ambassade dans la capitale israélienne. Le transfert de l’Ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem marque une véritable rupture avec le consensus international. En effet, la communauté internationale ne reconnaît aucune capitale définie à Israël. Ce geste, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ne l’oubliera jamais. Autre dossier important tant pour Israël que les Etats-Unis, c’est celui des normalisations de relations entre l’Etat hébreu et les monarchies du Golfe. Après l’Egypte (1979) et la Jordanie (1994), les Emirats arabes unis et Bahreïn devenaient en septembre dernier deux nouveaux pays arabes à établir officiellement des relations avec Israël. Et dernièrement, c’est le Soudan qui a annoncé la création d’une relation diplomatique avec Jérusalem. D’autres nations arabes devraient suivre, notamment l’Arabie saoudite. Certes, Donald Trump a promis un plan de paix entre Israël et la Palestine pour résoudre ce vieux conflit. Mais au-delà de cette question complexe, les nations arabes se lassent de ce conflit et ont envie de s’associer à Israël pour faire barrage à l’influence grandissante de l’Iran. Donald Trump, avec ces accords de paix, est encore une fois un grand ARTISAN de la paix entre des nations qui hier se tapaient dessus.

Le Président américain Donald Trump, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et les Ministres des affaires étrangères des Emirats arabes unis et du Bahreïn réunis à la Maison Blanche pour des signatures d’accords historiques entre l’Etat hébreu et deux monarchies du Golfe, Washington, 15 septembre 2020. Photo : Israel Ministry of Foreign Affairs

Trump et la Suisse

Durant les huit ans de pouvoir de Barack Obama (2009-2017), celui-ci n’a jamais porté la Suisse dans son cœur. Il n’a jamais reçu un(e) Président(e) suisse à la Maison-Blanche ou même fait un déplacement officiel à Berne. Pourtant, il s’est rendu à plusieurs reprises en Europe. Dommage car la Suisse et les Etats-Unis partagent beaucoup de valeurs communes comme la démocratie libérale ou le fédéralisme. Seul fait marquant, Barack Obama a remercié en janvier 2016 le Gouvernement suisse pour son travail lors des négociations sur le nucléaire iranien. Mais même si je suis métisse, je ne le porte pas dans mon cœur. Barack Obama a été très dur envers la Suisse, mon pays d’accueil. Il nous a humilié et a mis fin à notre secret bancaire alors que l’Etat du Delaware est un paradis fiscal, le comble! Quant les deux otages suisses Max Göldi et Rachid Hamdani étaient retenus en Libye, les Etats-Unis comme l’Europe n’ont rien fait pour les sauver. Alors que ce sont quand même des puissances qui comptent sur la scène internationale. Par contre, son vice-Président Joe Biden a au moins fait plusieurs fois le déplacement en Suisse pour assister au Forum de Davos. Et sa femme Jill Biden s’est montrée très intéressée par le modèle d’apprentissage suisse. Une élection de Biden mardi prochain ne signifierait pas forcément une dégradation des relations Berne – Washington.

Sous la présidence Trump, les relations entre Berne et Washington se portent à merveille. Contrairement à son prédécesseur, Donald Trump est venu à deux reprises au Forum de Davos (2018 et 2020). En quatre ans, le Président Trump aura rencontré trois chefs d’Etat suisses : les socialistes Alain Berset et Simonetta Sommaruga à Davos en 2018 et en 2020 ainsi que l’UDC Ueli Maurer à la Maison Blanche en 2019. De plus, un accord de libre-échange Suisse – Etats-Unis est en pleine discussion. Enfin, Donald Trump apprécie le rôle important de notre pays pour son rôle de bons offices entre les deux ennemis jurés, les Etats-Unis et l’Iran. Trump aime la Suisse et la Suisse aime Trump. Profitons de ces bonnes relations pour avancer sur des sujets d’intérêts communs. Mérite à Trump d’être venu personnellement deux fois en Suisse et d’avoir invité un Président de la Confédération en exercice à la Maison Blanche pour une visite officielle.

Le Président américain Donald Trump reçoit son homologue suisse Ueli Maurer à la Maison Blanche. Au menu des discussions : l’Iran et un accord de libre-échange Suisse – Etats-Unis. Washington, 16 mai 2019. Photo : The White House
Au tour de la Présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga d’accueillir son homologue américain au WEF de Davos. Les discussions ont porté à nouveau sur l’Iran et l’accord de libre-échange entre les deux pays. Davos, 21 janvier 2020. Photo : The White House

Trump et l’OTAN

En décembre 2019, le 70ème anniversaire de l’OTAN a été célébré à Londres en présence de plusieurs Présidents et Premiers ministres. Il existe des dissensions croissantes entre Washington et les capitales européennes en matière de défense. Dès son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump avait taxé l’OTAN d’obsolète avant de se raviser. Il exige à raison, et il l’a rappelé au sommet de Londres que les alliés paient leur part du gâteau et qu’au moins 2% de leur PIB soit consacré au budget de l’alliance. Les Européens ont promis des efforts dans les années à venir. Il est bon de se rappeler que cette demande américaine pour augmenter les dépenses militaires ne provient pas de l’administration Trump mais existait déjà sous l’ère Obama. Le ton et l’approche étaient simplement différents. La demande de Donald Trump est légitime et l’Europe, ce vieux continent qui dominait le monde autrefois, doit impérativement prendre ses responsabilités pour protéger ses citoyens et ses frontières. Sinon, le continent européen risque d’être menacé comme la France ces dernières semaines par le terrorisme islamiste.

 

Arménie / Azerbaïdjan : un “nouveau” conflit aux portes de l’Europe?

Depuis le 27 septembre dernier, séparatistes arméniens et militaires azéris s’affrontent violemment dans la région du Haut-Karabakh. Territoire situé en Azerbaïdjan mais peuplé avant tout d’Arméniens chrétiens, ce conflit n’est pas récent et remonte à l’époque soviétique. Equation difficile pour les Occidentaux qui doivent faire un choix entre l’importation d’hydrocarbures et la défense d’une communauté chrétienne. Vladimir Poutine s’impose une nouvelle fois comme le détenteur de la clé de résolution du conflit.

Petit rappel géographique. Le Haut-Karabakh est une enclave peuplée majoritairement d’Arméniens mais située en territoire azéri. A la dislocation de l’URSS en 1991, cette région s’est auto-proclamée indépendante. C’est là-bas que depuis deux semaines séparatistes arméniens et militaires azéris s’affrontent violemment. Malgré l’appel de plusieurs acteurs du dossier, à savoir les co-présidents du Groupe de Minsk (Russie, France et Etats-Unis) ou l’Union européenne, à cesser immédiatement les combats, ceux-ci continuaient jusqu’à hier midi. L’histoire des tensions entre les deux ex-pays soviétiques remonte à l’époque stalinienne.

Un conflit qui date de l’ère soviétique

Joseph Staline (1878-1953) devient en 1922 le nouveau Secrétaire général de l’URSS. Une année avant cet événement, il décide de donner à l’Azerbaïdjan (population musulmane chiite) la région du Haut-Karabakh (population arménienne chrétienne). Un “mariage” entre deux communautés qui provoquera de nombreux conflits dans les dernières années de l’Union soviétique. En 1991, le grand pays socialiste s’effondre et l’Azerbaïdjan et l’Arménie se déclarent la guerre. Un conflit meurtrier qui durera jusqu’en 1994 et qui fera 30’000 morts et des milliers de réfugiés. Face à cette horreur, l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) décide en 1992 la création du Groupe de Minsk. Celui-ci est co-présidé par trois grandes puissances militaires que sont les Etats-Unis, la Russie et la France. Ces trois nations arriveront finalement à mettre un terme à ce conflit régional sans pour autant trouver une solution à long terme qui profiterait à Erevan comme à Bakou.

Deux pays stratégiques aux yeux de l’Europe

Comment la Russie, la France, l’Union européenne, la Suisse ou encore les Etats-Unis vont se positionner face aux deux parties en conflit? Quel(s) intérêt(s) défendre entre d’un côté le pétrole et le gaz azéri et de l’autre une communauté chrétienne chère à plusieurs dirigeants européens? L’équation à résoudre s’annonce d’ores et déjà difficile. Le Caucase du Sud c’est principalement trois pays : dans l’ordre alphabétique l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. Prenez exemple avec la Suisse. Selon le DFAE, “l’Azerbaïdjan est le principal partenaire commercial de la Suisse dans le Caucase du Sud”. Certes, Berne a des échanges économiques avec Erevan et Tbilissi mais ils ne sont pas aussi importants qu’avec Bakou. Ce pays restera pour la Suisse et d’autres pays européens un partenaire économique très important, notamment pour l’importation d’hydrocarbures. Quant à l’Arménie, la religion chrétienne, défendue par beaucoup de leaders européens de droite ou d’extrême-droite dans leur propre pays, tient une place importante dans la société. D’où le fait que Vladimir Poutine se sent aussi plus proche de la religion arménienne qu’azéri. La clé de résolution de ce conflit régional est entre les mains du grand voisin russe pour des raisons historiques mais aussi géographiques.

L’ancien Président du Conseil des ministres italiens, Matteo Renzi, accueille au Palazzo Chigi le Président azéri, Ilham Aliyev, à l’occasion d’une visite officielle de ce dernier, Rome, 9 juillet 2015. Photo : Palazzo Chigi.

Poutine le pacificateur 

D’ailleurs et pour appuyer mon dernier propos, le Ministre russe des affaires étrangères Sergei Lavrov a annoncé hier l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu. Vladimir Poutine a probablement dû faire pression sur le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan et sur le Président azéri Ilham Aliyev pour obtenir cette trêve. Au-delà de ce conflit caucasien, il y a une chose intéressante à relever. La Russie de Vladimir Poutine est incontestablement celle qui détient certaines solutions dans plusieurs conflits autour du monde. En Biélorussie, en Libye, en Syrie ou encore au Venezuela, à chaque fois les Américains et les Européens n’ont pu se passer de la décision des Russes. Ou je dirais qu’ils ont enfin compris que la Russie joue son rôle de grande puissance et qu’elle devient un partenaire de premier plan pour tenter de trouver des solutions à des conflits anciens ou récents.

Vladimir Poutine à l’occasion d’une visite de travail en Arménie. Discussion officielle avec le Premier ministre Nikol Pashinyan, Erevan, 1er octobre 2019. Photo : compte Twitter de la présidence russe.